LETTRE 3

Cher François,
   Mon voyage en Iran se poursuit sous les meilleurs auspices. Nous allons de site en site et chacun éveille un vague souvenir historique ou littéraire. Attar, Khayyam, Darius 1er, Xerxès : tous ces noms te disent probablement quelque chose, mais quoi? On mesure ici la profondeur de notre ignorance et les limites de notre enseignement de l’histoire qui ne dépasse pas le monde gréco-romain. Nous nous enflammons pour l’épopée d’Alexandre et méconnaissons l’immense empire de Darius, son organisation et sa tolérance.

 L’Iran est un livre d’art vivant. Chaque mausolée, chaque mosquée visitée est une page précieuse sur l’architecture et l’art islamiques. Les inscriptions savantes sur la pierre , les complexes compositions florales en céramique mêlant le bleu, le vert, le jaune et parfois le rose, les iwans élancés et bleutés surmontés de deux minarets, les coupoles virant du bleu à l’ocre avec la fuite du jour : tout  est un enchantement perpétuel pour l’oeil. Les artistes et les calligraphes ont rivalisé de talent au service de cet art  somptueux à l’extérieur quand souvent l’intérieur est simple et dépouillé. Partout l’ocre et le bleu dominent. Les Iraniens voient -ils encore ces splendeurs comme nous jetons un regard distrait en passant devant nos cathédrales ?
   Parfois, au gré d’une ruelle , nous empruntons un couloir étroit et sombre. Mène-t-il à quelque bouge? Soudain, l’espace s’ouvre sur un vaste jardin où l’eau et la végétation abondent. C’est la riche et gracieuse demeure d’un négociant d’autrefois, aux murs travaillés et peints. Sommes-nous dans un conte des « Mille et une nuits »?
   Une autre fois, au point le plus éloigné du voyage, après des kilomètres de paysages désertiques où ne roulent plus que des camions vers des contrées encore plus lointaines .Là se dresse la citadelle de Rayen. La forteresse est extérieurement intacte .Les murs en pisé s’élèvent droits et lisses bordés de tours crénelées. Là encore, lorsqu’après un escalier aux marches incommensurables on débouche sur une terrasse, l’esprit est saisi par l’immensité de l’espace. De quoi ces murs sont-ils encore les gardiens ? Quelle valeur a ici le temps ?
   Je n’épuiserai pas ce sujet dans cette lettre.    Jet’embrasse.                                      
Christiane

 

 

 

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