Archive pour mai, 2011

Absence

Je quittes L’IRAN pour 10 jours …..La destination c’est l’Indonésie avec une délégation commerciale iranienne…..visite De Jakarta et Bali::Au retour je renouvellerai le blog  ….. à bientôt

LE PANTHEON MESOPOTAMIEN



Les dieux mésopotamiens (dingir en sumérien, ilu en akkadien) étaient extrêmement nombreux. Mais, au final, seul un petit nombre avait une importance réelle, vu que par syncrétisme certains dieux avaient « absorbé » les caractéristiques d’autres divinités. En effet, les dieux sont « universels » : le dieu d’un panthéon étranger peut être accepté dans le panthéon mésopotamien. A l’origine, une divinité est originaire d’une ville précise, où elle a généralement son temple principal. Mais au cours du temps et avec le syncrétisme, le système se complique, les divinités ayant des attributions similaires devenant une seule et même entité (on a ainsi plusieurs Ishtar dans différentes cités).

Les dieux étaient organisés selon un système hiérarchisé qui est la reproduction du système humain : il y a un chef suprême descendant d’une lignée de grands dieux, qui est entouré de sa famille, qui compose le groupe des dieux les plus importants. Ce panthéon change avec le temps, au gré des évolutions politiques notamment (Marduk devient le plus important des dieux avec l’émergence de sa ville, Babylone).

Si certains dieux ont étés particulièrement vénérés, et que l’on a quelquefois tendu vers l’hénothéisme (un dieu est plus important que les autres), ce qui est une conséquence logique de la hiérarchisation, le polythéisme est toujours resté la règle. Certains personnages avaient leur dieu protecteur personnel, qu’il vénéraient particulièrement (comme Nabonide avec Sîn).

Les dieux mésopotamiens étaient représentés sous forme humaine (anthropomorphisme). Ils sont des êtres supérieurs, doués de grands pouvoirs. Mais ils sont assez « humains » sur le plan du caractère, et les mythes mésopotamiens laissent transparaître leurs défauts. Les principaux dieux étaient associés à des nombres (marquant leur importance, leur expérience), des astres. Ils avaient des attributs personnels représentants leurs fonctions, et certains avaient même un animal qui leur était associé.

Les dieux ont créé les hommess pour qu’ils soient leurs serviteurs. Ce service est assuré par le culte rendu dans le temples, qui sont les résidences des divinités (E-), dont la présence est assurée par la présence de leur statue dans la cella. Par leurs offrandes, produites par leur travail, les hommes accomplissent le rôle qui leur a été assigné par les dieux.

Les dieux ont tout pouvoir sur les hommes. Ils peuvent leur accorder leur aide, leur soutient (c’est pour cela qu’on fait des prières, des hymnes à leur gloire), tandis qu’en cas de mauvais agissement, de non-respect du culte, ils punissent.


Divinité

Epoux / épouse

Ville et temple principal

Nombre

Symbole

Animal

Anu

Antu

Uruk, Eanna

60

Tiare à cornes

Taureau du Ciel

Enlil

Ninlil

Nippur, Ekur

50

Tiare à cornes, tablettes de la destiné

 

Ea

Damkina

Eridu, Eengurra

40

Tiare, sceptre à tête de mouton

Poisson-chèvre, tortue

Marduk

Zarpanitum

Babylone, Esagil

10

Bêche

Dragon-serpent

Assur

Ishtar ou Ninlil

Assur, Esharra

 

Tiare en forme de montagne, sceptre

 

Ishtar

Dumuzi

Uruk, Eanna

15

Etoile

Lion

Adad

Shala

 

 

Foudre

Taureau

Ninurta

Ba’u / Gula

Nippur, Eshumesa

 

Charrue

 

Nabû

Tashmetum

Borsippa, Ekur

 

Calame et tablette

Dragon-ailé

Sîn

Ningal

Ur et Harrân, Ekishnugal

30

Croissant de Lune

Taureau

Shamash

Aia

Sippar, Ebabbar

20

Disque solaire

 

Nergal

Ereshkigal

Kish, Ekishibba

 

Sceptre à tête de lion, cimeterre

Lion

Gula

Pabilsag / Ninurta

Isin, Egalmah

 

 

Chien

Les principaux dieux et déesses de la religion mésopotamienne


La religion mésopotamienne au Ier siècle est un héritage des Sumériens, qui ont « légué » leurs dieux à leurs successeurs sur le territoire, ceux-ci les adoptant tels quel. Malgré l’importance des dieux nationaux d’Assyrie et de Babylone, Assur et Marduk (pour voir leur description, cliquer ici), leur culte ne faiblit jamais.

LA TRIADE

Il s’agit des trois dieux les plus importants, hérités du panthéon sumérien, Anu, Enlil et Ea.

AN / ANU

Anu est le plus grand dieu sumérien. Son nom originel, An, signifie « l’En-haut », nous dirons « le Ciel ». Il est le plus ancien de tous les dieux, leur père à tous. Il est au départ le souverain de tous les dieux, mais il se fait remplacer plus tard par le plus brillant de ses fils, Enlil. Mais il gardera son importance en tant que doyen des dieux. Il est de ce fait le patron de la famille, en tant que patriarche des dieux, et ses descendants seront les Annunaki et les Igigi. Anu habitait au Ciel, et présidait l’assemblée de dieux, et aura de ce fait été la première représentation de la royauté divine.
Son temple principal est l’Eanna (le « temple du Ciel »), situé à Uruk.

ENLIL

 

Enlil est le fils de An (le Ciel), et de Ki (le Terre). Son nom akkadien est le même que le sumérien, et signifie « Seigneur de l’atmosphère ». Il succède à son père pour devenir le souverain du panthéon mésopotamien (dans la théologie ce changement se produit vers le milieu du IIIè millénaire), le souverain du Ciel et de la Terre (puisqu’il est né de l’union des deux). Il est le dieu qui décide qui doit gouverner sur Terre, il est la Justice, qui châtie ou récompense les hommes en fonction de leurs actes. Il est le maître de tous les humains, ses humbles serviteurs. Enlil possède les tables de la destinée, et de ce fait décide donc de la destinée de tous les hommes. Il préside l’assemblée des dieux, dans sa cité de Nippur, et est celui qui les dirige, qui leur donne des ordres, parole sacrée incontestable (bien qu’elle ne soit pas toujours dans le vrai, comme le montrent certaines légendes). Il est véritablement le roi des dieux, secondé par son visir Nushku, et nous permet de nous représenter la notion de souveraineté chez les Mésopotamiens. Enlil était donc le deu le plus important pour les sumériens, et aussi le créateur des hommes. Il fut plus tard remplacé par Marduk, comme il avait lui-même remplacé Anu, comme souverain des dieux.
Son temple était l’Ekur (le « temple de la Montagne »), situé dans la ville sainte de Nippur, où siégeait l’assemblée des dieux. Ceci conféra à cette ville un caractère sacré qui lui permit longtemps d’être épargnée par les souverains mésopotamiens en dépit de sa faiblesse politique.

Lien : Enlil et Ninlil

ENKI / EA

 

Ea est le fils d’Anu et de Nammu (la Mer). Son nom sumérien était Enki. Il est le seigneur des abîmes, de l’eau douce souterraine, et dirige le cours des eaux terrestres. Maître des eaux, il est donc un dieu de la fertilité. Même s’il n’a jamais gouverné les dieux, il fait partie de la triade suprême grâce à son extraordinaire intelligence, sa ruse, qui faisaient de lieu le dieu capable de résoudre tous les problèmes, celui qui avait la solution à tout. Il est le meilleur des conseillers d’Enlil, bien qu’il puisse dans certains cas favoriser ses intérêts avant ceux des autres. C’est lui qui a eu l’idée de créer l’Homme, et il est de ce fait son protecteur, qui fait tout pour le défendre : il est connu sous le nom sumérien de Nudimmud, « celui qui a crée l’image », le dieu-créateur. Il a aussi inventé de nombreuses techniques (comme l’agriculture), qu’il a enseigné à ceux-ci pour leur améliorer leur conditions de vie. Ea est le dieu de la sagesse, et aussi le détenteur des ME, pouvoirs divins qui permet la civilisation, empêche le chaos). Il est de plus l’un des patrons de l’exorcisme. Ea a favorisé l’arrivée de son fils Marduk sur le trône des dieux.
Son temple était l’E.engurra, situé à Eridu.

Liens : Enki et l’ordre du mondeEnki et NinhursagInanna et Enki

 

LES AUTRES DIEUX MAJEURS

Les trois premiers dieux qui suivent, Ishtar, Shamash et Sîn furent considérés comme la « seconde triade ». Ils sont donc les dieux les plus importants après les trois précédents.

NANNA / SÎN

 

Sîn (Nanna en sumérien) est le dieu de la Lune. Sa parèdre est Ningal, avec laquelle il a eu Ishtar, Shamash et Adad. Il est lui-même le fils d’Enlil et de Ninlil. Son père viole sa mère, et fut de ce fait envoyé aux Enfers avec elle et leur enfant en condamnation de cet acte, et ils y restèrent durant l’enfance de Sîn. Il occupe une position intermédiaire entre les dieux anciens (Enlil) et jeunes (Ishtar). Le dieu-Lune fut très vénéré tout comme Shamash de par le caractère sacré de son astre, dont la récularité et la capacité à renaître chaque mois fascinaient les Mésopotamiens. Il est le maître du Temps, et aussi un dieu de la fertilité. Il protège les êtres vivants de l’obscurité de la nuit.
Ses deux principaux lieux de culte étaient Ur (où fut aussi bâtie en son honneur la fameuse ziggurat de la cité), dans le Sud, et Harran, dans le Nord, deux villes qui étaient de ce fait mystérieusement liées. Le temple de Sîn se nommait dans ces deux cités Ekishnugal.

Liens : Hymne à Sîn

INANNA / ISHTAR

 

Ishtar (Inanna, « la Dame du Ciel », en sumérien), est la déesse le plus vénérée par les Mésopotamiens. Chaque grande ville lui dédiait un ou plusieurs temples qui étaient tous très visités. Le syncrétisme lui a donné plusieurs attributs. Elle est tantôt la fille de Anu et de Ki, tantôt la fille de Nanna (Sîn) et de sa parèdre Ningal. Au départ, Inanna était la déesse de l’amour des Sumériens. Ishtar a repris ces caractéristiques pour devenir la déesse de la discorde et de la guerre des akkadiens, et elle a de plus été assimilée à la divinité babylonienne Delebat, la planète Vénus. Ishtar était donc la déesse de l’amour et de la guerre, phénomènes passionnels, violents chacun à leur manière. Ishtar a au cours de l’histoire religieuse mésopotamienne peu à peu absorbé toutes les autres diviités féminines, notamment la déesse sumérienne, Ninhurshag, et était ainsi devenue la déesse de la fécondité, de la fertilité, héritée de la « déesse-mère » des temps les plus anciens. Elle a ensuite transmis ces traits à la déesse phénicienne Ashtarté, puis à Aphrodite/Vénus chez les Grecs et les Romains. Ishtar était le seul personnage féminin a occuper une place importante dans la religion mésopotamienne, et le fait qu’elle ait accaparé les attributs de la plupart des déesses sumériennes et akkadiennes est à la fois la cause et la conséquence de cela.
Ses lieux de cultes sont nombreux du fait du syncrétisme. On ne peut donc pas lui attribuer un temple principal, car chacun de ses bâtiments étaient généralement dédiés à une de ses fonctions. On retiendra cependant l’Eanna, à Uruk, qui est l’un des plus anciens lieux de culte d’Inanna. Mais elle a ensuite eu d’autres temples majeurs, qui ont pu être attribués à d’autres divinités féminines avant que Ishtar ne prenne leur place et leurs attributs. On connaît ainsi Ishtar de Ninive, Ishtar d’Arbélès, ou encore Ishtar de Kish. Ishtar était une déesse très vénérée, et de ce fait c’est elle qui comptait le plus de temples dédiés à sa gloire. On connaît aussi un grand nombre de récits dont elle est l’héroïne, et où elle affirme son caractère fort et intrasigeant.

Liens : Inanna et EnkiLa descente d’Inanna/Ishtar aux EnfersHymne à Ishtar

UTU / SHAMASH

 

Shamash était le dieu du Soleil. Sa forme sumérienne était Utu. Il est le fils de Sîn (la Lune) et de sa parèdre Ningal, donc le frère d’Ishtar et d’Adad. Dans les représentations, Shamash peut être montré escaladant une montagne symbolisant les monts de l’Est, d’où le Soleil arrive chaque matin. Il est le dieu de la justice, celui qui donne au roi la capacité de régner sur leur pays selon le principe de Justice et Equité. Il protège les hommes de l’obscurité, et les illumine de sa lumière. Lorsque Hammurabi rédigera son « Code », il le légitimera en attribuant la provenance des sentences à ce dieu. Sous les Assyriens, Shamash sera un des dieux qui décidera si le roi doit entrer en guerre, car c’est lui qui sait quand la justice divine doit s’appliquer. Il est aussi le dieu des oracles et de la divination. Il est aidé dans sa tâche par deux divinités, Kittu et Mesharu, la Vérité et l’Intégrité.
Son temple principal était l’Ebabbar (le « temple blanc ») de Sippar. On trouvait aussi un autre de ses temples portant le même nom à Larsa.

Liens : Hymne à Shamash

NINURTA / NINGIRSU

 

Ninurta tuant Azag

Ningirsu (« Seigneur de Girsu ») et Ninurta (« Seigneur de la terre »), sont deux noms sumériens pour le même dieu. Il est, comme l’indique le second terme, le dieu de l’agriculture, dont l’attribut est la charrue. Ninurta est le fils d’Enlil et de Ninlil (pour les Assyriens, le fils d’Assur et d’Ishtar). Sa parèdre est Gula, la déesse de la médecine. Ninurta fut très vénéré à certaines époques, notamment à la fin du IIIè millénaire, où il fut proclamé sauveur du pays mésopotamien, ainsi qu’un millénaire plus tard, en Assyrie, sous Tukulki-Ninurta I, qui en fit son dieu principal aux côtés de son père Enlil. Il est le héros courageux et déterminé d’une épopée où il sauve les dieux en tuant le démon Azag.
Ningirsu résidait à Girsu, et était le patron de la région alentour (donc de la ville de Lagash). Son temple était l’Eninnu. Un autre de ses lieux de culte était l’Esumesa de Nippur (Ninurta étant une divinité originaire de Nippur).

Liens : Ninurta et Azag

NABÛ

Nabû est le fils de Marduk et de Zarpanitum. Il est le dieu de l’écriture, des sciences et des arts. A l’époque Néo-assyrienne, il acquit une grande importance, sans doute pour l’opposer à son père Marduk. A l’époque Néo-babylonienne, il tendit à devenir le premier des dieux du panthéon mésopotamien, certains milieux lui faisant prendre la place de son père malgré l’opposition du clergé babylonien. Nabuchodonosor lui-même combla son temple d’autant de présents que l’Esagil. Nabû était le dieu de la sagesse et de la médecine, et aussi des sciences occultes. Comme Enlil, il dispose des tablettes de la destinée et décide donc de la durée de la vie des hommes.
Nabû disposait de temples dans les grandes villes assyriennes et même d’une ziggurat à Dur-Sharrukîn. Mais il était avant tout le dieu tutélaire de Borsippa, et résidait dans l’Ezida, le « temple pur ».

ISHKUR / ADAD

 

Adad est le dieu akkadien des phénomènes climatiques tels que le régime de la pluie, et surtout l’orage (son symbole est la foudre), et la tempête. Son pendant sumérien était Ishkur, qui occupait les mêmes fonctions (surtout la pluie). Il est le fils de Anu et de Ki, sa parèdre est Shalla. Grâce à ses fonctions, il assure la bonne conduite des récoltes, malgré les malheurs qu’il peut causer en contrepartie. Il a eu une certaine importance, bien qu’inférieure à celle des dieux précédents. Il est associé à des dieux étrangers tels que le canaanite Hadad, le hurrite Teshub et le phénicien Baal, voire le syrien Dagan. Il était de ce fait assez populaire en Syrie (il avait un temple important à Alep).

ERESHKIGAL ET NERGAL

 

Ereshkigal

Nergal ,en sumérien, « autorité de la Grande Ville (des Enfers) », est, comme son nom l’indique, le maître des Enfers, le royaume des morts. On peut aussi le retrouver sous le nom d’Erra, héros d’une Epopée. Il est aussi dieu de la mort. Il est le fils d’Enlil et de Ninlil. Sa parèdre, la reine des Enfers, était Ereshkigal, en sumérien « la dame de la Grande Ville », jumelle maléfique d’Ea, fille de Anu et Nammu. Elle était à l’époque sumérienne la seule maîtresse du monde souterrain (elle est alors la parèdre de Gugalamma), et Nergal est devenu son mari simplement à l’époque akkadienne, comme l’atteste une légende expliquant comment il a d’abord été son ennemi avant de la séduire et de l’épouser pour prendre le trône des Enfers. Ereshkigal était la déesse de l’obscurité, de la mort, le juge du monde souterrain.
Ils étaient tous deux vénérés dans leur temple principal, l’Ekishibba, situé dans la ville de Kish.

Liens : Ereshkigal et NergalL’Epopée d’Erra

GULA

 

Gula est la déesse de la Guérison. Elle est la fille d’Anu, parèdre de Pabilsag, rapproché de Ninurta (ce qui fait que Gula a aussi été identifiée avec la femme de celui-ci, Ba’u). Dans les représentations, Gula est accompagnée d’un chien. Elle est la déesse protectrice des médecins. Elle connaît les moyens de guérir les gens, mais peut aussi causer la maladie en cas de faute commise. Ses deux fils sont eux aussi associés à la médecine : il s’agit de Dabu et de Ninazu.
Elle est la déesse tutélaire d’Isin, où son temple est l’Egalmah. Mais de nombreux temples lui sont consacrés dans la plupart des grandes villes de Mésopotamie, Babylone, Borsippa et Assur en comptant trois chacune. Gula a bénéficié d’un culte fervent, et de ce fait elle a été la seule déesse à ne pas avoir été « absorbée » par Ishtar.

 

DIVINITES SECONDAIRES

 

Anshar et Kishar

Couple ancestral. Dans l’Epopée de la Création, ce sont les parents d’Anu. Leurs noms signifient respectivement « Ciel universel » et « Terre universelle ». Anshar sera identifié au dieu Assur.

Antu

Ancienne divinité, mère d’An / Anu d’après certains mythes.

Apsu

Divinité babylonienne primordiale, époux de Tiamat, mis à mort par Ea dans l’Epopée de la Création. Ce terme sert aussi depuis l’époque sumérienne à désigner la masse d’eau douce située sous la Terre (dans l’Abîme), d’où proviennent les eaux terrestres. C’est là où réside le dieu Ea.

Arurru

Déesse présidant à la reproduction des êtres humains.

Asalluhi

Dieu sumérien, fils d’Enki. Sous son autre nom Asari, il est le dieu de la ville de Ku’ar. En tant que divinité de l’exorcisme, il sera absorbé par Marduk.

Ashnan

Déesse sumérienne des céréales, soeur de Lahar.

Dabu

Dieu de la guérison.

Dagan

Divinité originaire de Syrie. Son nom signifie peut-être « grain ». Il s’agit d’une divinité de la végétation dont le culte s’est ensuite répandu en Mésopotamie, où il aura un rôle secondaire. Il est en revanche très important en Syrie du Nord. Sa parèdre dans cette région est Bêlet mâtim (la « Dame du Pays »). En Mésopotamie, il est rapproché de Adad, et il a la même parèdre, Shala. En Assyrie, il devient même une divinité des Enfers. Dans la Bible, il apparaît sous le nom de Dagon, le dieu des Philistins.

Damkina / Damgalnuna

Parèdre du dieu Enki / Ea, mère de Marduk. Elle est sans doute une ancienne déesse- mère. Comme Ishtar, son animal est le Lion.

Dumuzi / Tammuz

Dieu-berger, protecteur des pasteurs. Il est sans doute un ancien roi d’Uruk qui a été divinisé. Il est l’époux de la déesse Inanna / Ishtar. Dans la Descente aux Enfers de cette dernière, il subit son courroux, et se retrouve à passer la moitié de l’année sous Terre. Il devient alors une divinité chtonienne. Il deviendra Adonis chez les Phéniciens et les Grecs.

Enkimdu

Dieu sumérien des agriculteurs, de l’irrigation et des cultures.

Gugalamma

Epoux d’Ereshkigal à l’époque sumérienne.

Isimu / Ushmu

Dieu assistant d’Enki.

Ki

Dans la mythologie sumérienne, c’est la Terre, fille de Nammu. Avec An (le Ciel), elle enfante les Annunaki, dont Enlil et Enki. PLus tard identifiée à Ninhursag / Ninmah.

Kulla

Dieu ayant un rôle dans la construction.

Lahar

Dieu du bétail, frère d’Ashnan.

Martu

Aussi connu sous le nom d’Ammuru. C’est le dieu des peuples qui portent ses noms, les Martu ou Ammorites. Identifié à ces nomades qui ravagèrent un temps la Mésopotamie, il est identifié à la tempête. Sa parèdre est Bêlet-Seri, la « Dame du Désert », aussi appelée Ashratu.

Misharu

La « Justice », et le dieu qui en a la charge.

Mushdamma

Dieu de la construction des édifices.

Nammu

Déesse primordiale, qui existe depuis le début. C’est la déesse des eaux profondes, d’où elle a engendré le Ciel (An) et la Terre (Ki).

Namtar

Le « destin » (le mot signifie « décisions »). C’est aussi le nom du dieu qui y préside.

Nanshe

Déesse protectrice de Lagash. Elle joue un rôle dans la divination, plus particulièrement l’oniromancie. Elle est aussi associée à l’écriture. Elle est la fille d’Enki / Ea, parèdre de Nindare.

Nidaba

Déesse des accouchements.

Ninazu

Dieu ayant une fonction dans la guérison, la médecine.

Ningal / Nikkal

Déesse de la Lune, parèdre de Nanna / Sîn, ave lequel elle partage l’Ekishnugal d’Ur et d’Harrân. Elle est la mère d’Ishtar, de Shamash et d’Adad.

Ningiszzida

Dieu sumérien associée à la végétation, originaire de Lagash, parèdre de Geshtinanna. Il est aidé par un message, Alla.

Ninhursag / Ninmah

Déesse sumérienne dont les noms signifient respectivement « Dame de la Montagne » et « Auguste Dame ». Elle a aussi d’autres noms. C’est la fille d’An. Elle est la déesse-mère par excellence. Elle sera identifiée à Ninlil, Ninki (épouse d’Enki dans certains textes). Sous la direction d’Enki, elle participe à la création des Hommes dans un texte sumérien tardif. Sous l’appelation Nintur, elle est la déesse des accouchements.

Ninisinna

Déesse de la prostitution.

Ninkasi

Déesse de la boisson, surtout de la bière (son nom signifie d’ailleurs « Dame de la bière »), boisson préférée des Mésopotamiens. Elle est la fille d’Enki et de Ninhursag.

Ninkilim

Déesse des souris et de la vermine des champs.

Ninlil

Parèdre d’Enlil, fille d’Haya et de Nisaba. De son viol par celui-ci naîtra Nanna / Sîn. Puis elle enfantera par la suite Ninsar et Ninkur. Elle est la déesse de Tummal, un district de Nippur. Elle sera rapprochée de Ninhursag / Ninmah.

Ninmug

Déesse protectrice des artisans, présidant le travail du bois et du métal.

Ninsar

Fille d’Enki et de Damkina. Son nom signifie « Dame des légumineuses ». Avec son père, elle aura une fille, Ninkur.

Nisaba

Déesse de la végétation destinée à l’alimentation humaine (son nom signifierait « Dame de la répartition du grain »). Elle est aussi la déesse de la comptabilité (activité en rapport avec les rations alimentaires), et de l’arpenatge. Elle est la fille d’Anu. Avec son parèdre Haya, elle a eu pour fille Ninlil.

Nushku

Dieu la lumière (son emblème est d’ailleurs la lampe). Dans certains textes, il apparaît comme le fils et vizir d’Enlil. Son fils est Gibil, le dieu du feu.

Shala

Epouse d’Adad, ou de Dagan (ces deux dieux étant assez similaires). Son emblème est l’épi d’orge. Elle est probablement une déesse de la végétation.

Shumuqan

Dieu des animaux sauvages.

Tashmetum

Déesse babylonienne, parèdre de Nabû.

Tiamat

Déesse primordiale babylonienne, épouse d’Apsû. D’après l’Epopée de la Création, elle est la divinité des eaux salées souterraines (son nom signifie « Mer »), et mère des premiers dieux, dont Anu. Voulant venger le meurtre de son mari par Ea, elle forme une armée de monstres chargés de tuer les dieux. Mais elle est vaincue par Marduk, qui utilise son corps pur créer le Monde.

Uttu

Déesse du filage, et par là aussi des vêtements.

Zababa

Dieu sumérien de la guerre.

Zarpanitum

Déesse babylonienne, parèdre de Marduk (avec lequel elle partage l’Esagil), et mère de Nabû.

 

Bibliographie :

F.Joannès (dir.), Dictionnaire de la civilisation mésopotamienne, Robert Laffont, 2001

J.Bottéro, La plus vieille religion, en Mésopotamie, Gallimard, Folio Histoire, 1998

 

LES CENTRES RELIGIEUX MESOPOTAMIENS

 

LISTE DES CENTRES RELIGIEUX MESOPOTAMIENS

 

Arbéles

Quatrième centre urbain important d’Assyrie, Arbélès n’eut jamais une grande place politique sous l’Empire assyrien. Elle fut néanmoins un lieu de culte important, et sa divinité, Ishtar d’Arbélès, bénéficiait d’une certaine popularité en Assyrie.

 

Assur

Capitale traditonnelle de l’Assyrie, car plus vieille ville du pays, Assur était le siège du dieu national Assur, et abritait de ce fait l’Esharra (ou l’Ehursangalkurkura), son temple principal. Pour compléter le culte du dieu, le temple de l’Akitû, la fête du Nouvel An, fut bâti plus loin dans la ville comme à Babylone, relié au temple principal par une voie processionnelle. Mais le culte de ce dieu ne parvint jamais à franchir les limites du pays malgré les efforts de ses puissants souverains. Le centre religieux principal d’Assyrie abritait aussi un temple dédié à la déesse Ishtar, qui fut de tout temps particulièrement vénérée dans ce pays, ainsi qu’un autre, consacré à deux dieux, Sîn et Shamash.

 

Babylone

Babylone (« la porte du dieu ») est la capitale religieuse de toute la Mésopotamie après l’époque akkadienne, et elle le restera jusqu’à la fin de sa civilisation. Cette ville a eu une aura que peu ont eu par la suite, et son rayonnement est tel qu’elle fut la seule cité mésopotamienne a hanter jusqu’à nos jours l’imaginaire populaire. Elle imposa son dieu tutélaire Marduk comme le plus grand de tous à la fin du IIè millénaire, ce qui faisait de son temple l’Esagil, et de sa ziggurat, Etemenanki, le centre du monde pour les Mésopotamiens. C’est là que se déroulait la fête du Nouvel An, à laquelle était consacré le temple de l’Akitû, situé hors de la première enceinte de la ville. Du reste, cette ville comptait à l’intérieur de ses murailles une quarantaine de temples dédiés aux dieux principaux du panthéon mésopotamien. Son quartier sacré était l’Eridu, qui avait prit ce nom à l’ancienne ville sainte de Sumer. Plus que la capitale religieuse du pays, c’était son cntre culturel et intellectuel.

 

Borsippa

Ville de Nabû, fils de Marduk, dieu de l’écriture, des sciences et des arts. Le culte de son dieu s’étendit parallèlement à celui de son père, avant même de le dépasser. Nabû fut ainsi, malgré l’opposition du clergé de Babylone, très conservateur et attaché à son dieu, le dieu principal de la Mésopotamie durant les dernières années de la civilisation. Son temple était l’Ezida, le « temple pur ».

 

Eridu

Cité d’Ea, voisine d’Ur, une douzaine de kilomètres seulement les séparant. Son dieu, père de Marduk, et considéré comme le plus intelligent et rusé du panthéon mésopotamien, fut très considéré, et ce de tout temps, ce qui fit de la ville un lieu de culte important. Sa résidence terrestre était l’E.Apsû (ou Engur), le « temple de l’eau douce ».

 

Harran

Même si cette ville n’était pas située en Mésopotamie (elle se trouve actuellement en Turquie, près de la frontière avec la Syrie), elle fut un lieu de culte important pour les habitants du pays des deux fleuves, sous l’influence des Assyriens surtout, ses prêtres faisant partie de la famille royale du pays. Jamais Harran n’eut une quelconque importance dans la politique mésopotamienne. Elle était un lieu de culte du dieu-lune Sîn, comme Ur, avec laquelle elle était liée de ce fait. Le temple principal, consacré à ce dieu, était l’Ehulhul.

 

Kalakh (ou Kalkhu)

Comme les autres cités assyriennes hormis Assur, Kalakh n’avait pas de dieu tutélaire particulier. Mais parce qu’elle fut la capitale politique de l’Assyrie pendant plus d’un siècle, avant l’avènement des Sargonides, elle devint aussi un centre religieux important. La divinité la plus vénérée dans la ville était Ningirsu/Ninurta, auquel une ziggurat était même dédiée. On trouvait aussi des temples d’autres divinités importantes en Assyrie, Ishtar et Nabû.

 

Lagash

Une des plus anciennes villes deBasse Mésopotamie, déjà lieu de culte aux époques préhistoriques. Son temple majeur est consacré à Anu. C’est une des plus importantes des anciennes Cités-Etat de Sumer, qui avait notamment à cette époque sous sa coupe la ville voisine de Girsu, que l’on confondit longtemps avec elle, cité de Ningirsu (« le seigneur de Girsu »), le dieu local, résidant dans l’un des temples de la ville, l’Eninnu.

 

Ninive

Avec Assur, l’une des plus anciennes cités d’Assyrie, dont le plan a été d’après la tradition dessiné dans le Ciel par les étoiles. Cette ville est un très ancien lieu de culte remontant aux plus hautes époques. Lorsque Sennacherib en fera sa capitale, il voudra l’élever au-dessus de toutes les villes saintes du Sud, notamment Babylone. Mais comme les grandes cités du pays, son importance fut surtout politique, ainsi qu’intellectuelle et culturelle, seuls domaines de la pensée dans lesquels elle pouvait rivaliser avec Babylone, et non religieuse. La divinité la plus importante vénérée dans cette ville était Ishtar de Ninive, pour laquelle une ziggurat avait été élevée.

 

Nippur

Nippur était le siège d’Enlil, le premier des dieux sous les Sumériens et les Akkadiens. Cette ville fut de ce fait le centre religieux principal de Sumer, car il s’agissait de la cité du maître du monde, qui décide du sort de tous les gouverneurs (les rois) du pays. La ville fut de ce fait toujours respectée en tant que sacrée, malgré son rôle politique très faible. Lieu de pélerinage très important, elle put vivre dans l’opulence grâce aux bénéfices que lui rapportait le culte d’Enlil dans son temple, l’Ekur, le « temple de la Montagne ». C’était le lieu où étaient supposées se dérouler les « assemblées des dieux », sous l’égide de leur souverain.

 

Sippar

Sippar est la ville de Utu/Shamash, le dieu du Soleil et de la Justice. Elle se situe dans les alentours de Babylone. Parce que son dieu fut l’objet d’un culte important durant toute l’histoir mésopotamienne, son temple l’Ebabbar eut une certaine importance. Cependant, la ville en tant qu’entité politique n’eut qu’une influence faible.

 

Ur

L’une des villes les plus importantes dans les hautes époques (celles des Cités-Etat) de l’histoire mésopotamienne, notamment avec la brillante IIIè Dynastie. Ce fut autrefois un port maritime. Du point de vue religieux, la cité était le siège du dieu Nanna/Sîn, auquel était dédié la grande ziggurat dont les ruines subsistent encore, et un temple, l’Ekishnugal. Le fait qu’elle partageait ce culte avec Harran créa un lien religieux entre ces deux cité, l’une étant en quelque sorte le pendant de l’autre. La ville disposait de plus, entre autres, de deux temples consacrés à Ishtar.

 

Uruk

Une autre des anciennes Cités-Etat, le berceau de l’écriture selon la tradition mésopotamienne (qui ne paraît pas contestable). Elle est née de la fusion des villes de Kullab et d’Eanna aux époques archaïques selon la tradition. Uruk est l’un des centres religieux les plus anciens de Basse-Mésopotamie. Son temple le plus important, l’un des plus riches de la région, était l’Eanna (du même nom que l’ancienne cité où il se trouvait), le « temple du Ciel », le siège du dieu sumérien d’Anu, ancien patron de Kullab, qui le partageait avec sa hétaïre Inanna/Ishtar, vénérée à Eanna, l’un des plus anciens lieux de cultes mésopotamiens

L’Empire séleucide

 L’installation de la dynastie

L’effritement de l’empire

Le sursaut

La décomposition dynastique

L’installation de la dynastie      

 

Le fondateur de la dynastie est un solide officier d’Alexandre le Grand et dirige la cavalerie des hétaires. Nommé commandant suprême de l’armée à la mort d’Alexandre,  Séleucos ne reçoit aucune province et il participe au complot contre le régent Perdiccas. Il obtient dans le nouveau partage de l’Empire d’Alexandre en – 321, la satrapie de Babylone, c’est à dire la Mésopotamie et l’Orient. Séleucos conquiert Babylone, mais en – 316, Antigonos Monophtalmos (le Borgne) le chasse de ses terres et il vient se réfugier chez Ptolémée.

Une nouvelle coalition est formée contre Antigonos qui semble capable de reconstituer l’empire à son profit. Après la victoire de Ptolémée et Séleucos à Gaza en – 311, face à Démétrios Poliorcète, le fils d’Antigonos, la paix revient. Séleucos rentre à Babylone, rétablit l’autorité macédonienne dans les provinces iraniennes et d’Asie Centrale en particulier il fait la conquête de la Bactriane. Il subit une nouvelle attaque d’Antigone en Babylonie qu’il repousse et l’oblige à lui reconnaître la maîtrise de toutes les satrapies orientales. En – 305, il n’ y a plus de successeurs possibles dans la famille d’Alexandre, aussi, comme Antigone, Ptolémée, Cassandre et Lysimaque, Séleucos prend le titre royal.

 

 

 

Carte de l’empire Séleucide vers – 300 (du site : xenohistorian)

Couleurs : l’empire est en jaune, la limite de l’empire d’Alexandre est le trait rouge.

Le domaine des Ptolémée est vert, celui de Lysimaque est violet, celui de Cassandre est rose

 

Dans la Vallée de l’Indus, il se heurte à Chandragupta. La guerre entre les Diadoques a repris. Séleucos traite avec Chandragupta. Il lui cède l’Arachosie (la région de Kandahar) et les Paropamisades (le pays de Kaboul), la Gédrosie (l’actuel Balouchistan) et un « morceau » de l’Ariane (la région d’Hérat), contracte un mariage pour sa fille avec un prince indien et obtient 500 éléphants de combat. La reprise de la guerre en Grèce, réactive la coalition contre Antigonos, Séleucos participe à cette guerre avec ses éléphants et soutient Lysimaque en Anatolie contre Démétrios en – 302. L’année suivante, Antigone et son fils sont vaincus à Ipsos en Phrygie et après la disparition d’Antigone, un nouveau partage a lieu, Séleucos obtient la Syrie et devient Séleucos Nicator (le Victorieux). Démétrios qui a refait ses forces, s’allie avec Séleucos et lui donne sa fille Stratonice en mariage. En – 298, il s’empare de la Cilicie que Séleucos lui reprend en – 294. Vers – 290, une nouvelle alliance rassemble Ptolémée, Lysimaque, Séleucos et Pyrrhus contre Démétrios qui redevient menaçant en Grèce et que Séleucos fait prisonnier en – 286. Lysimaque agrandit son royaume de Thrace et d’Asie Mineure par la conquête de la Macédoine en – 285. Séleucos, à la tête d’une puissante armée, attaque l’Asie Mineure en – 281, il est vainqueur de Lysimaque et l’élimine à la bataille du Couropédion. Maître de l’Asie Mineure, il envisage de s’emparer du trône vacant de Macédoine quand Ptolémée Keraunos l’élimine en – 281.

L’empire séleucide ne sera jamais aussi grand que sous ce roi, de la mer Egée aux frontières de l’Inde. Séleucos soucieux de développer l’héllénisme en Asie, améliore le réseau routier et fonde de nombreuses cités et en particulier ces 4 grandes :

- Antioche sur l’Oronte (du nom de son père Antiochos)

- Séleucie du Tigre

- Apamée (du nom de son épouse, Apama, fille du noble bactrien Spitaménès)

- Laodicée (du nom de sa mère, Laodice)

 

Carte de l’Anatolie antique (Wikipedia)

 

L’effritement de l’empire

 

Antiochos 1er Sôter , lui succède en – 281. Il est vainqueur des Galates en – 275 qu’il installe en Galatie, au centre de l’Anatolie. Mais il ne peut empêcher la Bythinie de devenir un royaume indépendant sous le règne de Nicomède 1er. De la même façon, la Katpatuka, (le pays des chevaux de race) ancienne région de la capitale hittite Hattusa, devient le royaume de Cappadoce et son satrape Ariarathès ceint la couronne royale. Et Pergame devient aussi un royaume sous la direction d’Eumène 1er. Le besoin de débouchés sur la mer depuis la Syrie fait de la Cœlé-Syrie (Liban actuel), l’enjeu de plusieurs guerres de Syrie avec le Lagide. La première (- 276 – 272), est avantageuse pour Ptolémée II Philadelphe qui est victorieux du Séleucide. Antiochos perd Milet, la Cilicie occidentale et la Phénicie. Le territoire séleucide en Anatolie est limité à la Troade, l’Eolide, la Carie et la Lydie, séparées de la Cilicie et de la Syrie par la Phrygie et la Psidie. Ce règne marque un premier recul pour la dynastie Séleucide. Il meurt en – 261 à la bataille de Sardes.

L’empire séleucide va perdre beaucoup de territoires sous le règne de son fils Antiochos II Théos. Il délivre les habitants de Milet de leur tyran Timarque, tandis que le gouverneur grec de la Bactriane, Diodote, se rend indépendant en – 250. Ensuite la Parthie (actuel Khorassan) où Arsace fonde en – 247 la dynastie des Parthes Arsacides, et l’Hyrcanie échappent au Séleucide. Il mène la 2ème guerre de Syrie, contre l’Egypte avec l’alliance du roi de Macédoine, Antigone Ier Gonatas, et peut ainsi reprendre l’essentiel des terres perdues par son père dans la précédente guerre de Syrie. Il épouse Bérénice, la fille du pharaon Ptolémée II Philadelphe mais sa première femme Laodice, qu’il a répudiée, le fait empoisonner puis élimine Bérénice et ses enfants.

Séleucos II Kallinikos (Le Beau Vainqueur), succède à son père en – 246. La Syrie est envahie par l’armée de Ptolémée III Evergète, lors de la guerre de Laodice (3ème guerre de Syrie). L’armée égyptienne avance jusqu’au Tigre et annexe la Syrie du Nord avec le port de Séleucie de Piérie et capture les cités du Sud de l’Asie Mineure jusqu’à Ephèse. Après la reprise d’Antioche par le Séleucide, la paix consacre la perte de la Cilicie et de la Pamphylie. Le frère de Seleucos, Antiochos Hierax (l’épervier), se révolte, le bat à la bataille d’Ancyre avec ses mercenaires galates, vers – 239 et s’empare de l’Asie Mineure, entre – 241 et – 230.

Mais son conflit avec le roi de Pergame, Attale 1er, lui fait perdre la majorité de ses possessions vers – 228. Vers – 232, Seleucos est décidé à redresser la situation dans l’Est de l’Empire. Les Parthes, comme les Scythes devant Darius, se replient devant son armée et cherchent refuge chez les Saces. L’armée séleucide s’avance jusqu’à l’Iaxarte (Syr d’Arya). Puis Arsace faisant alliance avec le roi de Bactriane, remporte une ample victoire sur Seleucos qui fait la paix avec le Parthe. Une nouvelle fois, Seleucos est battu par les Parthes, dirigés par leur nouveau roi Tiridate. Malgré son surnom, Seleucos II est régulièrement vaincu.

Le sursaut

Avec le souverain suivant,  Antiochos III Megas, qui lui succède en – 223, la situation change. Dès le début de son règne, les satrapes de Médie et de Perside se soulèvent contre lui. Les Parthes alliés aux Bactriens, menacent la Médie. En Asie Mineure, Achaios se révolte contre le roi avec le soutien du Pharaon. C’est la 4ème guerre de Syrie contre l’Egypte. Entre 219 et 217, cette guerre pour le contrôle du sud de la Syrie est à l’avantage du Séleucide. Il parvient à reprendre Séleucie de Piérie, ainsi que la Cœlé-Syrie et la Palestine. Mais en 217, les Egyptiens ont rassemblé une armée comprenant des mercenaires grecs et de nombreux paysans égyptiens. A Raphia, la bataille est perdue car Antiochos s’est lancé à la poursuite de l’aile gauche lagide où il pense qu’est Pharaon, pendant ce temps son armée est défaite. Ptolémée IV reprend ses possessions en Syrie mais laisse Séleucie de Piérie. Entre – 216 et – 214, Antiochos élimine Achaios et ainsi reprend le contrôle de l’Asie Mineure orientale.

Antiochos reconstitue une imposante armée d’environ 100 000 fantassins et 20 000 cavaliers et se lance vers l’Est. Après avoir écrasé les satrapes  révoltés, il s’engage dans une « surveillance » de la région qui dure 8 ans. Passant par la Cappadoce, il rejoint l’Arménie où le roi Xerxès se reconnaît comme son vassal et épouse Cléôpatre, la sœur du Séleucide. Puis il « visite » l’Iran et commence une campagne contre les Parthes. Leur roi Arsace III recule et se soumet en apportant un tribut. En – 209, Antiochos s’avance vers la Bactriane où le roi Euthydème oppose une vigoureuse résistance, tout se termine par un accord scellé par le mariage de Démétrius, le fils d’Euthydème avec la fille d’Antiochus. Enfin, ce dernier franchit l’Indû-kûch et, dans la vallée du Kaboul, rencontre le roi Maurya, conclut avec lui un traité qui lui apporte 150 éléphants. Vers – 205, le Séleucide mène une campagne dans la région du golfe Persique où il combat diverses populations arabes.

Il s’allie avec Philippe V de Macédoine contre l’Egypte et profite de la disparition de Ptolémée IV et du jeune âge du nouveau Pharaon pour déclencher la 5ème guerre de Syrie. Mais le général Scopas commandant l’armée égyptienne profite qu’il est occupé par la guerre qu’Attale lui fait pour envahir la Palestine et soumettre la Judée. Antiochos en termine avec Attale et conclut ce conflit par la victoire décisive du Pannion en – 200. La Palestine est conquise jusqu’à Jérusalem et la Syrie est libérée. Cette opération ne plaît guère au Sénat romain ennemi et vainqueur de Philippe V. Antiochos acquiert la suprématie maritime en s’emparant de la cité d’Ephèse et de la Cilicie et Pamphylie égyptiennes puis s’engage dans les détroits que la Macédoine a abandonnés après la bataille de Cynoscéphales, et ainsi, en – 196, pénètre en Chersonèse de Thrace, occupe Sestos et Madytos. Rome avertit solennellement le roi qu’il ne doit pas intervenir dans les cités libres d’Asie ni conduire une guerre en Europe, mais ils évacuent la Grèce en – 194. Rhodes et Pergame sont inquiètes. Antiochos fait la paix avec le jeune Pharaon Ptolémée V Epiphanes et accueille Hannibal en fuite.

Attiré par les Etoliens, en – 192, il débarque avec une faible armée en Grèce pour venir « au secours de l’indépendance grecque », mais les Etoliens ont déformé la réalité. Peu de Grecs sont favorables à cette expédition. Il réussit à attirer les Béotiens mais la Macédoine est alliée aux Romains. Il occupe l’Eubée puis les Thermopyles et reste singulièrement inactif. Les Romains envoient des troupes et avec les Macédoniens libèrent les cités conquises et convergent vers les Thermopyles où Antiochos s’est fortifié. Mais faute d’avoir prévu un plan pour la retraite, quand les Romains forcent ses retranchements, Antiochos est réduit à fuir avec 500 soldats sur les 10 000 qui ont débarqué. Les Romains aidés par Pergame et Rhodes acquièrent la maîtrise de la Mer Egée en remportant trois batailles navales entre – 191 et – 190. L’armée romaine commandée par les frères Scipio peut débarquer dans la région de Troie et Antiochos cherche à négocier. Mais les Romains exigent l’abandon des territoires au delà de l’Halys ainsi que le remboursement de tous les frais de guerre. Alors Antiochos décide d’affronter les légions en – 189.

Près de Smyrne, à Magnésie du Sipyle, l’armée du Séleucide est deux fois plus nombreuse que la coalition de Romains et de Grecs qui l’attaque. Antiochos est placé à l’aile droite et attaque avec la cavalerie lourde une aile droite romaine qui en est dépourvue. Il avance vers le camp romain mais il est arrêté par le tribun M. Aemilius, qui en sort avec ses troupes et par les cavaliers qu’Attale lui envoie en soutien. Sur l’aile gauche, la cavalerie romaine attaque l’aile ennemie qui panique en raison de l’échec de l’attaque des chars à faux, les auxiliaires fuient, les unités de cataphractes sont disloquées et la panique gagne la phalange. Sur l’aile droite les légionnaires avancent vers le camp séleucide et Antiochos fuit. Ni la phalange, ni les éléphants ne peuvent arrêter les légionnaires qui font un carnage des ennemis réfugiés dans le camp. Les pertes sont considérables, le chiffre de 50 000 tués ou prisonniers est annoncé. Antiochos demande instamment la paix.

Cette désastreuse bataille est suivie d’un traité qui affaiblit durablement l’empire. Le traité d’Apamée stipule en effet que son territoire est limité à l’Halys, la flotte et les éléphants de guerre sont livrés à Rome. Antiochos s’engage à ne plus avoir d’éléphants et sa flotte sera limitée à une dizaine de navires. Rome n’annexant aucun territoire, c’est Pergame qui est le principal bénéficiaire de l’opération. De plus, une indemnité de guerre de 15 000 talents est exigible pendant 12 ans. La recherche de fonds pour payer ces très lourdes indemnités, est directement responsable de la mort du roi qui venant piller, de nuit, un temple de Bel à Elymaïs, est massacré avec sa troupe par les habitants en – 187.

Seleucus IV Philopator (qui aime son père) lui succède et ce royaume comprend encore la Syrie, la Cilicie, la Palestine, la Mésopotamie et une partie de l’Iran. Le paiement des lourdes indemnités de guerre aux Romains sera une charge pénible pendant tout son règne. Il s’allie avec Persée, le roi de Macédoine et Rhodes contre Rome. Il envoie son ministre Héliodore à Jérusalem pour mettre la main sur le trésor du temple. Le roi doit envoyer son fils Démétrios, en otage à Rome en remplacement de son frère, le futur Antiochos IV. Au retour de sa mission, le ministre Héliodore élimine le roi en – 175. Le frère du roi, Antiochos, de retour de Rome, rétablit la situation avec le soutien d’Eumène et d’Attale, élimine Héliodore et devient le roi Antiochos IV Epiphane (l’Illustre).

En – 170, une nouvelle guerre éclate entre la Syrie et l’Egypte qui veut récupérer la Syrie Lagide perdue depuis la défaite du Pannion en – 200. Dans une première campagne, Antiochos, à la tête d’une armée de 25 000 hommes, capture la cité de Péluse, investit Alexandrie sans pouvoir la saisir. Au cours d’une seconde campagne, il envahit l’Egypte, pille les temples, pousse jusqu’à Memphis, tandis que ses troupes envahissent Chypre. Il se saisit de la personne du Pharaon et prend le titre de roi d’Egypte. Mais en – 168, à Eleusis, près d’Alexandrie qu’il est sur le point de prendre, l’ambassadeur romain C. Popillius Laenas exige qu’il quitte l’Egypte ainsi que Chypre. Antiochos qui n’a jamais heurté les intérêts romains, obéît. Mais il va affaiblir cet empire de façon durable par une politique qui va lui aliéner ces peuples qui forment une mosaïque. En – 167, il intervient à Jérusalem, rétablit le grand prêtre Ménélaus et la garnison. Sa politique brutale d’hellénisation des Hébreux et la consécration du temple de Jérusalem à Zeus déclenc    he la révolte hasmonéenne. Antiochos envoie son armée y compris ses éléphants dans les collines où sont installés les partisans et subit défaite après défaite, de lourdes pertes. En – 165, Jérusalem est reprise par les Macchabées ce qui marque un inconstestable succès mais ces conflits vont perdurer jusqu’à l’indépendance des Hébreux vers – 141, accordée par Démétrios II Nicator. Antiochos, soucieux de restaurer la grandeur séleucide, se tourne vers la partie de son empire où Rome ne peut se sentir concernée : l’Iran. Tout commence par une brillante parade organisée à Daphné près d’Antioche, sorte de réplique du triomphe de Paul Emile après la victoire de Pydna. Antiochos connaît des succès en Arménie et en Médie mais il meurt en Perside vers – 164.

La décomposition dynastique

Son fils n’a que 9 ans, il est couronné roi de Syrie  sous le nom d’Antiochos V Eupator (né d’un bon père), tandis que son cousin Démétrios, fils de Séleucos IV, retenu comme otage à Rome, n’obtient pas l’autorisation de revenir en Syrie, le Sénat préférant traiter avec un enfant, et s’enfuit d’Italie. En – 162, il débarque, fait disparaître Antiochos V et s’empare du trône, devenant Démétrios Ier Sôter. C’est le début d’une suite de meurtres liés aux conflits dynastiques. Démétrios va gagner le surnom de Sôter en raison d’un campagne en Babylonie où il chasse deux tyrans locaux,  Timarque et Héraclide. Mais il subit la guerre des Macchabées tandis que les Parthes, sous la direction de Mithidate 1er, libèrent les provinces iraniennes. Démétrios soutient Oropherne, le compétiteur d’ Ariarathe pour le trône d’Arménie. Malgré ses efforts, Démétrios reste suspect aux yeux des Romains. En – 153, Attale II suscite un usurpateur, pseudo-fils d’Antiochos IV, Alexandre Balas, soutenu par le pharaon Ptolémée VI Philometor, le roi de Cappadoce Ariarathe et avec l’aval de Rome, qui débarque avec des troupes à Ptolémais, rassembles des mercenaires et des troupes syriennes ralliées. Démétrios livre bataille à ce concurrent mais il est vaincu et meurt en combattant en 150. Ainsi Alexandre 1er Balas devient roi de Syrie. Il épouse Cléopâtre Théa, la fille de Ptolémée VI et se montre conciliant avec l’Egypte. Pendant ce temps, les Parthes avancent en Mésopotamie.

En – 147, Démétrios II Nicator, le fils de Démétrios Ier Sôter, intervient en Cilicie puis entre en Syrie. Ptolémée VI envahit la Cœlé-Syrie et il se détourne d’Alexandre Balas et soutient Démétrios Nicator dans sa lutte et tous deux battent Alexandre Balas sur l’Oronte, ce dernier disparaît en – 145 ainsi que Ptolémée VI. Démétrios II  épouse Cléopâtre Théa et reste maître du royaume séleucide, mais il doit faire face au fils d’Alexandre Balas en – 144 et au protecteur de cet enfant, un officier d’Alexandre Balas, Tryphon qui revendique le titre royal. Le chef des Macchabées, Jonathan profite des difficultés du roi pour étendre son pouvoir mais il est capturé par Tryphon. Une invasion parthe dirigée par Mithridate 1er, oblige Démétrios à faire la guerre et celui ci est fait prisonnier vers – 140. Il épouse peu de temps après Rodogune, la fille de Mithridate 1er. Son frère Antiochos VII Sidète veut restaurer l’autorité de l’Etat. Il est vainqueur de Triphon en – 138, le chasse en Phénicie et l’assiège dans Dôra. Antiochos VII reconquiert la Babylonie et la Médie sur les Parthes vers – 130. Mais les négociations avec leur nouveau roi Phraate II échouent en raison des exigences excessives d’Antiochos VII. Aussi Phraate II libère Démétrios II et en – 129, Antiochos trouve la mort au combat. L’accueil de Démétrios dans son royaume est peu favorable et son expédition en Egypte à la demande de sa belle mère, Cléopâtre II opposée à son frère et époux Ptolémée VIII échoue. Le Pharaon suscite un usurpateur, Alexandre II Zabinas, pseudo-fils d’Antiochos VII. Soutenu par l’Egypte, Zabinas vainc Démétrios II en – 126 et l’élimine puis gouverne la Syrie jusqu’en – 122 quand il est abandonné par Ptolémée VIII et renversé par Antiochos VIII Philometor, le fils de Démétrios II Nicator et de Cléopâtre Théa.

Antiochos VIII, aussi appelé Grypos, est menacé par sa mère qui veut favoriser ses enfants issus de son mariage avec Antiochos VII et il se débarrasse d’elle en – 121. Alors la Syrie vit 8 années de paix. Mais son demi-frère Antiochos IX Decyzique Philopator entre en compétition avec lui pour le trône de Syrie. Grypos s’allie avec Ptolémée VIII tandis que Antiochos IX lui enlève la Cœlésyrie en – 114. Pendant ce temps les Parthes continuent leur progression vers l’Euphrate. Le conflit entre les deux Antiochos se prolonge jusqu’en  - 96, date de la mort brutale d’ Antiochos VIII. Mais ses 5 fils revendiquent en ordre dispersé le trône. La division affecte le royaume. L’un règne en Syrie quand l’autre est maître de la Cilicie. Dans cette succession rapide de souverains, Démétrios III Sôter (- 95 – 88) est fait prisonnier par les Parthes en – 88 et une faction fait appel au roi d’Arménie, Tigrane qui est le maître entre – 83 et – 69, ne règne pas directement mais perçoit les revenus des ports de Séleucie et de Laodicée lui permettant de financer les guerres de Mithridate. C’est une longue période calme pour la Syrie mais Tigrane est vaincu par le général romain Licinius Lucullus.  Antiochos XIII Asiaticus, le fils d’Antiochos X, réclame son héritage et s’installe à Antioche sous la protection des Romains. Une nouvelle contestation vient de Philippe II descendant d’Antiochos IX Ce dernier meurt dans une émeute tandis qu’Antiochos XIII est prisonnier de Sampsigeramos (dynaste régnant sur l’Emésène) qui le libère vers – 65 – 64. Mais le général Pompée ne veut pas reconnaître ses droits et ce dernier roi périt de la main de Sampsigeramos et la Syrie devient une province romaine

 

MESOPOTAMIE L’empire de Sargon


L’armée sumérienne

                       

Pays entre les fleuves, la Mésopotamie est une vaste plaine constituée par le bassin du Tigre et de l’Euphrate. Dès le IV ème millénaire, les Sumériens ont inventé l’écriture, et sont organisés en cités Etat, dirigées par des rois. Entre ceux-ci, tels celui d’Ur, et celui de Lagash, la guerre est permanente. Les conflits existent aussi avec les Elamites à l’Est. L’évolution des troupes est rapide. D’abord simples gardes puis milices au service des dirigeants, utilisant des armes de pierre, elles sont équipées d’armes de bronze peu après – 3000, et ces armes sont alors plus diversifiées : casques, armures, haches, dagues et chars.

La rivalité entre Lagash et Ur n’est pas isolée. D’autres villes, aussi, se comportent de temps en temps comme des ennemis et la situation globale ressemble à un système de coalitions changeantes et d’alliances de courte durée entre ces villes. Kish, Umma et Mari, éloignée sur le moyen Euphrate sont connues depuis une époque aussi ancienne que celle d’Eannatoum. La plupart des combats sont des batailles d’infanterie lourde, bien que sont cités les chars de guerre tirés par des onagres (ânes sauvages). C’est la première fois dans l’histoire qu’apparaissent les chars de guerre, conçus comme arme de choc. L’infanterie combat en une sorte de phalange en colonne de 6 files de 10 hommes sans compter les officiers. Par simple virage, cette colonne devient une ligne de bataille de 10 hommes sur 6 rangs. Ces rivalités sont renforcées par le heurt entre Sumériens au sud et Sémites au nord.

 

armée sumérienne

 

 

Au 27 ème siècle av JC, les plus anciens rois connus sont Mebaragesi de Kish et Mes-kalam-doug de la cité d’Ur. Mes-anni-pada fonde la 1 ère dynastie d’Ur vers -2575. Cette cité semble la plus puissante dans ces premiers temps historiques. Vers -2500, Eannatoum un des « patesi », (vicaire du dieu principal) de Lagash, soumet la cité d’Oumma, puis renverse la dynastie d’Ur. Ses successeurs laissent le pouvoir au clergé qui opprime le peuple. La cité de Kish lui impose son hégémonie. Au 24 ème siècle av JC, Ouroukaniga, un simple fonctionnaire, renverse le régime clérical de Lagash et rejette le joug de Kish. Affaiblie, Lagash est détruite par Lougal-zaggisi, roi d’Uruk, qui soumet Kish, et fonde le premier empire Sumérien.

La fragilité de leur situation géographique, tant au plan de la défense que des ressources, oblige les Sumériens à construire le « Muriq-Tidnim », mur entre le Tigre et l’Euphrate pour arrêter les Amorrites et à innover. Les vallées fluviales ne recèlent pas de cuivre, mais ils en trouvent dans les montagnes de l’est et du nord, ainsi que d’Oman. Dès – 4000, les Sumériens en obtiennent à partir du minerai de fer et, vers -3500, ils fabriquent des objets en bronze. Akkad est un autre producteur d’armes de cette époque.

Sargon l’Ancien

Au 24 ème siècle, venant de la partie nord de la Babylonie, Sargon l’Ancien renverse l’empire Sumérien, soumet toutes les cités de basse Mésopotamie, vers – 2340, il détruit l’ancienne ville de Babylone et fonde la dynastie d’Akkad. Les armes légères des Akkadiens dominent le lourd équipement des Sumériens. Il étend son empire vers le nord, domine Mari et la capitale des Elamites, Suse. Ses armées entrent en Syrie et en Cappadoce. Au cours de son règne, vers -2370 à -2314, Sargon instaure le premier véritable empire de l’histoire, en étendant son contrôle au Croissant Fertile, de l’Élam, à l’est de Sumer, à la côte méditerranéenne.

 

 

La Mésopotamie au 3e millénaire

 

Les successeurs de Sargon, menacés par des révoltes intérieures, affrontent les assauts des montagnards du Zagros, les Goutis et les Loulloubis. Vers -2230, sous le règne de Naram-sin, les invasions des Goutis se succèdent, et sous son successeur Sharkali-Sharri, les peuples sujets (Sumériens et Elamites) se rebellent, la capitale Agadé s’effondre et les Goutis et les Amorrites anéantissent l’empire Akkadien. Il faut un siècle pour qu’ils soient chassés de Mésopotamie par Outouhégal, roi d’Uruk. Le 22ème siècle av JC connaît une profonde décadence. Sumer est moins affecté par les Goutis que le Nord. Ur et Lagash y redeviennent prospères dans une relative indépendance. Goudéa de Lagash fait figure de puissant souverain.

 

 

Goudea de Lagash

 

Vers -2110, Our-nammou fonde un nouvel empire d’Ur qui réunit Sumer, la Babylonie, l’Elam et la vallée des fleuves jusqu’à Mari et Assur. La Mésopotamie est unifiée. Mais un siècle plus tard, Ur est détruite par les Elamites alliés aux Syriens.

 

Le 1er empire assyrien, fondé par Sargon 1er au 19ème siècle, lutte contre ses voisins,Hittites et le Mitanni et progresse vers le golfe Persique et la Méditerranée.

Au 19ème siècle, les Amorrites pénètrent en Mésopotamie et Soumou-Aboum fonde la 1ère dynastie de Babylone. Hammourabi, un de ses successeurs, anéantit le premier royaume Assyrien, conquiert Sumer, Akkad et Larsa vers -1763, détruit le royaume de Mari vers -1760 et étend l’Empire babylonien vers le nord de la Syrie. Dès son successeur, Samsou-Iluna, les riverains du golfe Persique (Les Pays de la Mer) se rendent indépendants. Samsouditana, vers -1620, leur impose à nouveau l’autorité de Babylone.

Vers -1595, un raid du roi des Hittites, Mursili 1er, surprend Samsouditana et anéantit la dynastie amorrite. De nombreux guerriers sont morts, les femmes et les enfants emportés en esclavage. Le pays est dans un état tel qu’une dynastie kassite (originaire des montagnes du Zagros central) s’installe à Babylone et y règne pendant 4 siècles. Ils y introduisent le cheval. La rivalité est vive avec les Assyriens qui se libèrent de la tutelle babylonienne au 14 ème siècle. Vers -1220, le roi Kachtiliach IV est fait prisonnier par les Assyriens qui contrôlent Babylone. Affaiblie par ces attaques, la dynastie Kassite est renversée par les Elamites conduits par Shutruk-Nahunté 1er, qui prennent Babylone vers 1160.

 

 

L’armée sumérienne

 

C’est à Sumer qu’apparaissent les premiers Etats et leurs armées. Au 3ème millénaire, l’infanterie lourde, composée de rangs serrés, est la base de l’armée. Ces guerriers portent un casque couvrant, parfois en métal, un large bouclier et une lance ou une hache, une masse d’arme, une épée, un poignard. Cet équipement est propice au combat rapproché, mais la troupe est peu mobile. Sous le règne de Sargon et l’empire d’Akkad, l’armement comprend en outre l’arc composite d’une portée de plus de 300 mètres, la javeline, la hache et la fronde. L’infanterie légère tient une grande place, maniant l’incontournable lance à pointe de bronze qui pése de 150 grammes à une livre.

IMPRESSIONS D’IRAN par Gilles LUCAS

21 mai 2011
Nous quittons l’avion. Dans les couloirs de l’aéroport une femme nous aborde « D’où venez-vous? Merci de visiter notre pays. Bon voyage ».
Sourires et plaisanteries du policier qui contrôle les passeports « Bon voyage ».
Notre guide Reza nous attend « Merci de venir en Iran ».
Tout au long du voyage nous entendrons ces mêmes mots.
Au fil du séjour le contenu du message s’impose « Nous sommes un peuple de culture ancienne, fiers d’être persan, dites au monde que nous ne sommes pas des terroristes »…
Les jardins et les jeunes filles sont en fleurs, la cuisine es raffinée…Ferdowsi, Hafez et Saadi sont toujours vivants…Persépolis nous montre des images de coexistence…Ispahan est toujours la moitié du monde..
Un orage ne gâchera pas notre séjour, après l’orage le ciel est bleu.

Préhistoire de la civilisation orientale


Jean Perrot

Directeur de recherche honoraire au CNRS Correspondant de l’Institut

 

La genèse de la civilisation orientale comporte deux grandes phases. La première, entre 10 000 et 5 000 av. J.-C., relève de la préhistoire récente. Caractérisée par des phénomènes dits de « néolithisation », elle concerne l’ensemble de l’Asie du Sud-Ouest. La seconde phase, du Ve au milieu du IIIe millénaire av. J.-C., intéresse davantage le nord du golfe Arabo-Persique : la Susiane et la Mésopotamie. Cette phase est marquée par des phénomènes dits « d’urbanisation » qui nous font entrer dans ce qu’il est convenu d’appeler la protohistoire. Jean Perrot, auteur notamment de Et ils sortirent du Paradis… Carnets d’un archéologue en Orient (De Fallois-1997), analyse pour nous ci-dessous la première de ces périodes.

On entend par « civilisation » un état supérieur du développement des sociétés, caractérisé par un ensemble de phénomènes économiques, sociaux, moraux, idéologiques… Cet état est l’aboutissement d’un processus qui s’est étalé sur des millénaires. On l’observe pour la première fois au Proche et Moyen-Orient, entre le Xe et le IIIe millénaires av. J.-C. D’autres civilisations sont nées de manière indépendante mais, plus tard, en Inde, en Chine, en Amérique centrale. Dans la saga de l’humanité, les grands chapitres de l’histoire avant l’histoire ont été présentés sous les titres de « nouvel âge de la pierre », de « premier âge des métaux »… Aujourd’hui les préhistoriens sont à même d’aborder ces événements d’un point de vue plus rationnel, celui de la modification du rapport de l’homme avec son milieu naturel. Le questionnement porte sur les divers aspects du changement : technologique, économique, social, culturel, voire psychologique ; sur ses modalités et ses causes.

Une précocité due à un concours de circonstances

Celles-ci tiennent à la fois à l’homme, au niveau de développement qui, dans cette région, est alors le sien, et à ses facultés d’adaptation ; elles tiennent aussi à la géographie, à l’abondance et à la spécificité des ressources naturelles, ainsi qu’à un environnement favorable qui le devient plus encore à partir de 8 000 av. J.-C., grâce à une variation positive des conditions climatiques. Les chasseurs-cueilleurs du paléolithique supérieur avaient cherché à se fixer là où les ressources naturelles abondaient. En Europe centrale, il y a 25 000 ans, les chasseurs de mammouths de Pavlov et de Dolni Vestonice avaient construit des abris ; leurs techniques s’étaient perfectionnées. Au Levant, au XIIe millénaire, les « Natoufiens » du Carmel et de Galilée s’étaient comportés de même. Le brutal épisode sec et froid du Dryas récent, entre 11 000 et 10 000 av. J.-C., les avait renvoyés à la mobilité. Au IXe millénaire av. J.-C., avec le retour généralisé des précipitations et de la chaleur, les phénomènes de sédentarisation se manifestent à nouveau et s’étendent au Proche et au Moyen-Orient. La permanence des établissements entraîne une exploitation intensive des espèces végétales et animales qui se trouvent dans leur voisinage. Parmi les espèces végétales, des fruits et des baies sauvages, des légumineuses (pois, lentilles) et des graminées (blé, orge, avoine, seigle). Celles-ci sont la clef du développement des civilisations ; sous un faible volume et de conservation aisée, elles possèdent une haute valeur énergétique. Le blé et l’orge ne poussent à l’état sauvage qu’en Orient ; on les y trouve aujourd’hui encore sur les hauteurs du Levant et dans les piémonts du Taurus et du Zagros (le blé entre 500 et 1 000 mètres, l’orge avec une distribution plus large). Parmi les espèces animales qui vont jouer aussi un rôle important se trouvent, dans la zone à végétation arborée – les hauteurs du Liban, le flanc des chaînes du Taurus et du Zagros –, le sanglier et la chèvre qui se nourrit de feuillages ; dans la steppe herbeuse – aux marges du grand désert syro-arabe ainsi que sur les plateaux anatolien et iranien –, des ruminants comme la gazelle et le mouton, ce dernier particulièrement vulnérable du fait de sa grégarité ; le mouton ne se trouve pas au Levant, seulement plus à l’est, au-delà du moyen Euphrate et jusque dans les steppes de l’Asie centrale. Avec ces avantages naturels, l’Asie du Sud-Ouest, qui a retrouvé dès la fin du Xe millénaire des conditions climatiques proches de celles qu’elle connaît actuellement, entre, vers 8 000 av. J.-C., dans une phase « d’optimum climatique » qui va perdurer jusqu’au Ve millénaire ; c’est dire que pendant trois mille ans cette région va bénéficier de conditions exceptionnellement favorables, avec des pluies d’été et des hivers doux. La steppe herbeuse s’étend et la forêt à feuilles caduques, avec des arbres comme le chêne, couvre les hauteurs du Liban, du Taurus et du Zagros.

La part de l’homme dans le processus de néolithisation

La population s’accroît, l’archéologie en témoigne. Certains préhistoriens estiment que, dans une telle conjoncture, la pression démographique a pu être le moteur du changement. D’autres rejettent tout déterminisme géographique, économique ou démographique. Ainsi, pour Jacques Cauvin, les hommes du Levant auraient connu dès le Xe millénaire av. J.-C. une « mutation mentale », un « ébranlement idéologique » qui les aurait amenés à conceptualiser le surnaturel et le divin sous la forme d’un dieu Taureau et d’une déesse-mère. Cette « révolution », dont témoignerait l’apparition de nouveaux symboles, serait à l’origine, directe ou indirecte, de l’agriculture et des changements qui vont suivre. La difficulté de cette « option théorique », telle que la présente son auteur, est qu’elle ne trouve guère d’appui sur le plan archéologique. Les données dont nous disposons suggèrent plutôt que la motivation de l’homme dans le déclenchement et le déroulement des processus de néolithisation, et plus précisément ceux de la domestication des plantes et des animaux, n’est pas à chercher ailleurs que dans la sublimation de ses instincts ou, d’un point de vue moins optimiste, dans son désir jamais assouvi de s’approprier ce qui l’entoure. Dans les conditions permissives qu’a connues l’Orient à partir de 8 000 av. J.-C., l’intervention humaine a été décisive ; mais il a suffi d’une poussée faible, comme celle qui ouvre un cadenas à chiffres lorsque sa mystérieuse combinaison est correctement alignée. La pression démographique aidant, les contraintes d’une nature accueillante ont été aisément surmontées.

 

Les processus de domestication des plantes et des animaux : des moments relativement brefs, mais d’une cruciale importance

Ces processus sont p cadre de vie sédentaire, mais ils ne sont pas synchrones. Le passage de la cueillette des graminées à la culture des céréales, celui de la chasse à l’élevage ne se sont pas développés dans les mêmes lieux et selon les mêmes modalités. La fixation des chasseurs-cueilleurs, leur attachement à un territoire ont sans doute rendu plus attentive leur observation des plantes et des animaux qui les entouraient, jusqu’à les conduire, de manière indépendante, à la découverte de principes et d’idées allant dans le sens d’un accroissement du profit qu’ils pourraient tirer de leur environnement. Un déclic s’est produit, dans chaque cas, avec la formulation de projets ; qui dit projet dit action ; l’invention des techniques a suivi. Dans la première moitié du VIIIe millénaire et en fonction des ressources propres à chaque région, les processus de domestication ont conduit au Levant aux premières formes de l’agriculture ; plus à l’est, aux premières formes de l’élevage.

Au Levant, l’intérêt des chasseurs-cueilleurs installés dès la fin du Xe millénaire av. J.-C. dans les oasis de la vallée du Jourdain, la dépression de Damas et la vallée du moyen Euphrate, semble s’être porté sur les céréales ; de manière empirique, ils ont pu chercher, en semant des grains, à densifier des champs naturels ou à les rapprocher de leurs habitations. Ces opérations ne constituent pas encore à proprement parler une forme d’agriculture ; mais le hasard des manipulations a pu conduire à des sélections fortuites dont le succès, reconnu, a incité à une action programmée. Dans le même temps, dans les vallées du Taurus et du Zagros, les chasseurs-cueilleurs qui s’étaient établis dès le IXe millénaire av. J.-C. dans la zone à forêt claire se sont intéressés davantage aux animaux. La consommation plus grande qu’ils font de légumineuses (pois, lentilles) est peut-être une indication d’une moindre abondance des céréales ; mais surtout, ils ont accès, dans la steppe herbeuse où ils vont chasser, à des troupeaux de moutons sauvages, d’approche facile. Des animaux jeunes, aisément capturés, ont pu être rapportés vers les habitations, d’abord pour le plaisir de la compagnie et du jeu ; lorsque ces animaux ont survécu et sont parvenus, en captivité, à l’âge de la reproduction, les avantages d’une appropriation organisée sont vite apparus. Au-delà des soins de leur entretien, on a veillé à la reproduction de ces animaux déjà familiarisés ; ainsi est née une forme de proto-élevage. Bientôt la nécessité de nourrir, et plus commodément dans son habitat naturel, un troupeau plus nombreux, mais déjà contrôlable par quelques bergers, poussera hommes et bêtes vers la steppe herbeuse ; ainsi est inaugurée une forme primaire de pastoralisme qui s’appuie sur les sédentaires pour son approvisionnement en céréales.

Vers 7 500 av. J.-C., les moutons apparaissent massivement aux frontières orientales du Levant sur les sites du moyen Euphrate ; ils descendent, avec la steppe qui s’étend au sud, vers la région de Damas, puis sur le plateau jordanien ; avant la fin du VIIIe millénaire, ils seront dans la région de Pétra. Ce mouvement des premiers éleveurs s’accompagne de contacts et d’échanges – viande contre céréales – avec les premiers agriculteurs du Levant méditerranéen, contacts qui se développeront jusqu’à une véritable symbiose ; la fusion des stratégies alimentaires donnera naissance à un nouveau système économique, agro-pastoral, d’un formidable dynamisme grâce à sa grande souplesse d’adaptation à tous les milieux naturels par modulation de ses composantes. Ainsi libérés des contraintes de la nature, les hommes peuvent désormais s’installer dans les lieux de leur choix, jusque dans des zones semi-arides où, jusque-là, ils n’avaient connu que des campements. À partir de 7 000 av. J.-C., les phénomènes de néolithisation s’étendent à l’ensemble du Proche et du Moyen-Orient ; au-delà, vers l’Europe orientale ; un peu plus tard, vers l’Égypte.

Des transformations de l’économie et du mode de vie mises en évidence par l’archéologie

L’usage généralisé de la poterie au cours du VIIe millénaire est peut-être lié à l’apparition du lait, produit secondaire de la domestication animale ; un autre produit secondaire est la laine. Les techniques de la domestication du mouton sont étendues à d’autres espèces ; à la chèvre, au porc, aux bovidés. Sur le plan social, la nouvelle économie entraîne une organisation différente des espaces habités ; le village éclate pour faire place à ceux des animaux que désormais il abrite. La diversité des pratiques agricoles et pastorales conduit à une répartition des tâches à l’intérieur de chaque groupe, mais sans que l’on puisse déjà parler de spécialisation des fonctions ; la population croît en nombre ; les établissements se multiplient et s’étendent mais la structure sociale demeure égalitaire, sans distinction notable de statut ou de richesse. Des constructions exceptionnelles – terrassements – ont exigé parfois un effort collectif ; des bâtiments non destinés à un usage domestique répondent au besoin des sociétés de tout lieu et de tout temps de transmettre aux jeunes générations le savoir et les connaissances, les mythes et les rites, indispensables à la cohésion du groupe et à sa survie. Certaines constructions récemment découvertes dans le Taurus oriental, riches en symboles animaliers, gravés ou sculptés, évoquent la tradition des grottes « ornées » du paléolithique supérieur d’Europe occidentale, théâtre supposé de rites d’initiation. L’imaginaire collectif évolue avec les changements de paysage, les déplacements et les échanges qu’entraîne le nouveau mode de vie. L’horizon s’élargit et avec lui l’explication que chaque groupe se donne du monde qui l’entoure, et de sa place propre dans ce monde. À une conscience mythique de structure stationnaire, solidaire d’un horizon limité, succède une conscience de mouvement. L’impression naît pour nous que quelque chose se passe, qui va prendre de l’importance par la suite et qui conduira, deux millénaires plus tard, à la conscience historique et à un comportement religieux ; pour l’instant, sur l’horizon du Ve millénaire av. J.-C., les mythes ne font pas encore référence à des dieux et des déesses.

Les fondements de la civilisation orientale sont désormais établis. Avec le Ve millénaire av. J.-C., nous abordons la phase de transition dite protohistorique. Le climat change, les hivers sont plus marqués, les précipitations diminuent, mais la subsistance des hommes de l’Asie du Sud-Ouest dépend à présent de leur technologie. Toutefois, ce ne sera guère qu’en Mésopotamie et en Susiane, régions riches en eau, que le développement socioculturel se poursuivra désormais dans toute sa vigueur et sa diversité.L’abondance des ressources naturelles, la fertilité du sol et la capacité des agriculteurs à produire des surplus, ainsi que le développement des échanges et la recherche des objets de prestige, accéléreront la spécialisation des fonctions artisanales et autres, la stratification et la hiérarchisation de sociétés plus nombreuses. Les tensions internes, qui s’aggravent, renforceront les contraintes de la morale sociale tandis que se développera une éthique collective. C’est dans ce contexte qu’émergeront les concepts du surnaturel et du divin, la religion se constituant sous sa forme archaïque ; vers 3 000 av. J.-C., la représentation de la divinité prendra forme humaine. Parallèlement, les problèmes de gestion et d’administration auront conduit à l’invention de la comptabilité, puis de l’écriture dont l’évolution trouvera son aboutissement avec les premiers textes littéraires, vers 2 500 av. J.-C., en même temps que, sur le plan politique, se sera constituée la cité-État.

 

Jean Perrot

Avril 2001

Saisir la personnalité de l’Iran…


Rémy Boucharlat

L’Iran, cœur de l’islam chiite, est aussi la terre des Perses, des Parthes et des Sassanides qui, tout en s’opposant aux Grecs puis aux Romains, firent jaillir de brillantes civilisations, comme en témoigne leur génie artistique et architectural. Pour évoquer cette histoire plusieurs fois millénaire de l’Iran préislamique, nous avons fait appel à Rémy Boucharlat qui a dirigé l’Institut français de recherche en Iran et a collaboré aux Dossiers d’Archéologie numéros 227 (« Iran. La Perse, de Cyrus à Alexandre » – octobre 1997) et 243 (« Les Empires perses d’Alexandre aux Sassanides » – mai 1999).

Sur une carte, l’Iran apparaît comme une vaste cuvette désertique dont le centre est occupé par des lacs salés. À l’ouest et au sud, le Zagros, large massif montagneux, le coupe de la Mésopotamie et du golfe Persique ; au nord, une haute barrière culminant à 5 810 mètres l’isole de la mer Caspienne et des steppes d’Asie centrale. À l’est enfin, le plateau iranien, semé de petites chaînes de montagnes, se prolonge vers l’Afghanistan et le Pakistan. Vus d’avion pourtant, et surtout lorsqu’on parcourt les routes, les paysages iraniens du plateau se montrent parsemés d’étendues vertes, et les vallées de montagnes, étroites ou vastes, sont peuplées et largement cultivées.

Très différents les uns des autres, les paysages de hautes montagnes et ceux du plateau sont complémentaires. À l’échelle de chaque province également, les hautes terres, glaciales en hiver, se couvrent de pâturages au printemps, au moment où les troupeaux doivent quitter les plaines où la végétation ne survivra pas jusqu’à l’été. Nomadisme et transhumance, cultures de printemps et d’été complètent aujourd’hui encore l’économie des villes et villages.

Une eau abondante qui se mérite

Sait-on que la nature en a donné beaucoup à l’Iran ? Mais les hommes ont dû la maîtriser. Il y a trois mille ans ou plus, ils ont capté des eaux des rivières, mais aussi les eaux souterraines, pour les conduire sur des kilomètres, jusqu’au bas des piémonts et au-delà, jusqu’aux oasis, tel Isfahan, qui s’avancent vers le désert. L’eau captée, visible ou cachée, indique où se trouvent les villes et villages d’hier et d’aujourd’hui. Le système le plus étonnant est celui du qanat, galerie drainante souterraine, captant l’eau d’une nappe aquifère et la transportant sur des kilomètres ; on devine son tracé au sol par la série de cônes correspondant aux puits de creusement. On comptait entre vingt et quarante mille qanat jusqu’au XXe siècle ; beaucoup sont encore en usage. L’eau est disponible même l’été, et son parcours souterrain jusqu’aux cultures évite l’évaporation. Dès l’époque perse, l’Iran diffusera cette ingénieuse technique aux pays qui ne le connaissaient pas.

L’eau apprivoisée est magnifiée par les jardins comme ceux, immenses, d’Isfahan au XVIIe siècle ou, plus tard, ceux en terrasses de Mahan, près de Kerman, et beaucoup plus tôt ceux des rois achéménides. Le jardin de Cyrus a été retrouvé par les archéologues à Pasargades, sa capitale ; ceux de Persépolis restent à découvrir. Les fraîches oasis verdoyantes contrastant avec l’environnement aride sont très prisées des Iraniens qui aiment encore à y pique-niquer à l’ombre, près des bassins et canaux sur lesquels sont aménagées de petites cascades pour le plaisir de l’œil et de l’oreille.

De grandes routes caravanières à travers des paysages variés

Dès l’Antiquité, les agglomérations doivent aussi leur fortune à leur position sur les routes des caravanes : entre la Mésopotamie et le plateau, la grande route à travers le Zagros, de Kermanshah à Hamadan, est plurimillénaire. Sur le plateau, au nord, de Téhéran à Meshed et l’Asie centrale – la future « route de la soie » – et au sud, de la plaine de Suse vers Shiraz, Kerman et au-delà, les sites archéologiques remontent souvent au Ve millénaire. Nous connaissons les produits transportés sur ces routes : la Mésopotamie, dépourvue de matières premières, métaux et pierres, avait besoin des ressources des contrées situées parfois à des milliers de kilomètres, Iran, Afghanistan et Asie centrale.

Le plateau iranien n’est donc pas isolé de ses voisins, et le développement des plus anciennes civilisations doit beaucoup à cette position de zone de passage, où les hommes avaient rendu la vie possible. À partir du Ier millénaire avant notre ère, les grands empires iraniens, achéménide, parthe et sassanide s’étendront largement à leur périphérie, pour compléter leurs ressources. Alors riche, le pays sera convoité par d’autres sous forme de migrations ou invasions successives, depuis les Arabes au VIIe siècle jusqu’aux Afghans du XVIIIe, en passant par les peuples turcs à partir du Xe siècle, les Mongols de Gengis Khan au XIIIe siècle, les armées de Tamerlan cent cinquante ans plus tard. Ces terres, que les Iraniens occupaient déjà depuis la fin du IIe millénaire, dominant les autochtones, puis se mélangeant à ceux-ci, subiront et assimileront les nouvelles populations. Celles-ci, et systématiquement leurs élites, deviendront iraniennes ; d’autres groupes, au contraire, se concentreront dans certaines régions, Kurdes à l’ouest et Turcs Azeris au nord-ouest, tribus nomades arabes et grandes ethnies turcophones du Fars, Turkmènes au nord-est, Balouches au sud-est. Ils constituent la mosaïque culturelle et linguistique du vieux pays iranien. Dans chaque région, une partie de la population des villes et des villages porte les signes de cette diversité dans son physique et dans son vêtement, que le tchador noir des femmes ne cache pas complètement.

La terre, matériau de tous les usages

La diversité des paysages impose des matériaux différents, la pierre et le bois dans les régions montagneuses et surtout le pisé et la brique, crue ou cuite, sur le plateau bien sûr mais aussi dans les vallées. Toutes les qualités de la terre sont mises en œuvre pour construire et décorer, aussi bien de modestes monuments utilitaires, glacières et citernes semi-souterraines, tours à vent et pigeonniers, que d’imposants bâtiments de prestige ; des palais à toutes les époques, peu de lieux de culte avant l’islam. L’œil, même peu averti, distinguera très vite le style de chaque époque.

Peu de vestiges préachéménides méritent le détour du voyageur. Dans les villes et villages protohistoriques retrouvés par les archéologues, les murs sont rarement conservés sur plus d’un mètre de hauteur. Après leur mise au jour, ils résistent mal aux intempéries sans une restauration permanente. La ziggourat de Tchoga Zanbil, près de Suse, est une remarquable exception. Édifiée au XIVe siècle avant notre ère, cette gigantesque tour de quelque cent mètres de côté s’élevait à plus de quarante mètres de haut en quatre terrasses de plus en plus petites. Cette ziggourat, la mieux conservée de tout le Proche-Orient, construite en briques crues, est parementée de briques cuites dont beaucoup portent des inscriptions cunéiformes en langue élamite.

L’art éclectique des Achéménides, un instrument de propagande

Au VIe siècle avant notre ère apparaissent, subitement semble-t-il, les grandioses réalisations des rois achéménides qui, de Cyrus jusqu’à Darius III – vaincu par Alexandre en 331 – aménagent leurs palais dans plusieurs capitales. Cyrus, issu d’un clan noble des Perses, une tribu iranienne qui s’est lentement mélangée aux autochtones élamites du Fars, devient en 539 maître de l’Orient, des rives occidentales de l’Asie Mineure, en passant par le royaume lydien de Crésus, celui des Mèdes dans le Zagros, et la Mésopotamie babylonienne. À Pasargades,  sa capitale située au nord de Persépolis dans une plaine à 1 900 mètres d’altitude, il construit une terrasse en beaux blocs de pierres parfaitement appareillés, deux petits palais à colonnes bordés de grands portiques ouvrant sur le jardin. Sa tombe, sorte de maison érigée sur six degrés successifs, est une merveille de proportions.

Pour ces réalisations, Cyrus reprend les solutions architecturales inventées par les populations du Zagros, mais il fait également appel à des artisans d’Asie Mineure, qui introduisent style et techniques que connaissaient ces régions hellénisées ou au contact de l’hellénisme. Quant à l’apport de la Mésopotamie et de l’Égypte, cette dernière conquise par son fils Cambyses, il sera sensible à partir de Darius, le bâtisseur de Persépolis et de Suse.

Dans ces deux capitales, dont nous ne connaissons pas la ville elle-même, Darius veut manifester la puissance royale, la richesse et la diversité de son empire. Pour cela, il crée une architecture grandiose sur une gigantesque terrasse de pierre de douze hectares, haute de quatorze mètres à Persépolis et dix-huit à Suse, portant des bâtiments tout en hauteur ; l’Apadana, la salle d’audience, atteint vingt et un mètres. L’élévation des colonnes et des encadrements de portes et fenêtres en pierre emprunte et assimile des éléments phéniciens, mésopotamiens, égyptiens et ioniens. Cet éclectisme, si méprisé par les premiers archéologues tout pénétrés de culture grecque, est intentionnel. Et comme si l’architecture ne suffisait pas à montrer cette diversité, celle-ci est donnée à voir en images sur les longues frises des bas-reliefs en pierre de Persépolis, illustrant symboliquement la procession des représentants des « pays » constitutifs de l’empire. Chacune des vingt-huit ou trente délégations est identifiable par le vêtement de ses hommes et par les présents qu’ils apportent au roi, animaux – chevaux, moutons, dromadaires et chameaux, girafes même –, vases, tissus, outres… Ces mêmes délégations supportent le trône royal sur les bas-reliefs des tombes royales rupestres de Persépolis et surtout de la nécropole proche de Naqsh-e Roustam.

La puissance royale se manifeste encore par d’autres bas-reliefs montrant le roi vainqueur d’un animal, le plus souvent un lion dressé, ou encore par de longs défilés de soldats, la lance tenue droite. On retrouve ces gardes à Suse sur de grands panneaux de briques émaillées, dont les détails sont rendus par des couleurs vives, bleu, rouge, jaune, noir, blanc. Ces panneaux, aujourd’hui au Louvre, permettent d’imaginer l’aspect des monuments de pierre, dont les colonnes et les bas-reliefs étaient peints, tandis que les murs étaient décorés de tapisseries et les sols couverts de tapis.

Le mobilier de ces somptueux palais a presque entièrement disparu. Nous pouvons nous en faire une idée par des objets précieux retrouvés dans des tombes des steppes autour de la mer Noire et en Asie centrale. D’autres régions de l’empire nous font connaître les objets plus modestes, monnaies, invention alors récente, et sceaux, marques administratives et commerciales. Les archives sont rares, et la mise au jour à Persépolis de milliers de tablettes d’argile inscrites en cunéiforme élamite n’en est que plus remarquable. Elles témoignent d’une administration minutieuse, chargée de la distribution de rations aux équipes d’ouvriers ou bien à des voyageurs circulant sur ordre du roi.

Alexandre, l’hellénisme et le retour à l’iranisme

L’organisation politique de l’Empire perse est reprise par Alexandre, mais ne pourra pas être maintenue par ses successeurs. Au Proche-Orient, ceux-ci s’intéressent surtout à la Mésopotamie ; leurs réalisations en Iran sont peu connues. De cités hellénisées comme Suse, il reste peu de traces, des figurines, quelques sculptures et des inscriptions grecques. Ailleurs, de rares sculptures, dont un bas-relief près de Bisutun, marquent l’influence hellénique. Les fouilles en cours de Hamadan, l’ancienne Ecbatane, montrent un urbanisme impressionnant de régularité ; elles livreront peut-être un jour des témoins de cette période.

Au IIe siècle avant notre ère, la dynastie des Parthes, dont le berceau se situe à l’est de la mer Caspienne, étend sa domination sur l’Iran et la Mésopotamie, où elle s’installe. L’Iran ne recevra pas de constructions royales, mais des résidences de princes locaux, récemment découvertes dans l’ouest, qui, par l’architecture et le décor de stuc, montrent le substrat hellénisé, local ou à nouveau importé de Mésopotamie.

Ce sont avant tout les bas-reliefs, quelques-uns royaux près de Bisutun, beaucoup d’autres commandés par les princes du petit royaume d’Elymaïde à l’est de Suse, qui montrent l’art parthe jusqu’au début du IIIe siècle de notre ère. D’exécution médiocre, les thèmes locaux sont traités dans un style qui rappelle celui de la sculpture et la peinture des villes de l’ouest, Hatra, Doura-Europos ou Palmyre.

La renaissance iranienne

Pendant toute son histoire, la dynastie des Sassanides (224-652), originaire de la région de Persépolis, se veut l’instrument de la renaissance iranienne. Remontant à l’époque parthe, elle se manifeste dans la politique expansionniste des souverains en Mésopotamie, où ils se heurteront aux Romains puis aux Byzantins, et vers l’Afghanistan et l’Asie centrale. La religion mazdéenne ou zoroastrienne, codifiée, bientôt mise par écrit, est imposée aux populations ; le christianisme et le bouddhisme sont tolérés, du moins à certaines périodes.

L’idéologie royale, les conquêtes, la diffusion de la religion mais aussi les réformes administratives, qui permettent aux Grands de gérer de vastes domaines, donnent lieu à de magnifiques réalisations. Dans la tradition des bas-reliefs rupestres, les souverains sassanides feront exécuter plus de trente panneaux de grande qualité, la plupart au IIIe siècle dans le Fars, quelques autres plus tard à l’ouest près de Kermanshah. Exaltation de la puissance royale et parfois scènes plus intimes de famille, ces œuvres sont une marque pour l’éternité plutôt qu’une propagande ; plusieurs, en effet, sont peu visibles ou éloignées des routes.

Dans le Fars encore, plusieurs palais sont édifiés au IIIe siècle, en moellons recouverts d’un enduit de plâtre, dans lequel sont sculptés des décors « à l’achéménide ». Mais le temps des colonnes-supports de la couverture est terminé ; c’est le règne de la voûte en berceau et de la coupole sur trompes. Ardéchir, le fondateur de la dynastie, érige un château au-dessus de la gorge qui mène à Firuzabad, sa capitale. Dans la plaine, il construit un palais dont les salles d’apparat sont couvertes par des coupoles de quatorze mètres de diamètre, les plus vastes construites jusque-là. À quelque cent kilomètres à l’ouest, son fils Châpour Ier, triple vainqueur des Romains au milieu du IIIe siècle, édifie une nouvelle capitale à Bichâpour. Il abandonne le plan parfaitement circulaire des villes de son père, pour adopter le plan orthogonal qu’il a connu à l’ouest. Pour certaines constructions en pierres appareillées, un palais et un énigmatique temple semi-souterrain, comme pour la décoration des sols, il emploie des artisans romains capturés en Syrie – l’empereur Valérien y aurait été son prisonnier de marque – les scènes de la cour sassanide, danse et musique, sont exécutées selon la technique de la mosaïque romaine. Parallèlement sont réintroduits les protomés de taureaux des palais achéménides et le décor à l’égyptienne des linteaux de portes de Persépolis.

Des résidences plus modestes, luxueusement décorées, sont connues dans le Fars, mais également au nord-est, près de la frontière du Turkménistan, à Dargaz. Bas-reliefs ou bustes en stuc et peintures murales reprennent les thèmes de cour et ceux des bas-reliefs rupestres – chasses, combats, investiture royale ou scènes religieuses – et constituent un précieux répertoire de l’idéologie royale, de la vie de cour et de la religion sassanides.

Dans ces palais, le mobilier n’a pas été retrouvé. Les trouvailles fortuites dans des tombes hors d’Iran et, bien souvent hélas, apparues sur le marché des antiquités, font état d’aiguières et de coupes en argent, décorées les premières de danseuses et de scènes de cour, les secondes de scènes de chasse royale ou du roi en majesté ; de somptueux tissus brodés, dont certains ont ensuite servi à envelopper les reliques de saints médiévaux d’Occident, destinés à la clientèle aristocratique.

Ce mobilier luxueux sera connu dans l’Occident chrétien qui empruntera également certaines solutions architecturales sassanides, à travers l’art byzantin. Mais les premiers héritiers, parfaitement conscients, de cet art comme de l’organisation politique et économique de l’empire, sont les conquérants musulmans. Pendant des siècles, les califes règnent à Bagdad avec, pour conseillers politiques et artistes préférés, nombre d’héritiers de la culture sassanide.

L’islam contemporain


Paul Balta

11 septembre 2001. Les spectaculaires attentats contre le World Trade Center de New York et le Pentagone, à Washington, sont attribués au réseau terroriste international, Al Qaida (La Base), constitué en 1998 par le Saoudien d’origine yéménite, Oussama Ben Laden, allié du régime rétrograde et dictatorial des taliban (singulier taleb), étudiants en religion, au pouvoir en Afghanistan depuis 1996. Ils ont constitué le point culminant de la montée de l’intégrisme musulman et contribué à alimenter l’islamophobie de ceux qui ne connaissent pas l’histoire ancienne et contemporaine de l’islam, lequel signifie « soumis à Dieu », et qui est à la fois religion, loi, morale, politique, style de vie, culture. Paul Balta, spécialiste des mondes arabe et musulman, qui a écrit de nombreux articles et ouvrages – les deux derniers, parus en 2001, étant Islam, civilisation et sociétés, aux éditions du Rocher, et L’Islam, dans la collection « Idées reçues » du Cavalier bleu – nous permet aujourd’hui de faire le point sur ce sujet.

Un tragique retournement de l’histoire

Les États-Unis ont été victimes d’un tragique retournement de l’histoire. Alliés de l’Arabie saoudite, bastion du fondamentalisme sunnite et premier producteur mondial de pétrole, ils ont soutenu, depuis la fin de la seconde guerre mondiale, contre l’URSS mais aussi contre des dirigeants nationalistes laïcisants, comme Gamal Abdel Nasser (1918-1970) en Égypte et Ali Bhutto (1928-1979) au Pakistan, plusieurs mouvements intégristes qui commettront par la suite des attentats en Europe et même en Amérique.

En 1978, avec leur soutien, le général Zia Ul Haq prit le pouvoir au Pakistan, imposa la dictature et la charia – la loi islamique – et fit pendre Bhutto. En 1979, ils favorisèrent le retour en Iran de l’ayatollah Khomeyni qui proclama la République islamique. Surtout ils ont soutenu, contre l’Armée rouge qui avait envahi l’Afghanistan, Ben Laden et les taliban dont le régime s’est effondré moins de trois mois après la riposte américaine au 11 septembre. La CIA avait formé les volontaires venus de plusieurs pays pour les soutenir et constituer une « internationale islamiste » ; appelés les « Afghans » ; ils se retrouveront en Bosnie-Herzégovine, aux Philippines dans le groupe Abou Sayyaf, et surtout en Algérie, dans le GIA – Groupe islamique armé – dont les massacres ont fait plus de cent cinquante mille morts depuis 1992.

Rappelons aussi les attaques contre les chrétiens – et les animistes au Soudan –, en Égypte, au Nigeria, en Indonésie. Néanmoins, il convient d’éviter les amalgames : ne pas confondre l’islam, religion, et l’islamisme, mouvement politique radical, dérivé de l’arabe islamiyyun, néologisme forgé par les islamistes pour affirmer leur spécificité militante ; ne pas penser que chaque musulman (de 1,3 à 1,5 milliard dans le monde) est un terroriste.

En effet, si le dogme est le même pour tous, en revanche, du Sénégal à l’Indonésie en passant par le monde arabe, l’aire musulmane comprend une grande diversité de peuples, héritiers d’anciennes traditions et partagés en trois courants : kharijites (moins de 1 %), chiites (9 %), sunnites (90 %). Ces derniers sont répartis en quatre écoles juridiques : hanafite (aire turcophone, Inde, Chine), malékite (Haute-Égypte, Maghreb, Afrique de l’Ouest), chaféite (Basse-Égypte, Afrique orientale, Philippines, Indonésie), hanbalite (Arabie saoudite, Qatar).

Dans la vie courante, on peut distinguer les catégories suivantes : les traditionalistes, en très grande majorité, qui, préoccupés de pratique religieuse, de rituel, de morale, veulent préserver les coutumes : hiérarchie, piété filiale, voile des femmes, virginité des jeunes filles ; les fondamentalistes, rigides dans l’interprétation des textes, qui ont un projet politique prosélyte : étendre l’islam au monde ; les islamistes ou intégristes, dont l’action militante peut aller jusqu’au terrorisme ; les réformateurs qui veulent concilier religion et modernité. Pour saisir l’islam contemporain et son évolution, quelques jalons historiques sont indispensables.

Âge d’or, déclin, renaissance

Selon une idée reçue tenace, la civilisation arabo-islamique aurait été une simple « courroie de transmission » en traduisant les textes grecs en grande partie perdus au début du christianisme. En réalité, du VIIIe au XIIIe siècle, elle a été à la pointe de la modernité. De l’Asie centrale à l’Andalousie, ses apports ont été considérables dans des domaines essentiels : astronomie, mathématiques, physique, chimie, médecine, botanique, géographie, philosophie… En témoignent les nombreux mots d’origine arabe en français et dans d’autres langues européennes. Oui, s’il y a eu un « miracle grec » dans l’Antiquité, il y a eu aussi un « miracle arabe » au Moyen Âge.

Redoutant la contestation des chiites et l’effervescence des penseurs, le calife abbasside de Bagdad, Al Qadir (947-1031), fait lire dans toutes les mosquées, en 1019 (409 de l’hégire), une profession de foi fixant le credo officiel et interdisant les exégèses. Selon l’expression consacrée, il « ferma la porte de l’ijtihad » ou effort de recherche personnel, encourageant l’imitation servile, taqlid, au détriment de l’innovation. Il amorça ainsi une longue phase de déclin.

Imputant à ce dernier une application erronée de la religion, un théologien hanbalite, Mohammad Ibn Abd el-Wahhab (1703-1792), prêche une doctrine particulièrement rigoriste. La tribu des Saoud l’adopte à la suite d’un pacte conclu avec lui, en 1744, et l’imposera, sous le nom de wahhabisme, aux autres composantes du pays qu’elle réussira, non sans mal, à unifier sous son autorité avant de proclamer, en 1932, le royaume d’Arabie saoudite.

Une rivalité, sourde ou déclarée, n’a cessé d’opposer ce pays à l’Égypte depuis que Mohamed-Ali (1769-1849), vice-roi de 1805 à 1848, a envoyé des troupes reprendre aux Saoud, en 1813, La Mecque et les lieux saints de l’islam afin de les remettre sous la garde du calife ottoman. En outre, sensible au triple choc des Lumières, de la Révolution de 1789 et de l’expédition de Bonaparte (1798-1801), le fondateur de l’Égypte moderne encouragea les intellectuels qui contribueront à la Nahda, « renaissance », aux antipodes du wahhabisme.

Deux imams égyptiens de l’université religieuse d’Al-Azhar, au Caire, sont à l’origine de deux grands courants de pensée qui se prolongeront au XXe siècle. Le premier, le modernisme libéral, est inspiré par Rifaa Tahtawi (1801-1873) dont une phrase résume la philosophie : « Que la patrie soit le lieu de notre commun bonheur que nous construirons par la liberté, la pensée et l’usine » ; il est l’ancêtre des dirigeants nationalistes laïcisants, de l’Égyptien Saad Zaghloul (1860-1927) au Turc Atatürk (1867-1938), au Tunisien Bourguiba (1903-2000), en passant par l’Iranien Mossadegh (1861-1967) et bien d’autres.

Le second est le fondamentalisme musulman : pour Mohamed Abdô (1849-1905), la principale cause du déclin réside dans le fait que les musulmans se sont éloignés de la religion ; il prône donc le « retour aux sources » mais, contrairement aux wahhabites, il veut rouvrir « la porte de l’ijtihad », et retrouver l’innovation de « l’âge d’or » pour concilier islam et monde moderne. Il est à l’origine des mouvements islamistes, mais la plupart de ces derniers n’ont pas son ouverture d’esprit.

Les secousses qui ont suscité le nouveau « réveil de l’islam »

Au cours du premier quart du XXe siècle, une série d’événements secoue les mondes arabe et musulman, dont nous retiendrons les principaux. En 1916, les accords secrets Sykes-Picot partagent entre la France, l’Angleterre et la Russie les provinces de l’Empire ottoman qui sera démantelé après la première guerre mondiale. En 1917, la révolution d’Octobre permettra à Staline d’imposer ultérieurement le communisme aux républiques musulmanes de l’URSS ; en novembre, la « déclaration Balfour », du nom du ministre britannique des Affaires étrangères, promet la création d’un « foyer national juif » en Palestine, lequel facilitera l’instauration de l’État d’Israël, en 1948.

À partir de 1919, en Inde, de vives tensions opposent hindous et musulmans. Instituée en 1920, la Société des Nations donne à l’Angleterre des mandats sur la Palestine, la Jordanie, l’Irak, l’Égypte ; la France en obtient au Liban et en Syrie alors qu’elle exerce déjà son protectorat sur la Tunisie et le Maroc et occupe l’Algérie. La lutte contre le colonialisme progresse sous l’impulsion des nationalistes. En 1924, Atatürk fonde la Turquie moderne sur ce qui restait de l’empire, abolit le califat instauré à la mort de Mahomet, en 632, et proclame la laïcité, ce qui est sans précédent en terre d’islam. Cette montée du nationalisme, inspiré d’exemples français et européens, suscite un nouveau « réveil de l’islam ».

En 1927, en Inde, un lettré, Mawlana Muhammad Ilyas (1885-1944), fonde Jama’at al tabligh, la « société pour la propagation de la foi », qui vise, par l’imitation de Mahomet – on s’habille et on garde la barbe comme lui –, à réislamiser pacifiquement les musulmans dont les croyances et les pratiques sont imprégnées d’hindouisme et de bouddhisme. Depuis, le Tabligh a essaimé ; il s’est implanté en 1968 en France où ses adeptes font du porte-à-porte avec succès.

Islamisme contre nationalisme

L’événement majeur se produit en 1928 avec la fondation, en Égypte, de l’association des Frères musulmans qui deviendra la matrice de la plupart des mouvements islamistes, sunnites et chiites. C’est à Ismaélia, ville européenne habitée par les employés de la Compagnie du canal de Suez et leurs serviteurs égyptiens, qu’un instituteur, Hassan el Banna (1906-1949), fils d’un ancien disciple de Mohamed Abdô, fonde les FM. Il proclame : « L’islam est dogme et foi, patrie et nationalité, religion et État, spiritualité et action, Coran et sabre ». Ses objectifs : répandre l’instruction religieuse, fonder des œuvres pour améliorer l’état sanitaire et le niveau des pauvres gens, combattre les influences étrangères.

Dans le serment d’allégeance qu’il prononce pour être admis dans l’association, le candidat déclare : « Je crois […] que la bannière de l’islam doit couvrir le genre humain. […] Je promets de combattre pour accomplir cette mission […] et de sacrifier pour cela tout ce que je possède ». Les FM ne tardent pas à se lancer dans l’action clandestine, parfois violente. Le 1er février 1949, Nokrachi Pacha, Premier ministre, est assassiné ; le 12, El Banna l’est à son tour. Le penseur Sayyid Qotb (1906-1966), qui vient de publier La Justice sociale dans l’islam, prend la relève et élabore la théorie de la prise du pouvoir, par la force si nécessaire, afin d’instaurer l’État islamique, fondé sur la charia, dans les pays capitalistes, socialistes, communistes, nationalistes laïcs et musulmans hypocrites.

Après le renversement de la monarchie, le 23 juillet 1952, par les « officiers libres » de Gamal Abdel Nasser (1918-1970), Qotb publie À l’ombre du Coran (trente fascicules jusqu’en 1963). En 1965, un complot, réel ou mis en scène par les services secrets, lui vaut d’être arrêté et exécuté. Son dernier livre, Sur l’histoire, paraît à titre posthume en Arabie Saoudite qui partage avec les FM le slogan : « Le Coran est notre constitution ».

Toujours latent, l’antagonisme entre l’Égypte et l’Arabie s’affirme après la seconde guerre mondiale sur le plan institutionnel. Fondée en 1945, la Ligue des États arabes, dont le siège est au Caire, a pour ambition de favoriser à terme l’unité des pays membres – vingt-deux en 2002 – sur le plan politique, économique et culturel. Créée en 1962 à La Mecque, la Ligue islamique mondiale dispose, dans le monde entier, d’antennes qui financent la construction de mosquées et l’enseignement coranique. En 1972, Ryad institue l’Organisation de la Conférence islamique, dont le siège est à Jeddah ; l’OCI, qui regroupe cinquante-six États en 2002, a pour objectif de refaire l’unité des musulmans comme au temps de Mahomet. Enfin, l’Arabie soutient et souvent finance, directement ou non, des mouvements islamistes qui se répartissent en deux courants.

Le premier, plutôt pacifique, recourt à une double tactique pour déstabiliser les régimes en place : « l’asphyxie » et l’infiltration. S’il est clandestin mais toléré, il procède à une islamisation de la population et incite ses partisans à exercer une pression croissante sur le pouvoir pour l’obliger à appliquer progressivement la charia. S’il est reconnu, le parti joue, dans un premier temps, le jeu de la démocratie pour s’infiltrer dans les organes de l’État, puis, quand il est assez fort, élimine les formations concurrentes ou les réduit à la portion congrue, comme en Iran entre 1979 et 1997.

Le second groupe, favorable à la prise du pouvoir par la force, a engendré, à partir des années 1970, des organisations radicales, voire terroristes. Citons les principales. Côté sunnite : Takfir (Anathème), Takfir wa hijra (Anathème et retraite) suivant l’exemple de Mahomet qui avait gagné Médine pour fuir les persécutions de La Mecque et fonder l’État musulman, Jihad (Guerre sainte), Al-Da’wa (Appel), dans plusieurs pays ; les Gamaat islamiyya (les Associations islamistes) surtout en Égypte ; le Hamas (Ferveur) en Palestine, et le GIA, en Algérie, qui égorge enfants, femmes, vieillards et même religieux, chrétiens et musulmans, Al Qaida, enfin, qui a essaimé à partir de l’Afghanistan. Côté chiite : le Hezbollah (Parti de Dieu), au Liban et en Iran, le Jihad islami (Guerre sainte islamique) et Al-Da’wa, au Proche-Orient.

Le combat des « nouveaux penseurs de l’islam » et de la société civile

Plusieurs facteurs ont fait le lit des islamistes : les régimes nationalistes libérateurs devenus autoritaires, voire dictatoriaux, leurs dirigeants favorisant la corruption dont ils profitent ; le fossé entre pays riches et pays pauvres aggravé par la mondialisation ; la poursuite du conflit israélo-arabe malgré les nombreuses résolutions de l’ONU ; l’embargo contre l’Irak imposé, en 1991, pour punir Saddam Hussein mais qui a fait en dix ans, selon l’OMS, un million et demi de morts, dont plus de cinq cent mille enfants de moins de cinq ans.

Les islamistes ont donc un impact dans les opinions publiques lorsqu’ils dénoncent au nom de l’islam – qui recommande l’équité, l’honnêteté et la solidarité – ces situations scandaleuses. En outre, leurs œuvres sociales – aide aux malades, aux écoliers… – sont populaires. Néanmoins, dans les pays où ils ont accédé au pouvoir (Soudan, Pakistan, Iran…), ils n’ont pas su gérer l’économie ; pis, ils ont imposé des régimes autoritaires et policiers, se sont attribué des privilèges et profitent à leur tour de la corruption. Leur cruauté a révolté les couches de la population qui leur avaient été favorables.

Un des grands problèmes de l’islam contemporain réside dans sa pédagogie fondée sur l’apprentissage par cœur. Un rapport de l’ALECSO (Organisation de la Ligue arabe pour l’éducation, la culture et la science) déclare : « Dans de nombreux cas, les programmes d’enseignement ne correspondent ni aux besoins de la société arabe ni aux nécessités du développement. De même, ils ne conduisent pas à la formation de l’esprit critique, scientifique et démocratique ». En outre, la recherche scientifique n’est guère encouragée, et la fuite des cerveaux est considérable.

Face à cette situation, les « nouveaux penseurs de l’islam », comme les appelle Al Mouaten, revue du Mouvement des citoyens libanais, procèdent à une relecture des textes sacrés mais sont souvent en butte à la censure. Sauf exception, leurs œuvres n’ont pas été traduites, mais plusieurs ont été présentées et analysées en français par Al Mouaten (n° 32, 1996 ; no 34 et 36, 1997). Citons quelques titres qui illustrent la démarche : Laïcité ou islamisme, les Arabes à l’heure du choix, de l’Égyptien Fouad Zakariya (La Découverte, Paris, 1989) ; Le Livre et le Coran : une relecture contemporaine, du Syrien Mohammad Shahrour ; L’Islam emprisonné et La Voix des gens, la voix des jurisconsultes ? du Libyen Sadek Al Nahyoun, mort en exil en 1995. En Égypte, Nasser Abou Zeid a été condamné, en 1996, par la Cour de cassation pour avoir procédé à une analyse critique, historique et épistémologique du Coran et de la Sunna, recueil des faits et dits de Mahomet.

En Iran, Abdolkarim Sorouch, inspirateur de la revue Kiyan qui vient d’être interdite, nous avait exposé sa démarche : « Le Coran est la parole de Dieu mais celle-ci a été révélée à une époque donnée et transcrite par des hommes […]. Il est donc légitime d’étudier la société du VIIe siècle, d’examiner les erreurs possibles de transcription et de grammaire, puis d’analyser de façon critique les interprétations qui ont été faites du Livre ». À l’Institut Khomeyni de la ville sainte de Qom, un Américain converti, Muhamad Legenhausen, enseigne depuis la fin des années 1990 la philosophie des religions et a fait un cours intitulé « La philosophie du langage de Wittgenstein peut-elle éclairer la lecture du Coran ? », ce qui aurait été inconcevable du vivant de Khomeyni. Pour le moment, malgré ces démarches, le monde musulman attend sur le plan religieux son Vatican II.

Cependant, grâce aux radios étrangères, à la multiplication des paraboles et des satellites, au développement d’Internet, les peuples sont mieux informés. En outre, malgré ses lacunes, la scolarisation s’est développée dans la plupart des pays musulmans. En Iran et dans plusieurs États, les jeunes filles représentent plus de 50 % des inscrits dans les universités, et elles obtiennent, en moyenne, de meilleurs résultats que les jeunes gens. On assiste donc à un valeureux combat mené par la société civile pour obtenir la démocratie et le respect des droits fondamentaux ; les médias occidentaux n’y sont pas assez attentifs.

Globalement, le statut des femmes laisse encore à désirer, ce qui explique qu’elles soient particulièrement combatives et opposent une résistance discrète mais opiniâtre comme sous le régime des taliban. Signalons aussi que, même quand elles sont obligées de porter le voile ou le hijab – foulard – elles sont de plus en plus nombreuses à travailler à l’extérieur, ce qui leur donne une certaine autonomie. Les femmes chefs d’entreprise ne sont plus une exception. Trois ont même été nommées Premier ministre, au Pakistan, au Bangladesh et en Turquie. Depuis Atatürk, c’est dans ce pays que le statut de la femme est le plus favorable ; pourtant il a fallu attendre 2002 pour qu’une loi édicte l’égalité entre les deux sexes. Quant au Code de la famille, promulgué en 1956 en Tunisie par Bourguiba, il prévoit, entre autres, la contraception ; depuis, il est donné en exemple par les féministes du monde arabe.

Loin d’être monolithique dans l’espace et statique dans le temps, l’islam contemporain, comme on peut le constater, évolue à travers ses contradictions, ses combats et ses espoirs.

L’Iran sous les Qâjar (1779-1925)


Yann Richard

Les Qâjar, dynastie d’origine tribale, régnèrent sur l’Iran de la fin du XVIIIe siècle à l’avènement de Rezâ Pahlavi. Quelles furent les caractéristiques et le fonctionnement de ce royaume, confronté depuis le XIXe siècle aux ambitions territoriales des grandes puissances ? Pour répondre à ces questions, nous avons demandé à Yann Richard de nous retracer son histoire et les circonstances qui conduisirent à son effondrement, au lendemain de la première guerre mondiale.

Origines de la dynastie et prise du pouvoir

Les Qâjâr – nom voulant dire en turc « qui marche rapidement » – sont une tribu d’éleveurs nomades turcophones anciennement installés au nord de la Perse, dans la région d’Astarâbâd. Ils acquirent au service des Safavides (1501-1722) une importance militaire notable. Après la chute de cette dynastie, lors des guerres intérieures qui déchirèrent la Perse au XVIIIe siècle, les Qâjâr furent des alliés importants pour les princes qui cherchaient à établir leur domination sur le nord du pays. Âqâ Mohammad Khân, un prince né vers 1734, qui avait été émasculé dans son enfance par un ennemi pour le neutraliser, fut gardé comme otage à Chiraz par Karim Khân Zand, le vakil, qui utilisa ses conseils et son influence. Il s’échappa à la mort de son « protecteur » en 1779 et se rendit bientôt maître de tout le nord de la Perse jusqu’à Ispahan. Il fit de Téhéran, petite bourgade au pied de la montagne, sa capitale en 1786. C’est là qu’il se fit couronner dix ans plus tard, après avoir conquis la Géorgie. Lorsqu’il fut assassiné en 1797 – par deux esclaves condamnés à mort –, laissant le pouvoir à son neveu Fath-‘Ali Shâh, l’Iran était redevenu une entité politique sur laquelle régnait une puissante dynastie.

Fragilité de sa légitimité

Les Safavides avaient revendiqué une prétendue descendance des Imams et avaient été en tout cas marqués dès leur origine par un soufisme chi’ite millénariste, dont ils tiraient un charisme particulier face aux prétentions d’autorité universelle du clergé chiite. En effet, dans cette famille de l’islam, aucun pouvoir dans ce bas monde n’a de légitimité, sinon conféré par le seul souverain légitime, l’Imam absent, dont les croyants attendent le retour. En contrepartie, les ulémas, en tant qu’interprètes de la volonté de l’imam et des traditions des imams précédents, sont plus que de simples prieurs de mosquée ou professeurs de religion ; ils sont les véritables héritiers de l’autorité prophétique temporelle et spirituelle.

Après la chute de Nader Shah, un conquérant turkmène qui domina la Perse de 1736 à 1747 et avait tenté de rétablir le sunnisme – ou du moins d’établir une égalité de droit entre sunnites et chiites –, la domination chiite sur le territoire iranien était revenue en force ; le seul moyen pour les Qajar de ne pas entrer en conflit avec le clergé était de lui manifester un grand respect. Dans certains cas, l’alliance du clergé et de la monarchie semblait consolider l’autorité de chacun. Mais plus tard, lorsque les ingérences étrangères et les liens de plus en plus contraignants de la monarchie avec les Russes et les Anglais commençaient à faire douter de la solidarité entre le souverain et le peuple, le clergé a joué la carte des revendications populaires, qui firent voler en éclat le concept du pouvoir traditionnel. Il est difficile de parler de pouvoir absolu pour une monarchie liée par des traditions tribales et des règles religieuses. On peut cependant considérer qu’au début du XXe siècle, le grand gagnant de la dissension entre le pouvoir monarchique et le pouvoir religieux était bien le peuple iranien qui entrevit le rôle qu’il pouvait jouer dans une constitution parlementaire.

Style de gouvernement

En installant leur capitale à Téhéran, les rois Qâjâr gardaient un accès relativement proche à leur territoire traditionnel de la plaine Caspienne. S’ils craignaient le sud du pays, où les campagnes militaires de Âqâ Mohammad Khân avaient été particulièrement cruelles, ils voyageaient volontiers dans le nord, où ils partaient en expéditions militaires ou cynégétiques. L’été leur rappelait les coutumes de transhumance et ils n’étaient alors vraiment heureux que sous la tente. Le gouvernement se déplaçait généralement avec eux, un peu comme lorsque les rois de France passaient de château en château.

Les Qâjâr étaient turcophones : entre eux, à la cour, ils parlaient turc, même si la langue administrative et culturelle dominante était le persan. Certains principes de fiscalité – comme le nom des années fiscales – étaient hérités de l’administration mongole. La titulature revendiquait symboliquement l’héritage des anciens empereurs de la Perse antique – Shâhanshah, littéralement. « Roi des rois » – et celui d’une société islamique traditionnelle. Le roi était d’abord le protecteur de l’islam et des croyants. Son prestige s’étendait sur les territoires non dominés politiquement par son gouvernement, où vivaient des communautés chiites, comme au Liban, dans le sud de la Mésopotamie, à Bahreïn ou en Inde…

Les frontières du pouvoir n’ont jamais été clairement définies : les revenus des provinces étaient affermés à des gouverneurs qui achetaient souvent leur charge par des présents – pishkesh – et qui avaient toute liberté pour pressurer fiscalement les populations : ils gardaient le surplus, à charge de reverser au trésor royal les sommes convenues à l’avance. La justice était rendue, jusqu’aux premières réformes des années 1860, uniquement par des religieux, laissant au monarque le droit régalien de faire mettre à exécution ou non les condamnés à la peine capitale. Chaque gouverneur avait sa propre garde armée. Parfois des clercs puissants localement avaient leurs hommes armés.

Une sorte de conscription permettait de lever des troupes dans les villages, selon des barèmes fixés en fonction des répartitions fiscales. Les soldats restaient à la charge du village pendant la durée de leur service. En réalité ils se payaient fréquemment sur les populations chaque fois qu’avait lieu un mouvement de troupe. Malgré des efforts pour moderniser la formation militaire à l’imitation des réformes militaires ottomanes – notamment à l’aide d’instructeurs français dans les années 1830 – les forces armées de l’État Qâjâr sont restées déficientes jusqu’à la fin de la dynastie. Ce sont des corps d’armée formés et commandés par des officiers étrangers – brigade cosaque dirigée par des Russes en 1883 ou gendarmerie dirigée par des Suédois en 1911 – qui constituèrent les éléments les plus crédibles de la nouvelle armée unique, formée à partir de 1921.

Jusqu’au début du XXe siècle, le trésor royal, alimenté par les taxes reversées par les gouverneurs, n’était pas distingué des biens personnels du monarque. Les dépenses inconsidérées de ce dernier pouvaient servir le bien commun, mais rien ne pouvait en vérifier la bonne utilisation. Ainsi, les trois voyages en Europe de Nâseroddin Shâh occasionnèrent des dépenses considérables, qui furent en partie couvertes par des emprunts et par la vente de secteurs entiers de l’économie iranienne à des sociétés européennes. Les frustrations des réformateurs ont abouti à la Révolution constitutionaliste, qui donnait notamment au Parlement, élu au suffrage universel masculin, le droit de contrôler tous les emprunts étrangers.

Les grands événements de la période

La première moitié du XIXe siècle a été marquée par les deux règnes de Fath-‘Ali Shâh (1797-1834) et de Mohammad-Shâh (1834-1848). Le premier, qui eut plusieurs dizaines d’épouses et de concubines, laissa une descendance pléthorique qui fut, après une génération, une des causes de la décadence de cette dynastie. Le deuxième, qui prit un vizir soufi – Mirzâ Aghasi – laissa le souvenir d’un souverain tolérant et faible. Ces deux règnes furent marqués par deux traumatismes, les deux défaites devant l’empire tsariste et, à l’intérieur, la rébellion du Bâb.

Traumatismes des guerres russes

Le premier contact entre l’Iran Qâjâr et les nations européennes a eu pour enjeu l’accès à l’Inde, un élément extérieur à la Perse. Napoléon souhaitait en effet, à l’instar d’Alexandre, établir une voie terrestre à travers le Proche Orient et la Perse pour empêcher les Britanniques de s’établir en maîtres dans le sous-continent. L’alliance franco-persane aurait pu aboutir en raison de la menace russe au Caucase, dont Fath-‘Ali Shâh voulait se préserver en trouvant un soutien militaire extérieur. Le traité franco-persan de Finkenstein (1807) fut suivi presque immédiatement par celui que Napoléon signa avec le tsar à Tilsit, laissant implicitement Téhéran aux Anglais, qui y envoyèrent depuis le golfe Persique une ambassade impressionnante. L’influence française n’était pas morte pour autant, puisque le prince héritier ‘Abbâs Mirzâ, résidant à Tabriz, faisait appel à des officiers français pour moderniser l’armée. La langue française commençait du reste à devenir l’idiome principal des échanges entre la Perse et le monde extérieur et le restera un siècle et demi.

L’avance russe au Caucase correspondait à une période d’expansionnisme russe des deux côtés de la mer Caspienne en Asie centrale et en Arménie et Géorgie. Elle fut l’occasion de guerres conduisant au traité du Golestan (1813) puis de Torkmantchaï (1828). L’Iran abandonnait ses possessions caucasiennes et accordait aux sujets du Tsar – suivis bientôt par les ressortissants des autres pays européens – les droits capitulaires, c’est-à-dire l’extraterritorialité juridique et fiscale. Désormais, tout conflit entre un musulman iranien et un étranger sur le sol iranien devait être porté devant une juridiction consulaire où n’intervenait qu’un représentant du ministère iranien des affaires étrangères. C’était le début d’un longue période de pénétration et d’ingérence européenne. Cependant, pas plus en Perse qu’en Turquie ottomane, une colonisation directe n’a jamais eu lieu ; ce qui préservait un sentiment de souveraineté et d’identité.

Les guerres russes furent suivies d’un conflit avec les Anglais au sujet de la souveraineté sur Herat. Il s’agissait pour les Britanniques de tenir leur empire indien à l’écart de toute ingérence russe en maintenant une zone neutre, notamment l’Afghanistan, mieux protégée que la Perse. Les Iraniens durent reconnaître leur nouveau recul lors du traité de Paris signé avec les Anglais (1857).

Traumatisme de la révolte du Bab

Aux lieux saints de Mésopotamie où il continuait ses études religieuses, Seyyed Mohammad-‘Ali, un jeune théologien né à Chiraz en 1819, fréquenta les milieux d’une école chiite tournée vers la mystique, les sheykhi. À une époque de profonde désillusion politique et sociale – après les guerres du XVIIIe siècle et les deux échecs successifs contre les Russes – un besoin diffus de salut millénariste se faisait jour parmi les Iraniens. On approchait des mille ans après l’Occultation du Douzième Imam, et les chiites, qui attendent son retour glorieux, étaient prêts à se tourner vers un signe libérateur. Mohammad-‘Ali crut ainsi discerner en lui-même une telle vocation : il se présenta bientôt comme le « portail » – bâb – conduisant à l’Imam, avant d’avouer plus tard qu’il était l’Imam en personne. Sa prédication eut un certain succès parmi les ulémas, mais plus encore dans les masses rurales qui cherchaient à se libérer du joug oppressant de la monarchie et du clergé traditionnel. Le diplomate français Gobineau, qui arriva en Iran quelques années après l’écrasement de la révolte et l’exécution du Bâb (1850), donne, dans Les religions et les philosophies dans l’Asie Centrale, un tableau détaillé des violences entraînées par cette révolte.

Le clergé chiite, ébranlé par la naissance d’un schisme d’une telle ampleur, mit longtemps à se remettre de la défection de certains de ses membres les plus éminents et organisa systématiquement la lutte contre toute dissension. Il pourchassa sans pitié une religion syncrétiste et non-violente née des restes de la prédication du Bâb, le bahâ’isme, qui est encore aujourd’hui – avec environ trois cent mille adeptes en Iran – la plus forte minorité non musulmane du pays.

La virulence du bâbisme, qui avait des causes sociales, se perpétua jusqu’au début du XXe siècle dans certains mouvements politiques radicaux, parfois dissimulé sous le manteau clérical malgré sa virulence contre l’absolutisme royal et l’obscurantisme des mollahs. Les religieux continuèrent à dénoncer les athées, franc-maçons, libertins et autres imitateurs de l’Occident ; autant de tendances réelles ou imaginées qui sapaient l’ordre traditionnel et contribuaient au mouvement de réformes politiques.

Grand règne de Nâseroddin Shah

En régnant de 1848 à 1896, Nâseroddin Shâh eut le règne le plus long de tous les souverains iraniens. Servi au départ par un habile ministre sorti d’un milieu humble, Amir Kabir, il limogea très tôt ce vizir devenu encombrant (1850) et le fit plus tard assassiner à Kashan. Nâseroddin Shâh gouverna en autocrate, parfois éclairé par d’intelligents conseillers. Son règne fut marqué par une avancée profonde, économique et culturelle, des Européens. Pour subvenir à ses fantaisies, notamment à trois voyages coûteux en Europe en 1873, 1878 et 1889, il n’hésita pas à vendre des pans entiers des richesses nationales à des sociétés étrangères : en 1872 il accorde ainsi au baron de Reuter – un Britannique fondateur de l’agence de presse qui porte son nom – le monopole des chemins de fer, des mines, de l’irrigation, de la banque, et divers projets industriels et agricoles. En 1890, il vend à un autre Britannique, Talbot, le monopole du commerce et de la manufacture des tabacs, soulevant l’indignation et la révolte. Le clergé chiite appuya fortement le refus populaire d’une nouvelle ingérence européenne et obligea le pouvoir royal à reculer en rachetant le monopole ; ce qui voulait dire de nouvelles dettes et un assujettissement plus grand encore aux Russes et aux Anglais bailleurs de fonds.

Esprit intelligent et cultivé malgré ses manières d’autocrate oriental, Nâseroddin Shâh fut un homme de son temps. Il encouragea l’acquisition des sciences modernes, accueillit les étrangers dans sa capitale, importa des techniques modernes comme la photographie, réforma l’État en créant des ministères. Il s’informait régulièrement des relations internationales et même s’il entra en conflit avec quelques réformateurs célèbres – tels Mirzâ Malkom Khân ou Seyyed Jamâloddin – il permit l’évolution de la Perse vers des formes politiques parlementaristes.

Révolution et guerre mondiale

Environ dix ans après l’assassinat de Nâseroddin Shâh, son fils Mozaffaroddin Shâh – roi âgé et malade – dut concéder le fameux rescrit d’août 1906 qui convoquait un Parlement. En quelques mois, la Perse devint une monarchie parlementaire, dotée d’une constitution où le suffrage universel masculin commençait à mobiliser de larges couches de la population urbaine. Il fallut plus de trois ans de luttes parfois sanglantes pour que la Constitution reste définitivement en place et que le deuxième Parlement se réunisse (1909-1911). Les éléments radicaux, influencés par la social-démocratie russe et européenne, avaient en réalité déjà laissé la direction politique à des élites liées à l’Europe et contrôlées par le clergé. Le jeune Ahmad Shâh, dernier souverain de la dynastie, homme timoré et cupide – qui régna de 1909 à 1925 – ne fit rien d’efficace pour reprendre en main le pouvoir et limiter les ingérences étrangères.

La première guerre mondiale permit d’aller plus loin en suscitant un sentiment de rejet violent des Russes et des Anglais, deux puissances qui s’étaient partagé la Perse en deux zones d’influence respectives, séparées par une large bande neutre. Leur ingérence, qui détourna la Révolution de son idéal démocratique, renforça par contre le nationalisme. D’importants mouvement militaires et des batailles eurent lieu sur le territoire persan, surtout au nord-ouest, entre la Russie et l’Empire ottoman. Au cours de la période de contrôle du gouvernement persan par les alliés, les Iraniens devinrent germanophiles et turcophiles. Les tentatives anglaises, notamment en 1919, pour mettre définitivement la main sur la Perse en profitant de l’éclipse russe, furent mises en échec par un sursaut patriotique.

Finalement la dynastie Qâjâr fut balayée, avec l’aide anglaise, par l’alliance d’un puissant militaire, Rezâ Pahlavi, secondé pendant trois mois par un journaliste anglophile, Seyyed Ziyâoddin Tabataba’i. Devenu par étape ministre de la Guerre puis Premier ministre, Reza Pahlavi se fit proclamer shâh en 1925, fondant une dynastie qui dura un peu plus d’un demi-siècle. Il tenta de moderniser le pays par des méthodes autoritaires qui aboutirent parfois à retarder le véritable éveil de la population aux réformes. Il eut moins de succès que son homologue turc, Kemal Ataturk, pour lequel il éprouvait une grande admiration.

L’image que les Pahlavi ont cherché à donner des Qâjâr est celle d’une dynastie corrompue, décadente, qui livra le pays aux intérêts étrangers. Cette critique injuste tend notamment à occulter les nombreuses réformes qui furent commencées sous les Qâjâr, même si elles ne furent vraiment achevées que sous les Pahlavi, comme l’établissement d’un code civil, la réforme de l’armée nationale, l’organisation d’un système fiscal moderne et l’harmonisation administrative d’un pays profondément divisé par l’histoire et la culture.

Rencontre avec l’Occident, décadence d’une dynastie

On retiendra que la dynastie Qâjâr a permis à la Perse de s’ouvrir à l’extérieur : elle y fut contrainte par les ingérences – principalement russes et britanniques – mais elle s’y donna généreusement en envoyant vers l’Europe des étudiants, des diplomates et même les souverains entourés de leur cour. Les objections traditionnelles empêchant les chiites d’entrer en contact avec les chrétiens tombaient progressivement. L’influence de la religion fut largement balancée en Perse par des courants hostiles à l’islam, inspirés de philosophies humanistes et rationalistes, et par les idées laïques importées d’Europe.

L’enrichissement paradoxal de la Perse, qui avait été livrée au pillage des monopoles étrangers par des souverains peu respectueux des intérêts de la nation, vint du pétrole découvert à la fin du XIXe siècle mais réellement exploité à partir de 1908. L’accaparement, jusqu’en 1951, des ressources pétrolières par les Anglais, brida les facteurs de développement économique et technologique que cette richesse aurait pu apporter, laissant à l’État – en réalité à nouveau au monarque – une rente démesurée qui ne fit qu’éloigner la monarchie du peuple iranien.

Dans le domaine culturel, les historiens notent l’apparition sous les Qâjâr d’idées nouvelles, du désir de réforme et de l’influence occidentale. Les formes traditionnelles de la peinture furent profondément renouvelées. Quoique moins durable et originale que l’architecture safavide, l’architecture fut florissante, enrichie de couleurs nouvelles – notamment le jaune dans les briques émaillées – et de prestigieux monuments tels la mosquée Sepahsâlâr et le palais Golestan à Téhéran. Par son vêtement, sa culture traditionnelle, son langage fleuri, son goût pour le mélange culturel, l’homme de l’époque Qâjâr respectait mieux l’identité persane que l’homme en mal d’occidentalisation, superficielle et excessive de la période Pahlavi. Hélas, la faiblesse politique de la dynastie Qâjâr n’a pu maintenir cet idéal, rejeté plus tard comme ridicule. Après un demi-siècle d’occidentalisation forcenée, la révolution « islamique » de 1979 voit le rejet – un peu trop violent – de l’homme en costume cravate, au profit du clerc enturbanné. Celui-ci s’accompagne du retour quelque peu nostalgique des formes extérieures de la culture Qâjâr, à nouveau saluée officiellement pour réhabiliter ce que les Pahlavi avaient piétiné.

Cuisine iranienne


La cuisine d’Iran est diverse, chaque province ayant ses propres plats aussi bien que ses styles et traditions culinaires, distinctes selon leurs régions.

Cela inclut une grande variété de plats comme par exemple chelow kabab (barg, koobideh, joojeh, shishleek, soltani, chenjeh), khoresht (un ragout servi avec du riz blanc Basmati ou Persan: ghormeh sabzi, gheimeh, et autres), aash (une soupe épaisse), kookoo (une sorte de tarte-omelette à base de légumes et/ou de viande), polow (du riz cuit avec de la viande et/ou de légumes et des herbes, dont le loobia polow, albaloo polow et autres) et une grande diversité de salades, de patisseries et de boissons spécifiques aux différentes régions d’Iran. La liste des recettes perses, des entrées et des desserts est extensive.

La nourriture iranienne n’est pas épicée. Les herbes sont beaucoup utilisées, de même que les fruits tels que prunes, grenades, raisins, coings ou autres. La plupart des plats perses sont une combinaison de riz avec de la viande, poulet, agneau ou poisson et beaucoup d’ail, d’oignon, de légumes, de noix et de fines herbes. Pour atteindre un gout délicieux, des épices Persanes telles que le safran, les limes séchés, la cannelle et le persil sont délicatement mélangées et utilisées dans des plats spéciaux.

Table traditionnelle iranienne

La configuration de table traditionnelle iranienne implique premièrement la nappe, appelée sofreh, qui est traditionnellement brodée de prières traditionnelles ou de poésie, et qui est étendue sur un Tapis persan ou une table. Les plats principaux sont concentrés au centre, entourés de plats plus petits contenant les entrées, les condiments, les accompagnements ainsi que le pain, qui sont tous rapprochés des convives. Ces derniers plats sont appelés mokhalafat (accompagnements). Quand la nourriture a été amenée, on invite tous les convives assis autour du sofreh à se servir.

Accompagnements essentiels

Certains accompagnements (mokhalafat) sont essentiels pour chaque iranien au déjeuner (nahar) et au dîner shahm) quelle que soit la région. Ceux-ci incluent, avant tout, un plat de fines herbes fraîches, appelé sabzi (basilic, coriandre, estragon, persil…), différents pains plats appelé nan ou noon (sangak, lavash, barbari), du fromage (appelé panir similaire à la feta), des concombres, oignons et tomates épluchés et tranchés, du yaourt et du jus de citron. Les conserves au vinaigre perses ( khiyarshur pour les cornichons, torshi pour d’autres mélanges) sont aussi considérés comme essentiels dans la plupart des régions. Le torshi est une spécialité de légumes frais coupés en fins morceaux, assaisonnés et conservés dans du vinaigre.

Le thé (chai) est servi au petit déjeuner et immédiatement avant et après chaque repas au déjeuner et au diner mais aussi tout le long de la journée. Les méthodes traditionnelles de préparation et de dégustation du thé diffèrent selon les régions et les gens.

Variétés de riz

On pense que le riz (berenj en persan) a été amené en Iran depuis l’Asie du Sud-Est ou depuis le sous-continent indien en des temps reculés. Les variétés de riz en Iran incluent le champa, le rasmi, l’anbarbu, le mowlai, le sadri, le khanjari, le shekari, le doodi, et d’autres encore. Le riz Basmati venant d’Inde est très similaire aux variétés perses et est facilement trouvé en Iran. Traditionnellement, le riz était l’accompagnement dominant dans le nord de l’Iran, alors que le pain était majoritaire dans le reste du pays.

Méthodes de cuisson du riz en Iran

Il y a quatre méthodes principales pour cuire du riz en Iran :

               Chelow : riz préparé en le lavant puis en le faisant bouillir, puis égoutté afin que le riz finisse de cuire à la vapeur. Cette méthode donne un riz exceptionnellement aéré dans lequel les grains son séparés et ne collent pas. Cette méthode permet aussi d’obtenir une couche de riz croustillant au fond du plat de cuisson appelé tah-digh (littéralement « fond du pot ») qui est populaire parmi les enfants iraniens. Cette cuisson du riz est la plus raffinée et difficile, car elle demande un temps de cuisson spécifique.

               Polow : riz préparé de la même manière que le chelow, mais après l’égouttage du riz, d’autres ingrédients sont ajoutés à celui-ci et ensuite cuits ensemble à la vapeur.

               Kateh : le riz est cuit jusqu’à ce que toute l’eau soit absorbée. C’est aussi le plat traditionnel du Gilan (décrit en détail plus bas). Les grains sont plus collés mais restent légers, grâce à la finesse du riz utilisé.

               Damy : cuit pratiquement de la même façon que le kateh, sauf que la chaleur est réduite juste avant l’ébullition et un torchon est placé entre le couvercle et le plat de cuisson pour éviter que la vapeur ne s’échappe.

Variétés de pain

Il y a quatre sortes principales de pain non-levé iranien :

               Nan-e barbari : épais et de forme ovale.

               Nan-e lavash : fin, croustillant et rond ou ovale, c’est aussi la plus vieille forme de pain connue au Moyen-Orient et en Asie centrale.

               Nan-e sangak : pain de forme ovale cuit sur la pierre. (« Sang » voulant dire pierre en Persan)

               Nan-e taftoon : fin, souple et rond.

Les autres sortes de pain incluent:

               Nan-e shirmal : fait exactement comme le barbari, sauf que du lait est utilisé à la place de l’eau, qu’un peu de sucre est ajouté et qui est mangé au petit déjeuner ou avec du thé.

               Nan-e gisu : un pain arménien doux, aussi consommé le matin ou avec du thé au cours de la journée.

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Cuisines régionales

Gilan

Le Kateh est le plat traditionnel du Gilan, et est un simple riz iranien cuit avec de l’eau, du beurre et du sel jusqu’à ce que l’eau soit complètement absorbée. Cette méthode donne un riz sous forme de bloc et qui est le style dominant de préparation de riz dans la région de la caspienne. Au Gilan et au Mazandaran, le kateh est aussi mangé au petit déjeuner, soit avec du lait et de la confiture, soit froid avec du fromage iranien (panir) et de l’ail. Le kateh n’est pas fréquemment servi dans d’autres parties d’Iran, mais est couremment servi comme remède pour ceux qui sont ont attrapé froid ou qui souffrent de la grippe, mais aussi pour ceux qui souffrent d’ulcères.

La variété de riz originaire du Gilan, où elle a été cultivée depuis le IVe siècle av. J.-C., est considérée comme la meilleure en Iran.

Azerbaïdjan iranien

Le Tahchin est une façon particulière de préparer le riz, à l’origine chez les azéris. Dans ce cas, le plat est préparé au four avec un mélange de yaourt et d’épices. Ce plat a été repris par tous les iraniens. Le Koufteh Tabrizi est un plat traditionnel azéri. Il se présente sous forme d’une grosse sphère de viande hachée remplie d’épices et d’herbes fines ; elle comporte un oeuf dur en son milieu et d’autres éléments ajoutés, comme des prunes par exemple.

Plats raffinés

Ces plats sont des plats de fête qui ne sont pas consommés par toutes les couches de la population, ni pour toutes les occasions :

               Le Tahchin est un plat azéri composé de poulet et d’épices, dont la consitance est rendue unique par un rajout de yaourt et de minuscules baies rouge sang appelées zereshk (rarement vues en occident). Le plat est cuit au four et donne une impression de grand cake doré.

               L’Albalou Polow est un plat composé de riz, de poulet et de griottes mélangés. Ce sont ces dernières qui donnent une couleur rose pâle au riz et un goût sucré car leur jus est très coloré.

               Le Phessen Joun est un ragout de volaille, de noix et de jus de grenade.

               Le Chirine Polo est un plat à base de riz (voir Polow plus haut), dont le goût est sucré. Le riz est agrémenté de carottes, zestes d’oranges, raisins secs, amandes et d’épices.

Fast food, nourriture importée et adaptée

Les plats populaires pour se nourrir rapidement en Iran sont le chelow kabab (littéralement « riz et kabab »), le joojeh kabab (le même même avec du poulet grillé), nan-e kabab (littéralement « pain et kabab »), les sandwiches au kabab et quelques autres plats dérivés de plats cuits lentement. Une préférence croissante née parmi la jeune génération pour la cuisine de style américain a conduit à l’établissement de nombreux restaurants de pizza, steak, hamburger et poulet frit, mais la nourriture occidentale est parfois servie avec des accompagnements comme ceux décrits plus haut, et est souvent préparée différemment (la différence est plus notable pour la pizza). Les cuisines chinoises et japonaises sont également devenues populaires ces dernières années, principalement à Téhéran. Des restaurants indiens, italiens et méditerranéens peuvent aussi être rencontrés.

Petit déjeuner (sobhaneh)

Le petit déjeuner basique traditionnel iranien consiste en une variété de pains plats (noon-e sangak, lavash et autres), du beurre, du fromage (panir), parfois agrémenté de crème épaisse sarshir souvent légèrement sucrée) et de plusieurs confitures de fruits. Cependant d’autres petits déjeuner traditionnels populaires (qui demandent bien plus de préparation) incluent le haleem (un plat à base blé avec des petits morceaux de mouton), asheh mohshalah (une soupe épaisse), du kaleh pacheh (une soupe de tête et de pieds de mouton) ou encore d’autres plats. Ces derniers petits déjeuners sont des spécialités régionales, et beaucoup de villes en Iran possèdent leur propre version de ces plats. Le asheh mohshalah et le haleem sont préparé la nuit précédente pour être servi le matin suivant, et le haleem est habituellement servi seulement à certaines périodes de l’année (les restaurants dont c’est la spécialité ne sont ouverts qu’à ces périodes), sauf dans le sud de l’Iran, où le haleem est toujours présent. Le Kaleh pacheh est servi de 3 heures du matin jusqu’à peu après le lever du soleil, et les resturants dont c’est la spécialité (ne servant que ce plat) ne sont ouverts qu’à ces heures là.

Déjeuner et dîner (nahar va shâm)

La cuisine traditionnelle persane est faite par étapes et nécessite des heures de préparation et d’attention. Le résultat est un mélange équilibré de fines herbes, de viande, de légumes, de produits laitiers et de grains. Les accompagnements dans la cuisine iranienne qui sont traditionnellement mangé à chaque repas incluent le riz, plusieurs fines herbes (menthe, basilic, ciboulette, persil), panir (fromage de type feta à base de lait de brebis ou de vache), plusieurs sortes de pains plats et de la viande (souvent bœuf, agneau, mouton ou encore poisson). Un ragoût et du riz sont de loin le plat le plus populaire, et la constitution de ce plat varie selon la région. Le thé (chai est la boisson de choix pour quasiment toute occasion, et est habituellement servi avec des fruits, des patisseries ou des bonbons.

On peut trouver du thé en préparation à n’importe quel moment de la journée dans toutes les maison iraniennes. Le Doogh, une boisson à base de yaourt est aussi très populaire. Une des plus vieilles recettes uniques au monde est le khoresht-e-fesenjan, un ragoût de viande dans une riche sauce à base de noix et de grenade donnant une couleur brune particulière, le plus souvent servi avec du riz blanc.

Cuisine persane en Occident

Une des raisons pour laquelle la cuisine iranienne n’est pas très connue en Occident est qu’est souvent confondue avec la cuisine du Moyen-Orient, un terme beaucoup plus large et général, et cette confusion est perpétuée par les restaurants et les marchés procurant de l’authentique cuisine iranienne qui se présentent ainsi. De nombreux restaurants et épiceries iraniennes sont étiquetés moyen-orientaux, internationaux ou méditerranéens afin d’augmenter leur clientèle européenne. En réalité, la cuisine iranienne est une des plus riches et des plus vieilles cuisines du monde, et diffère grandement de ce qu’on peut trouver dans tout le Moyen-Orient. Bien que peu reconnue, la cuisine iranienne gagne en popularité dans les grandes villes multi-culturelles, telles Los Angeles ou Londres qui ont une forte population iranienne.

Boissons et desserts

La boisson traditionnelle pour accompagner les plats iraniens est appelée doogh. Cependant de nombreuses marques de Soda locales comme Zam Zam Cola ou son concurrent Parsi Cola sont largement consommés lors des repas. Coca-Cola et Pepsi Cola ont tous deux des usines possédant une licence de production et d’embouteillage à Mashhad, leurs produits n’étant surprenament pas sujets aux sanctions américaines contre l’Iran.

Les autres boissons d’intérêt sont plusieurs sortes de Sharbat et khak shir. Pour le dessert, il y a une grande variété de choix, de la glace persane au faludeh.

Boissons alcoolisées

Bien que strictement interdites après la Révolution iranienne de 1979, les boissons alcoolisées sont facilement disponibles en Iran. La boisson la plus commune est appelée aragh-e sagi, qui est produit à la maison, la meilleure sorte étant disponible dans la province de Qazvin. La vodka est le deuxième alcool le plus disponible, dont la presque totalité est importée de Russie. Quelques variétés domestiques de vodka existent, mais sont difficiles à trouver. La bière est la troisième boisson la plus courante, dont la quasi totalité est importée d’Europe du Nord via la Turquie. Comme pour la vodka, la bière locale existe mais n’est pas facile à trouver. D’autres alcools importés, comme le whisky, le gin et des vodkas d’excellente qualité de Pologne peuvent être trouvées dans quelques grandes villes, mais à un coût bien plus élevé (bien plus élevé que selon les standards occidentaux) et en tant que tels sont considérés comme des objets de luxe.

Le vin a été un élément majeur de la culture iranienne depuis l’Antiquité, et cette tradition a perduré malgré les restictions gouvernementales actuelles. Les plus grandes régions productrices de vin en Iran sont Qazvin, Orumiyeh, Shiraz et dans une moindre mesure, la Province d’Esfahan. Le vin rouge est la variété la plus courante et la plus populaire, le vin blanc étant aussi dominant au nord. Les producteurs de vin sont souvent, mais pas tout le temps de culture arménienne ou zoroastrienne, puisque les minorités non-musulmanes sont autorisées à produire du vin (et d’autres boissons alcoolisées) pour leur propre usage. Bien qu’il soit illégal pour eux de vendre du vin à d’autres Iraniens (et aux visiteurs étrangers), la règle n’est généralement pas suivie et on peut trouver du vin partout où il est produit et distribué dans le pays. Les producteurs de vins arméniens de Orumiyeh et d’Esfahan sont particulièrement connus pour leurs vins rouges pétillants et doux.

Végétarisme en Iran

Le concept de végétarisme n’est pas commun en Iran, bien que de nombreux plats végétariens existent et qu’un intérêt croissant existe sur ce sujet depuis les années 1960, particulièrement parmi les jeunes. Les plats végétariens les plus populaires sont :

               Kashk-e baademjan

               Kookoo-e baademjan

               Kookoo-e gol-e kalam

               Kookoo-e sabzi qui accompagne habituellement Sabzi-polo ba Mahi

               Mirza ghasemi

               Naaz khatoon

               Nargesi esfenaaj

               Borani esfenaaj

Taq-e Bostan


 

Taq-e Bostan (en persan : طاق بستان) est un site sassanide des IVe et VIe siècles, comprenant deux grottes sculptées (taq en persan) et un bas-relief, à côté d’une source. Il est situé au pied d’une montagne de la chaîne du Zagros à la sortie de Kermanshah.

La fonction du site est inconnue, mais la présence d’une enceinte antique délimitant un large enclos, encore partiellement visible aujourd’hui, et les représentations de chasses royales suggèrent qu’il s’agissait d’un paradeisos, ou terrain de chasse royal. Ce terme grec, signifiant jardin, provient du vieux persan paradaiza, enclos, et a donné paradis en français.

La qualité des sculptures est variable, mais l’ensemble contient au moins un chef-d’œuvre de l’art sassanide, la chasse au sanglier, et une spectaculaire et originale statue équestre ; les statues de la grotte principale sont en haut-relief, presque de la ronde-bosse, une technique peu usitée sous les Sassanides. On a supposé que le programme architectural du site devait inclure une troisième grotte à gauche pour respecter l’harmonie, mais plus d’un siècle séparant déjà la construction des deux grottes, c’est peu envisageable. Certains spécialistes, se basant sur la présence d’Anahita et de la source proche, estiment que l’ensemble de Taq-e Bostan est un édifice religieux, mais d’autres pensent plutôt que la prédominance des symboles royaux comme le diadème montre une intention plus terre-à-terre d’exaltation de l’image royale.

Le toponyme de Taq-e Bostan, comme de très nombreux autres sites de la province de Kermanshah, est issu de la légende kurde de Khosrow et Shirin, mise en poème par Nizami : les grottes auraient été sculptées par Farhad, l’amant malheureux de la belle Shirin.

 

Historique

 

Le site de Taq-e Bostan, alliant une source et une montagne, a sans doute toujours eu une importance religieuse. Des cimetières préhistoriques ont en effet été retrouvés sur une colline voisine et au sommet de la colline de Taq-e Bostan, ce dernier ayant été également utilisé par les Parthes.

La première sculpture, un bas-relief d’investiture conventionnel, a été réalisée sous le règne d’Ardachîr II (379-383). C’est à partir de son successeur Shapur III (383-388) que le programme architectural innove avec la construction de la petite grotte. Mais la réalisation majeure, la grotte principale, est datée de la fin des Sassanides, sous le règne de Khosro II (590-628), à moins que ce ne soit Péroz Ier (459-484) qui est représenté.

Après la conquête arabe, on n’a plus réalisé de bas-relief royaux en Iran. Il faudra attendre la dynastie des Qajars, qui se voulait dans la continuité des dynasties iraniennes antiques, pour que cette tradition soit reprise. Le gouverneur local a ainsi fait graver un bas-relief le représentant à l’intérieur de la grotte principale, en 1822.

Au XXe siècle, l’entrée de la grotte principale a été restaurée, et le site aménagé par l’adjonction d’un bassin de loisirs, et d’un jardin où sont exposés des châpiteaux sassanides provenant de Behistoun.

 

 

 

Description

 

Grotte principale

Entrée

 

Deux arbres de vie et deux figures ailées féminines flanquent l’entrée de la grotte principale. Dans la mythologie zoroastrienne, l’arbre de vie représentent l’Arbre de toutes les semences. Ils sont ici représentés dans un mélange de style gréco-romain et indien, sous forme de feuilles d’acanthe.

Les figures ailées sont elles-aussi représentées dans un style gréco-romain. Elles tiennent l’anneau du pouvoir, auquel est attaché le diadème royal. Au dessus de l’arche se trouve un croissant d’où s’échappe un autre diadème, qui redescend des deux côtés de l’entrée.

 

Statue équestre

 

C’est l’un des deux seuls exemples d’une statue en quasi ronde-bosse, l’autre étant la statue de Shapur Ier à Mudan-e Shapur, et la seule représentation d’un roi sassanide en cataphracte, c’est-à-dire vétu à la manière parthe d’une armure complète avec casque et côte de maille. Les ornementations de la tunique du roi et du caparaçon du cheval sont rendus avec un rare souci du détail.

La couronne est celle de Péroz Ier, mais sa carrière militaire ayant été désastreuse, on comprend mal pourquoi un tel hommage lui aurait été rendu. On pense plutôt qu’il s’agit de Khosro II et son célèbre cheval Shabdiz. Khosro fut un grand conquérant, et il était particulièrement réputé pour ses talents de chasseur, ce qui justifierait les bas-reliefs des parois latérales représentant des scènes de chasse.

Le visage du roi est couvert par la côte de maille finement détaillée, seuls ses yeux sont visibles. La finition de la statue est mise en valeur par la simplicité du large panneau du fond, simplement encadré de deux pilastres au chapiteau chargé, et d’une guirlande.

 

Scène d’investiture

 

On peut supposer que le roi figurant dans la scène du registre supérieur est le même que le cavalier, il s’agit donc soit de Péroz Ier soit de Khosro II. Il reçoit l’investiture des mains d’Anahita à gauche et d’Ahura Mazda ou Mithra à droite qui lui tendent chacun un diadème. Le roi est plus grand que les dieux (la statue fait plus de cinq mètres) et la règle d’isocéphalie n’est pas respectée pour permettre de suivre le contour de la voûte.

Tout comme le cavalier, les trois personnages de l’investiture sont représentés avec un luxe de détails : broderies, pierres précieuses sur la tunique, ceintures, fourreau de l’épée, détails des chausses… L’attitude est particulièrement figée, une caractéristique des représentations sassanides.

 

Chasse aux sangliers

 

La grand panneau occupant le mur gauche de la grotte principale est peut-être le plus saisissant bas-relief sassanide encore visible aujourd’hui, tant par l’originalité de son sujet que par la dynamique de sa composition et la finesse de son exécution.

Selon un procédé narratif traditionnel remontant à la plus haute antiquité du Moyen-Orient, comme les bas-reliefs assyriens de chasse au lion d’Assurbanipal, la scène figurée dans un lieu unique décrit en fait trois moments successifs. Le lieu est un enclos pour la chasse royale : les quatre côtés sont délimités par des barrières de branchages noués, de piquets et de corde. Il s’agit soit du paradeisos lui-même, soit d’une arène temporaire montée pour l’occasion. Le terrain est un marais envahi de roseaux, avec un lac en son milieu.

La scène se lit de gauche à droite : des rabatteurs juchés sur des éléphants dirigent une harde de sangliers vers le lac, où les attend le roi sur sa barque, représenté sans sa couronne de cérémonie ce qui rend son identification difficile. Il est bien plus grand que tous les autres personnages. Tout autour d’autres barques sont chargées de musiciens et de chanteurs. La cour n’est pas présente, ni l’armée, et il n’y a pas de représentation religieuse clairement visible : il s’agit uniquement d’une représentation du roi-chasseur.

L’action se décompose en trois étapes :

 

  • un sanglier sort de la harde fuyante et se précipite vers la barque royale ; le roi tend son arc et vise la bête ;
  • la flèche part et le sanglier s’écroule;
  • enfin le roi regagne le rivage.

 

Le roi et le sanglier sont donc chacun réprésentés deux fois. Sur sa seconde représentation, une auréole entoure la tête du roi.

Il a été proposé une autre lecture de la scène, basée sur le fait qu’une seule des deux images royales porte une auréole : il s’agirait non pas du roi, mais de son fravashi, son ange gardien. La représentation est alors un instantané de l’action : le roi tire sur les sangliers sortant de la harde, pendant que son fravashi se tient à ses côtés. Il s’agirait là de la seule représentation d’un fravashi dans la période sassanide.

 

Chaque élément du panneau montre un grand souci de détail, tout est finement représenté les arnachements des éléphants, les cordes des instruments de musique, les têtes des sangliers, les brodures de la tunique du roi…

 

Chasse aux cerfs

 

Sur le mur de droite est représentée une chasse aux cerfs. Bien que plus complexe, elle est de moindre qualité que la chasse aux sangliers, n’ayant pas son dynamisme ; de plus elle est inachevée, de nombreux personnages n’ayant pas reçu leur modelé définitif. L’action se lit ici de droite à gauche et de haut en bas. Dans un enclos délimité par une sorte de treille, on retrouve à droite les rabatteurs sur des éléphants. En haut, le roi arrive sur son cheval abrité par une ombrelle et entouré des gens de sa cour, qui sont à pied ; comme dans la chasse aux sangliers, le roi est beaucoup plus grand que les autres personnages. En haut à droite, les cerfs sont maintenus dans des cages, puis libérés dans l’enclos principal où ils déferlent. Au milieu du panneau, le roi monté à cheval les pourchasse, suivi de sa cour. Sur la gauche, les cerfs sont dépecés et des chameaux emportent le butin de la chasse.

 

Bas-relief qajar

 

Au-dessus de la chasse aux sangliers, un bas-relief qajar daté de 1822, représente Mohamad Ali Mirza, fils de Fath Ali Shah, qui fut gouverneur de la province de Kermanshah.

 

Seconde grotte

 

La seconde grotte est beaucoup plus sobre : ni l’entrée ni les parois latérales ne sont décorées.

Les deux figures en haut-relief sur le registre supérieur du fond de la grotte sont Shapur III et son grand-père Shapur II. Ils se tiennent debout, les mains appuyées sur leur longue épée, la tête légèrement tournée l’un vers l’autre. Ils sont identifiés par des inscriptions en pehlevi ; à côté de Shapur II :

 

  • Ceci est la représentation du bon fidèle du dieu1, Shapur, roi d’Iran et d’Aniran2, de race divine. Fils du bon fidèle Hormizd II, roi d’Iran et d’Aniran, de race divine, petit-fils de Narseh.

 

À côté de Shapur III :

 

  • Ceci est la représentation du bon fidèle d’Izad, Shapur, roi d’Iran et d’Aniran, de race divine. Fils du bon fidèle Shapur, roi d’Iran et d’Aniran, de race divine.

 

Scène d’investiture d’Ardachîr II

 

À droite de la seconde grotte se trouve un bas-relief représentant l’investiture d’Ardachîr II, entouré de Mithra et Ahura Mazda, et se tenant sur le corps d’un Romain.

De manière assez surprenante, Ahura Mazda est plus petit que le roi lui-même. Il ne s’agit pas pour autant d’un sacrilège : plus que le respect des proportions, c’est la loi d’isocéphalie qui s’applique, c’est-à-dire que le haut de tous les personnages doit se trouver à la même hauteur et effectivement la gloire de Mithra, le korymbos d’Ardachîr II et la couronne d’Ahura Mazda finissent sur une même ligne. Ahura Mazda étant juché sur la tête du romain étendu, il est nécessairement plus petit pour ne pas dépasser les autres. C’est un principe qu’on retrouve partout dans l’Iran antique, par exemple sur les escaliers de Persépolis.

À gauche, Mithra, dieu zoroastrien de la justice, se tient sur une fleur de lotus ; il tient le barsom, un fagot de brindilles destiné au feu sacré. À droite, Ahura Mazda donne l’anneau du pouvoir au roi.

Ardachîr et Ahura Mazda se tiennent sur la dépouille d’un empereur romain. On a supposé qu’il s’agissait de Julien l’Apostat, qui avait tenté de s’emparer de la capitale sassanide Ctésiphon et fut tué lors de la retraite ; mais Ardachîr n’a régné que seize ans plus tard et n’a pas mené de campagnes contre l’empire romain, l’identité du Romain reste donc incertaine. La présence de ce Romain semble en tout cas indiquer qu’Ardachîr avait remporté une victoire contre les Romains au début de son règne.

Behzad

Kamaleddin Behzad ou Kamal od-Din Bihzad (en persan : کمال‌الدین بهزاد), dit Behzad ou Bihzad était un grand maître de la miniature persane originaire d’Herat (actuel Afghanistan), actif à la cour du Timouride Hosseyn Bāyqara (875-912 AH[1]/1470-1506), durant les dernières décennies de la Renaissance timouride. Il est ensuite passé au service des Safavides dans les ateliers royaux de Tabriz. Il est né vers 1450 à Herat et est mort vers 1535-1536 à Tabriz. De nombreux travaux lui sont attribués, mais seulement quelques uns sont reconnus comme étant de sa main[2]. Il a inspiré un style de miniature persane qui restera une référence après sa mort.

 Le problème des sources d’information

Les sources les plus fiables d’information sur la vie de Behzad sont probablement les personnes qui ont un rapport direct avec la cour d’Herat ou la cour safavide. Des personnes comme le souverain Bâbur, l’historien Khwandamir ou Mirza Haydar Duglāt pour Herat ou Dust Mohammad, Qazui Ahmad Qomi ou Eskandar Beg Monshi pour la période Safavide. Les informations données par les auteurs moghols ou ottomans sont généralement déformées par les mythes considérables qui existaient alors autour de Behzad et de ses œuvres[2].

Biographie

Entré au service du grand émir timouride Husayn Bayqara à Hérat, il a illustré des recueils de poèmes tels que l’épopée persane du Shâh Nâmâ et a créé une école dont l’héritage a perduré. À la chute des Timourides en 1507, il entre au service des Séfévides d’Iran à Tabriz, dont l’excellence en matière de miniature passe ensuite aux Moghols d’Inde.

Son travail dans les ateliers d’Herat

Behzad serait devenu orphelin dans son jeune âge. Il aurait été alors recueilli et élevé par Mirak Naqāsh, un peintre et calligraphe au service de Hosseyn Bāyqara et de son ministre Mir ʿAlishir Navāʿi. La première référence à Behzad apparait dans Kholasat al-akbar (« Essences de l’éminent »), une histoire de la dynastie timouride écrite par Khwandamir en 1499-1500 racontant des événements ayant eu lieu avant 1471. Dans ce texte, Behzad y est décrit comme un peintre très habile associé à ces mécènes[3].

Les auteurs de Herat notent que Behzad a d’abord été employé par Mir ʿAlishir Navāʿi puis par le Sultan Hosseyn Bāyqara. Tous précisent que Behzad était initialement subordonné à Ruh-Allāh Mirak Naqqāsh, qui dirigeait d’abord l’atelier de Mir ‘Alishir puis de Sultan Hosseyn. Qazui Ahmad Qomi précise qu’après être devenu orphelin, Behzad est pris en charge par Mirak, sans pour autant préciser les liens entre eux. Certains chercheurs pensent qu’il avait des frères ou sœurs, dont les enfants sont devenus ses élèves. La carrière de Behzad commence dans les années 1470, et la plupart des œuvres qui lui sont attribuées datent de la période 1480-1495. Sheila Canby précise qu’il était plutôt opposé à la politique dominante de l’époque, sans pour autant être militant[4]. Basil Gray dit qu’il dirige l’atelier de Sultan Hossein en 1496, après avoir dirigé celui de Mir ʿAlishir Navāʿi (les dates précises ne sont pas connues)[5].

Après la chute de Hosseyn Bāyqara en 1506, la vie de Behzad est beaucoup moins connue. Le Bâbur-nāmeh précise que Behzad serait rentré au service de Muhammad Shaybāni Khan entre 1507 et 1510. Il existe d’ailleurs une anecdote à ce sujet : Muhammad Shaybāni Khan aurait demandé à Behzad de le peindre, mais finit lui-même la peinture car il n’était pas satisfait du résultat[6]. On connaît en effet un portrait de ce personnage daté de 1508, mais il est difficile de connaître exactement les fonctions du peintre pendant ces trois années[7]

Behzad au service des Safavides

On ne sait pas comment Behzad est rentré au service des Safavides, mais il semble certain qu’il ait été le maître du jeune prince Tahmasp alors que celui-ci se trouvait à Hérat comme gouverneur[8]. Le premier document permettant de le relier à la cour safavide est un décret de Shah Ismail daté de 1522 le nommant à la tête de l’atelier royal. Ce document est contesté par certains chercheurs : en effet, il y a une incohérence chronologique sur les datations des recueils épistolaires contenus dans le Namā-ye nāmi de Khwandamir. L’autre document liant Behzad et Shah Ismail est une anecdote contenue dans le Manāqeb-e honarvarān de Mostafā ‘Ali Gallipoli, savant ottoman, en 1587. Le texte décrit comment Behzad et le calligraphe Shah Mahmud Nishapuri ont accompagné Shah Ismail à la bataille de Chaldoran et ont été cachés par lui par crainte de victoire ottomane. L’anecdote étant couplée à des prophéties sur la victoire ottomane, il existe de gros doutes sur son historicité et son authenticité[2].

De plus, les auteurs safavides, Dust Mohammad, Qazui Ahmad Qomi et Eskandar Beg Monshi, précisent que Behzad était employé par Shah Tahmasp, sans faire de lien avec son prédecesseur. Qazui Ahmad précise que Behzad est arrivé à Tabriz alors que la bibliothèque de Tahmasp était déjà en place sous la direction de Soltan Ahmad. Certains auteurs pensent donc que le peintre n’arrive à Tabriz que lorsque le nouveau Shah monte sur le trône, en 1624 [9].

Les auteurs donnent peu de détails de la vie de Behzad à la cour safavide. Il est presque certain qu’il ait été placé à la tête du kitab khana royal, c’est à dire qu’il dirigeait tous les peintres, calligraphes, enlumineurs, relieurs, etc. qui travaillaient dans l’atelier du Shah, donnant les lignes principales du style développé alors. Qazui Ahmad dit qu’il a illustré un Khamseh de Nizami, calligraphié par Shāh Mahmud Nishāpuri. C’est Dust Mohammad qui précise que Behzad est mort au service de Tahmasp et a été enterré à Tabriz à côté de Sheikh Kamāl Kojandi, en 935 A.H (1535-1536).

Il a fini sa vie à la cour safavide de Tabriz, entouré de membres de sa famille. Son neveu, le calligraphe Rostam ‘Ali, a suivi ses enseignements à Tabriz ; et ses petits-neveux Mohebb ‘Ali et Mozaffar ‘Ali, tous deux peintres, étaient eux aussi employé à la cour safavide[2].

Ses œuvres

Peintures signées ou attribuées

Un seul manuscrit contient des peintures signées de Behzad considérées comme authentiques par tous les spécialistes modernes[3] : c’est une copie du Bustan (« Verger ») de Saadi, produite pour la bibliothèque de Hosseyn Bāyqara[10]. Dans ce livre, les cinq illustrations sont signées de Behzad, plus ou moins discrètement[11]. Le colophon est signé par le scribe, Sultan ‘Ali Mashhadi et daté de 1488, et deux des miniatures sont datées de 1488-89.

Les autres œuvres attribuées stylistiquement à Behzad, ou à ses proches collaborateurs à Herat, sont les suivantes :

  • une copie du Bustan de Saadi daté 1478, qui reste contestée[12] ;
  • une copie du Zafarnameh (« Livre de la victoire ») de Sharaf al-Din ‘Ali Yazdi, datée de 1467 et dédiée à Hosseyn Bāyqara[13]. Attribué par l’empereur moghol Jahangir, il a subi de nombreuses retouches en Inde et contiendrait huit minitures de la main du maître ;
  • une copie de Mantiq al-tayr (« Conférence des oiseaux ») de ‘Attar, datée de 1483[14] ;
  • une copie du Khamseh de ‘Alishir Navā’i datée de 890 AH[1]/1485 et dédiée au fils de Hosseyn Bāyqara, Badi az-Zaman[15] ;
  • une copie du Khamseh d’Ami Kusraw Dihlavi datée de 890 AH[1]/1485 [16] ;
  • Une copie du Golestan de Saadi datée de muharram 891 AH[1]/janvier 1486 [17] ;
  • deux copies du Khamseh de Nizami, une datée de 900/1494-1495[18] et l’autre datée de 846 AH[1]/1442 dans laquelle une peinture a été ajoutée, datée 898 AH[1]/1493[19].

Sheila Canby considère qu’on ne peut être sûr de l’attribution de miniatures à Behzad avant celles contenues dans une copie du Golestan (« La Roseraie »), conservée à Paris et datée de 1496[4]. Richard Ettinghausen, quant à lui, rappelle qu’il existe aussi un certain nombre de pages isolées attribuables à Behzad : en particulier un fameux portrait du poète Hatitfi, daté vers 1511[20].

Dans ses années Safavides, il faut aussi signaler plusieurs contributions à de grands manuscrits, comme le Guy u Chowgân d’Arifi daté de 1524 – 1525, aux côtés de Sultan Muihammad, Aqa Mirak, Dust Muhammad et même Shah Tahmasp lui-même. [21]

Le style de Behzad

Plusieurs traits sont caractéristiques de Behzad, et resteront employés longtemps après sa mort, en Iran comme en Inde.

Behzad se signale tout d’abord par un style vivant. Ses personnages, souvent engagés dans des actions de la vie quotidienne, présentent généralement des postures, des attitudes et des sentiments variés, peu stéréotypés. Ses représentations sont marquées par une forme de réalisme, et même par un certain humour. Des spécialistes comme Sheila Canby considèrent qu’il a peut être dessiné d’après des modèles vivants.

Behzad ne met pas fin à l’aspect décoratif prépondérant avant lui dans l’art de la miniature, mais il mélange des éléments « traditionnels » à d’autres plus nouveaux, comme des scènes de la vie quotidienne contemporaine, traitées de manière plus naturaliste. Dans la copie du Bustan de Saadi par exemple, il représente des arbres fleuris (un motif très ancien, qui puise ses sources dans le zoroastrisme pré-islamique) mais y ajoute un couple près d’un puits. Il modifie aussi la façon de représenter le souverain : non plus au centre, mais à l’écart, en le magnifiant par un palanquin.

Ce renouvellement est aussi marqué par une grande science de la composition, et beaucoup d’inventivité dans ce domaine[4]. On cite souvent en exemple la célèbre page du Bûstan du Caire représentant la scène de Yusuf poursuivi par Zuleykha : les deux personnages, peints au paroxysme de l’action, se trouvent dans une architecture exceptionnellement riche et complexe, sur trois registres reliés par un escalier. Les salles présentent chacune une perspective propre, donnant l’effet d’un espace à la fois structuré et labyrinthique. En transcendant ainsi le sujet par la représentation de l’architecture, il est possible que Behzad ait souhaité évoquer des thèmes mystiques, prééminents dans la société et la littérature de l’époque[22]

Le travail de la couleur est aussi très caractéristique et novateur chez Behzad, et renforce les effets de ses compositions. Certes, il se sert principalement d’aplats de couleurs, mais sa palette est bien plus modulée qu’auparavant, ses teintes sont mélangées et se répondent. Gray considère par ailleurs que Behzad dispose d’une connaissance des couleurs « bien plus scientifique que dans toute la peinture antérieure » [5]. Dans le Bustan du Caire, seule oeuvre attribuée de manière certaine au maître, les tons prédominants sont froids (bleu, vert), mais des couleurs chaudes, et en particulier un orange vif, les réhaussent, et créent une chatoyance. On retrouve cette palette douce, bien modulée, avec des pointes de couleurs vives dans d’autres de ses peintures, et en particulier le Zafarnama de Husayn Bayqara [22].

Behzad ajoute à cette science de la couleur un travail de dessin très maîtrisé, fin et minutieux.

L’héritage de Behzad

En Iran

La précision des motifs et le choix de la mise en page sont un héritage important du style de Behzad. Ce style se retrouve dans celui de Sheykhzadeh, actif à Herat, Tabriz et Boukhara dans la première moitié du XVIe siècle. Nous savons par l’historien ottoman Mustafa Ali que Sheykhzadeh était un élève de Behzad, et que c’est par lui et ses contemporains que le style Behzad est passé aux peintres de Boukhara[2].

Mais l’héritage de Behzad est surtout visible dans la peinture de l’atelier de Tabriz, en particulier sous le règne de Shah Tahmasp, où fusionnent alors, et pour longtemps, les styles de Tabriz et de Hérat.
Ayant dirigé le kitab khana, Bihzad a influencé la plupart des peintres qui y travaillaient, tandis que des manuscrits exceptionnels, tels le Grand Shah Nama de Shah Tahmasp s’y composaient. Quoique la direction de celui-ci ait été confiée à Sultan Muhammad, puis à d’autres peintres, le style de Behzad y est pregnant. Le style de Sultan Muhammad lui-même semble peu à peu influencé par le peintre Herati : il adopte dans ses peintures réalisées aux alentours de 1630 une gamme de couleurs plus sobre et une approche plus rationnelle de la composition. Mais c’est chez Mir Musavvir, le second directeur du manuscrit, qu’on retrouve les composantes essentielles du style de Behzad : une palette claire, des compositions précises et harmonieuses, un rendu méticuleux.
[23]

En Inde Moghole

Les empereurs moghols Bābur, Humāyun, Akbar, Jahāngir et Shāh Jahān ont possédé certains manuscrits contenant des œuvres attribuées à Behzad. Quand Humāyun fuit l’Hindoustan en 1536, il emmène avec lui un Timurnameh illustré par Behzad. Ses successeurs ajouteront d’autres volumes à la bibliothèque royale. Les peintures signées ou attribuées à Behzad ont aussi été une source d’inspiration pour les artistes de l’Inde Moghole. Deux artistes d’origine iranienne, Mir Sayyid ’Ali et Mir ’Abdus Samad, ont appris la miniature d’après les enseignements tirés des travaux de Behzad. Ils ont par la suite supervisé les ateliers impériaux moghols, ce qui expliquerait en partie l’influence des travaux de Behzad dans la miniature moghole[24].

Un examen attentif de certaines miniatures du Zafarnāmeh de Baltimore, du Khamseh de la British Library et du Golestan de 1486 montrent qu’elles ont servi de modèles à plusieurs artistes moghols[3].

Le chroniqueur de Akbar, Abul al-Fazl ibn Mubarak, utilise Behzad comme un standard permettant de comparer les artistes de la cour moghole de son temps. La présence des peintures de Behzad dans les albums contenus dans les bibliothèques mogholes a permis à sa réputation de durer tout au long du XVIe et XVIIe siècle. Shah Jahān compare d’ailleurs les peintures murales de sa ville nouvelle de Shahjahanabad aux œuvres de Behzad.

De nombreuses références documentaires dans les chroniques des empereurs moghols montrent que Behzad a été un modèle pour nombre de miniaturistes moghols, à l’époque où se développait l’art moghol. Le fait que les plus grands artistes moghols se soient inspirés de son travail montre l’importance de son héritage dans la peinture moghole.

Behzad dans la littérature

La miniature persane – et l’influence de Behzad – est au coeur du roman Mon nom est Rouge, publié en turc en 1998 par Orhan Pamuk, Prix Nobel de littérature 2006. « Prenons une miniature de Bihzad, le plus grand des maîtres, le père vénérable de tous les peintres »[25] fait dire Pamuk à l’un des personnages de ce roman qui décrit l’univers des ateliers de miniaturistes du Sultan Murad III dans l’Empire ottoman de la fin du XVIe siècle.

Annexes

Bibliographie

  • (en) Zahir-al-Din Mohāmmad Bābor, Bābor-nāmeh, tr. A. S. Beveridge, Londres, 1922, pp. 272, 291, 329.
  • (en) Dust-Mohāmmad né Solaymān Heravi, A Treatise on Painters and Calligraphists, Lahore, 1936, p. 29.
  • Eskandar Beg, I, p. 174.
  • (fa) Nur-al Din Mohāmmad Jahāngir, Tuzok-e jahāngiri II, p. 116.
  • (fr) Michael Barry, L’art figuratif en Islam médiéval et l’énigme de Behzâd de Hérât (1465-1535), Flammarion, 2004, ISBN 2-08-010205-2
  • (fa) Khandamir, Habib al-siyar, Téhéran, IV, p. 362.
  • (fa) Idem, Fasli az Kholāsat al-akbār, Kaboul, 1345/1966, pp. 63-64.
  • (en) Thomas Lentz, « Changing Worlds: Bihzad and the New Painting », Persian Masters: Five Centuries of Painting, ed., Sheila R. Canby, Bombay, 1990, pp. 39–54.
  • (fa) Negārkari irāni (« Persian painting »), Sheila R. Canby, tr. M. Shayestehfar, Téhéran, 1992, ISBN 964-92904-8-6
  • (fa) Naqāshi irāni (« Persian painting »), Basil Gray, tr. Arabali Sherveh, Téhéran, 1995, ISBN 964-6564-86-0
  • (en) Basil W. Robinson, Fifteenth Century Persian Painting: Problems and Issues, New York, 1991.
  • (en) David J. Roxburgh, « Kamal al-Din Bihzad and Authorship in Persianate Painting », Muqarnas, Vol. XVII, 2000, pp. 119-146.

Notes et Références

  1. abcdef anno Hegirae
  2. abcde (en) Priscilla Soucek, «Behzād, Kamāl-Al-Dīn», in Encyclopædia Iranica en ligne.
  3. abc (fa) (en) Daily Bulletin of International Seminar about Kamal-od din Behzad, n°1, 2003
  4. abc Canby, p. 74-76
  5. ab Gray, p.95-100
  6. (en) [pdf] « Fine Arts in Afghanistan », Hab Brechna, Art & Thought
  7. Thompson, Jon et Canby, Seila (ed.). _Hunt for paradise. Courts arts of Safavid Iran. 1501 – 1576_. [exposition New-York, Milan]. Milan : Skira, 2003. p. 79 – 80.
  8. Canby, Sheila. The golden age of Persian Age. London : British Museum Press, 1999. p. 31.
  9. Thompson, Jon, et Canby, Sheila (ed.). Hunt for paradise. Courts arts of Safavid Iran, 1501 – 1576. [expo New York, Milan, 2003 - 2004]. Milan : Skira, 2003. p. 80
  10. Conservé à la bibliothèque nationale du Caire, Adab Farsi 908
  11. Outre le frontispice, deux miniatures sont signées dans la décoration architecturale, une dans un carquois et une sur un livre. La discrétion de ces signatures fait pencher en faveur de leur authenticité. Cf. S. Blair, J. Bloom. The art and architecture of Islam 1250 – 1800. New Haven & London, Yale University Press, 1994, p. 63.
  12. Gray, Basil. La peinture persane. Genève : Skira, 1995. (2de ed.) p. 109
  13. conservée à Baltimore, Johns Hopkins University, Garrett Library
  14. Conservée au Metropolitan Museum of Art, New York City, 63.210
  15. l’ouvrage est divisé entre la Bodleian Library à Oxford, Elliott 287, 317, 339, 408 et la John Rylands University Library de Manchester, Turk. 3
  16. Chester Beatty Library de Dublin, pers. ms. 156
  17. conservée dans la collection privée A.Soudavar
  18. conservée à Londres, BL, Or. MS. 6810
  19. conservée à Londres, BL. Add. MS 25900
  20. Collection du prince et de la princesse Saruddin Aga Khan, M.192
  21. Thompson, Jon et Canby, Sheila. Hunt for Paradise. Courts arts of Safavid Iran, 1501 – 1576. [expo. New-York, Milan, 2003 - 2004] Milan : Skira, 2003.
  22. ab S. Blair, J. Bloom. The art and architecture of Islam 1250 – 1800. New Haven & London : Yale University Press, 1994. p. 64.
  23. Thompson, Jon et Canby, Sheila. Hunt for Paradise. Courts arts of Safavid Iran, 1501 – 1576. [expo. New-York, Milan, 2003 - 2004] Milan : Skira, 2003. p. 82.
  24. (en) [pdf] « Interview with two foreign guests of seminar », Farhangestan-e honar, n°13
  25. Orhan Pamuk, Mon nom est Rouge, p.31, Gallimard, 2001, paru en 1998 sous le titre Benim adım Kırmızı, à İstanbul, éditions İletişim Yayınları

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Arg-é Bam

 

L‘Arg-é bam (ارگ بم en persan, la ‘citadelle de Bam‘) était le plus grand monument en adobe du monde, situé à Bam, une ville de la province de Kerman dans le sud-est de l’Iran. Il est repris dans la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO.

Cette gigantesque citadelle, située sur la célèbre Route de la soie, fut construite quelques temps avant le Ve siècle av. J.-C et resta en activité jusqu’en 1850 ap. J.-C. On connait pas avec certitude la raison de son abandon.

Le bâtiment dans son ensemble était une grande forteresse dans laquelle se situait le cœur de la citadelle lui-même, mais du fait de l’apparence impressionnante de la citadelle, qui en constituait le point le plus élevé, la forteresse entière est appelée Citadelle de Bam.

Le 26 décembre 2003, la Citadelle fut presque complètement détruite par un tremblement de terre, en même temps qu’une grande partie du reste de Bam et de ses environs. Quelques jours après le tremblement, le président iranien Mohammad Khatami annonça que la Citadelle serait reconstruite.

Dimensions

Plus large que sa voisine Arg-é Rayen, la Citadelle occupe environ 180 000 m² de superficie, et est entourée par de gigantesques murs hauts de 6-7 m et longs de 1815 m. Elle présente deux des tours de guet qui font la célébrité de Bam – il y a jusqu’à 67 tours du même genre dispersées parmi l’ancienne cité de Bam.

Architecture et conception de la Citadelle

 

 

La conception et l’architecture de la citadelle ont été ingénieusement élaborés à partir de différents points de vue. Grâce à la forme actuelle de la citadelle, on peut voir que l’ (les) architecte(s) avaient prévu la forme finale entière du monument et de la ville dès les premières étapes de la conception. A chaque phase de développement du bâtiment, la partie déjà construite améliorait la forme de l’ensemble, et chaque nouvelle partie pouvait être ‘cousue’ à une section antérieure sans accroc.

La citadelle est située dans le centre de la cité forteresse, sur le point le plus élevé, pour profiter du panorama vaste et dégagé pour des raisons de sécurité. L’impression remarquable laissée par la citadelle a fait que l’entièreté de la forteresse l’entourant a aussi été inclue dans le nom ‘Citadelle de Bam’.

Dans l’architecture de la Citadelle de Bam, on distingue deux parties différentes :

  • le secteur des dirigeants dans l’enceinte du mur interne, comprenant la citadelle, des casernes, un moulin, des maisons, un puits d’eau (creusé dans la terre rocailleuse sur une quarantaine de mètres de profondeur)
  • le secteur des habitants  entourant le secteur des dirigeants, comprenant l’entrée principale de la cité forteresse et le bazar longeant l’axe nord-sud (qui relie l’entrée principale à la citadelle), ainsi que +/- 400 maisons avec les bâtiments publics associés (tels qu’une école et un terrain de sport).

 

On peut classer les maisons en trois catégories :

  • les plus petites avec 2-3 pièces pour les familles pauvres ;
  • les plus grandes avec 3-4 pièces pour les classes sociales moyennes, certaines ont aussi une véranda ;
  • les plus luxueuses, avec plus de pièces orientées dans des directions correspondant aux saisons de l’année, et ayant une grande court et une stalle pour animaux à proximité. Il y a peu de maisons de ce genre dans la forteresse.

 

Tous les bâtiments sont en briques d’argile crue, par exemple en adobe. La Citadelle de Bam était probablement, avant le tremblement de terre de 2003, la plus grande structure en adobe dans le monde.

Sécurité

Quand la porte de la cité était close, aucun humain ni aucun animal ne pouvait entrer. Les habitants pouvaient continuer à vivre longtemps en isolation, vu qu’ils avaient un puits, des jardins, du bétail et d’autres animaux domestiques à l’intérieur. Lorsque la cité forteresse était assiégée, les habitants restaient dans la cité pendant que les soldats pouvait défendre correctement celle-ci, protégés par les murs et les tours très hauts.

Air conditionné

En plus des tours de guet et des sommets ornementés des hauts murs sur l’horizon de la forteresse, les badgirs sont également remarquables. Ce sont des structures spéciales émergeant des différents édifices, créées pour profiter des vents et les amener à l’intérieur des bâtiments. Parfois les vent ainsi capturés sont amenés à passer à la surface d’un bassin aquatique pour rafraîchir le bâtiment, et enlever la poussière et la sécheresse amenées par l’air du désert. Il y a plusieurs types de badgirs utilisés pour des bâtiments différents. Par exemple, il existe des badgirs à quatre directions pour les bâtiments les plus grands et les plus importants, qui sont capables d’attraper les vents soufflant dans des directions variant selon l’heure, le jour ou la saison ; et il existe des badgirs à une direction pour les petits bâtiments.

Tourisme

A partir du milieu du XIX siècle ap. J.-C., la forteresse fut abandonnée pour des raisons inconnues. Avant le tremblement de terre du 26 décembre 2003, la Citadelle était l’une des meilleures attractions touristiques de la région et était visitée par un grand nombre d’Iraniens comme d’étrangers.

Le tremblement de terre en 2003

 

En 2003, le tremblement de terre de Bam détruisit plus de 80% de la Citadelle.

Beaucoup de pays coopèrent au projet de reconstruction de ce site appartenant au patrimoine de l’humanité. Le Japon, l’Italie et la France sont parmi les pays qui commencèrent leur coopération à ce projet dès le départ. Le Japon a accordé 1 300 000 dollars US à l’Iran pour la reconstruction de la Citadelle de Bam, de plus il a soutenu le gouvernement iranien dans ce projet en envoyant des équipements et en recréant le plan 3D de la Citadelle, pour améliorer la précision de la rénovation de la citadelle. L’Italie a donné 300 000 dollars US dans le Projet de Sauvetage de Bam. Elle a aussi envoyé une équipe d’experts italiens pour restaurer la principale tour de Bam. La France a aussi aidé le gouvernement iranien en fournissant la carte de la citadelle. La Banque mondiale a également alloué une grande somme d’argent à ce projet.

Temple d’Anahita


 

Plusieurs temples dédiés à la déesse Anahita peuvent être visités en Iran, les deux principaux sont situés à Kangavar, et Kazerun sur le site de l’antique cité Sassanide de Bishapour.

 

Le temple d’Anahita à Kangavar

 

C’est le plus grand ensemble architectural d’Iran dédié au culte de la déesse. Situé sur une hauteur chysteuse à mi-chemin de Hamadan et Kermanshah, surplombant la plaine de Kangavar, le temple d’Anahita a été érigé sur un site de 4.6 hectare. A l’instar d’autres constructions monumentales perses comme Persépolis, le temple est construit sur une plateforme surélevée.

Le géographe grec Isidore de Charax mentionne pour la première foi le temple d’Anahita à Kangavar comme « temple d’artémis » au Ier siècle après JC. Entre le 9e et le XIVe siècle, des géographes et historiens arabes visitent le temple et consignent leurs observations: Muhammad de Tus, Abou Doulaf, et Yaqout al-Hamawi. En 1840 les français Eugène Flandin, et Pascal Coste visitent et étudient le site, en fournissent un descriptif détaillé, notant en particulier son étendue sur une aire carrée de 200 x 200 m. En 1968 une équipe archéologique iranienne entreprends des fouilles, et étend le périmètre du temple sur une zone rectangulaire de 230 sur 210 m. le point culminant du site est à l’angle nord-est, à hauteur de 32m. D’autres fouilles révèlent l’existence de pilliers exterieurs dont la hauteur approximative était de 35,4 m le long des murs ouest, est, et sud. Il faudra attendre de nouvelles fouilles en 1995, pour dégager complètement le mur nord. Un escalier monumental de 1, 48m de haut et ressemblant à celui de Persepolis se trouve sur la façade sud, représentait l’entrée principale du temple. 26 marches en ont été préservées mesurant 41,5 de large, 12 cm de haut, et 32cm de profondeur. Cependant, d’autres escaliers sur la section Nord-est du mur est suggèrent l’existence d’autres entrées. La partie centrale du temple abrite un mur bien conservé mesurant 94 m de long, et 9m de haut, courant de la façade est à la façade ouest du temple. Un canal a été découvert à la partie nord, ayant pu servir à l’abduction d’eau pour fins rituelles.

Les pierres utilisées pour la construction du temple proviennent de plusieurs de carrières, les plus anciennement connues étant situées à Chehel Maran, Soltanababad, et Helal-e Ahmar. Mais de nouvelles carrières ayant servi à la construction du temple ont été mises à jour en 2005 dans le jardin national de Kangavar, à Qureh-Jin, Shahrak-e Vali-e Asr, et Allah-Daneh 2. Une première taille était réalisée sur place, puis, les blocs étaient acheminés sur le site du temple où ils subissaient une dernière taille plus fine ainsi qu’un pollissage.

Les origines du site remontent à la période Parthe, comme en attestent de multiples tombes, pièces de potterie et pierres ouvragées retrouvées sur place. La plupart des tombes se trouvent sur le versant Est, et se subdivisent en 3 groupes. Le premier date de la période Parthe entre -100 et +100, les corps y sont placés sur le dos dans des fosses taillées dans le roc, tête tournée vers le temple, et parfois main gauche placée sur la poitrine, possiblement en signe de respect. Certaine de ces sépultures contenaient des pièces de monnaie frappées sous les règnes de Phraatès Ier ou Orode III placées sous la tête du défunt. Les tombes du 2e groupe sont plus tardives, datant du Ier siècle après JC. Les corps y sont placés dans des sarcophages de céramique insérés dans des cavités rocheuses et couverts de dalles en terre cuite ou pierre de chaux. Les faces des défunts sont également tournées vers le temple. Les tombes du dernier groupe prennent la forme de jarres également déposées dans des cavités rocheuses, couvertes par des dalles de pierre, le défunt faisant également face au temple.

Le temple continua d’être utilisé pendant la période Sassanide, comme en attestent les traces de restaurations de nombreuses parties du temple portant la signature des techniques en vigueur à cette période.

Des traces d’occupation continue Seldjoukides, Safavides, Qadjares et de passage de tribus nomades ont également été trouvées, attestant d’une occupation quasi continue durant ces périodes.

 

Le temple d’Anahita à Kazerun

 

Situé dans l’antique cité Sassanide de Bishapour, à 12km de Kazerun, province de Fars, Iran, le temple d’Anahita est remarquablement conservé.

Le temple est sur un niveau plus bas que le palais ; on y accède par un escalier couvert d’une voûte en berceau très bien conservée. Il est bâti selon le plan iranien typique : une pièce carrée dont chaque mur est percé de portes ouvrant chacune sur un corridor. Les murs sont remplis de gravats, couverts de larges pierres finement polies maintenues par des crampons d’acier. Ils atteignaient environ 15 m.

La pièce centrale est entièrement occupée par un bassin aujourdhuis à sec, qui était alimenté par un réseau complexe de canaux encore en l’état, suivant le corridor. les flots entrant et sortant du temple, ansi que le niveau de réplétion du bassin étaient réglés par l’insertion de panneaux dont on peut encore voir les ornières situées à chaque porte.

L’eau provenait de la rivière Shapur rud, était amenée au temple par un aqueduc, sa circulation était facilitée par la déclivité, le temple étant sous le niveau du sol.

Le toit n’était pas une coupole (ce n’est donc pas un chahar taq) ; il était plat, maintenu par des poutres reposant sur 4 protomes de taureaux, autre rappel de Persépolis, disposés par paires se faisant face. Les protomes sont sur la façade principale, tournés vers l’extérieur ; deux d’entre eux sont encore en place, un autre, mieux conservé, est visible à quelque m du temple.

Le réseau de canalisations et le bassin semblent indiquer qu’un culte de l’eau avait lieu dans ce temple. Toutefois dans un bâtiment islamique voisin a été retrouvé un autel du feu composé d’un socle, d’une colonne basse et d’une table carrée, dont on peut également émettre l’hypothèse qu’il provienne du temple,

Ce temple est donc généralement admis comme étant dédié à Anahita ; mais d’autres hypothèses ont été émises, comme un temple de Mithra, symbolisé par les taureaux, voire un temple du feu, ce qui est peu probable en raison de l’architecture.

Persépolis(4)

Autres constructions

 

Un palais semble avoir été construit dans l’angle Sud-Ouest de la Terrasse, appartenant à Artaxerxès Ier. Les ruines qui y sont observées ne correspondent pas à ce palais, mais à une construction résidentielle post-achéménide appelée Palais H. Des sculptures représentant des cornes ont été disposées près du mur de la Terrasse, dont on ne connaît pas la fonction ; elles ont été retrouvées enterrées au pied de la Terrasse.

Une autre structure appelée Palais G se trouve au Nord du Hadish, qui correspond également à une construction post-achéménide. Il semble qu’elle ait été réalisée sur l’emplacement d’une structure détruite qui pourrait être le palais d’Artaxerxès III. De même, des restes d’une construction appelée Palais D ont été retrouvés à l’Est du Hadish. Comme les précédentes, cette construction postérieure à la dynastie achéménide a réutilisé des débris et des ornements provenant des ruines de la Terrasse.

 

Éléments annexes

 

De nombreux éléments ont été retrouvés hors des murs de la Terrasse. Il s’agit de restes de jardins, d’habitations, de sépultures post achéménides, ou de tombes royales achéménides. De plus, un réseau complexe de canalisations d’eau intra et extra muros est en cours d’exploration.

 

 

Habitations

 

Des ruines n’ayant pas encore été complètement fouillées sont visibles à 300 m au Sud de la Terrasse. Probablement antérieures aux palais, ces constructions comportent plusieurs maisons. La plus large consiste en un hall central accessible par un escalier et entouré de salles secondaires. Elles semblent donc avoir été destinées à des personnes de haut rang social. Une construction se trouve également au Nord de la Terrasse, dont la fonction reste inconnue.

 

 

 

Jardins

 

Des explorations géologiques récentes ont mis en évidence les ruines de jardins achéménides et leurs canaux d’irrigation à l’extérieur du complexe. Une partie en a été endommagée en 1971, lors des cérémonies de célébration des 2500 ans de la monarchie en Iran. D’autres dommages ont été causés par la construction d’une route asphaltée après la révolution. De tels jardins appelés Pairidaeza (mot perse ancien dont est issu le mot « paradis »), étaient souvent réalisés à côté des palais achéménides.

 

Réseau hydraulique

 

Le système de canalisation de la Terrasse renferme encore de précieux secrets motivant des fouilles approfondies. Il s’agit d’en extraire et analyser les sédiments. Plus de 2 km de réseau ont été découverts, parcourant la Terrasse et ses environs, et passant sous les palais. Les dimensions très variables des canaux (60 à 160 cm de large, 80 cm à plusieurs mètres de profondeur) expliquent l’importance du volume sédimentaire et la valeur du potentiel archéologique. Les débris qu’ils contiennent peuvent ainsi s’avérer précieux : une partie du trône présumé de Darius a été retrouvée, ainsi que près de 600 fragments de poteries ayant conservé leur couleurs. Les travaux se heurtent toutefois à un problème complexe : le retrait des sédiments permet l’infiltration d’eau, ce qui risque d’endommager la structure du complexe.

Le réseau de drains et de canaux d’eau traverse les fondations et le sol de la Terrasse. Il est donc probable que les plans de la totalité du complexe étaient précisément établis avant sa construction. Taillés à même la pierre à la base des murs avant leur érection, les drains permettaient ensuite d’en assurer la protection en évacuant les infiltrations pluviales.

 

Sépultures royales

 

Situées à quelques dizaines de mètres de la Terrasse, deux tombes creusées dans la roche du Kuh-e Ramat dominent le site. Ces tombes sont attribuées à Artaxerxès II et Artaxerxès III. Chaque sépulcre est entouré de sculptures à colonnades représentant des façades de palais, surplombées de gravures. Ces représentations comme celles des tombes de Naqsh-e Rostam, ont permis de mieux comprendre l’architecture des constructions palatines perses. Au dessus du sépulcre d’Artaxerxès III, le roi est représenté sur un piédestal à trois niveaux, faisant face à Ahuramazda et à un feu sacré également surélevé. Un mur présente une inscription trilingue qui rappelle que Darius le Grand a donné une descendance, qu’il a construit Persépolis, et liste ses biens. Chaque version diffère légèrement des deux autres. Une troisième tombe inachevée se trouvant plus au Sud est en cours de restauration. Elle semble avoir été destinée à Darius III, dernier roi achéménide. Cette tombe est

Des restes de sépultures post-achéménides ont également été retrouvés au pied de la montagne, à un kilomètre au Nord de la Terrasse.

 

 

 

Tablettes de Persépolis

 

Durant les fouilles d’Ernst Herzfeld et de Erich Frederich Schmidt, deux séries d’archives comprenant de très nombreuses tablettes cunéiformes de bois et d’argile ont été découvertes à Persépolis.

 

La première série, découverte par Herzfeld, est connue sous le nom de « Tablettes des fortifications de Persépolis » car elle a été trouvée dans la zone correspondant à des fortifications à l’angle Nord-Est de la Terrasse. Elle comporte environ 30 000 pièces dont 6 000 sont lisibles. Le contenu de 5 000 d’entre elles a déjà été étudié mais n’est pas encore publié en totalité. Elles contiennent principalement des textes administratifs rédigés en élamite, langue des chanceliers, entre –506 et –497, mais des tablettes rédigées en araméen à partir desquelles environ 500 textes ont été déchiffrés, une tablette en akkadien, une en grec, une dans une langue et graphie d’Anatolie, une en vieux perse ont également été retrouvées.

Ces tablettes peuvent être classées en deux sous-groupes. Le premier concerne le transport de matériaux d’une place à l’autre de l’empire ; l’autre s’apparente plus à un registre de comptes. Ces pièces ont permis d’obtenir des renseignements précieux permettant de comprendre le fonctionnement de l’empire et de son administration dans des domaines aussi divers que la construction, la circulation, les courriers, passeports, ou finances. Certains corps de métiers ont ainsi pu être connus comme le gouverneur du Trésor (ou ganzabara). Les tablettes ont même permis de connaître le nom des personnes ayant travaillé à Persépolis, du simple ouvrier au gouverneur du Trésor. En outre, certaines permettent de préciser le statut de femmes de tout horizon social à l’époque achéménide.

L’autre série, découverte par Schmidt et connue sous le nom de « Tablettes du Trésor de Persépolis », compte 139 pièces décrivant des paiements réalisés en or et argent entre -492 et –458. Plusieurs d’entre elles sont marquées de l’empreinte de sceaux, et constituent des lettres et mémorandums adressés par des officiels au gouverneur du Trésor.

L’étonnante conservation de tablettes d’argile séchée s’explique par le fait qu’elles ont été cuites à haute température par l’incendie de Persépolis. Cette transformation involontaire en terre cuite a paradoxalement permis leur meilleure résistance au temps en leur évitant de tomber en poussière.

Représentant un patrimoine scientifique inestimable, elles ont également contribué à une meilleure connaissance linguistique de l’élamite et du vieux persan et de l’organisation politique et des pratiques religieuses des Achéménides..

Ce patrimoine se trouve actuellement au centre d’une polémique d’ordre politique : un procès vise à en obtenir la saisie pour réaliser une vente au profit des « victimes du terrorisme du Hamas ». L’oriental Institute de l’Université de Chicago a en effet la garde des tablettes depuis leur découverte.

 

Controverses sur les fonctions de Persépolis

 

L’empire perse achéménide a en fait plusieurs capitales. Pasargades est celle de Cyrus le Grand, Suse, Ecbatane, ou Babylone sont celles de ses successeurs. La plupart des auteurs s’accordent sur l’importance des fonctions protocolaires et religieuses de Persépolis illustrées par le fort symbolisme des ornements14. Toutefois, l’interprétation des reliefs reste délicate car ceux-ci présenteraient en fait la vision idéalisée que Darius le Grand avait de son empire9. Pour Briand, l’image donnée est celle d’un pouvoir royal souverain et illimité, dans un lieu conçu pour exprimer la domination perse et la Pax persica. Par ses vertus conférées par la protection d’Ahura Mazda, le roi assure l’unité d’un monde dont la diversité ethnoculturelle et géographique est soulignée.

Une controverse existe quant à la réalité des cérémonies décrites par les reliefs, et plusieurs points de vue s’expriment alors. Certains ne voient en Persépolis qu’un lieu réservé à des initiés. Cette hypothèse s’appuie surtout sur le peu d’écrits anciens mentionnant le site avant sa prise par Alexandre le Grand, qui contraste avec le nombre et la diversité des peuples assujettis. Autant de délégations auraient dû assurer à Persépolis une notoriété plus importante. Selon ce point de vue, aucune réception ne se serait réellement tenue à Persépolis. Pour d’autres, de telles réceptions ont clairement eu lieu. Ils s’appuient sur l’organisation en niveau de la Terrasse qui répondrait à une fonction clairement définie de séparation des habitants selon leur rang social. L’organisation des reliefs marquant la progression du tribut jusqu’au trésor, l’existence de chemins séparés menant soit à l’Apadana soit au Palais des 100 colonnes, sont autant d’arguments allant dans ce sens. Selon ce point de vue, la fonction protocolaire et religieuse de Persépolis s’exerce au travers des célébrations du nouvel an (Nowrouz). Le roi des rois reçoit les offrandes et perçoit l’impôt des délégations provenant de toutes les satrapies. le cérémonial obéit à des règles strictes dictées par le respect de l’ordre des choses : les délégations suivent un ordre précis, et une séparation claire reflète les différentes classes sociales (roi et personnes de rang royal, nobles perses et mèdes, peuples perses et mèdes, assujettis). Celles-ci non seulement ne sont pas admises aux mêmes niveaux, mais suivent aussi des chemins différents. Après que l’arrivée des délégations eût été annoncée par des sonneurs, elles sont menées par la Porte de toutes les nations. Tandis que les assujettis suivent l’allée des Processions jusqu’à la Porte inachevée pour être ensuite reçus au Palais des 100 Colonnes. Les nobles empruntent l’autre issue de la Porte de toutes les nations pour se rendre à l’Apadana. La magnificence et le faste des lieux auraient alors pour but d’impressionner les visiteurs, et d’affirmer la puissance de l’empire.

Henri Stierlin, historien d’art et architecture, abonde également dans ce sens. Les espaces libérés par l’architecture des palais comme l’Apadana permettent la tenue de grandes réceptions, de banquets et rites auliques. Les usages de libations et de banquets royaux se répandent en effet depuis la Perse, jusque dans la plupart des satrapies : Thrace, Asie Mineure, ou Nord de la Macédoine, intègrent en effet de telles traditions. De plus, la découverte de nombreux objets d’orfèvrerie achéménides ou d’inspiration achéménide consacrés aux arts de la table témoigne de l’importance de tels banquets pour les Perses. Configuration du site et arrangement des accès témoignent d’une volonté de rendre la personne royale inabordable pour certains. Elle permet le suivi d’une étiquette rigoureuse conférant au souverain un caractère presque divin.

Une controverse existe également quant à l’occupation de Persépolis. Compte tenu des reliefs, R. Ghirshman suggérait une occupation annuelle transitoire de Persépolis. Occupée seulement durant les festivités de Nowruz, la cité n’aurait alors qu’une fonction rituelle. Cette thèse est de plus en plus contestée, et Briant note que si l’existence de fêtes et cérémonies à Persépolis ne fait aucun doute, de nombreuses objections peuvent être formulées quant à l’hypothèse d’une occupation se limitant au nouvel an. Les tablettes prouvent indubitablement que Persépolis est occupé en permanence, et qu’il s’agit d’un centre économique et administratif important. En outre, il fait remarquer que la cour achéménide étant itinérante arpente l’empire, et que les textes anciens ne font état de sa présence en Perse qu’à l’automne et non au printemps. Si on ne peut exclure l’existence des cérémonies de Nowruz, il est possible que reliefs et tablettes se rapportent à des offrandes et tributs perçus au cours des voyages des souverains nomades:

Enfin pour David Stronach, il faut plutôt considérer la fonction de Persépolis sous un angle politique, en tenant compte des conditions d’accession de Darius au pouvoir (Darius avait dû vaincre une opposition). De tels monuments n’auraient pas pour fonction littérale de refléter la puissance ou les richesses de l’empire, mais plutôt de répondre à des impératifs politiques immédiats. Construit peu après l’avènement de Darius, Persépolis consacre en premier lieu la légitimité de son accession au trône et affirme son autorité jusqu’aux confins de l’empire. En outre, la répétition de motifs représentant Darius le Grand et Xerxès suggère la volonté de légitimer son successeur. De même, la multiplicité des références à Darius par Xerxès Ier suggère la volonté de consolider et sécuriser la succession au trône.

 

 

Citations

 

Jean Chardin :

 

«  Je ne sais si ma Description, & les Figures qui l’accompagnent, en donneront une grande idée ; mais je puis assurer que celle qu’on en conçoit par la vue, va au-delà de toutes les expressions : car enfin je n’ai jamais rien vu, ni conçu, de si grand ni de si magnifique. Combien de milliers d’hommes y doivent avoir travaillé, & durant combien d’années ? Ce n’est pas seulement ici un Chef-d’œuvre, où il ne soit allé que du travail & de la peine, comme aux Pyramides d’Égypte, qu’Horace a bien raison d’appeler une merveille Barbara, puisque ce n’est après tout que un amas de pierres : ici il y a de l’art infiniment, de l’ordre, & de l’industrie ; & l’on peut dire que c’est un ouvrage digne des plus grands Maîtres, & des savantes mains qui l’ont formé. »

 

 Arthur Upham Pope :

 

«  La splendeur de Persépolis n’est pas la contrepartie accidentelle de la monumentalité et du faste, c’est le produit de la beauté reconnue comme valeur suprême. »

 

Roman Ghirshman:

 

«  Jamais dans l’antiquité, l’art n’avait fait preuve d’une telle audace. »

 

 

 

 

Marcel Dieulafoy :

 

« Lorsque j’essaye de faire revivre dans ma pensée ces grandioses édifices, lorsque je vois ces portiques aux colonnes de marbre ou de porphyre poli, ces taureaux bicéphales dont les cornes, les pieds, les yeux et les colliers devaient être revêtus d’une mince feuille d’or, les poutres et les solives de cèdre de l’entablement et des plafonds, les mosaïques de briques semblables à de lourdes dentelles jetées en revêtement sur les murs, ces corniches couvertes de plaques d’émaux bleu turquoise que termine un trait de lumière accroché à l’arête saillante des larmiers d’or et d’argent ; lorsque je considère les draperies suspendues au devant des portes, les fines découpures des moucharabiehs, les épaisses couches de tapis jetées sur les dallages, je me demande parfois si les monuments religieux de l’Égypte, si les temples de la Grèce eux-mêmes devaient produire sur l’imagination du visiteur une impression aussi saisissante que les palais du grand roi »

Persépolis(3)

Panneau Sud.

 

C’est un panneau remarquable car il représente l’arrivée des délégations provenant de vingt-trois nations assujetties, alternativement conduites par des guides perses et mèdes. Chaque délégation est séparée par des pins, le guide mène le délégué de tête par la main. La qualité de la finition diffère pour chaque ouvrage : tous les reliefs n’ont pas été polis, et leur détail est variable. Ce défilé présente près de 250 personnages, quarante animaux, et des chars. Hauts de 90 cm, les registres ont une longueur totale bout à bout de 145 m. Pour Dutz, les symboles de Persépolis sont lourds de sens, et leur organisation ne relève pas du hasard. L’agencement des représentations pourrait donc correspondre à un ordre protocolaire, sans que l’on puisse savoir si un tel ordre suit une séquence déterminée par les rangées horizontales ou verticales (voir schéma). Dans tous les cas, il apparaîtrait clairement que les Mèdes sont les premiers, et les Éthiopiens les derniers. De plus, aucun des arrangements ne suit la liste séquentielle des satrapies données par l’inscription du roi. L’agencement des délégations ne semble pas non plus suivre l’ordre d’incorporation des différentes satrapies dans l’empire. En revanche, il pourrait être fonction du temps de voyage les séparant de Persépolis.

 

 Ce raisonnement s’appuie sur les écrits d’Hérodote :

 

·        « de toutes les nations, les Perses honorent en premier celles qui leur sont le plus proche, en second celles qui sont plus distantes, et portent le moins d’estime pour les plus lointaines ».

 

 On sait par les tablettes du Trésor que les offrandes portées par les délégations ne correspondent pas à un impôt. Elles correspondent donc à des cadeaux destinés au roi ou à un usage cérémonial. En l’absence d’inscription, l’identification des délégations reste toujours un problème car elle se fonde surtout sur les costumes, et offrandes. Malgré les rapprochements avec d’autres représentations, il subsiste de nombreuses incertitudes. En effet, la présence, l’exclusion, l’ordre de citation ou de présentation, voire la dénomination de chaque peuple de l’empire est très variable tant dans les sculptures que dans les inscriptions royales. Ces dernières ne constituent pas un inventaire administratif réalisé pour la postérité, mais correspondent plutôt à la vision idéelle de l’empire dont le roi souhaite laisser la trace..

 

  1. Mèdes : conduite par un Perse, cette délégation est la plus importante. Les sujets apportent des vêtements, des bracelets ou des torques, un glaive, des pots et un vase. Il s’agit probablement d’autres tribus mèdes que celles qui servent l’empire depuis sa fondation, ce qui expliquerait le statut d’assujettis. Au début de l’empire, de telles tribus étaient restées fidèles à Astyage, les autres ayant rejoint Cyrus.
  2. Élamites : l’Élam est perse depuis la fondation de l’empire par Cyrus le Grand. La délégation conduite par un Mède offre une lionne et deux lionceaux, ainsi que des glaives et des arcs.

 

  1. Arméniens : cette délégation porte un vase à deux anses finement ouvragé, et un cheval.

 

 

  1. Arachosiens (ou Aryens) : Les pantalons sont encore portés au Baluchistan. Un des sujets est vêtu d’une peau de félin. Les offrandes consistent en un chameau et des pots.

 

  1. Babyloniens : cette délégation offre un taureau, des bols, et une tenture identique à celles de représentations dans le palais des 100 colonnes, le Trésor ou le Tripylon.

 

 

  1. Assyriens et Phéniciens (ou Lydiens) : ce relief est très détaillé. Les offrandes consistent en des vases et coupes ouvragés (vases à gros goderons, de bronze ou d’argent, à doubles anses figurant des taureaux ailés), des bijoux (bracelets à fermoir ornés de griffons ailés), et un char attelé avec des chevaux de petite taille. Vêtements et coiffures des sujets sont très ouvragés, on distingue même des papillotes toujours portées par les juifs orthodoxes. L’identité vestimentaire entretient une controverse entre les origines de ces délégations.

 

  1. Aryens (ou Arachosiens) : les sujets de cette satrapie correspondant aux régions d’Herat et de Mashhad sont pratiquement indifférentiables des Arachosiens. Les offrandes consistent en un chameau et des vases.

 

 

  1. Ciliciens ou Assyriens : provenant du Sud de l’Asie Mineure, cette délégation offre deux béliers, des peaux, un vêtement, des coupes et des vases. Cette représentation est minutieusement ouvragée, et laisse apparaître le détail des vêtements (lacets, ceintures, coiffes).

 

  1. Cappadociens : caractérisés par l’attache de leur cape au dessus de l’épaule, ils appartiennent au même groupe que les Arméniens, Mèdes, et Sagartiens. Ils font présent d’un cheval et de vêtements.

 

 

  1. Égyptiens : le haut du relief représentant cette délégation a été sévèrement endommagé par la destruction de l’Apadana. Les parties inférieures subsistantes suffisent néanmoins à identifier l’origine des sujets grâce aux caractéristiques de leur robe.

 

  1. Scythes (aussi appelés Sakas): cette satrapie s’étendait de l’Ukraine aux steppes nord-caucasiennes, jusqu’au Nord de la Sogdiane. Les sujets sont coiffés d’un bonnet scythe typique. Ils amènent un cheval, des vêtements, et ce qui pourrait être des bracelets à fermoirs.

 

 

  1. Lydiens ou Ioniens : ces satrapies grecques étaient fusionnées et administrées depuis Sardes. Les sujets sont habillés de la même façon. Ils amènent tissus, pelotes de fil et coupes contenant peut-être des teintures.

 

  1. Parthes : sous les Achéménides, les Parthes étaient assujettis, et ce n’est qu’après la période grecque séleucide qu’ils dominent la Perse. La Parthie correspond à l’actuel Turkménistan. La délégation apporte vases et chameau. Les sujets sont coiffés d’un turban entourant également le cou.

 

 

  1. Gandhariens : cette satrapie se trouve en amont de l’Indus, entre Kaboul et Lahore, dans l’Ouest de l’actuel Pendjab. Les sujets offrent des lances ainsi qu’un buffle asiatique.

 

  1. Bactriens : la délégation apporte un chameau et des vases. Originaires de Bactriane au Nord de l’Afghanistan, les sujets sont coiffés d’un bandeau.

 

 

  1. Sagartiens : leurs habits et présents (vêtements et cheval) sont similaires à ceux des Mèdes, Cappadociens et Arméniens, ce qui suggère l’appartenance à un même groupe. Leur terre d’origine est mal connue : voisine de la Thrace en Asie mineure, ou proche de la mer Noire et du Caucase, voire située dans les steppes d’Asie centrale proche de la Bactriane.

 

  1. Sogdiens : ayant pour origine la Sogdiane, actuel Pakistan, cette ethnie appartient au groupe des Scythes dont ils portent le bonnet. Ils amènent un cheval, des haches, des objets pouvant être des torques, et un glaive.

 

 

  1. Indiens : venant du Sind, basse vallée de l’Indus, ces sujets sont vêtus d’un pagne, et chaussés de sandales. Ils amènent un âne, des haches, et des paniers de provisions portés sur le dos au moyen d’une balance.

 

  1. Thraces (ou Scythes) : la Thrace se situait entre la mer Égée et la mer Noire, sur un territoire aujourd’hui partagé entre Grèce, Turquie, et Bulgarie. Les sujets mènent un cheval. Ils portent un bonnet pointu à longues pattes, semblable aux bonnets scythes.

 

 

  1. Arabes : ces sujets viennent de Phénicie-Assyrie. Ils sont chaussés de sandales, et vêtus de tuniques aux bordures brodées. Ils apportent un dromadaire et un vêtement identique.

 

  1. Drangianiens : il n’y a pas d’accord entre les auteurs concernant l’origine de cette délégation. Pour certains, il s’agit d’individus venant de Merv en Bactriane (états actuels d’Afghanistan, d’Ouzbékistan et du Tadjikistan). Pour d’autres, les sujets viennent de la région de Kerman, dans l’est de l’Iran. En outre, leur style de coiffure plaiderait pour une origine proche de Kandahar, de même que leur bouclier, lance, et le type du bœuf qu’ils amènent.

 

 

  1. Somalis (ou Lydiens) : l’origine de cette délégation est controversée. Accompagnés d’un chariot, les sujets apportent un koudou ou un bouquetin, sont vêtus de peaux, mais ne sont pas négroïdes. Le type morphologique des individus ainsi que la présence d’un chariot indiquerait une origine libyenne, alors que l’antilope et les parures de peaux plaident pour une origine située plus au Sud (Yémen ou Somalie).

 

  1. Nubiens (ou Éthiopiens ou Abyssiniens) : il s’agit de sujets négroïdes, qui apportent un okapi ou une girafe, des défenses d’éléphant et un vase.

 

 

Escalier Nord

 

L’escalier Nord a été ajouté par Xerxès Ier (r. 486 – 465 av. J.-C.) afin de faciliter l’accès à l’Apadana à partir de la Porte de toutes les nations. Les reliefs de cet escalier déclinent les mêmes thèmes que ceux de l’escalier Est mais sont plus dégradés.

Le panneau central montrait initialement Xerxès Ier, Darius le Grand et un officiel. Ce dernier pourrait être un ganzabara (gouverneur du Trésor), ou un chiliarque (officier commandant la garde). Ce relief a été par la suite déplacé au Trésor, et a été remplacé par un autre montrant huit gardes. Une inscription cunéiforme trilingue également présente sur l’escalier Est reprend en grande partie le texte de celle de la Porte de toutes les nations, sans préciser le nom du bâtiment.

 

Tachara

 

Ainsi nommé par une inscription située sur un montant de sa porte Sud, le Tachara, ou palais de Darius, est situé au Sud de l’Apadana. C’est le seul des palais à avoir un accès sur le Sud au moyen d’un portique. L’entrée du palais se faisait initialement de ce côté par un double escalier. Construit par Darius Ier, le palais est ensuite complété par Xerxès Ier qui l’étend, puis par Artaxerxès III (r. 359 – 338 av. J.-C.) qui y ajoute un second escalier à l’Ouest. Cette nouvelle entrée crée une asymétrie inédite. Les vêtements des personnages mèdes, siliciens et sogdiens qui y sont représentés sont différents de ceux des autres escaliers antérieurs, ce qui suggère un changement de mode, et renforce l’idée d’une construction ultérieure.

Les écoinçons de l’escalier Sud présente des symboles de Norouz : lion dévorant un taureau. Les parties ascendantes représentent des Mèdes et Arachosiens apportant animaux, jarres et outres. Il s’agit probablement de prêtres venant de lieux saints zoroastriens tels le lac d’Orumieh en Médie et le lac Helmand en Arachosie, et qui portent le nécessaire pour des cérémonies. Le panneau central montre deux groupes de neufs gardes et trois panneaux portant une inscription trilingue de Xerxès II indiquant que ce palais a été bâti par son père ; le tout est surmonté par le disque ailé, symbole soit d’Ahuramazda soit de la gloire royale, encadré de deux sphinx.

L’entrée du palais se fait par une salle, via une porte où un relief représente des gardes. Cette salle est suivie d’une autre porte ouvrant dans le hall principal, sur laquelle se trouve un relief représentant le roi combattant le mal sous la forme d’un animal. Ce thème est également décliné sur d’autres portes du palais, dans le Palais des 100 colonnes, et dans le harem. La figure maléfique est tantôt symbolisée par un lion, un taureau, ou un animal chimérique. Le type de figure pourrait avoir un rapport avec la fonction de la pièce concernée, ou avec des thèmes astrologiques.

Une porte ouvre dans la salle de bain royale. Elle est ornée d’un relief montrant un roi apprêté pour une cérémonie et suivi de deux serviteurs tenant une ombrelle et un chasse-mouches. Le roi est couronné, vêtu d’une riche parure agrémentée de pierres et pièces précieuses. Il porte également des bracelets, et des bijoux sont accrochés à sa barbe tressée. Un autre relief montre probablement un eunuque, seule représentation imberbe du site. Il porte une bouteille d’onguent et une serviette. La circulation d’eau était assurée par un canal couvert au sol passant au milieu de la pièce. On peut observer des reliquats du ciment rouge qui tapissait le sol de la salle. Des inscriptions gravées datant de la période islamique peuvent être vues sur des montants de porte du palais.

Le palais comporte également deux autres petites salles situées sur ses flancs. Le portique Sud ouvre dans une cour bordée par les autres palais. Sur chaque linteau des portes et fenêtres est gravée une curieuse inscription :

 

« fenêtre en pierre faite dans la maison de Darius ».

 

Le nom de Tachara provient d’une inscription cunéiforme trilingue sur chaque montant du portique Sud :

 

« Darius le grand roi, le roi des rois, le roi des peuples, le fils de Vistaspa, l’Achéménide, qui a fait ce Tachara ».

 

Cependant, il est douteux que ce mot, dont la signification exacte reste inconnue, désigne le bâtiment lui-même : on a en effet retrouvé des bases de colonnes en d’autres endroits de Persépolis portant des inscriptions de Xerxès et mentionnant ce mot :

 

« Je suis Xerxès, le grand roi, le roi des rois, le roi des peuples, le roi sur cette terre, le fils du roi Darius, l’Achéménide.»

 

Le roi Xerxès déclare :

 

 « J’ai fait ce Tachara. »

 

Tripylon

 

Tirant son nom de ses trois entrées, le Tripylon, ou hall d’audience de Xerxès, ou Palais central, est un petit palais situé au centre de Persépolis. Il est accessible au Nord par un escalier sculpté dont les reliefs montrent principalement des gardes mèdes et perses. D’autres reliefs représentent des nobles et des courtiers en route pour un banquet. L’escalier Sud du Tripylon se trouve au musée national d’Iran à Téhéran. Un couloir ouvre à l’Est sur une porte ornée d’un relief montrant :

 

·        en haut, Darius sur son trône devant Xerxès en prince couronné, abrités sous un auvent orné de symboles divins, taureaux, lions et glands ; roi et prince tiennent à la main des feuilles de palme, symboles de fertilité ;

·        en bas, les sujets issus de vingt-huit nations les portent.

Ce relief désigne clairement à tous la volonté de Darius de désigner Xerxès comme successeur légitime au trône.

 

Hadish

 

Le Hadish, ou palais de Xerxès, se trouve au Sud du Tripylon ; il est bâti sur un plan similaire au Tachara mais deux fois plus grand. Son hall central comportait trente-six colonnes de pierre et de bois. Il s’agissait de troncs d’arbres de grandes tailles et grands diamètres dont il ne reste plus rien. Il est entouré à l’Est et à l’Ouest par des petites chambres et couloirs, dont les portes présentent également des reliefs sculptés. On y trouve des processions royales représentant Xerxès Ier accompagné de serviteurs l’abritant sous une ombrelle. La partie Sud du palais est composée d’appartements dont la fonction est controversée : un temps décrits comme servant à la reine, ils sont plutôt considérés comme des magasins ou annexes du Trésor. L’accès au Hadish se fait par un escalier monumental à l’Est, à double volées divergentes puis convergentes, et un escalier plus petit à volées convergentes à l’Ouest ; les deux présentent le même décor que l’escalier Sud du Tachara : taureaux et lions, gardes perses, disque ailé et sphinx.

Hadish est un mot vieux-persan figurant sur une inscription trilingue en quatre exemplaires, sur le portique et l’escalier : il signifie « palais ». C’est l’usage des archéologues de nommer ce palais hadish, le nom original n’étant pas connu. L’attribution à Xerxès est certaine puisque celui-ci, outre ces quatre inscriptions, a fait graver son nom et sa titulature pas moins de quatorze fois.

 

 

Palais des 100 Colonnes

 

 

Aussi nommé salle du Trône, il a la forme d’un carré de 70 m de côté : c’est le plus grand des palais de Persépolis. Lors de sa première excavation partielle, il est apparu qu’il était recouvert par une couche de terre et de cendres de cèdre de plus de trois mètres d’épaisseur. Sévèrement endommagé par l’incendie, seuls les bases des colonnes et les montants des portes ont survécu.

Deux taureaux colossaux constituent les bases des colonnes principales de 18 m qui soutenaient le toit du portique de l’entrée, au Nord du palais. L’entrée se faisait par une porte richement décorée de reliefs. Parmi ces représentations, l’une décrit l’ordre des choses, montrant de haut en bas : Ahuramazda, le roi sur son trône, puis plusieurs rangs de soldats le soutenant. Le roi tient donc son pouvoir d’Ahuramazda qui le protège, et commande l’armée qui porte son pouvoir.

Le palais est décoré de nombreux reliefs en remarquable état de conservation, représentant des taureaux, des lions, des fleurs et des glands.

La porte Sud du palais présente un relief complètement différent. Il symbolise le soutien apporté au roi par les différentes nations composant l’empire. Les soldats des cinq rangs inférieurs appartiennent en effet à plusieurs nations, reconnaissables à leur coiffe, tenues, et armements. Tourné vers le Trésor, ce message s’adresse plutôt aux serviteurs et leur rappelle ce que les richesses transitant par cette porte servent à la cohésion de l’empire. Des tablettes cunéiformes détaillent les archives des tributs, donnant ainsi un aperçu des richesses ayant transité par ces portes.

Si les reliefs des entrées Nord et Sud du palais concernent essentiellement l’affirmation de la royauté, ceux des parties Est et Ouest présentent comme pour d’autres palais, des scènes héroïques de combats du roi contre le mal.

 

Trésor

 

Construit par Darius le Grand, il s’agit d’une série de salles située dans l’angle Sud-Est de la Terrasse, qui s’étendent sur une surface de 10 000 m2. Le trésor comprend deux salles plus importantes dont le toit était supporté respectivement par 100 et 99 colonnes de bois. Des tablettes de bois et d’argile y ont été retrouvées, qui détaillent le montant des salaires et avantages payés aux ouvriers ayant construit le site. D’après Plutarque, 10 000 mules et 5 000 chameaux auraient été nécessaires à Alexandre le Grand pour l’acheminement du trésor de Persépolis. D’après certaines tablettes, 1 348 personnes travaillent au Trésor en -467.

 

Le Trésor est plusieurs fois reconstruit et modifié. Plusieurs inscriptions y ont été retrouvées sur des blocs massifs de diorite, mentionnant le roi Darius. On y a également retrouvé deux reliefs dont l’un provient de l’escalier Nord de l’Apadana. Ce dernier se trouve maintenant au musée de Téhéran et représente Darius le Grand sur le trône. Le roi reçoit un officiel mède incliné vers l’avant qui porte sa main droite aux lèvres en signe de respect. Il pourrait s’agir d’un chiliarque, commandant 1 000 gardes, ou d’un gouverneur du trésor (ou Ganzabara). Xerxès et des nobles perses se trouvent debout derrière le souverain. Deux porteurs d’encens se trouvent entre le roi et les dignitaires.

Lors des fouilles, ce bâtiment a rapidement été identifié comme étant le Trésor car malgré sa superficie importante, l’accès ne se fait que par deux petites portes étroites.

 

 

 

 

Garnison et salle des 32 colonnes

 

Sur le versant Est du complexe, entre le palais des 100 Colonnes et la montagne se trouvent de multiples salles formant les quartiers des serviteurs et des soldats, la chancellerie, et des bureaux. Plus de 30 000 tablettes et fragments de tablettes en élamite y ont été retrouvées. D’après Quinte-Curce et Diodore, Alexandre aurait laissé sur place 3 000 soldats, ce qui donne une idée des capacités de garnison de Persépolis. Au Nord de ces baraquements, on trouve les restes d’une salle qui comportait trente-deux colonnes, dont la fonction n’est pas clairement connue.

 

Harem et musée

 

On accède au Harem par la porte Sud du Palais des 100 Colonnes. Le bâtiment a une forme de « L » dont l’aile principale a une orientation Nord-Sud. Son centre consiste en une salle présentant des colonnades, ouverte au Nord sur une cour par un portique. Cette salle avait quatre entrées dont les portes étaient décorées par des reliefs. Les reliefs latéraux montrent encore des scènes de combat héroïques évoquant celles du Tachara ou du palais des 100 Colonnes. Le roi est en effet montré en lutte avec un animal chimérique (taureau-lion cornu et ailé, cou de corbeau, queue de scorpion) pouvant être une représentation d’Ahriman, divinité maléfique. Le héros plonge son épée dans le ventre de la bête qui lui fait face. Le relief Sud montre Xerxès Ier suivi de serviteurs selon une scène identique à celles du Hadish. La partie Sud de l’aile et l’autre aile la prolongeant vers l’Ouest consistent en une série de 25 appartements, hypostyles de 16 colonnes chacun. Le bâtiment présente en outre deux escaliers le reliant au Hadish, et deux courettes qui pourraient correspondre à des jardins clos.

Il n’est pas certain que le Harem ait pu être un lieu de résidence des femmes. Selon certains, la section centrale aurait pu être destinée à la reine et à sa suite. D’autres pensent que les femmes résidaient à l’extérieur des murs. La fonction du bâtiment reste donc controversée. La présence de reliefs élaborés, de même que sa situation sur un haut niveau évoque un bâtiment ayant une fonction importante. A contrario, sa taille et sa position suggèrent plutôt une fonction administrative. En fait, il est probable que l’appellation de « Harem » soit erronée : les chercheurs occidentaux ont projeté leur vision des harems ottomans sur la Perse achéménide qui n’en avait pas.

 

Le Harem a été excavé et partiellement restauré par Herzfeld au moyen d’un procédé d’anastylose. Il reconstruit plusieurs salles dont il se sert comme ateliers de restauration et de présentation des pièces retrouvées sur le complexe. Une partie du Harem est alors transformée en musée.

 

Le musée du site présente une grande variété d’objets retrouvés sur le site :

 

  • poteries, assiettes et gobelets en terre cuites, carreaux de céramiques ;
  • pièces de monnaie d’époque;
  • outils de tous genres comprenant des outils de maçonnerie, de taille, de cuisine, ou ustensiles de bouche, mortiers ;
  • ferronneries, pointes de lance et de flèches, fragments de trompettes ou d’ornements métalliques, chevilles métalliques ;
  • restes d’étoffes ou reliquats de bois composant l’infrastructure ;
  • mors métalliques et pièces de trait ;
  • tablettes gravées.

 

On y trouve également des pièces retrouvées dans les environs datant d’occupations postérieures (sassanides et islamiques), antérieures, et même préhistoriques.

La grande diversité des pièces relevant d’usages quotidiens constitue autant de sources permettant d’avoir une idée de la vie à l’époque. De plus, la comparaison des pièces avec certaines de leur représentation picturales (mors, lances) donnent une idée de la minutie du travail des ouvriers lors de la taille des reliefs.

 

Persépolis(2)

L’art persépolitain

 

Architecture

 

Les Perses ne possèdent pas à l’origine un bagage architectural propre : en effet, il s’agit initialement d’un peuple semi-nomade de pasteurs et cavaliers. Or, dès sa fondation par Cyrus le grand, l’empire perse se dote de constructions monumentales. D’abord inspirés par les peuples conquis, les architectes achéménides intègrent ces influences et proposent rapidement un art original. Si, à Pasargades, le plan général montre encore des influences nomadiques avec ses bâtiments étirés, dispersés dans un immense parc, cinquante ans plus tard celui de Persépolis fait preuve de rationalisation et d’équilibre : le plan carré est systématisé, les colonnes sont strictement arrangées (6×6 pour l’Apadana, 10×10 dans le palais des Cent Colonnes…), y compris dans la plupart des petites salles du Harem et les annexes des palais. Les transitions des portiques aux côtés latéraux sont assurées par des tours d’angle à l’Apadana, une autre innovation majeure. Les deux grandes portes et les différents passages distribuent la circulation vers les bâtiments principaux.

Ces réalisations sont des créations originales dont le style résulte de la combinaison d’éléments issus des civilisations assujetties. Il ne s’agit pas d’une hybridation, mais plutôt d’une fusion des styles qui en crée un nouveau. Issue du savoir faire d’architectes et ouvriers de tout l’empire, l’architecture perse est utilitaire, rituelle et emblématique. Persépolis montre ainsi de nombreux éléments attestant de ces sources multiples.

 

Du fait de l’inclusion de l’Ionie dans les satrapies de l’empire, l’architecture perse achéménide est marquée par une forte influence grecque ionienne, particulièrement visible dans les salles hypostyles et les portiques des palais de Persépolis. L’essor du style ionien en Grèce est brisé net après l’invasion perse, mais il s’exprime de manière éclatante en Perse, au moyen de monuments grandioses. Des architectes lydiens et ioniens sont en effet engagés sur les chantiers de Pasargades, puis plus tard sur ceux de Persépolis et Suse. Ils en réalisent les principaux éléments, et on trouve ainsi des graffitis en grec dans les carrières proches de Persépolis, mentionnant les noms de chefs carriers. Ils jouent un rôle majeur dans l’éclosion du style perse, autant dans l’appareil que dans la maçonnerie. La participation de Grecs à l’érection de colonnes et à l’ornement de palais en Perse est également mentionnée par la charte de Suse, ainsi que par Pline l’Ancien. Les colonnes de Persépolis sont effectivement de style ionien, avec un fût cannelé et mince : le diamètre est inférieur au dixième de la hauteur, aucune colonne de Persépolis n’est large de plus d’1,9 m. Certains chapiteaux portent des griffons inspirés des griffons de bronze archaïques grecs.

Parmi les éléments de style pharaonique égyptien aisément reconnaissables, on citera les gorges des corniches surplombant les portes, ainsi que le départ des chapiteaux. Certains attribuent également aux Égyptiens l’apport du portique.

L’influence de la Mésopotamie est bien sûr très présente, en particulier dans la formule palatine associant deux palais, l’un pour l’audience publique et l’autre pour l’audience privée. Cette influence est également visible dans les motifs de palmettes ou de rosaces fleuries décorant reliefs et palais, ou dans les merlons crénelés rappelant la forme des ziggourats, ornant les escaliers des palais. Des reliefs émaillés et polychromes sont d’inspiration babylonienne. Enfin, les orthostates ornés de bas reliefs de l’Apadana, les hommes-taureaux ailés des portes sont de style assyrien.

Présent au Moyen-Orient avant les Perses, le principe d’espaces internes créés par des supports et plafonds en bois évolue, la salle hypostyle devient l’élément central du palais. L’apport des techniques grecques permet à l’architecture perse d’aboutir à des constructions différentes où l’espace a des fonctions différentes : le dégagement de vastes espaces au moyen de colonnes hautes et fines constitue une révolution architecturale propre à la Perse. Les salles hypostyles y sont destinées aux foules et plus seulement aux prêtres comme en Grèce ou en Égypte.

 

 

La plupart des colonnes sont en bois, reposant éventuellement sur une base de pierre ; elles ont toutes disparu. C’est seulement lorsque la hauteur est trop importante que la pierre est utilisée comme celles de l’Apadana et de la Porte de toutes les nations. Les colonnes de pierre ayant subsisté sont très composites et montrent une influence des différentes civilisations de l’empire, ce qui n’est peut-être pas innocent : la base campaniforme est une création achéménide mais sans doute d’inspiration hittite ; le fût cannelé est ionien ; le chapiteau, d’une hauteur démesurée pouvant aller jusqu’au tiers de la colonne débute par un chapiteau de style égyptien suivi d’un pilier carré à double volute, une création iranienne inspirée par des motifs assyriens. Le tout est surmonté d’une imposte thériomorphe (de forme animale), autre motif importé de Mésopotamie cette fois, mais dont la fonction de soutien de poutres est inédite. On peut voir dans cette composition un résumé de la diversité de l’empire.

Comme tous les palais achéménides, ceux de Persépolis avaient systématiquement des murs en brique crue, ce qui peut paraître surprenant dans une région où la pierre de construction est disponible en quantité. C’est en fait une caractéristique commune à tous les peuples de l’Orient, qui ont réservé les murs de pierre aux temples et aux murailles. Aucun mur de Persépolis n’a donc survécu, les éléments encore dressés sont les chambranles des portes et les colonnes de pierre.

Bien que sa construction se soit étalée sur deux siècles, Persépolis montre une remarquable unité de style caractérisant l’art achéménide : initié à Pasargades, achevé sous Darius à Persépolis, on ne note plus d’évolutions notables tant dans l’architecture que dans les décorations ou les techniques. Seules les dernières tombes royales perdent une branche par rapport à celles de Naqsh-e Rostam, sans doute par manque de place mais leurs bas-reliefs sont strictement identiques à celle de Darius.

 

Sculpture

 

La forme la plus connue et la plus répandue de sculpture achéménide est le bas-relief, s’exprimant particulièrement à Persépolis. Ils y décorent systématiquement les escaliers, les côtés des plateformes des palais et l’intérieur des baies. Les oeuvres sont réalisées en série, et signées par le sculpteur. On suppose qu’ils sont également utilisés pour la décoration des salles hypostyles. On peut y voir des inspirations égyptienne et assyrienne, voire grecque pour la finesse de l’exécution. On y rencontre la plupart des stéréotypes des représentations orientales antiques. Ainsi, tous les personnages sont représentés de profil. Si la perspective est parfois présente, les différents plans sont généralement rendus l’un sous l’autre. Les proportions entre les personnages, les animaux et les arbres ne sont pas respectées. En outre, le principe d’isocéphalie est strictement appliqué, y compris sur différentes marches d’escalier. Les sujets représentés composent des défilés de représentants des peuples de l’empire, de nobles perses, de gardes, des scènes d’audience, des représentations royales et des figures de combats opposant un héros royal à des animaux réels ou imaginaires. Ces bas-reliefs sont remarquables pour leur qualité d’exécution, chaque détail y est rendu avec une grande finesse.

On connaît très peu de sculptures achéménides en ronde-bosse. Celle de Darius, retrouvée à Suse est la plus connue mais il ne s’agit cependant pas d’un exemple unique. Plutarque mentionne par exemple qu’une grande statue de Xerxès Ier se trouvait à Persépolis.

Cependant, de nombreux éléments de décoration peuvent être considérés comme de la ronde-bosse. Elle est surtout utilisée pour des représentations d’animaux réels ou mythologiques, fréquemment inclus comme éléments architecturaux dans les portes et les chapiteaux. Ce sont essentiellement des taureaux qui sont représentés comme gardiens des portes, ainsi qu’au portique du Palais des Cent Colonnes. Les chapiteaux de colonne se terminent par des impostes de protomés animaliers : taureaux, lion, griffons… Les animaux sont très stylisés, sans aucune variation. Quelques statues entièrement en ronde-bosse ont également été retrouvées, telle celle représentant un chien, qui décorait une tour d’angle de l’Apadana.

 

 

Polychromie

 

L’utilisation de couleurs a souvent été mésestimée du fait des nombreuses altérations que subissent les pigments au cours du temps. Intempéries, fragilité des enduits, ou périssabilité des pigments organiques en sont les raisons principales. D’autres dégradations peuvent également survenir du fait de manipulations, de traitements de conservation et de rénovation des pièces. Nettoyages, applications de vernis, d’enduits protecteurs, voire retouches colorées ont été ainsi mis en cause dans l’apparition de fausses teintes ou la dégradation d’objets. Ces manipulations, comme la mise en évidence de composants artificiels de peintures modernes sur certaines pièces, poussent les scientifiques à examiner avec prudence et minutie toute découverte de traces colorées sur des sculptures et objets achéménides.

La mise en évidence de multiples couleurs sur de nombreuses pièces issues de la plupart des palais et bâtiments persépolitains atteste de la richesse et de l’omniprésence de peintures polychromes à Persépolis. Il ne s’agit pas seulement de preuves reposant sur des traces pigmentaires persistant sur des objets, mais de preuves consistantes comme des agglomérats de peintures formant des grumeaux, de couleurs ayant pris en masse dans des bols retrouvés en de multiples endroits du site.

De telles couleurs étaient utilisées non seulement sur les éléments architecturaux (murs, reliefs, colonnes, portes, sols, escaliers, statues), mais aussi sur les tissus et autres décorations. Briques vernissées, revêtement de sols en chaux colorée à l’ocre rouge ou gypseux vert-gris, colonnes peintes et autres tentures paraient ainsi de multiples couleurs les intérieurs et extérieurs des palais. Des traces de couleur rouge ont également été retrouvées, il y a peu, sur la statue de Darius conservée au musée national d’Iran à Téhéran.

La grande palette des couleurs retrouvées donne en effet une idée de la richesse polychromique présente à l’origine : noir (asphalte), rouge (verre rouge opaque, vermillon, hématite de l’ocre rouge), vert, bleu égyptien, blanc, jaune (ocre ou doré). L’utilisation de pigments végétaux est évoquée, mais n’est pas à ce jour démontrée.

Il peut néanmoins être difficile de reconstituer précisément la véritable palette de couleurs présente en un lieu précis, plusieurs reliefs ou palais ayant été reconstruits ou restaurés en utilisant des pièces ou des fragments réassemblés provenant en fait de plusieurs endroits. L’examen des différences entre certains reliefs et leur dessins antérieurs par Flandin, a permis par exemple de mettre en évidence des erreurs de restaurations portant sur un sphinx.

 

 

 

Complexe palatin

 

Terrasse

 

 

Le complexe palatin de Persépolis repose sur une terrasse de 450 m sur 300, et 14 m de haut, qui présente quatre niveaux de 2 m. L’entrée débouche sur le niveau réservé aux délégations. Les quartiers des nobles sont sur un niveau supérieur. Les quartiers réservés au service et à l’administration sont situés sur le plus bas niveau. Les quartiers royaux sont sur le plus haut niveau, visibles par tous. Le calcaire gris est la pierre la plus utilisée pour la construction. L’organisation des constructions suit un plan rigoureusement orthogonal suivant une organisation hipoddamienne.

Le côté Est de la Terrasse est formé par le Kuh-e Rahmat, dans la paroi duquel sont creusées les sépultures royales qui surplombent le site. Les trois autres côtés sont formés par un mur de soutènement dont la hauteur au sol varie de 5 à 14 m. Le mur est composé d’énormes pierres taillées, ajustées sans mortier et fixées au moyen de chevilles métalliques. La façade Ouest constitue le front du complexe et présente l’accès principal à la Terrasse sous la forme d’un escalier monumental.

Le nivellement du sol rocheux est assuré par le comblement des dépressions avec de la terre et des pierres. Le terrassement final est réalisé au moyen de lourdes pierres également fixées entre elles par des chevilles métalliques. Au cours de cette première phase préparatoire, le réseau de drainage et d’adduction d’eau est mis en place, parfois taillé à même le roc. Les blocs ont été découpés et formatés à l’aide de burins et de barres à mine, permettant la fragmentation des pierres en surfaces planes. Le levage et le positionnement des pierres ont été assurés au moyen de madriers.

Sur la façade Sud, des inscriptions trilingues cunéiformes ont été retrouvées. Le texte, rédigé en élamite, se rapproche d’une inscription des palais de Suse, et proclame :

 

  • « Moi, Darius le Grand Roi, roi des rois, roi des pays, roi sur cette terre, fils d’Hystapes, l’Achéménide. »

 

Et Darius le roi dit :

·        « en cet emplacement où cette forteresse-ci a été construite, là ou auparavant aucune forteresse n’avait été construite. Par la grâce d’Ahuramazda, cette forteresse-ci, moi je l’ai construite ainsi qu’en était le dessein d’Ahuramazda, tous les dieux (étant) avec lui, (à savoir) que cette forteresse fût construite. Et je l’ai construite, parachevée et rendue belle et résistante, ainsi que cela m’avait été prescrit ».

 

Et Darius le roi  dit :

·        « Moi, qu’Ahuramazda me protège, tous les dieux (étant) avec lui, et aussi cette forteresse-ci, et encore ce qui a été aménagé pour cet emplacement. Ce que pensera l’homme qui est hostile, que cela ne soit pas reconnu ! »

 

Ces inscriptions pourraient correspondre à l’emplacement de l’entrée initiale du complexe, avant la construction de l’escalier monumental et l’ajout de la Porte de toutes les nations.

La configuration de la Terrasse suggère que sa conception a également pris en compte des impératifs de défense du site en cas d’attaque. Un mur et des tours en constituaient le périmètre, doublé à l’Est par un rempart fortifié et des tours. L’angulation des murs est en effet réalisée de façon à ouvrir un champ de vision maximal aux défenseurs vers l’extérieur..

 

La Terrasse supporte un nombre impressionnant de constructions colossales, réalisées en calcaire gris provenant de la montagne adjacente. Ces constructions se distinguent par l’utilisation importante de colonnades et de piliers, dont un bon nombre est resté debout. Les espaces hypostyles sont constants, quelles que soient leurs dimensions. Ils associent des salles comptant 99, 100, 32, ou 16 colonnes suivant des arrangements variables (20×5 pour une salle du Trésor, 10×10 pour le Palais des 100 colonnes). Certaines de ces constructions n’ont pas été achevées. Des matériaux et déchets utilisés par des ouvriers ont même été retrouvés, n’ayant pas été nettoyés[. Des fragments de récipients ayant servi à stocker de la peinture ont été ainsi mis au jour par hasard en 2005 à proximité de l’Apadana. Ils confirment les indices déjà connus attestant de l’utilisation de peintures pour la décoration des palais.

 

Escalier principal (ou escalier de Persépolis)

 

L’accès à la Terrasse se fait par la façade Ouest au moyen d’un escalier monumental symétrique à deux volées divergentes puis convergentes. Ajouté par Xerxès, cet accès remplace l’accès initial qui se faisait par le Sud de la terrasse. L’escalier devient alors la seule entrée importante. Des accès secondaires ont pu exister notamment sur le versant Est dont la hauteur est moindre en raison de la déclivité du sol. Il est construit avec des blocs massifs de pierre taillées et chevillées. Chaque volée comporte 111 marches, larges de 6,9 m, profondes de 31 cm, et présentant une déclivité de 10 cm. La faible côte réalisée autorise ainsi l’accès aux cavaliers et chevaux. Certaines pierres permettent à elles seules la taille de cinq marches. L’escalier était fermé en haut par des portes de bois dont les charnières pivotaient dans des alvéoles taillées au sol. Il débouche sur une petite cour ouvrant sur la porte de toutes les nations

 

Porte de toutes les nations

 

La Porte de toutes les nations, ou Porte de Xerxès, a été construite par Xerxès Ier, fils de Darius le Grand. La date présumée de sa construction est -475.

Son entrée Ouest est gardée par deux taureaux colossaux qui en composent les montants et mesurent 5,5 m de haut, d’inspiration assyrienne. Elle donne sur un hall central de 24,7 m². Des bancs de marbre longent les murs du hall qui était couvert à l’origine. Son toit était supporté par quatre colonnes de 18,3 m de haut, symbolisant des palmiers, et dont les sommets sculptés représentent des feuilles de palme stylisées56. À l’entrée Ouest s’ajoutent deux sorties : une vers le Sud ouvrant sur la cour de l’Apadana, et une vers l’Est ouvrant sur l’Allée des processions. Cette dernière est gardée par une paire de statues colossales représentant des hommes-taureaux ailés, ou lammasus. Ces figures protectrices sont aussi présentes sur des chapiteaux de colonnes du Tripylon. On en observe également des restes de pieds à la base de montants de la Porte inachevée. Chaque entrée de la Porte de toutes les nations était fermée par une porte de bois à deux battants dont les charnières pivotaient dans des alvéoles taillées dans le sol. Les portes étaient ornées de métaux précieux.

Une inscription cunéiforme est gravée au dessus des taureaux de la façade Ouest dans les trois langues majeures de l’empire (vieux-persan, babylonien, et Élamite) :

Ahuramazda est le grand dieu, qui a créé cette terre ici, qui a créé ce ciel là-bas, qui a créé l’homme, qui a créé le bonheur pour l’homme, qui a fait Xerxès roi, unique roi de nombreux, unique souverain de nombreux.

 

·        « Je suis Xerxès, le grand roi, le roi des rois, le roi des peuples aux nombreuses origines, le roi de cette terre grande au loin, le fils du roi Darius l’Achéménide. »

 

 

 

 

Le roi Xerxès déclare :

 

·        « Grâce à Ahuramazda, j’ai fait ce Portique de tous les peuples ; il y a encore beaucoup de bon qui a été fait dans cette Perse, que moi j’ai fait et que mon père a fait. Tout ce qui a été fait en outre, qui paraît bon, tout cela nous l’avons fait grâce à Ahuramazda. »

 

Le roi Xerxès déclare :

 

·        « Qu’Ahuramazda me protège, ainsi que mon royaume, et ce que j’ai fait, et ce que mon père a fait, qu’Ahuramazda protège cela aussi. »

 

Cette inscription laisse donc penser que la Porte de toutes les nations a été nommée ainsi par Xerxès en référence aux multiples peuples et royaumes composant l’empire achéménide. Cette inscription est également retrouvée au dessus des lammasus.

 

Allée des processions et Porte inachevée

 

Longeant d’Ouest en Est la partie Nord de la Terrasse, l’allée des processions mène de la Porte de toutes les nations à une construction similaire : la Porte inachevée (aussi appelée le Palais inachevé), appelée ainsi car sa construction tardive n’était pas terminée lors de la destruction du site par Alexandre. Cette porte se trouve donc à l’angle Nord-Est de la Terrasse, et compte quatre colonnes. Elle débouche sur une cour qui ouvre sur le Palais des 100 colonnes. Un double mur bordait l’allée sur ses deux côtés, protégeant l’Apadana et les palais privés des regards. Des salles de garde et des réserves s’y trouvaient dans des appendices. Seules les parties basses de ces murs subsistent à ce jour, mais certains pensent qu’ils atteignaient la hauteur des statues de lammasus. Dans une alcôve sur un côté de l’allée, on peut observer deux têtes de griffons partiellement restaurées qui semblent n’avoir jamais été montées sur des colonnes. Elles peuvent avoir été destinées à une construction ultérieure.

 

Apadana (ou Hall d’audience de Darius)

 

L’Apadana a été construit par Darius le Grand. La date du début de son érection serait -515, selon deux tablettes d’or et d’argent retrouvées dans des coffres de pierre insérés dans les fondations. Darius y a fait graver son nom et le détail de son empire. La construction aurait duré longtemps et aurait été achevée sous Xerxès I. L’Apadana est avec le Palais des 100 colonnes, la plus grande et la plus complexe des constructions monumentales de Persépolis. Il se trouve au centre de la partie Ouest de la Terrasse. Placé sur un haut niveau, il est accessible par deux escaliers monumentaux en double rampes symétriques et parallèles, qui flanquent le soubassement des côtés Nord et Est.

 

Palais

 

Le palais a un plan carré de 60,5 m de côté. Il comporte 72 colonnes dont 13 sont encore debout. Mesurant près de 20 m de haut, les colonnes ont probablement été érigées au moyen de rampes de terre permettant d’amener, puis de positionner les pierres à hauteur voulue. Les rampes sont probablement élevées au fur et à mesure de l’avancement des colonnes, puis la terre est évacuée. témoignant de l’influence ionienne, les colonnes de l’Apadana présentent le même diamètre et une hauteur proche de celles du temple d’Héra à Samos, en outre, elles présentent des cannelures similaires.

Les plans initiaux du palais sont plus simples : l’escalier de Persépolis et la Porte de toutes les nations ayant été ultérieurement construits, un accès au palais par le Nord devient nécessaire. Cela explique l’ajout d’un escalier sur le flanc Nord du soubassement. La partie centrale, une grande salle hypostyle de forme carrée, comporte 36 colonnes ordonnées en six rangées. Elle est entourée à l’Ouest, au Nord, et à l’Est, par trois portiques rectangulaires portés chacun par douze colonnes ordonnées en deux rangées. La partie Sud consiste en une série de petites salles, et s’ouvre sur le palais de Darius, le Tachara. Les coins étaient occupés par quatre tours. Ces éléments angulaires assuraient le contreventement efficace des espaces aériens du palais..

Le plafond était soutenu par des poutres reposant sur des protomés de taureaux et de lions. Opposés, les protomés forment une selle sur laquelle une poutre principale était posée. Les deux têtes faisant ainsi protrusion latéralement sur environ un mètre. Des poutres transversales étaient également posées directement sur les têtes, stabilisées par les oreilles ou les cornes de l’animal sculpté. Ces éléments des animaux sont fixés par des gougeons de fer et assujettis au plomb. Les poutres transversales joignaient les colonnes des rangées voisines, les espaces restant étaient alors couverts par des poutres secondaires. L’ensemble était calfaté et recouvert par une couche de mortier de boue séchée. Les poutres étaient en chêne, en ébène, et en cèdre du Liban. L’utilisation de toitures légères en cèdre s’ajoutant aux techniques des colonnades ioniennes permettent la libération d’un espace important : l’entre-axe des rangées de colonnes de l’Apadana est de 8,9 m, pour un rapport entre diamètre des colonnes et distance entre les fûts de seulement 1 pour 3,6. En comparaison, celui de la salle hypostyle du temple de Karnak est de 1 pour 1,2. La stylisation du pelage montre une volonté de s’affranchir du réalisme pour des animaux emblématiques.

L’ensemble était richement peint comme en attestent les multiples traces de pigments retrouvées sur les bases de certaines colonnes, les murs et les bas-reliefs des escaliers. L’intérieur de la gorge d’un lion sculpté porte encore des traces distinctes de couleur rouge. Couverts d’une couche de stuc dont on a retrouvé des fragments, les murs étaient également ornés de tentures brodées d’or, carrelés de céramiques, et décorés de peintures représentant des lions, taureaux, fleurs et plantes. Les portes de bois et les poutres portaient également des plaques d’or, des inclusions d’ivoire et de métaux précieux. Les ornements des chapiteaux de colonnes diffèrent selon leur position : taureaux pour les colonnes du hall central et du portique Nord, autres figures animales pour les portiques Est et Ouest.

Selon l’archéologue David Stronach, la configuration d’un palais comme l’Apadana répond à deux fonctions principales. Ses dimensions autorise la réception de 10 000 personnes, ce qui assure une audience conséquente au roi. D’autre part, sa surélévation permet au roi d’observer cérémonies et parades se tenant dans la plaine. Des fouilles réalisées à Suse, dans un palais également réalisé pour Darius Ier, ont mis à jour une dalle dans l’Apadana, située dans l’axe du palais en regard du mur Sud. La comparaison montrant que les deux palais ont des conceptions voisines, l’existence d’un trône fixé au sol de l’Apadana de Persépolis est probable. De plus, deux passages proches permettaient au roi de se retirer dans les appartements et quartiers royaux adjacents

Quand Alexandre le Grand a incendié Persépolis, le toit de l’Apadana s’est écroulé vers l’Est, protégeant les reliefs de cette partie de l’usure pendant près de 2100 ans. Une tête de lion massive a été retrouvée dans une fosse proche du mur séparant l’Apadana du Palais des 100 colonnes. Elle semble avoir eu pour fonction de soutenir une poutre principale du toit. Sa présence dans une fosse située sous le niveau du sol est cependant inexpliquée. Une réplique du portique de l’Apadana se trouve au musée du site et donne une idée de la magnificence du palais.

 

Escalier Est

 

Recouvert par les débris du toit incendié de l’Apadana, l’escalier Est a été remarquablement préservé. Il se divise en trois panneaux (Nord, central, et Sud) et en triangles sous les marches. Le panneau Nord montre la réception de Perses et de Mèdes. Le panneau Sud montre la réception de personnages provenant des nations assujetties. L’escalier comporte de multiples symboles de fertilité : germes et fleurs de grenade, rangs séparés par des fleurs à douze pétales, ou arbres et graines décorant les triangles. Les arbres, pins et palmettes, symbolisent les jardins du palais. Les panneaux portent des inscriptions indiquant que Darius a construit le palais, que Xerxès l’a complété et a demandé à Ahuramazda de protéger le pays de la famine, de la félonie, et des tremblements de terre. Les personnages des reliefs observent un port altier. Les caractères ethniques sont méticuleusement reportés, et les détails sont ouvragés avec finesse : pelages, barbes, cheveux sont ainsi représentés en petites bouclettes, vêtements et animaux sont caractérisés avec minutie. L’examen de scènes non finies plaide pour une organisation postée du travail, faisant appel à une spécialisation de l’ouvrier (visages, coiffures, parures). Les artistes et ouvriers qui ont participé à la construction ne disposaient d’aucune liberté de création : ils devaient suivre de façon rigoureuse les orientations fournies par les conseillers du roi. La réalisation des œuvres suit en effet un programme qui ne laisse aucune part à l’improvisation. Initialement polychromes, les frises répondaient aux impératifs fixés par le souverain : mise en valeur de l’ordre et de la rigueur. Ces caractères entraînent un statisme des représentations faisant penser aux orthostates des palais assyriens. La distribution par registres en rangs définis, la raideur des sujets évoquent l’influence du style ionien sévère..

 

Triangles et panneau central.

 

Les triangles sont occupés par des reliefs symbolisant le nouvel an : un lion dévorant un taureau. L’équinoxe de printemps montre un ciel où la constellation du Lion est au zénith, tandis que celle du Taureau disparaît à l’horizon Sud. Norouz marque donc le début de l’activité agricole après l’hiver. La signification du panneau central est religieuse. Il montre Ahuramazda gardé par deux griffons à têtes humaines, surplombant quatre gardes perses et mèdes. Les Perses tiennent de la main gauche un bouclier rond typique, les sagaies sont tenues de la main droite. Comme sur les autres reliefs du site, les gardes perses sont vêtus d’une longue robe drapée, et portent des coiffes cannelées. Les Mèdes portent des manteaux courts et des pantalons, et sont coiffés de bonnets ronds ou plissés, avec parfois une queue.

 

Panneau Nord.

 

Le panneau Nord est divisé en trois registres et montre la réception du nouvel an sous la forme d’une parade. Du centre vers l’extrémité Nord, le registre supérieur montre des immortels suivis par une procession royale. Les immortels portent un bonnet, et sont équipés de lances et de carquois lestés par des pommeaux reposant sur leurs pieds. La procession royale se décompose en un officiel mède précédant les valets puis les porteurs de chaise royale. La chaise royale est portée au moyen de sangles harnachées à l’épaule, soutenant deux bambous passés au travers de la chaise. La chaise elle-même est composée d’un cadre de bois sculpté, dont les pieds ont des formes de pattes animales. Un valet porte l’escabeau utilisé par le roi qui ne saurait toucher la terre. Ses jambes abîmées portent les traces d’une réparation fixée par des clamps de fer. La procession se poursuit par le responsable mède des écuries royales, à la tête des chevaux du roi, chacun dirigé par un page. Les chevaux sont finement ouvragés laissant voir le détail des mors. Le cortège est fermé par deux chariots menés par un élamite. Les chevaux de trait sont plus petits et plus fins que les précédents, donc d’une autre race. Ils tirent deux chariots dont les roues ont douze rayons (symbolisant les douze mois de l’année) et dont les essieux sont sculptés. Le premier chariot diffère de l’autre : des lions sculptés sur la caisse semblent indiquer qu’il s’agit d’un attelage de chasse ou de guerre. Les registres inférieur et moyen montrent également des immortels suivis par des nobles perses (coiffes crénelées ou à plumes) et mèdes (coiffe arrondies avec une petite queue) alternés. Certains portent des bagages, d’autres des germes et des fleurs de grenadiers. Des différences subtiles dans leurs vêtements et bijoux suggèrent des fonctions ou des statuts différents. Les nobles sont représentés discutant et souriants. Leur attitude est détendue et non cérémonieuse. Ils se tiennent parfois par la main, se tournent l’un vers autre, ou posent la main sur l’épaule du précédent dans des attitudes bienveillantes symbolisant leur unité84,85. Les immortels du registre inférieur sont perses ; armés de lance, arcs et carquois, chacun scande une marche de l’escalier dans une représentation d’ascension. Ceux du registre moyen portent un bonnet et sont seulement armés de lances.

 

Persépolis(1)


 

Persépolis (du grec Περσέπολις Persépolis, littéralement « la ville perse »), Parsa en vieux-persan, ou Takht-e Jamshid (en persan : تخت جمشید, « le Trône de Jamshid »), était une capitale de l’empire perse achéménide. Le site se trouve dans la plaine de Marvdasht, au pied de la montagne Kuh-e Rahmat, à environ 70 km au Nord-Est de la ville de Shiraz, province de Fars, Iran.

 

Sa construction débute en -521 sur ordre de Darius Ier. Elle fait partie d’un vaste programme de construction monumentale visant à souligner l’unité et la diversité de l’empire perse achéménide, et à asseoir la légitimité du pouvoir royal. Elle fait appel à des ouvriers et artisans venus de toutes les satrapies de l’empire. L’architecture résulte d’une combinaison originale des styles issus de ces provinces créant ainsi le style architectural perse ébauché à Pasargades, également retrouvé à Suse et Ecbatane. Cette combinaison des savoir-faire marque également les autres arts perses, comme la sculpture ou l’orfèvrerie. La construction de Persépolis se poursuit pendant plus de deux siècles, jusqu’à la conquête de l’empire et la destruction partielle de la cité par Alexandre le Grand en -331.

 

Le site est plusieurs fois visité au cours des siècles par des voyageurs occidentaux, mais ce n’est qu’au XVIIe siècle qu’il est authentifié comme étant les ruines de la capitale achéménide. De nombreuses explorations archéologiques permettent par la suite d’en mieux appréhender les structures, mais aussi l’aspect et les fonctions passés.

Persépolis comprends un vaste complexe palatin érigé sur une terrasse monumentale qui supporte de multiples bâtiments hypostyles. Ces palais ont des fonctions protocolaires, rituelles, emblématiques, ou administratives précises : audience, appartements royaux, administration du trésor, accueil. A proximité de la Terrasse se trouvaient d’autres éléments : habitations de la ville basse, tombes royales, autels, jardins. De nombreux bas-reliefs sculptés sur les escaliers et portes des palais représentent la diversité des peuples composant l’empire. D’autres consacrent l’image d’un pouvoir royal protecteur, souverain, légitime, et absolu, ou désignent Xerxès Ier comme successeur légitime de Darius le Grand. Les multiples inscriptions royales persépolitaines cunéiformes rédigées en vieux-Persan, Babylonien, ou Élamite, gravées à diverses endroits du site, procèdent des mêmes buts, et précisent également pour certains bâtiments le roi ayant ordonné leur érection.

 

L’idée que Persépolis n’avait qu’une occupation annuelle et rituelle dédiée à la réception par le roi des tributs offerts par les nations assujetties de l’empire à l’occasion des cérémonies du nouvel an perse a longtemps prévalu. Il est maintenant certain que la cité était occupée en permanence et tenait un rôle administratif et politique central pour le gouvernement de l’empire. De nombreuses archives écrites sur des tablettes d’argiles découvertes dans les bâtiments du trésor et les fortifications ont permis d’établir ces rôles, et livrent des renseignements précieux sur l’administration impériale achéménide et la construction du complexe. Persépolis est classée patrimoine mondial de l’humanité par l’UNESCO depuis 1979.

 

Historique

 

Construction

 

 

Darius Le Grand

 

Historique présumé des constructions:

 

1re période: Darius Ier  (-518 à -490)

 

·        Terrasse

·        Apadana (palais, escalier Est)

·        Trésor

 

2e période: Darius Ier – Xerxès Ier (-490 à -480)

 

·        Tachara

·        Escalier de Persépolis

·        Porte de toutes les nations

·        Apadana (escalier Nord)

 

3e période: Xerxès Ier  (-480 à -470)

·        Hadish

·        Harem

·        Tripylon

·        Palais D

 

4e période: Artaxerxès Ier

 

·        Palais des 100 colonnes

·        Palais d’Artaxerxès Ier

·        Garnison

 

 

 

5e période

 

·        Tombe d’Artaxerxès II

·        Palais d’Artaxerxès III

·        Salle des 32 colonnes

·        Tombe d’Artaxerxès III

·        Allée des processions

·        Porte inachevée

·        Tombe inachevée

 

Inconnue

 

·        Constructions Sud

 

Après avoir continué l’œuvre de Cyrus II à Pasargades et parallèlement aux importants travaux de construction entrepris à Suse, Darius Ier décide d’établir une nouvelle capitale ; cette décision est généralement interprétée comme une volonté de se distinguer de la branche aînée des Achéménides, à laquelle Pasargades est fortement liée. Il choisit pour cela une ville identifiée depuis comme étant Uvādaicaya (Matteziš en babylonien). Cette ville doit déjà avoir une certaine importance politique puisque c’est là que Darius fit exécuter Vahyazdāta, son principal opposant perse, en -521. Par ailleurs, la présence de palais et de portes monumentales remontant à Cyrus et Cambyse II est attestée, ainsi qu’un tombeau inachevé probablement destiné à Cambyse. Des tablettes babyloniennes montrent qu’il s’agit alors d’un centre urbain développé, actif et peuplé, ayant des relations commerciales avec la Babylonie, capable d’assurer les moyens logistiques et alimentaires pour un chantier de cette ampleur. Pierre Briant, historien de la Perse achéménide, note en effet que la mise en œuvre chronologiquement proche de chantiers importants à Suse et Persépolis suppose la mobilisation de moyens considérables. De fait, ces constructions entrent dans le cadre d’un plan global de réaménagement des résidences royales visant à montrer à tous que « l’avènement du nouveau roi marque une refondation de l’empire ».

 

Darius choisit pour site de construction le bas de la formation rocheuse du Kuh-e Rahmat qui devient ainsi le symbole de la dynastie achéménide. Il y fait ériger la Terrasse, des palais (Apadana, Tachara), les salles du Trésor, ainsi que les murailles Est. Il est difficile de dater avec précision la construction de chaque monument. La seule indication irréfutable est fournie par des tablettes retrouvées sur le site qui attestent d’une activité au moins dès -509, lors de la construction des fortifications. On peut en revanche attribuer la plupart des constructions aux périodes correspondant aux règnes des différents souverains. Les constructions de Darius sont ensuite terminées et complétées par ses successeurs : son fils Xerxès Ier ajoute au complexe la Porte de toutes les nations, le Hadish, ou encore le Tripylon. Sous Artaxerxès Ier en -460, on dénombre 1149 artisans présents sur les chantiers. Le site reste en construction au moins jusqu’en -424, et peut-être même jusqu’à la chute de l’empire achéménide : une porte reste en effet inachevée, ainsi qu’un palais attribué à Artaxerxès III.

Au contraire d’autres constructions monumentales antiques grecques ou romaines, la construction de Persépolis ne doit rien à l’esclavage. Elle est entièrement assurée par des ouvriers venant de tous les pays de l’Empire : Babylonie, Carie, Ionie, ou Égypte.

 

Protégée par sa situation au cœur de l’empire achéménide, Persépolis ne dispose pas de solides défenses. En outre, la position au pied du Kuh-e Ramat représente un point faible à cause du faible dénivellement à l’Est, entre la Terrasse et le sol. Ce côté était protégé par un rempart et des tours.

Les connaissances de la prise et de la destruction de Persépolis, attribuées à Alexandre le Grand, proviennent essentiellement des écrits d’historiens antiques, au premier rang desquels Plutarque, Diodore de Sicile, et Quinte-Curce. Certains éléments archéologiques corroborent leur dires, mais leur version de la destruction de la cité est contestée : Duruy la met en doute puisqu’ « on voit peu de temps après la mort du conquérant, le satrape Peucestès y sacrifier aux mânes de Philippe et d’Alexandre ».

)

D’après Plutarque, Diodore de Sicile et Quinte-Curce, Tiridate, gardien du trésor, fait porter à Alexandre, dont l’armée approchait, une lettre de reddition l’enjoignant à se rendre à Persépolis en vainqueur. Les richesses lui seraient ainsi rapidement acquises. Les écrits ne mentionnent cependant pas la réponse d’Alexandre. Diodore et Quinte-Curce racontent également la rencontre en route pour Persépolis, de 4 000 prisonniers grecs mutilés ou ayant subi de mauvais traitements de la part des Perses. La chute de Persépolis est suivie du massacre de ses habitants et du sac de ses richesses.

Après avoir pris la cité en -331, Alexandre y laisse une partie de son armée et poursuit sa route, ne revenant à Persépolis que quelque temps après. À l’issue d’une journée de beuverie en l’honneur de la victoire, Persépolis est incendiée sur ordre du conquérant en mai -330. Les raisons ayant motivé cette destruction sont controversées. Plutarque et Diodore relatent qu’un Alexandre ivre de vin aurait jeté la première torche sur le palais de Xerxès à l’instigation de Thaïs, maîtresse de Ptolémée, qui jette la seconde. Thaïs aurait exhorté Alexandre et ses compagnons d’armes à venger ainsi le sac passé d’Athènes par Xerxès Ier. Cette hypothèse pourrait se trouver accréditée par l’intensité des destructions du Tripylon et du Hadish, qui montre que ces bâtiments construits par Xerxès ont plus souffert de l’incendie que d’autres. Certains avancent que la rencontre des prisonniers mutilés, provoquant colère et tristesse du souverain, aurait constitué un motif supplémentaire de représailles.

En réalité, il est maintenant admis par les historiens que la raison de la destruction de Persépolis est plus vraisemblablement d’ordre politique. La décision d’Alexandre semble effectivement réfléchie. Alors que le vainqueur prend soin d’épargner les villes prises et notamment Babylone, ne ménageant aucun geste pour se concilier la population perse, il accomplit à Persépolis un geste d’une haute portée symbolique dictée par le contexte perse : le cœur idéologique du pouvoir achéménide se situant toujours en les capitales perses. La population, ayant fait acte de soumission forcée ou volontaire, reste attachée au souverain légitime et est en mauvais termes avec les conquérants. La décision est donc prise d’incendier le sanctuaire dynastique perse afin de signifier à la population le changement de pouvoir. Duruy dit ainsi qu’« Alexandre voulut annoncer à tout l’Orient, par cette destruction du sanctuaire national, la fin de la domination persique »13.

Les écrits anciens mentionnent les regrets exprimés plus tard par un Alexandre honteux de son geste. Pour Briant, ces regrets impliquent en fait qu’Alexandre, reconnaissant son échec politique, en tirait les conclusions par ce geste.

La destruction de Persépolis marque la fin du symbole de la puissance achéménide. Le premier empire perse disparaît complètement avec la mort de Darius III, dernier empereur de sa dynastie. L’hellénisation commence avec les Séleucides.

Persépolis a continue à être utilisée par les dynasties perses suivantes. Au pied de la Terrasse se trouve un temple, peut-être construit par les Achéménides, et réutilisé par les Séleucides, puis par les Fratadaras (gardiens du feu).

La ville basse est progressivement abandonnée au profit de sa voisine Istakhr, à l’époque parthe. Des graffitis, attribuables aux derniers rois de Perse sous les Parthes ou au début de l’ère sassanide, montrent que le site est cependant resté lié à la monarchie perse, au moins symboliquement. En effet, une inscription en Pehlevi relate qu’un fils de Hormizd Ier ou Hormizd II y donne un banquet et y fait procéder à un service cultuel. Persépolis a donc pu continuer à servir de lieu de culte plusieurs siècles après l’incendie de -330. Persépolis sert également de référence architecturale pour certains éléments des constructions sassanides telles le palais de Firouzabad.

 

Premières visites des ruines : le temps des voyageurs

 

Les ruines sont connues par les Sassanides sous le nom moyen-persan de st stwny (« les cent colonnes »)19, et depuis le XIIIe siècle, sous celui de Chehel minār (« les quarante colonnes »). Le nom actuel de Takht-e Jamshid semble provenir d’une interprétation des reliefs les reliant aux exploits du héros mythique Jamshid9. Le site fait l’objet de nombreuses visites par les occidentaux du XIVe au XVIIIe. Aux simples observations anecdotiques des débuts se substituent progressivement des travaux descriptifs de plus en plus poussés :

 

·        De passage vers Cathay en 1318, un moine voyageur du nom d’Odoric passe par Chehel minār sans s’attarder sur les ruines. C’est le premier Européen à mentionner le site. Il est suivi après plus d’un siècle (1474) par un voyageur vénitien : Josaphat Barbaro.

·        Le missionnaire portugais, Antonio de Gouvea, visite le site en 1602. Il y remarque des inscriptions cunéiformes et des représentations d’« animaux à têtes d’homme ».

 

 

 

  • L’ambassadeur d’Espagne auprès de Shah Abbas Ier, Don Garcias de Silva y Figueroa, décrit longuement le site dans une lettre datant de 1619. S’appuyant sur les textes grecs, il fait clairement le lien entre Persépolis et Chehel Minār.
  • De 1615 à 1626, le Romain Pietro Della Valle visite de nombreux pays d’Orient. Il rapporte de Persépolis des copies d’inscriptions cunéiformes qui servirent plus tard au déchiffrage de l’écriture.
  • Il est suivi par les Anglais Dodmore Cotton et Thomas Herbert de 1628 à 1629, dont le voyage a pour objet l’étude et le déchiffrage des écritures orientales.
  • De 1664 à 1667, Persépolis est visitée par les Français Jean Thévenot et Jean Chardin. Thévenot note à tort dans son ouvrage Voyage au Levant, que ces ruines sont trop petites pour être la demeure des rois de l’ancienne Perse. Chardin attribue clairement le site à Persépolis. Il s’attache les services du dessinateur Guillaume-Joseph Grelot et décrit la cité royale dans un ouvrage dont la qualité est saluée par Rousseau.
  • En 1694, l’Italien Giovanni Francesco Gemelli-Carreri reporte les dimensions de toutes les ruines auxquelles il accède, et étudie les inscriptions.
  • En 1704, le Hollandais Cornelis de Bruijn observe et dessine les ruines. Il publie ses travaux en 1711 : Reizen over Moskovie, door Persie en Indie, puis 1718, en français : Voyages de Corneille le Brun par la Moscovie, en Perse, et aux Indes Orientales.

 

Missions archéologiques : le temps des scientifiques

 

Le XIXe, puis le XXe siècle voient se multiplier les missions scientifiques sur Persépolis :

  • En 1840 et 1841, le peintre Eugène Flandin et l’architecte Pascal Coste, attachés à l’ambassade de France, visitent plusieurs ruines en Perse parmi lesquelles Persépolis. Ils en établissent un relevé topographique et descriptif.
  • Les premières véritables fouilles archéologiques sont réalisées en 1878. Motamed-Od Dowleh Farhad Mirza, gouverneur de Fars, dirige des travaux dégageant une partie du Palais des 100 colonnes.
  • Peu après, les Français Charles Chipiez et Georges Perrot réalisent une exploration très importante du site. Grâce à une étude architecturale poussée des ruines et des débris excavés, Chipiez dessine de saisissantes reconstructions des palais et monuments tels qu’ils lui semblent avoir dû être à l’époque achéménide.
  • Le savant allemand Franz Stolze explore également les sites archéologiques de Fars et en publie le résultat en 1882.
  • Les archéologues français, Jane et Marcel Dieulafoy, réalisent deux missions archéologiques en Perse (1881-82 et 1884-86). Ils explorent Persépolis dont ils ramènent pour la première fois des documents photographiques. Ils réalisent également des reconstructions et rapportent de nombreuses pièces archéologiques.
  • De 1931 à 1939, des fouilles sont réalisées par les Allemands Ernst Herzfeld puis Erich Frederich Schmidt, missionnés par l’Oriental Institute de l’Université de Chicago.
  • Au cours des années 1940, le Français André Godard, puis l’Iranien A. Sami, poursuivent les fouilles pour le compte de l’Iranian Archeological Service (IAS), depuis intégré à l’Organisation de l’héritage culturel d’Iran.
  • Par la suite, l’IAS sous la direction d’Ali Tajvidi dirige des travaux d’excavation et de restauration partielle en coopération avec les Italiens Guiseppe et Ann Britt Tilia, de l’Instituto Italiano Per il Medio ad Estremo Oriente. Ces fouilles ont révélé l’existence probable de deux autres palais attribués à Artaxerxès I et Artaxerxès III, qui ont disparu.

 

Toutes les structures de Persépolis ne sont pas encore fouillées. Il reste deux monticules à l’Est du Hadish et du Tachara dont les origines ne sont pas encore connues.

 

 

Histoire récente

 

Des cérémonies fastueuses, en tenue d’époque achéménide, se sont tenues sur trois jours en 1971 à Persépolis, à l’occasion de la célébration des 2500 ans de la monarchie. Le Shah Mohammed Reza Pahlavi convie alors de nombreuses personnalités internationales. Le faste des cérémonies, mobilisant plus de 200 serviteurs venus de France pour les banquets, suscite une polémique dans la presse et contribue à ternir l’image du Shah. Le montant des dépenses est évalué à l’époque à plus de 22 millions de dollars US, le financement est réalisé au détriment d’autres projets d’urbanisme ou sociaux. En outre, les festivités s’accompagnent d’une répression des opposants au Shah.

Après la révolution iranienne et dans un but d’éradiquer une forte référence culturelle à la période préislamique et à la monarchie, l’Ayatollah Sadeq Khalkhali tente avec ses partisans de raser Persépolis à l’aide de bulldozers. L’intervention de Nosratollah Amini, gouverneur de la province de Fars, et la mobilisation des habitants de Shiraz s’interposant devant les engins permettent alors de sauver le site de la destruction.

Persépolis est un milieu fragile dont la préservation peut être compromise par l’activité humaine. La question de la nocivité de certains composants chimiques issus de pollutions agricoles est soulevée. Un programme de protection du site a récemment débuté, visant à limiter les dégradations liées à l’érosion et au passage de visiteurs : des toitures ont déjà été mises en place protégeant certains éléments comme l’escalier Est de l’Apadana, et il est prévu de recouvrir le sol d’un plancher sur les lieux de passage. La construction d’un barrage proche de Pasargades entretient une polémique entre le ministère iranien de l’archéologie et le ministère de la culture et du patrimoine. La montée des eaux pourrait endommager nombre de sites archéologiques de la région, dont Persépolis. De plus, la construction d’une ligne de chemin de fer dont le tracé pourrait passer à proximité de Persépolis et Naqsh-e Rostam fait également redouter des dommages pour ces sites. Persépolis est régulièrement victime de vols liés au trafic d’antiquités. Une extension du musée est également prévue, dont les modalités exactes ne sont pas encore définies : le classement du site au patrimoine mondial interdit en effet toute modification.

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