SUSE : le site qui se cache des yeux

SUSE

Suse est fondée vers 4000 avant notre ère dans la plaine du Kerkhah (l’antique Uknu), dans une région qui fait office de point de passage entre la Mésopotamie et le Plateau iranien. La plaine de Susiane est d’ailleurs un prolongement de la Mésopotamie, et les conditions géographiques sont identiques à celles de la vallée du Tigre et de l’Euphrate. Le nom de Suse est parvenu jusqu’à nous par les hébreux et les grecs.D’un fait de la longueur exceptionnelle de l’occupation du site, de la fin du Vè millénaire av. J.-C. jusqu’au XIVè siècle (soit plus de 5000 ans), l’étude de Suse se fera chronologiquement, après un aperçu des fouilles et de la topographie du site.

FOUILLES

Le site de Suse n’a jamais été oublié. La ville est restée dans les mémoires locales par la présence du tombeau du prophète Daniel, qui en fait un lieu de pèlerinage, et dans celles des européens par le livre d’Esther, dont l’histoire se déroule dans cette cité. Benjamin de Tudèle, qui visite la ville au XIIè siècle, peut ainsi l’identifier aisément.

Le premier archéologue a effectuer des relevés sur le site sera W.K. Loftus, vers le milieu du XIXè siècle. Les premiers à fouiller le site seront les époux Marcel et Jane Delafoy, de 1884 à 1886. Il faudra attendre l’arrivée sur le site de J. de Morgan en 1897 pour que les fouilles débutent réellement avec une méthode scientifique. Il y découvre des oeuvres importantes, comme la stèle du Code d’Hammurabi et celle de Naram-Sîn. Il met aussi en évidence les différentes périodes d’occupation du site. En 1903, de Morgan est rejoint par R. de Mecquenem, qui devient directeur des fouilles après son départ en 1908. Jusqu’en 1913, il s’attèle à dégager l’Apadana. Il revient après la guerre, en 1920, et continue d’explorer le site, puis fouille d’autres tells dans la région, avant de découvrir Choga Zambil en 1935.

Après la Seconde Guerre Mondiale, c’est R. Ghirshman qui fouille le site avec la volonté d’en découvrir plus sur la période élamite. Puis il fouille les niveaux des périodes plus récentes jusqu’en 1951, date à laquelle il part pour Choga Zambil. Il revient en 1961, secondé par H. Gasche, et oriente ses recherches vers la période médio-élamite.

En 1967, J. Perrot arrive pour diriger les fouilles dans la région. Elles s’arrêteront en 1979, à cause de la guerre Iran-Irak. Ces dernières explorations ont permis la mise à jour de nouvelle oeuvres d’art, comme la statue égyptienne de Darius, et ont donné plus de renseignements sur les différentes périodes d’occupation de Suse.

GÉNÉRALITÉS

Aperçu général du site

La partie la plus importantes de la Suse antique est une zone d’environ cent hectares divisé en trois parties, qui surplombe une petite rivière, la Chaour. La première est l’Apadana, du nom du grand palais que Darius a construit à cet endroit, sur les ruines de constructions élamites. La seconde est l’Acropole, la partie la plus élevée du site, sur laquelle se trouvait un fort achéménide, qui est en fait la première zone habitée de la ville, et son centre à l’époque élamite. En contrebas se trouve la Ville royale, zone résidentielle, tell constitué par les différentes couches dues à l’ancienneté de l’occupation de cette partie. Ce grand ensemble est celui qui a été peuplé en premier, dès la fin du Vè millénaire. C’est là que se trouvait la Suse élamite. Il était ceinturé d’un glacis qui servait de système de défense (il n’y avait pas de murailles). La ville s’est ensuite étendue vers l’est aux périodes plus tardives, dans la « ville des artisans », où se trouvait la ville à l’époque islamique. Les deux ensembles étaient séparés par un fossé, et les eaux de la Chaour qui avaient été détournées.

Suse et l’Élam

A l’origine, Suse n’est pas une ville élamite. La Susiane est une région plus proche de la Mésopotamie du sud. Sa population est majoritairement akkadienne. Les dieux vénérés à Suse, en plus de divinités tutélaires dont la plus importante est le dieu de la cité, Inshushinak (littéralement « le Seigneur de Suse »), étaient originaires du panthéon mésopotamien. Cependant, du fait de sa situation géographique, Suse s’est retrouvée tiraillée entre deux influences, la Mésopotamie et l’Élam.
Il semble que la première phase de domination élamite date de la période proto-élamite (c.3100-2800). La première mention historique de Suse date de l’époque du royaume d’Akkad, dans lequel elle est incorporée depuis le règne de Sargon (2334-2279). C’est le souverain d’Awan Kutik-Inshushinak qui fait rentrer la cité dans la mouvance élamite après l’effondrement du royaume d’Akkad. Mais les Mésopotamiens reviennent ensuite au début du XXIè siècle, en la personne de Shulgi, souverain d’Ur. Quand Kindattu, le roi de Shimashki, abat le royaume d’Ur en 2004, Suse retourne dans la domination élamite.
Elle y restera définitivement malgré quelques assauts Mésopotamiens, mais qui n’établissent pas de domination durable sur la région. Quand les Élamites dominent Suse, ils en font une de leurs capitales. Mais il semble que en dehors des dignitaires élamites la population de la ville reste majoritairement akkadienne. Les Élamites ont au moins tenté une fois d’implanter leur culture en Susiane, sous le règne d’Untash-Naparisha (1345-1305), qui construit à Dûr-Untash (Choga Zambil), près de Suse, un centre cultuel destiné essentiellement au culte de divinités élamites en plus d’Inshushinak. Cela entama un lent processus d’élamitisation de la Susiane, poursuivi par les Shutrukides, qui s’installent à Suse.La Susiane ne devient réellement élamite qu’au début du Ier millénaire, lorsque les Élamites sont repoussés vers l’ouest par la progression des peuples iraniens (surtout les Perses). Suse est alors la capitale de l’Élam, qui correspond à la Susiane.

La religion susienne avant la période achéménide

Suse présente une religion originale, fortement influencée par le monde mésopotamien (Sumériens et Akkadiens). L’influence élamite se fait néanmoins sentir dès l’époque paléo-élamite, même si elle ne devient prégnante que durant la période médio-élamite.
Le panthéon de Suse est dominée par la figure d’Inshushinak, littéralement le « Seigneur (IN) de Suse (SHUSHINA(K)) » en sumérien. Il est présenté comme celui qui pourvoit la royauté au souverain dominant Suse, et de nombreux souverains portent un nom théophore composé à partir de ce dieu. Son temple principal, situé dans le quartier sacré de la ville, a été bâti par le roi Shulgi d’Ur au début du XXIè siècle, puis il a été restauré par les principaux souverains qui occupèrent la ville par la suite (Kindattu, Kutik-Inshushinak, Shilhak-Inshushinak). A coté de ce temple se trouvait une ziggurat dédié elle aussi à ce dieu, qui n’a pas été retrouvée car elle a sans doute été détruite. Inshushinak est également une divinité liée au monde des morts. Il est chargé du jugement des âmes des défunts, tâche dans laquelle il est assisté par deux autres divinités, Ishme-karab (divinité au nom akkadien) et Lakamar (divinité au nom élamite parfois rapprochée de Nergal, le dieu mésopotamien des Enfers). Les parèdres d’Inshushinak varient selon la période.

Les autres divinités identifiées dans les monuments ou les textes à Suse sont pour une grande partie d’origine mésopotamienne. On trouve ainsi Shamash, Inanna/Ishtar, Ninhursag (qui dispose d’un temple important), Ea, etc. Le culte des divinités varie selon les périodes. Ainsi, durant la dynastie des Sukkalmah, le temple d’Inshushinak est aussi un lieu de culte pour Ea et Enzag (une divinité originaire de Dilmun, l’actuel Bahraïn). Durant la période médio-élamite, les divinités d’origine élamite font leur entrée à Suse, sous le patronage des rois des dynasties Igehalkides et Shutrukides. Auparavant, seule la déesse Narundi disposait d’un temple à Suse. A cette période, des temples sont construits pour les dieux élamites à proximité de Suse, à Dûr-Untash (Choga Zambil), par le roi Untash-Napirisha. A Suse même des temples dédiés aux divinités élamites sont bâtis. A l’époque élamite, de nombreuses divinités d’Élam ont un lieu de culte à Suse. Dans les inscriptions commémorant la prise de la ville, Assurbanipal mentionne des temples dédiés à Inshushinak, Shimut, Lakamar, Pinikir, Hutran.

Le quartier sacré (élamite kizzum) de Suse était situé sur le tell de l’Acropole. S’il est assez mal connu par l’archéologie, il est en revanche bien connu par les textes de l’époque Shutrukide (XIIè siècle). Ce quartier était dominé par la ziggurat d’Inshushinak, sur laquelle se trouvait un temple haut (kukunnum). En contrebas se trouvait le temple bas (hashtu). Le complexe dédié à Inshushinak se trouvait dans un bosquet sacré (husa), une particularité élamite. Une porte monumentale se trouvait à l’entrée. D’autres temples entouraient cet édifice, mais il en existait aussi en dehors du quartier sacré. 

HISTORIQUE

Chronologie

Période Date
Suse I (niveaux 27 à 23 de l’Acropole) 4000-3700
Suse II (niveaux 22 à17) 3700-3100
Suse III (niveaux 16 à10) 3100-2700
Suse IV 2700-2340
Shimashki 2340-1885
Eparti / Sukkalmah 1900-1500
Transition 1500-1455
Médio-élamite 1455-1100
Néo-élamite I 1100-743
Néo-élamite II 743-646
Néo-élamite III 646-539
Achéménide 539-330
Séleucide 330-140
Parthe 140 av. J.C.-226 ap. J.C.
Sassanide 226 ap. J.C.-643 ap. J.C.
Islam 643 ap. J.C.-XIVè siècle ap. J.C.

Suse à la période protohistorique

La période « préhistorique » de Suse est divisée en deux parties : Suse I (fin du Vè millénaire), jusqu’à environ 3700, et Suse II, de c.3700 à c.3100 (quand s’achève la période d’Uruk en Mésopotamie). La Susiane d’avant Suse connaît déjà quelques agglomérations fondées à la fin du VIè ou au début du Vè millénaires : chronologiquement Jafarrabad, Jowi et Bendebal, puis Choga Mish. Ceci montre que Suse naît dans une région déjà avancée.

La ville de Suse I est divisée en deux centres : un sur le tell de l’Acropole, et un autre sur le tell de l’Apadana. La cité possède de nombreux points communs avec celles du sud mésopotamiens de la culture dite d’el ‘Ubaid (du moins jusqu’à la fin du Vè millénaire), qui s’épanouit à la même époque. La ville possède une organisation similaire à celles-ci. Pour ainsi dire, Suse fait alors partie de la civilisation d’el ‘Ubaid, puis d’Uruk ancien, tellement l’influence mésopotamienne s’y fait ressentir. Suse a livré pour cette époque d’intéressants exemples d’architecture. C’est ainsi que les Susiens d’alors ont bâti une construction sur terrasse, dont la fonction n’est pas clairement déterminée, sur un plan identique à celui de bâtiments identiques de la Mésopotamie contemporaine. 

A cette époque aussi se développa l’art des graveurs de cachets susiens, dont le sujet de représentation préféré était le « Maître des animaux ». Parallèlement se développe un artisanat prolifique, notamment dans le domaine de la métallurgie (nombreux objets en cuivre) et surtout de la céramique, qui a atteint un stade technique et artistique remarquable pour l’époque. Du point de vue des sépultures, une importante nécropole a été retrouvée à Suse, où ont étés enterrées plus d’un milliers d’individus dont la mort pourrait avoir été causée par une catastrophe dont la nature reste impossible à déterminer.

A l’époque de Suse II, Suse est toujours sous influence sumérienne (période d’Uruk). Elle reste un lien entre la Mésopotamie et le Plateau iranien, commercial comme culturel. La ville aurait pu connaître dans un premier temps une phase de repli autour de l’Acropole, puis s’étendre ensuite. La Ville Royale et le Donjon commencent à être peuplés à la fin de la période. Lorsque l’écriture est développée à Uruk à cette période, on peut suivre son développement à Suse. Bien que la ville à cette époque ait livré peu de monuments, on peut affirmer sans doutes que l’influence mésopotamienne devait toujours y être très importante, et que la ville devait être très ressemblante à celles de Sumer. Un monument important de la cité pour cette époque est la « haute terrasse », édifice dont un seul côté a été dégagé. Il s’agit probablement d’un édifice avec un étage unique. Dans le domaine de l’artisanat, le style de la céramique devient plus minimaliste, mais l’art de la statuaire se développe. De manière générale, le style artistique devient plus abstrait. La métallurgie connaît aussi une progression importante (maîtrise notamment de technique de la cire perdue).

La Suse proto-élamite (période de Suse III, c.3100-2700)

Lorsque les Mésopotamiens abandonnèrent Suse, ils la laissèrent aux Proto-élamites, qui la firent entrer dans l’Élam. La ville subit alors un déclin : la population de Susiane retourna au nomadisme, et l’agriculture périclita. L’ordre établi par les Sumériens s’effondra, et les échanges avec ceux-ci diminuèrent un temps. La ville subit un contrecoup très dur, et fut même quasiment laissée à l’abandon à une période. du fait de cette crise, la population akkadienne de la ville tomba sous la coupe des nouveaux maîtres élamites, en lieu et place des sumériens partis. La cité d’Anshan, dans le Haut-Pays, devint plus importante.
Cependant, grâce aux acquis transmis par les anciens Sumériens, Suse sut s’imposer, et transmit notamment le principe de l’écriture aux Proto-élamites, qui développèrent une nouvelle écriture dont on a retrouvé des tablettes à Suse. La Susiane devint alors un avant-poste de la civilisation élamite face à la Mésopotamie, dont elle subira la forte influence, cette situation lui permettant de se relever rapidement de la crise du début du IIIè millénaire. Suse est un important centre culturel pour l’Élam, comme le montrent les résultats des fouilles pour cette époque. La ville connaît un renouveau, et s’étend vers l’est.
On a retrouvé un artisanat local assez avancé datant de cette époque, avec notamment de remarquables armes en bronze. La tradition des poteries pré-élamites fut cependant abandonné. Dans l’art, l’animal remplace l’homme comme sujet principal des représentations.
Au point de vue commercial, la ville conserva son statut de relais entre la Mésopotamie et l’Iran, et profita même de l’intensification des échanges dans cette région.

La période paléo-élamite

Le IIè millénaire

Dominée politiquement par les souverains d’Awan, tiraillée entre ces puissances élamites, et la Mésopotamie qui a toujours exercé sur elle une forte influence, Suse sous la période de 2700 à 2340 (Suse IV) a une importance politique assez faible. Sa situation de lien entre l’Élam et la Mésopotamie lui permet de se développer grâce au commerce, mais la lutte d’influence entre ces deux ensemble provoque une instabilité politique en Susiane durant cette période. Cependant, la ville reste riche, et abrite toujours de remarquables artistes et artisans, qui ont produits de nombreux objets et oeuvres d’arts à cette époque. On trouve ainsi des exemples d’une céramique polychrome et monochrome dite du « IIè style », qui se retrouve aussi au Luristan. Sur l’Acropole, un grand temple, qui à l’époque historique est consacré à la déesse susienne, est bâti.  Des tombes riches ont été retrouvées pour cette période au Donjon.

Suse retrouve une importance politique sous l’impulsion de Puzur-Inshushinak vers la fin du XXIIIè siècle, après avoir été dominée par les souverains de l’empire d’Akkad, qui avaient fait de cette ville le chef-lieu de leur province la plus orientale. Le souverain, animé par un esprit nationaliste, va même patronner un art élamite (qui va notamment produire une statuaire remarquable), ainsi une nouvelle écriture dans la ville qui est alors un véritable centre culturel. Cependant, dès la fin du règne de Puzur-Inshushinak, Suse va retourner dans l’ombre puis retomber sous la coupe des Mésopotamiens de la IIIè Dynastie d’Ur menés par le roi Shulgi et ses successeurs. Le conquérant construit deux temples, un dédié à Inshushinak, l’autre à Ninhursag, et peut-être même une ziggurat sur l’Acropole. Il semble que Suse aurait été pillée vers la fin de la Dynastie d’Ur III, sans doute par le dernier roi de celle-ci, Ibbi-Sîn. Peu de temps après, l’intervention du roi Kindattu de Simashki faisait tomber le royaume d’Ur et retourner Suse dans l’orbite élamite.

Suse sous les Sukkalmah

Sous la dynastie suivante, celle des Sukkalmah (ou Dynastie d’Eparti), Suse est le lieu de résidence du Sukkal (le Régent), le successeur du trône d’Élam. La ville connaît à partir du XVIIIè siècle un développement notable. 

De grandes et riches maisons sont construites dans le quartier nord de la Ville royale, signe de l’enrichissement des notables de la cité. Elles remplacent des maisons plus modestes construites aux périodes précédentes. Ces grandes demeures sont habitées par de grands personnages : Rabibi, chambellan du roi Kutir-Nahhunte, et Temti-wartash et Attar-uktush, deux grands propriétaires terriens. Ces maisons avaient une grande cour portée par quatre pilastres qui ouvrait sur une grande cour autour de laquelle s’organisait l’édifice. Des écoles et des bibliothèques ont aussi été identifiées à proximité de ces résidences.
La période des Sukkalmah a aussi livré un corpus d’environ 450 documents administratifs et juridiques découverts au début du XXè siècle, qui n’ont hélas pas fait l’objet d’études récentes. Ils sont écrits en akkadien, et peuvent être rapprochés de la vingtaine de tablettes trouvées pour la même époque à Mâlamîr (l’ancienne Khukhnur). Leurs sujets sont divers : on trouve des actes de mariage, de divorce, d’héritage, d’adoption, de vente, de prêt, de remboursement, des donations, des décisions de justice sur des litiges. Les décisions de justice sont placées sous les auspices des dieux Inshushinak ou Shamash (le dieu de la Justice en Mésopotamie), ou bien sous l’égide du souverain. On a noté dans ces textes que les femmes avaient une place notable : elles peuvent témoigner, être désignées comme héritières principales devant leurs frères. La justice a aussi assez souvent recours à la pratique de l’ordalie dans une rivière.

Les pratiques funéraires de Suse à la période des Sukkalmah sont bien connues. Les morts étaient souvent enterrés sous les résidences, dans des caveaux voûtés. On note aussi une particularité qui semble d’origine élamite, qui consiste à enterrer des têtes de terre peintes avec les morts, sans doute une effigie les représentant. Ce phénomène peut toutefois être rattaché à des pratiques funéraires assez similaires dans le Kermân au IIIè millénaire (notamment à Shahdad).Le quartier d’habitation au nord de la Ville Royale a été abandonné vers le XVè siècle.

La période médio-élamite

La période médio-élamite constitue l’apogée de l’Élam. Après la dynastie des Kidunides (XVè s.), c’est celle des Igehalkides qui prend le relais (XIVè-XIIIè s.). Anshan reste la ville privilégiée par le pouvoir royal, et d’autres villes importantes mais éphémères apparaissent en Susiane : Kabnak (Haft-Tepe) et Dûr-Untash (Choga Zambil). Mais Suse n’est pas délaissée pour autant, et reste prospère.  

Sous la Dynastie des Shutrukides (XIIè siècle), l’Élam atteint son apogée politique sous les règnes de Shutruk-Nahhunte (1185-1155) et de son fils Shilhak-Inshushinak (1150-1120).  Ces souverains sont aussi d’ardents bâtisseurs. Shilhak-Inshushinak, à la suite de son frère Kutik-Inshushinak, est le plus actif : il restaure tout les quartier sacré de Suse, dont les tempples d’Inshushinak et de Ninhursag bâtis par Shulgi, ainsi que la ziggurat et le bosquet sacré, et il l’entoure d’une muraille. Les temples étaient décorés par des façades en briques émaillées, qui ont été retrouvées sur le tell de l’Apadana où ils avaient servi à l’époque achéménide pour faire les murs d’une canalisation. C’est aussi à cette époque que de nombreuses oeuvres mésopotamiennes, telles que la célèbre stèle du Code d’Hammurabi sont amenées à Suse. Une partie d’entre elles fut alors entreposée à côté du temple d’Inshushinak. Des tombes sans doute royales ont été découvertes à proximité. Les corps avaient probablement été incinérés. Des objets divers y ont été découverts : bijoux, statuettes, cachets anciens, etc.

Cette période faste sera de courte durée, et Huteludush-Inshushinak, fils de Shilhak-Inshushinak, sera vaincu par le roi babylonien Nabuchodonosor I, et Suse fut pillée à cette occasion. Elle s’enfonce alors avec l’Élam dans une période obscure de près de quatre siècles.

La période néo-élamite

Suse ne redevient prospère que vers la fin du VIIIè siècle. La puissance élamite est alors à nouveau importante, mais elle doit faire face à l’expansion assyrienne. On voit pour cette période l’apparition de nouveaux objets originaux (essentiellement de la poterie, de la vaisselle décorées), qui peuvent toutefois être rapprochés du matériel exhumé pour la période précédente. La poterie et la vaisselle vont ensuite évoluer pour s’apparenter à ce que l’on fait en Babylonie et en Assyrie à la même époque. Le roi Shutruk-Nahhunte II construit un temple carré sur le tell de l’Acropole. Les grands temples d’Inshushinak et de Ninhursag sont sans doute restaurés. En ce qui concerne les pratiques funéraires, une tombe collective voûtée a été retrouvée dans la Ville Royale.
Avec l’installation des Perses dans la région d’Anshan à cette période, Suse devient la capitale de l’Élam, siège de la royauté. Cette ville est donc au cœur des conflits opposant Élamites et Assyriens, qui durent pendant toute la première moitié du VIIè siècle. Lors de l’ultime bataille, qui voit la défaite du roi Humban-haltash III contre Assurbanipal en 648, Suse est ravagée par les Assyriens. Dans son récit du sac de Suse, le souverain assyrien évoque la terrible punition infligée à la capitale de ses plus farouches adversaires : pillage des lieux sacrés, destruction des principaux monuments, ravage de la campagne alentour.
La ville se relève de ce sac peu après, et une faible dynastie élamite va encore régner à partir de 625. Un de ses rois, Shutur-Nahhunte, a laissé son nom sur des briques émaillées constituant un relief, retrouvées sur le tell de l’Acropole.

La période achéménide

Vers 540, le roi Perse Cyrus II s’empare sans difficultés de la Susiane. La ville tombe alors sous la coupe des Achéménides. Ceci entraîne un grand changement dans le matériel archéologique retrouvé, puisque la tradition ancienne se retrouve remplacée par celle des conquérants. Sous Cyrus II et Cambyse, Suse n’est que la capitale de la satrapie d’Élam. Mais Darius I (521-485) en fera un de ses capitales (avec Persepolis et Sardes), et la ville put alors connaître sa période la plus prestigieuse. Elle fut réaménagée, et de nouveaux monuments furent érigés, recouvrant les ruines élamites.

La palais de Darius I

Le monument principal de la période achéménide est le palais de Darius I. Le roi l’a fait bâtir durant les premières années de son règne. Le palais fut érigé sur une terrasse artificielle de 12 hectares, divisée en trois parties.

La première est la Porte (4 sur le plan). Il s’agit du seul point d’accès vers le Palais. Il est relié avec la Ville Royale (vers l’est) par une rampe de briques crues (3). La Porte en elle même est un vaste bâtiment de 40 mètres de longueur sur 28 de large, où on a retrouvée une grande statue de Darius I, venue d’Égypte, une des deux statues colossales gardant l’entrée.Par la Porte on accédait à la Maison du Roi (5), en traversant une esplanade. Vers l’ouest, on accède à une série de cours intérieures, et de salles plus petites, dont la chambre du Roi et les appartements de sa famille. Juste à côté se trouvaient aussi de magasins.

Au nord, on accédait à l’Apadana (6). Il s’agit de la salle du réception du roi. Cet ensemble de 12 000 mètres carrés était un salle hypostyle, soutenue par 36 colonnes. Les côtés ouest, nord et est de l’Apadana permettaient d’accéder à trois portiques. La partie nord de la terrasse n’a livré aucun vestige. Il se peut qu’il y ait eu des jardins.Le palais s’inspire de ceux de la période néo-babylonienne en ce qui concerne l’organisation des salles dans la Maison du Roi, avec sa succession de cours intérieures alignées, et le plan des salles. Mais il présente aussi des originalités, comme les salles carrées soutenues par quatre colonnes qui seront reprises ensuite à Persepolis. Du point de vue des matériaux, on voit le mélange de la technique mésopotamienne, donc susienne (briques crues et cuites), et de celle des montagnards perses (bois et pierre).

Le propylée, était une construction carrée de 24 mètres ce côté constitué d’un passage axial entouré de petites salles. Il se trouvait dans la Ville royale, près de la rampe d’accès vers la Palais. On peut aussi mentionner la grande porte servant d’accès à la Ville Royale par l’est, donc séparant cette zone de la Ville des Artisans. A l’ouest de Suse, sur la rive occidentale du Chaour, en face du Palais de Darius, Artaxerxes a érigé un palais au début du IVè siècle. Ce bâtiment de 220 mètres de longueur sur 150 de large comprenait une grande salle hypostyle dans le même style que l’Apadana, avec des dimensions plus modestes. Dans l’ensemble, les techniques de construction peu évolué durant le siècle séparant la construction des deux édifices.

 

Les périodes tardives (IVè s. av. J.-C., XIVè s. ap. J.-C.)

Durant les campagnes d’Alexandre le Grand en Iran, Suse est le cadre des mariages entre les Macédoniens et les filles des nobles perses, symbole de l’union entre les deux peuples (Bien que ces mariages tournèrent court pour la plupart après le décès du conquérant).
La ville resta une métropole importante à la période hellénistique, où elle est rebaptisée Séleucie de l’Eulaeos. La cité est alors dirigée par des colons gréco-macédoniens, et la culture grecque reste prépondérante jusqu’aux débuts de notre ère. Durant les premiers siècles de la domination parthe (IIIè-Ier s. av J.-C.), Suse est une ville de grande taille, mais elle perd son rôle politique. Son déclin commence au début de l’ère chrétienne, pour augmenter à la période sassanide (226 ap. J.C.-643 ap. J.C.).
Suse reprend son expansion au début de l’époque islamique, en devenant notamment un lieu de pèlerinage grâce au tombeau du prophète Daniel, visité par les Juifs comme par les Musulmans. Alors que la majeure partie des habitants de la ville continuait à résider sur les tells occidentaux de la cité, à partir du VIIIè siècle le tell oriental connaît une forte croissance. On y établit un mosquée, autour de laquelle se forme une vaste agglomération, qui devient plus importante alors que les quartiers occidentaux périclitent. Suse reste prospère jusqu’au début du IIè millénaire, après quoi elle connaît une lente phase de déclin. La ville est abandonnée au XIIIè siècle, après sa destruction par l’armée mongole. Elle est repeuplée à partir de la seconde moitié du XXè siècle, depuis le tombeau de Daniel, en contrebas de la ville élamite.
Suse est actuellement une petite ville provinciale.

 


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