DES ACHEMENIDES AUX SASSANIDES

Pendant l’Antiquité, des populations parlant des langues et des dialectes persans occupent le plateau iranien (l’actuel Iran et l’Afghanistan), le Turkestan chinois (Sinkiang), la partie orientale des montagnes du Caucase et le sud des steppes de la Russie européenne. Parsemée d’oasis et de points d’eau, mais en grande partie désertique, cette région n’offre pas de zones de peuplement favorables, sauf dans l’ouest de sa partie asiatique (la Perse proprement dite), où les vallées du Zagros sont propices à l’agriculture. Partout ailleurs, l’irrigation s’avère nécessaire.  

Ces conditions géographiques, où montagnes et déserts segmentent le plateau, rendent les communications difficiles. Les conflits entre les populations nomades et sédentaires sont fréquents, et gênent la création ou le maintien d’Etats centralisés.  

Aucun document ne relatant la migration des Indiens et des Iraniens (qu’on appelle généralement les Indo-Aryens) depuis le nord de la mer Caspienne, il faut faire appel à la philologie comparée et à l’archéologie pour en connaître le processus, qui demeure toutefois hypothétique.

Les premiers migrants

Des vestiges archéologiques (céramiques) témoignent de l’existence d’une culture dite d’Andronovo, datant du milieu du II e  millénaire av. J.-C., et constituée par d’anciens Iraniens qui émigrèrent vers le sud, dans les steppes de l’Asie centrale, suivant les mêmes voies de communication que leurs cousins indiens. La présence d’Indiens en Mésopotamie dès 1500 av. J.-C. est, en effet, attestée par des textes babyloniens du royaume hourrite du Mitanni, rédigés en écriture cunéiforme, qui mentionnent des divinités indiennes (Mithra et Indra) et des mots sanskrits. Cette présence peut s’expliquer par la migration de populations proto-indiennes vers l’ouest, où elles ont finalement été intégrées à la population. Les Iraniens atteignent le Zagros ultérieurement, vers le IX e  siècle av. J.-C.  

On ne peut retracer avec certitude le trajet emprunté par les migrants: ont-ils traversé les montagnes du Caucase ou ont-ils suivi la route de l’Asie centrale? Il est possible qu’ils aient pris ces deux voies puisque leur installation s’est étalée sur plusieurs siècles. Composés de divers peuples, les Iraniens s’installent sur le plateau, les Mèdes (Mada) et les Perses (Parsa) sur la partie occidentale, les Sogdiens et les Bactriens, qui parlent probablement des dialectes différents, à l’Est.  

On ne sait quasiment rien des peuples que les Iraniens ont rencontrés à l’Est. Il est possible que les Brahuis, qui parlent le dravidien et vivent aujourd’hui dans le Baloutchistan, soient des descendants de ces populations. Cependant, des récits cunéiformes mésopotamiens indiquent que la partie septentrionale du plateau était essentiellement occupée par les Ourartiens et leurs cousins manéens, tandis que les Elamites étaient majoritaires dans le Sud. Les fouilles archéologiques montrent que ces derniers ne se sont pas arrêtés aux provinces actuelles du Khouzistan et du Fars, mais qu’ils ont progressé vers l’est, peut-être même au-delà des déserts situés au centre du pays.

    Intégration des premières populations

Le processus d’intégration des Manéens par les Mèdes et des Elamites par les Perses demeure inconnu des historiens. Cependant, par analogie avec la turquification de l’Azerbaïdjan, on peut supposer que l’iranisation du plateau s’est étalée sur plusieurs siècles. Sans doute mieux organisés et militairement plus forts que les populations sédentaires, les nomades iraniens ont progressivement imposé leur langue, la composante pré-iranienne de la culture du plateau n’étant toutefois pas négligeable.  

Outre quelques occurrences dans des textes antérieurs, les tribus iraniennes sont mentionnées pour la première fois sous le règne du roi assyrien Salmanasar III (vers 836 av. J.-C.), dans des chroniques de batailles, rédigées en écriture cunéiforme et qui constituent les rares sources d’informations dont on dispose sur l’expansion des Iraniens avant l’avènement des Achéménides. L’historien grec Hérodote raconte comment les Mèdes ont entrepris la confédération de leurs tribus. Contemporaine de la fin du règne du roi assyrien Assarhaddon, cette unification peut être datée de 673 av. J.-C. environ, tandis que les documents en cunéiforme mentionnent qu’elle s’est effectuée sous la houlette d’un seul chef.

Avènement des Mèdes

 
Selon Hérodote, Deioces, cité sous le nom de Dayaukku dans des sources assyriennes antérieures à 700 av. 
J.-C., serait l’instigateur de la première tentative d’unification des Mèdes. A partir de 700 av. J.-C. environ, des nomades cimmériens et scythes, originaires de l’autre versant du Caucase, envahissent le nord de l’Iran, qu’ils dominent pendant plus d’un demi-siècle, et y établissent un royaume qui dure de 653 à 625 av. J.-C. environ. Vers 653 av. J.-C., les Mèdes semblent avoir eu un chef que les sources cunéiformes mentionnent sous le nom de Kashtaritu Kashtariti. Ce nom est probablement un titre honorifique porté par Fravartish, le Phraortès dont parle Hérodote.  

Cyaxare Ouvakhshatra, fils et successeur de Phraortès, assujettit d’autres tribus iraniennes, dont les Perses, au sud, puis se dirige vers l’Assyrie. Les Assyriens, qui ont affaibli les Ourartiens et les Elamites, sont à leur tour vaincus par Nabopolassar, puissant chef d’un royaume babylonien qui s’est rallié à Cyaxare. Ninive, la capitale assyrienne, tombe sous les attaques conjuguées des Babyloniens et des Mèdes en 612 av. J.-C. Cette défaite marque la chute de l’Empire assyrien.

L’Empire mède

Tandis que les Babyloniens s’imposent dans le Croissant fertile mésopotamien (Syrie et Palestine), les Mèdes élargissent leurs territoires jusqu’aux frontières du royaume de Lydie. A l’est, sur le plateau iranien, l’étendue du royaume est incertaine. On peut néanmoins supposer que des territoires y ont été soumis à leur domination, les souverains mèdes ayant régné sous le titre de «rois des rois», tandis que les Achéménides, qui leur succèdent, constituent leur administration sur le modèle instauré par ces derniers.  Astyage, le dernier souverain mède, règne entre 585 et 549 av. J.-C. Confirmés par les textes babyloniens, les récits d’Hérodote mentionnent qu’Astyage est abandonné par son armée, qui rejoint les Perses et Cyrus le Grand, fondateur de l’Empire achéménide.

Genèse d’une dynastie


La naissance de Cyrus a fait l’objet de récits légendaires, semblables à ceux relatant les origines des fondateurs des dynasties sassanide et séfévide. Ces légendes attribuent une identité secrète au futur souverain, apparenté (généralement par mariage) à la dynastie régnante, qu’il finit par renverser.  

On a par ailleurs déchiffré une inscription cunéiforme sur un tonneau d’argile, présentant Cyrus le Grand comme le «fils de Cambyse, grand roi, roi de Anzan; petit-fils de Cyrus, grand roi, roi de Anzan; descendant de Teispès, grand roi, roi de Anzan». Cyrus semble donc appartenir à une famille présente sur le trône depuis les origines du royaume. Achéménès, souverain éponyme de l’Empire achéménide, était peut-être le père ou un ancêtre de Teispès. Quant à Darius I , qui n’est pas un descendant direct de Cyrus le Grand, il prétend que son aïeul Arsames et son bisaïeul Ariaramme étaient des rois de Perse. On peut donc supposer que plusieurs chefs issus de différentes tribus perses ou originaires de différentes régions ont contribué à la constitution de l’empire.  

Consolidation de l’empire

Grâce à une alliance avec les Perses, Cyrus le Grand vainc Astyage et consolide le pouvoir achéménide sur le plateau iranien. Cyrus se tourne alors vers l’ouest, en Anatolie, pour affronter la Lydie. Vers 547 av. J.-C., le roi de Lydie, Crésus, qui avait tiré parti de la défaite d’Astyage pour élargir son royaume aux dépens des Mèdes, est fait prisonnier par Cyrus, qui s’empare de sa capitale, Sardes.  L’Empire néo-babylonien, dirigé par Nabonide, sera la prochaine conquête de Cyrus. En 539 av. J.-C., son armée entre dans Babylone: cette victoire marque la fin de la résistance aux Achéménides.  

Cyrus étend sa domination à tout l’Empire babylonien, y compris la Syrie et la , et prépare une expédition contre l ‘Egypte. Mais il doit préalablement combattre en Asie centrale: vers 530 av. J.-C., il est tué dans une bataille contre les nomades.  

Crise et restauration

Le fils de Cyrus, Cambyse II, prend la tête de l’empire. Peu après son accession au trône, il envahit l’Egypte, conquiert Memphis et Thèbes, puis dirige ses troupes le long du Nil et dans le désert situé à l’ouest de l’Egypte. Ces expéditions sont cependant des échecs relatifs: d’après les récits d’Hérodote, Cambyse pratique en Egypte une politique d’oppression et ruine le clergé local par une taxation excessive.  

Pendant la campagne d’Egypte, Cambyse est informé d’une usurpation du pouvoir en Perse par un certain Bardiya (peut-être son frère cadet), mais meurt sur le chemin du retour. C’est Darius, fils du gouverneur de Parthie Vishtaspa et se réclamant de la branche achéménide, qui mène la révolte contre l’usurpateur.  

En 522 av. J.-C., il devient roi sous le nom de Darius I er, restaure entièrement l’empire et agrandit son territoire d’une grande partie de la vallée de l’Indus, à l’est, et de Thrace, sur le continent européen. Mais il mènera deux expéditions malheureuses, l’une vers le sud de l’actuelle Russie contre les Scythes et l’autre contre les Grecs d’Ionie, qui s’achève par sa défaite à Marathon, en 490 av. J.-C. (première guerre médique) Son fils aîné, Xerxès I er, lui succède vers 494.  

Déclin


L’Egypte, qui s’était soulevée à la fin du règne de Darius, est reconquise par Xerxès, qui traite les Egyptiens plus durement que ne l’avaient fait ses prédécesseurs.
Babylone se soulève également, en vain. Cependant, Xerxès ne parvient pas à reconquérir la Grèce. Après les batailles des Thermopyles, de Salamine et de Platées, les Achéménides quittent la Grèce pour ne jamais y revenir. Xerxès se retire à Persépolis, dont il poursuit la construction, entamée par Darius, jusqu’à son assassinat en 465 av. J.-C.  

Artaxerxès I er prend la succession de Xerxès au prix de nombreux assassinats et intrigues. L’Egypte se soulève à nouveau et est écrasée au terme de rudes batailles. En 424, la mort d’Artaxerxès donne lieu à une nouvelle lutte fratricide, qui s’achève avec l’avènement de Darius II. Le règne de ce dernier marque le début de l’influence babylonienne à la cour achéménide. Pendant le règne du successeur de Darius II, Artaxerxès II (404-358), l’Egypte retrouve son indépendance et les gouverneurs des provinces se révoltent contre le pouvoir central. C’est pendant le règne d’Artaxerxès II que sont édifiés les premiers temples dédiés aux divinités iraniennes. Cette innovation est sans doute due à l’influence babylonienne, les Iraniens ayant auparavant coutume de prier dans des espaces ouverts.  

L’empire en déclin reçoit un nouvel élan avec Artaxerxès III (359-338), qui reconquiert l’Egypte et réussit également à ramener les gouverneurs sous la tutelle achéménide. Avant de pouvoir consolider ces victoires, le souverain est victime d’un empoisonnement, à peu près au moment où Philippe de Macédoine vainc les Grecs lors de la bataille de Chéronée et les unifie sous son commandement. Le dernier souverain achéménide, Darius III, est un membre éloigné de la famille dynastique, presque entièrement décimée par les assassinats, et il disposera de peu de temps pour se préparer à l’invasion du fils de Philippe, Alexandre le Grand.

Organisation de l’Etat impérial

L’Empire achéménide est divisé en satrapies, ou provinces, dont les gouverneurs (satrapes) sont nommés par le «roi des rois». La longévité du règne achéménide, qui a perduré pendant deux siècles, a été facilitée par la mise en œuvre d’une «loi royale», qui n’entrave ni la liberté de culte des différents peuples, ni l’exercice de leurs coutumes respectives.  

L’araméen est utilisé comme lingua franca et langue officielle pour une administration éloignée, dont s’inspireront les bureaucraties futures. Un important réseau routier est mis en place, très utile à l’administration, à l’armée et au commerce, ainsi qu’aux émissaires royaux chargés d’espionner les satrapes. Les échanges sont basés sur l’utilisation de la monnaie et un système uniforme de poids et mesures, tandis qu’un certain nombre de réformes économiques sont introduites.   Les Achéménides se sont également dotés d’un système fiscal complexe, et des banques gèrent les revenus fonciers.  

L’armée est organisée en unités de 10, 100 ou 1’000 hommes. D’abord composée de Perses et de Mèdes, elle incorpore par la suite des contingents de soldats issus d’autres populations de l’empire. Au terme de la domination achéménide, les appelés sont remplacés par des mercenaires, majoritairement grecs et bien entraînés. En cas de conflit intérieur, les populations rebelles sont fréquemment déplacées loin de chez elles.  

Si les débuts de l’empire s’inscrivent sous le signe d’une authentique équité, la dernière période est caractérisée par la corruption, l’appropriation des terres et l’usurpation des postes les plus élevés de l’administration et de l’armée par les favoris du souverain et par l’aristocratie iranienne, suscitant le mécontentement de la population.

  Religion et culture achéménides

Si la religion des Achéménides n’est pas clairement établie, on peut supposer qu’elle consistait en une forme d’adoration d’Ahura-Mazdâ proche du zoroastrisme. L’organisation du culte est fondée sur la tolérance générale et le respect que les Achéménides manifestent à l’égard des diverses religions des populations composant l’empire, cette attitude étant probablement destinée à s’assurer le soutien de tous les sujets. Dans les récits bibliques, les Iraniens entretiennent des rapports pacifiques avec les Hébreux et, d’une manière générale, ils agiront de la même manière avec l’ensemble des peuples assujettis.  

Cette ouverture d’esprit est également perceptible dans les arts. Les Egyptiens, les Babyloniens, les Grecs, tous ont contribué à donner forme et vie à l’art achéménide, que ce soit en architecture, en sculpture ou en orfèvrerie.

L’héritage achéménide

Outre son modèle d’organisation administrative et gouvernementale, l’art achéménide a eu une influence toute particulière à l’est, en Asie centrale et en Inde.  L’héritage laissé par les Achéménides dans la partie occidentale de l’empire est difficile à évaluer, mais l’occurrence de termes persans, surtout dans des langues comme l’araméen et le syriaque, témoignent de leur influence. Parmi les mots d’origine persane qui ont leurs équivalents dans d’autres langues, on peut citer «donnée», «loi» et «paradis» (parc fermé où chasse le souverain). Ces trois termes, à eux seuls, témoignent de l’importance du legs achéménide à la postérité.

La rapidité avec laquelle Alexandre III le Grand s’empare de l’Empire achéménide, de son entrée en Asie en 334 av. J.-C. à la mort de Darius III en 330 av. J.-C., a marqué non seulement ses contemporains, mais aussi l’histoire. Le déclin et l’affaiblissement de l’empire ont, certes, contribué au succès d’Alexandre, mais cette réussite est aussi due à l’ambition de celui-ci de constituer un territoire plus vaste que celui des Achéménides. Alexandre meurt à Babylone en 323 av. J.-C., à l’âge de 33 ans.


Le rôle d’Alexandre


En unifiant le monde grec et l’ancien Empire achéménide, Alexandre ouvre une nouvelle page de l’histoire: l’expansion de l’hellénisme vers l’est. Dans l’art de l’exercice militaire, Alexandre n’innove pas totalement, la supériorité et l’organisation des mercenaires grecs étant déjà réputées en Orient. De même, la monnaie, les marchands, les voyageurs, les médecins grecs et les conseillers l’ont précédé à la cour achéménide.  

Alexandre a compris l’utilité d’établir des postes militaires le long de la route commerciale qui part des plaines mésopotamiennes et traverse les montagnes de Zagros pour arriver à Rhagès (Téhéran), Herat, Merv, Balkh, puis au-delà, en Inde et en Chine. Cette concentration de troupes dans les provinces asiatiques achéménides protège les routes commerciales, mais sert également de protection contre les rébellions des chefs locaux assujettis par Alexandre, et contre les invasions des nomades venus des steppes d’Asie centrale.  

S’il commence par s’attacher les dignitaires et les gouverneurs iraniens en leur accordant des postes administratifs et militaires importants, Alexandre opère progressivement un revirement politique et remplace les Iraniens par des Grecs ou des Macédoniens, qui ont davantage sa confiance. En réalité, après sa mort, ceux-ci se partagent les provinces et l’unité de l’empire disparaît. L’allégeance à un empire ou à un système universel de souveraineté ne prévaut plus. Désormais, un général puissant, charismatique ou qui rétribue mieux ses mercenaires peut sur ces seuls critères s’attacher ses troupes et les populations.

règne des Séleucides


En 312 av. 
J.-C., l’entrée dans Babylone de Séleucos, un ancien lieutenant d’Alexandre, marque l’avènement de la dynastie séleucide, née du partage de l’empire d’Alexandre. Après des débuts difficiles, Séleucos prend en 301 la tête d’un Etat qui s’étend de l’Inde à la Méditerranée. Il règne sur la partie iranienne des territoires conquis par Alexandre, mais sa capitale demeure Antioche, en Syrie.  

Afin de protéger leurs territoires, les premiers Séleucides augmentent considérablement le nombre des postes militaires. Rapidement, ceux-ci deviennent des colonies occupées par des populations en provenance du continent européen, qui s’installent surtout dans la partie asiatique de l’empire. Certaines de ces colonies prennent l’allure et les caractéristiques de véritables cités grecques - gymnase, place du marché (agora) -, favorisant ainsi la diffusion de l’hellénisme vers l’est. Mais les Séleucides coopèrent également avec les populations locales. Cette politique de conciliation est favorable à Antiochos Ier, qui accède au trône après l’assassinat de son père, Séleucos, en 281 av. J.-C. Antiochos a été vice-roi des provinces asiatiques, qu’il gouverne depuis la nouvelle cité de Séleucie, située au nord de Babylone. Séleucie devient ainsi la capitale séleucide à l’orient.  

Si le règne des Séleucides est fondé sur le pouvoir personnel et militaire, les rois et chefs des tribus vassalisés conservent une relative autonomie régionale. Une sorte d’ère féodale remplace ainsi l’organisation centralisée de l’Etat qui prévalait sous les Achéménides. Une double bureaucratie existe, utilisant à la fois le grec et l’araméen. La monnaie, basée sur un poids standard, possède une valeur identique sur l’ensemble du territoire et est plus largement acceptée que la monnaie achéménide.  

Dans le domaine religieux, les Séleucides conservent la tradition de tolérance héritée des Achéménides, et opèrent un syncrétisme associant les divinités grecques à leurs équivalents orientaux. Progressivement, un culte dominant grec se développe et des termes comme «sauveur», «béni» puis, finalement, «dieu» font leur apparition.

  Les Gréco-Bactriens

Plus ou moins importante selon les régions, la civilisation hellénistique a fortement imprégné la Bactriane, à tel point que l’usage de l’alphabet grec pour l’écriture du persan s’y est prolongé bien au delà du VII e  siècle, qui marque le début de l’ère islamique. L’art du Gandhara témoigne également de l’influence de l’hellénisme sur le bouddhisme. En Afghanistan, les archéologues ont même découvert, sur les rives du fleuve Amou-Daria (Oxus), une cité grecque du nom d’Ay Khatum. Les Grecs ont été les premiers en Bactriane à s’émanciper de l’Empire séleucide et à organiser leur propre Etat, probablement vers 246 av. J.-C., à la fin du règne d’Antiochos II. Les Séleucides menant des guerres incessantes à l’ouest, notamment contre les Ptolémées d’Egypte, ils ont négligé les provinces d’Asie, et les Bactriens ont tiré parti de cette situation pour acquérir leur indépendance: premier souverain bactrien à frapper sa propre monnaie, Diodote Diodotos se détache de l’emprise des Séleucides.  

Vers 230 av. J.-C., un certain Euthydème tue le successeur de Diodote et monte sur le trône. Il est encore au pouvoir lorsque Antiochos III avance à la tête de son armée pour restaurer le régime séleucide dans les provinces asiatiques. Antiochos assiège Euthydermos dans sa capitale, mais décide de pactiser avec le roi bactrien afin d’éviter l’affaiblissement des deux royaumes, dont pourraient bénéficier les envahisseurs nomades d’Asie centrale. Le retour d’Antiochos en Syrie met un terme aux tentatives séleucides pour reconquérir la Bactriane et les régions asiatiques de l’Iran. Sa défaite contre les Romains en 189 av. J.-C. achève de faire disparaître l’autorité séleucide à l’est.   Les souverains bactriens semblent avoir été nombreux, et il est difficile de restituer une histoire précise de leur royaume. On peut toutefois mentionner Ménandre, conquérant d’une grande partie du nord-ouest de l’Inde. Après Ménandre, puis Eucratidès, des rois de moindre importance semblent s’être succédé à la fois dans les montagnes de l’Afghanistan et dans les plaines de l’Inde.  

Vers 130 av. J.-C., des nomades connus sous le nom de Scythes (Saka) mettent fin à la domination bactrienne au nord de l’Hindou Kouch. Les chefs scythes remplacent les souverains grecs dans les montagnes centrales d’Afghanistan et dans les plaines indiennes, tandis que les princes parthes prennent le pouvoir au sud des montagnes, dans la région actuelle de Kandahar (en Afghanistan) et plus loin vers l’ouest. Ils seront tous évincés au I er  siècle après J.-C. par les Kouchans Kusana, rivaux des Parthes à l’est.

L’impact de l’hellénisme

L’héritage culturel de l’hellénisme est plus durable à l’est qu’à l’ouest de l’Iran. Ce paradoxe peut sans doute s’expliquer par la concentration plus grande de populations grecques dans les villes de garnison à l’est que dans les villes de l’ouest. Ou peut-être les traditions achéménides étaient-elles plus ancrées dans les provinces occidentales, comme en Perse et en Médie.   

Il n’existe aucune preuve de l’interaction de la pensée grecque et des philosophies iraniennes, mais il est probable que celle-là a fortement influencé les croyances locales. L’ancien polythéisme fait place à l’hénothéisme, c’est-à-dire la vénération d’un seul dieu sans toutefois nier l’existence des autres.

Mais, un siècle après la mort d’Alexandre, les doctrines monothéistes, les religions universelles et le besoin du recours à un messie pour faire face aux guerres incessantes et aux incertitudes de l’époque prennent partout une importance croissante. Lors de l’avènement du royaume parthe, féodal et décentralisé, la religion devient un facteur prépondérant d’unification chez les Iraniens.

Le fondateur du royaume parthe, Arsace Arshak, est le chef de la tribu des Parni, qui envahit la province séleucide de Parthie (le Khorasan d’aujourd’hui) vers le milieu du III e  siècle av. J.-C. Le gouverneur séleucide de la province, Andragoras, venait sans doute de proclamer son indépendance à l’égard du pouvoir séleucide. On ignore les circonstances de cette invasion, mais elle inaugure l’ère de la domination parthe, en 247 av. J.-C., année du sacre d’Arsace.

L’expansion parthe


Si l’expédition, menée par Antiochos III – (242-187 av. J.-C.), vainqueur des Parthes et des Egyptiens, mais battu par les Romains -, visant à restaurer la souveraineté séleucide à l’est, s’était conclue par un traité de paix dans lequel les Parthes reconnaissaient la suprématie séleucide, l’avènement de Mithridate I er , – roi des Parthes (v. 171-v. 138 av. J.-C.) – en 171 av. J.-C., semble marquer une accélération de l’expansion parthe. Mithridate conquiert sur Eucratidès des territoires en Bactriane et, vers 155 av. J.-C., étend son royaume en Médie (région de l’Iran occidental peuplée de Mèdes, qui avait pour capitale Ecbatane) aux dépens du Séleucide Demetrios I er .

Mithridate peut être considéré comme le fondateur du pouvoir parthe. En 141 av. J.-C., il entre dans Séleucie du Tigre et, pendant son règne, la plus grande partie du plateau iranien est sous la domination des Parthes. Son fils, Phraatès, doit faire face à l’armée du roi séleucide Antiochos VII, qui veut reprendre des terres à l’est. La tentative séleucide échoue, et Phraatès forme le projet d’étendre son territoire en Mésopotamie, mais perd la vie au cours d’une invasion de nomades dans la province asiatique du royaume vers 128 av. J.-C. Comme leurs successeurs sassanides, les Parthes auront à subir les incursions répétées de nomades sur leurs frontières orientales et celles des Romains à l’ouest.  

Sous le règne de Mithridate II (123 à 87 av. J.-C), l’autorité parthe est rétablie à l’est et son influence s’étend jusqu’aux plaines du sous-continent indien. Mithridate ramène également sous son contrôle les souverains locaux de Mésopotamie, et reprend le vieux titre achéménide de «roi des rois».

La Parthie et Rome

L’autorité des rois parthes qui succèdent à Mithridate II est à nouveau mise en péril, certains souverains locaux proclamant leur indépendance. Tigrane le Grand, roi arsacide d’Arménie, parvient ainsi à s’affranchir du roi parthe et à étendre son contrôle en Mésopotamie et en Syrie. Mais Tigrane tombe devant les Romains, qui deviennent la première puissance en Syrie et en Anatolie au I er  siècle av. J.-C.  

Principaux adversaires des Parthes jusqu’à la fin de leur règne, les Romains semblent invincibles. Cependant, en 53 av. J.-C., l’une de leurs armées est mise en déroute à Carrhes. Crassus, membre du premier triumvirat avec César et Pompée, est tué dans la bataille. Dès lors, les Romains considèrent les Parthes comme de redoutables ennemis. Les frontières orientales de la République, et plus tard de l’ Empire romain, font l’objet de raids incessants et de batailles entre les deux puissances. Les Romains marquent cependant leur supériorité, et s’emparent à trois reprises de Ctésiphon, la capitale parthe en Mésopotamie construite en face de Séleucie du Tigre: en 116 apr. J.-C. sous le commandement de Trajan, en 164 sous celui de Marc Aurèle et en 198 avec Septime Sevère.

L’Etat parthe

Le I er  siècle apr. J.-C. se caractérise par une évolution des mentalités dans le royaume parthe. Cette évolution a généralement été décrite comme une réaction identitaire et une valorisation des traditions locales contre l’orientation culturelle pro-hellénistique. Si les guerres incessantes entre les deux Etats peuvent expliquer l’existence de sentiments antiromains, il y a toutefois peu de signes d’une politique hostile aux Grecs vivant sous la souveraineté parthe: les Grecs et la culture hellénistique ont été absorbés par les Iraniens.  

Le découpage administratif du royaume consiste en une organisation souple de plusieurs provinces, royaumes vassaux, tribus alliées et cités semi-indépendantes conservant parfois une grande autorité locale, telles Suse et Mesene, qui ont pu prospérer grâce au commerce avec l’Inde. N’ayant pas instauré d’administration ni de gouvernement centralisés, les Parthes fonctionnent plutôt selon un modèle proche de l’organisation clanique. Des découvertes archéologiques ont révélé l’existence d’une aristocratie guerrière, et les chefs féodaux, dont le pouvoir a été renforcé grâce à l’attribution traditionnelle de terres en récompense de loyaux services, possèdent leur cour et peuvent lever une armée. Le rôle prépondérant joué par l’aristocratie est également repérable dans le processus d’accession au trône: c’est un conseil composé des grandes familles du royaume qui nomme le nouveau roi. Ce système, ajouté au principe hellénistique promettant le trône au plus méritant, a concouru à déstabiliser la cour parthe, qui est devenue une scène d’intérêts conflictuels et d’intrigues entre les nobles.

La culture parthe

Au II e  siècle apr. J.-C., lors de la modification du système de l’écriture araméenne, la langue parthe adopte un alphabet modifié. S’il ne reste aucune trace d’œuvre littéraire écrite, hormis dans des versions tardives traduites en persan, on connaît l’existence d’une tradition orale à la cour parthe, marquée par le théâtre grec. Des poètes musiciens sont sans doute à l’origine des héros épiques que l’on retrouve dans le Chah Nameh (le Livre des rois), écrit par Firdusi (Ferdousi) pratiquement un millénaire plus tard.  

Dans l’art de la Perse antique, l’iconographie parthe est aisément identifiable pour ses personnages représentés frontalement, en sculpture et en peinture. La polychromie en décoration est également remarquable. La représentation de scènes de chasse, de banquet et de vie quotidienne contraste avec l’art monumental des Achéménides.  

Le syncrétisme religieux et l’esprit de tolérance de la période séleucide ont été perpétués par les Parthes. Cependant, le monothéisme et la notion de religion universelle se répandent chez les peuples du Moyen-Orient. Sous l’influence des magi, ou prêtres, le zoroastrisme deviendra religion officielle sous les Sassanides.

Dynastie perse originaire du Fars, fondée par Ardachêr I er , vers 224 apr. J.-C., et qui succéda aux Arsacides. Cette dynastie qui, pendant plus de quatre siècles, contrôla un territoire immense, développa un art de cour somptueux, tout à la glorification de la puissance royale, entreprit de grands travaux de génie civil, et, tirant profit de sa position clé sur la Route de la Soie, mena victorieusement, pendant pratiquement toute la période, des guerres sur les fronts de l’Est, contre les Huns et les Turcs, et de l’Ouest.

 

Le roi Ardachêr

La dernière des monarchies iraniennes, avant la conquête arabe et l’islamisation qui s’ensuivit, est à juste titre considérée comme l’une des plus brillantes périodes (224-632) qu’ait connues l’Iran. Pourtant, l’insuffisance de sources écrites, en raison de la prédominance des traditions orales encore fortes, même à cette époque tardive, et le manque de fouilles archéologiques, consacrées le plus souvent à des périodes plus anciennes, ne permettent pas de saisir complètement toute l’originalité de la civilisation sassanide.  

 

La dynastie qui la précéda, celle des Parthes Arsacides, dut abandonner le pouvoir à la suite de la victoire que remporta Ardachêr (224-241) sur le dernier de leurs rois, Artaban IV, dans la plaine de Hormizdagân (site inconnu). Ardachêr était le petit-fils d’un certain Sâssân, (éponyme de la nouvelle dynastie), dont nous ne savons rien, si ce n’est que son nom est celui d’une divinité, inconnue par ailleurs. Son père, Pâbhagh, aurait été serviteur d’un temple du feu, situé à Istakhr dans le Fârs, et dédié à la déesse Anâhitâ.  

Ayant reconquis différentes provinces du royaume parthe et la Babylonie, Ardachêr se fit couronner Roi des rois à Ctésiphon. Cette capitale, située sur la rive orientale du Tigre, près de Séleucie, demeura le lieu où se firent couronner les successeurs d’Ardachêr. Mais elle fut surtout leur résidence d’hiver, parce qu’ils lui préférèrent des lieux moins torrides, sur le plateau iranien, ainsi que dans le Fârs, auquel ils restèrent très attachés. On pense que le couronnement était suivi d’un pèlerinage au fameux temple du feu d’Adur Guchnasp, à Takht-e Soleymân (dans l’actuel Azerbaïdjan), mais seulement à l’époque tardive, puisque ce temple ne fut établi là qu’à partir du V e  siècle.

Châhpuhr I
La continuité avec la monarchie arsacide paraît assez évidente: le nouveau roi s’appuie sur les sept grandes familles nobles (les Kârên, Sûrên, Mihrân, etc.); les premiers rois portent des noms parthes: le nom du successeur d’Ardachêr, Châhpuhr I er (241-272), signifiant, en parthe, «fils de roi»; le bilinguisme national enfin, puisque les inscriptions du IIIe siècle sont gravées en deux langues, moyen perse (ou pahlavi) et parthe, auxquelles s’ajoute encore le grec, très employé durant toute la période hellénistique.  

L’organisation de la Cour et du pouvoir n’est sans doute pas non plus très différente de celle qui était en place sous les Parthes, comme le montre un exemple significatif, celui de l’Arménie. Cette province, qui fut l’objet de convoitise et de guerres continuelles entre les Romains et les Parthes, constitue précisément la charge la plus importante sous les premiers Sassanides. Son titulaire s’appelle «Grand Roi d’Arménie», d’après la grande inscription trilingue de Châhpuhr I er , et selon l’historien arménien Agathange, qui nous apprend que le roi d’Arménie tient la seconde place dans la monarchie perse. De fait, c’est le fils aîné de Châhpuhr I er qui a ce titre et qui héritera du trône.

IIIe au VIIe siècles av J.-C.

L’histoire de la monarchie sassanide a été souvent divisée en trois périodes: les III e -IV e   siècles sont caractérisés par la reconstitution d’un empire dont les limites devaient atteindre celles de la dynastie achéménide (VI e -IV e  siècle avant notre ère), avec le développement de l’agriculture, de l’urbanisation – même si ce pays restera essentiellement rural – et de l’art en général.

Le V e  siècle et le début du VI e montrent un certain déclin, par suite, sans doute, des difficultés apparues à l’Est avec les invasions de nomades Hephthalites, auxquels le Roi des rois dut payer tribut.

Enfin, les VI e et VII e   siècles témoignent d’une renaissance, à l’initiative de deux grands règnes durant lesquels, toutefois, l’excès de luxe a peut-être entraîné la décadence. Cette décadence se manifeste à la fin de la période, avec une succession de règnes très courts qui, s’ajoutant aux conflits coûteux avec Byzance, ont facilité le succès des armées arabes.

La première secousse

Il semble que deux secousses graves ont marqué cette période. La première, au V e   siècle, est liée à la révolte d’un nommé Mazdak, qui prônait la communauté des biens et des femmes, et fut soutenu par le roi Kavâdh I er (488-497, puis 499-531). Ce mouvement populiste (plutôt que communiste, comme on l’a parfois défini) s’explique par les conditions difficiles que créèrent pour les classes modestes une terrible famine de sept ans et les guerres coûteuses de Pérôz (459-484) contre les Huns Hephthalites, de même que les humiliations que la captivité de ce roi et ses défaites engendrèrent chez les militaires. Le mazdakisme, en promouvant la libre disposition des femmes, s’en prenait au principe du xvaetodata, inceste ou mariage consanguin recommandé par les puissants théologiens mazdéens.

La seconde crise

La seconde crise est celle qui entraînera peu à peu la chute de la dynastie. Les réformes de Khosrô I er (531-579), qui suivent la fin du mazdakisme, réduisent le rôle de la noblesse terrienne, tandis que l’extension des systèmes d’irrigation entraîne un exode rural vers les villes. Les victoires des Byzantins en Mésopotamie, l’invasion des Huns Hephthalites dans le Nord-Est et une révolte contre le pouvoir central conduisent l’aristocratie à se défaire du roi Ohrmizd IV (579 -590) en l’assassinant, alors que la tradition arabo-persane le présente comme un homme juste et bienveillant.

Le règne de Khosrô II

Le dernier grand règne, celui de Khosrô II (591-628), a connu aussi bien des conflits avec Byzance: l’assassinat de l’empereur Maurice en 602 sert de prétexte au Roi des rois pour entamer une nouvelle guerre, qui conduit ses armées jusqu’à Jérusalem, où elles s’emparent des reliques de la sainte Croix, qui sont transférées à Ctésiphon. L’empereur Héraclius Ier reconquiert alors ces territoires, s’avance dans l’actuel Azerbaïdjan, où il détruit le temple du feu d’Adur Guchnasp, et récupère la Croix à Ctésiphon.

Ces désastres, en dépit ou à cause du luxe et des richesses de la Cour, ont amené le pouvoir entre les mains de toute une série de rois et de reines – deux sont connues à cette époque finale, Azarmidukht et Bôrân – jusqu’au règne de Yazdgard III (632-651), qui, devant l’avancée des armées arabes, devra s’enfuir dans l’Est iranien, où il sera assassiné, à Merv. Cette ville fut souvent un lieu de séjour pour les rois qui s’y protégeaient des incursions des nomades dans l’est de l’Iran. Avec la chute de la dynastie sassanide, la Perse perd son autonomie et sa religion nationale, le mazdéisme.

. La grande inscription de Châhpuhr I nous fait entrevoir l’organisation de la Cour, même si le tableau brossé est sans doute incomplet. Le Roi des rois est en quelque sorte divinisé, parce qu’il se dit dieu mazdéen, de la race des dieux. Il règne sur «l’Êrân et l’Anêrân», les pays iraniens et non iraniens, une nouvelle définition de l’Empire à entendre dans un sens à la fois politique, culturel et nationaliste.


Les provinces de l’Empire


La liste des provinces, au III e  siècle, à la fois géographique et ethnique, va de l’ouest vers l’est. Elle commence par les ethnies les plus importantes ( Perses et Parthes), puis mentionne la Susiane (ou Elam) et la Mésopotamie, l’Atropatène (Azerbaïdjan actuel) au nord, les régions transcaucasiennes, puis, à l’est, l’Hyrcanie (Gorgân), la Margiane (Merv), l’Arie (Harat) et, au sud-est, la Carmanie (Kermân), le Sistân et le Sind (vallée de l’Indus). Le pays des Kusânas (Kouchans), qui n’est alors encore qu’un royaume vassal, ne fait pas encore partie de l’Empire: il y sera seulement intégré sous le roi Narsès, à la fin du IIIe siècle.

La Sogdiane pouvait dépendre du roi kouchan mais la Bactriane, qui était le centre vital de ce royaume, ne fut pas envahie par Châhpuhr, et certainement pas au-delà de l’Oxus (l’actuel Amou-Daria). Le roi décrit d’ailleurs ses principales campagnes à l’ouest contre Rome: victoire en Babylonie sur l’empereur Gordien, qui est tué, et paiement d’une rançon de 500’000 dinars exigée de Philippe l’Arabe; guerres en Syrie, avec la prise de 37 villes et de leurs environs; enfin guerre contre Valérien, fait prisonnier et déporté en Perside. Ces grands faits d’armes ont été immortalisés sur plusieurs fameux bas-reliefs.

La succession au trône

La succession au trône est normalement dévolue au fils premier-né, avec l’accord des nobles et des grandes familles, mais ce ne fut pas toujours le cas. Certes, comme on l’a vu, ce fut bien le fils aîné de Châhpuhr qui lui succéda, mais ensuite ce furent un autre fils, Bahrâm, puis son petit-fils, et même son arrière-petit-fils: mais ce dernier ne régna pas longtemps, car toute une partie de la noblesse soutint les prétentions de Narsès, qui, en tant que «Grand Roi d’Arménie», était le second personnage de l’Empire. Le roi encore régnant pouvait s’adjoindre son successeur, instituant ainsi une co-régence. Châhpuhr I er aurait été ainsi couronné du vivant de son père, mais en ne portant, jusqu’à la mort de ce dernier, que le titre simplifié de «roi d’Iran».

Les rois possédant d’ailleurs plusieurs couronnes différentes, on peut penser que celles-ci devaient indiquer les diverses étapes de leur carrière. Mais, devenues d’un poids considérable, elles étaient alors suspendues par une chaîne en or au-dessus de leur tête, là où le roi donnait audience. Le trône royal est figuré sur l’argenterie, et dans la littérature arabo-persane: le roi est représenté assis sur une banquette, une épée devant lui entre ses jambes écartées. Les pieds du trône figurent deux animaux: deux lions, ou deux pégases, ou deux aigles. Le cérémonial du couronnement, exécuté par le chef du clergé (le Mowbadân Mowbad), semble tardif, et fut tout d’abord réservé au chef de la cavalerie (aspbed), qui, au IIIe siècle, occupe la troisième place dans la hiérarchie de l’Etat après le vice-roi et le chiliarque (qui était probablement une sorte de «Premier ministre»). Parmi les autres fonctions, moins importantes, énumérées dans les listes de Châhpuhr, figurent les «conseillers», qui ont pu jouer un rôle non négligeable (auprès de la Cour, des reines, des mages, de telle ou telle province, etc).

La haute société

La haute société est divisée en quatre classes: les rois souverains (shahrdârân), qui ont en charge une province importante ou un Etat vassal; les princes et membres de la famille royale (vispuhrân), qui ne reçoivent pas de charge spéciale; les Grands (vuzurgân) et les nobles (âzâdân). Selon un texte tardif en pahlavi, la Geste d’Ardachêr, les généraux de l’armée auraient formé l’une de ces quatre classes.  

Les inscriptions étant avant tout des monuments de la propagande royale, les classes moyennes et la paysannerie n’y sont pas mentionnées. Comme la division tripartite de la société, héritée des Indo-Européens, avait encore cours dans l’Iran sassanide, aux trois classes des prêtres, des guerriers et des cultivateurs, on ajouta celle des artisans. Le livre sacré des Mazdéens, l’Avesta (époque hellénistique), mentionne déjà ces quatre classes, dont chacune avait son chef.

Ces structures sociales ont dû se maintenir dans un certain équilibre, le roi veillant à ne pas laisser trop de pouvoir aux nobles ou au clergé. Celui-ci, comme se sont plu à le noter les théologiens du IX e  siècle et les auteurs arabo-persans, constitue, dès le III e  siècle, un contre-pouvoir fort, ou, si l’on veut, un allié de l’Etat.

La vie de Cour

Comme dans toutes les Cours, l’ordre de préséance est strict et consigné dans des registres (gâhnâmag) indiquant la place des convives dans les banquets. Les sièges étaient constitués par des coussins dont le degré d’élévation signalait la place de chacun en présence du roi. Les listes pouvaient comprendre jusqu’à 600 dignitaires, les plus élevés étant évidemment les membres de la famille royale.  

La Cour sassanide s’affirme par son faste, ses intrigues et ses plaisirs, même si les rois ne se prélassent pas à longueur d’année dans leurs châteaux. Ils sont souvent en campagne, vivant dans des campements mobiles au milieu de l’armée, recrutée sur place et constituée d’éléments disparates, de différentes ethnies. De même, en raison de leur goût immodéré pour la chasse, les rois demeuraient dans des pavillons ou des bâtiments légers, au milieu de réserves qu’on appelle des «paradis». Les armes utilisées à la chasse étaient les mêmes que celles qui servaient à la guerre: l’arc, l’épée et la lance en sont les principales, mais on utilisait encore la hache ou la massue. La cavalerie est la force de frappe essentielle à cette époque, et le cavalier et son cheval étaient lourdement cuirassés. Mais on montait sans étriers (invention tardive connue en Chine au V e  siècle, puis diffusée à l’ouest), seulement attestés dans l’iconographie sous Khosrô II. La bataille commençait souvent par un combat singulier. L’infanterie était peu utile. Le prestige du tir à l’arc apparaît à la fois dans les inscriptions (de Châhpuhr Ier) et sur l’argenterie.

Les «paradis»

Quoique bien attesté en Iran sous les Achéménides, le paradis peut avoir été créé par les Assyriens dès le IX e  siècle avant J.-C. Il est surtout connu en Arménie, où les rois créèrent de grandes réserves de chasse et organisaient de fastueux banquets. Les auteurs grecs ont marqué leur admiration pour la Perse, où l’on pouvait chasser les grands fauves, lions, ours, panthères.  

Le paradis est délimité par des murs: c’est un enclos, planté d’arbres, fruitiers ou non, avec des pavillons. Dès l’âge de sept ans, le jeune prince est éduqué à la chasse comme à la guerre. On chasse à pied ou à cheval, ou encore en barque quand on chasse dans les marais, habitat privilégié du sanglier. Les techniques sont diverses: en dehors des armes déjà indiquées, on emploie aussi le lasso (pour l’onagre, l’ours ou le lion), les filets et les fosses. L’argenterie fournit à ce sujet une documentation incomparable. Comme autre gibier, il y avait encore les autruches, les gazelles, les tigres, les léopards, les cerfs, les mouflons, les bouquetins, les zébus, les antilopes, etc. Le petit gibier comprenait le lièvre et le lapin, et, parmi les oiseaux, les perdrix, les faisans, les alouettes, les grues, les outardes, les canards, et même le paon, devenu plus tard «oiseau de paradis», symbole d’immortalité.

La civilisation urbaine

L’originalité des constructions sassanides réside dans l’introduction de voûtes monumentales et de coupoles en pierre et en argile. La brique crue fut le principal matériau utilisé. Les murs en pierre, reflets d’une influence occidentale, sont rares. C’est en effet par les prisonniers de guerre romains déportés en Iran par Châhpuhr I er et Châhpuhr II que furent construits en pierre les monuments de Bichâpur et du Khûzistan. La maçonnerie permettait un revêtement en stuc qui a donné lieu à une «exubérance décorative» propre aux Sassanides, car il a servi à orner des surfaces murales, des escaliers, de faux arcs, des saillies, etc.  

Le plan cruciforme du temple du feu à coupole a été imité dans les églises arméniennes, puis emprunté par Byzance et finalement par l’Occident (voir, par exemple, l’église carolingienne de Germigny-des-Prés, près d’Orléans), ainsi que dans les mosquées, les mausolées, les palais, les madrasas de l’Orient islamisé. Les palais combinent la salle à coupole et l’iwan (grande salle voûtée ouverte sur une cour), mais cette forme fut ensuite abandonnée au profit de grandes terrasses auxquelles on accédait par des escaliers monumentaux.  

Notre connaissance des villes est surtout livresque, car les archéologues se sont livrés à des prospections de surface. Mais le nombre de villes fondées ou rebaptisées d’après le nom du roi témoigne de l’importance que les monarques attachaient à l’existence de cités florissantes. Les premières ont un plan circulaire (déjà connu à l’époque parthe), puis on lui préféra un plan en damier rectiligne, notamment dans les villes de Châhpuhr Ier. Beaucoup de noms de lieux ont l’élément Êrân dans leur composition, pour marquer l’identité nationale iranienne. Ce sont les régions du Sud-Ouest et du Nord-Ouest qui semblent avoir connu le plus grand développement urbain. Les villes étaient fortifiées par des remparts avec bastions, les châteaux forts (en pierre) protégeant les frontières. Les murs de Darband (près de Bakou, en Azerbaïdjan) constituent la plus belle muraille défensive connue.

Agriculture et commerce
La construction de barrages et de ponts barrages, ainsi que de grands canaux, a permis de développer la culture irriguée, surtout dans le Khûzistan.
La superficie des terres cultivées fut plus grande qu’à aucune autre époque. Les produits exportables en dehors des régions agricoles (bassin de la Diyâlâ, Khûzistan et Fasâ-Dârâb) étaient les céréales, le riz et la canne à sucre. Les rois possédaient de grands domaines (dastgerd), de même que les nobles, mais la réforme de Khosrô Ier, en taxant les terres de ces derniers, fit naître une classe de petits propriétaires, les dehqân, c’est-à-dire des chevaliers récompensés par un don de fief.

Les rois encouragèrent aussi l’industrie textile: la culture du ver à soie fut introduite seulement au VI e  siècle, juste avant Byzance, et sous Kavâd et Khosrô I er . Auparavant, le pays ne se livrait qu’au commerce de la soie brute. La route de la soie était alors contrôlée par les marchands sogdiens et indiens. Les contacts avec la Chine se développèrent grâce aux missionnaires nestoriens.  

Peu de soieries attribuables aux Sassanides ont été retrouvées, sauf celles qui, utilisées à envelopper les reliques de saints chrétiens, parvinrent en Occident et furent conservées dans les trésors des églises. Les sources authentiques de tissus sassanides sont les textiles d’Antinoe (Egypte) et les reliefs de Taq-e Bostân (habits du roi et de ses courtisans). La prédominance du fond bleu foncé manifeste une symbolique astrale, de même que le cercle, symbole du ciel. Les signes du zodiaque sont aussi attestés, car les mazdéens étaient très intéressés par l’astrologie, intimement mêlée à la philosophie et à la médecine, ainsi qu’à la magie, comme en témoignent de nombreux bols inscrits.

Les mosaïques

Le sol des palais, comme à Bichâpur, était garni de panneaux de mosaïque, illustrant deux sortes de scènes: courtisanes et musiciennes, ou séries de têtes masculines ou féminines sous forme de masques (dionysiaques) d’influence romaine. Les danseuses ou musiciennes, souvent nues, ont leur parallèle dans l’art local, sur l’argenterie. Ces scènes montrent que le palais était un lieu d’agrément pour le roi. Les palais comportaient également des décors en stuc, faits de rinceaux de fleurs, ou de bustes humains, de scènes de chasse, de motifs géométriques et végétaux, ou encore de divers animaux (dont le répertoire iconographique est très semblable à celui des sceaux).


La sculpture

La ronde-bosse en pierre est très peu représentée (à l’exception notable d’une grande statue de Châhpuhr Ier mesurant plus de 7 m de haut). En métal, elle est un peu mieux attestée par quelques bustes royaux, non identifiables car leurs couronnes ne correspondent pas à celles des monnaies. Ces bronzes sont de la fin de la période sassanide.


Les reliefs rupestres


On compte aujourd’hui jusqu’à trente-huit bas-reliefs rupestres, dont trente sont situés dans le Fârs, et six à Taq-e Bostân (Kurdistan). Ce sont peut-être les plus beaux chefs-d’œuvre de l’art sassanide. Au début de la dynastie, chaque roi fit sculpter au moins un relief, puis pendant deux cents ans il n’y eut plus rien, jusqu’à Khosrô II.  

Procédant d’un art de Cour, destiné à la glorification du roi, ces reliefs sont exécutés dans un lieu isolé, sur une falaise, non destinés à des spectateurs, contrairement aux bas-reliefs romains. Différents thèmes sont illustrés: les scènes d’investiture, au nombre de neuf, où une divinité (Ohrmizd, seul ou en compagnie de Mithra ou d’Anâhitâ) tend au roi un diadème enrubanné, interprété comme le xwarrah, incarnation de la lumière divine et de la prospérité. Ardachêr fit graver trois reliefs d’investiture; en revanche, Bahrâm II, qui fit réaliser dix reliefs, n’a pas de relief de ce type. Une autre scène est celle de l’hommage rendu au roi par des princes ou des dignitaires: Bahrâm II a fait quatre bas-reliefs de cette sorte. Les scènes de triomphe sur les empereurs romains sont célèbres. Enfin, deux scènes de tournoi, et les tableaux de chasse de Bahrâm II à Sar Mashhad et de Khosrô II à Taq-e Bostân (chasse aux sangliers et aux cerfs) sont également très remarquables.

 La vaisselle en métal

Les pièces d’argenterie sassanide ont été rarement trouvées dans des fouilles, ce qui complique leur datation. La plupart des plats n’étaient pas destinés à la table, mais servaient de cadeaux ou d’objets d’apparat. Les autres récipients, aiguières, vases, coupes à boire, constituaient la vaisselle de la Cour. Ce n’est que par comparaison avec les reliefs, les monnaies ou les sceaux que l’on peut dater ces objets. Au début, ils sont illustrés par des scènes de chasse ou des portraits royaux; plus tardivement, par des motifs géométriques, végétaux, des animaux, des motifs dionysiaques et des danseuses et musiciennes.

Les sceaux

Retrouvés en quantité considérable, les sceaux en pierres semi-précieuses (cornaline, agate, grenat, calcédoine, sardoine, onyx, améthyste, jaspe, cristal de roche, etc.) servaient à signer un document ou à authentifier une marchandise: ils étaient apposés sur des bulles, en argile crue, parfois en grand nombre, représentant autant de cosignataires. Pourvus parfois d’inscriptions (sceaux administratifs officiels ou privés), ils sont une source précieuse pour l’anthroponymie et la toponymie, de même que pour l’iconographie (large répertoire animalier et humain).

 

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