Archive pour 8 juillet, 2011

HISTOIRE DES BATAILLES LES GUERRES MEDIQUES

 

 

Avant-propos par Jean-Pierre BROECKAERT

 

 

 

 

Au début du VI ème siècle avant JC., les Perses occupaient un territoire entourant la ville de Suse, juste à l’Est de ce que nous avons encore l’habitude d’appeler le golfe Persique. Cyrus submergea les Mèdes, qui vivaient au Nord de son royaume, puis, avant qu’aucune grande alliance puisse se former contre lui, il tourna les yeux vers l’Ouest, vers le royaume Lydien d’Asie Mineure. Il soumit Crésus, le souverain de Lydie, et prit Sardes, sa capitale. On pourrait appliquer au roi Crésus la qualification d’ »Hélénophile parfait ». Il suivait les règles d’une coexistence non seulement pacifique mais chaleureuse avec les cités grecques du bassin oriental de la mer Egée, un territoire certes soumis à son autorité, mais il entretenait les mêmes rapports cordiaux avec les cités de Grèce continentales. On imagine donc avec quelle détresse la plupart des Grecs virent tomber le roi de Lydie. D’autre part, l’idéal grec de liberté, voulant le maintien de petites cités-Etats indépendantes, impliquait qu’un jour ou l’autre l’affrontement deviendrait inévitable si quelque empire puissant venait à mettre sous sa coupe la péninsule d’Asie Mineure.

 

Cyrus divisa son empire en provinces placées sous l’administration de gouverneurs, les fameux « satrapes » un mot perse dont nous avons hérité sous sa forme grecque. Cyrus fit achever la soumission du littoral égéen par son général Harpagus, alors que lui-même repartait vers l’est pour prendre Babylone - c’est la bataille dont parle l’Ancien Testament - mais il allait trouver la mort dans une guerre obscure parmi les tribus du Nord. Son fils, Cambyse, montrait quelques signes d’instabilité mentale mais n’en ajouta pas moins l’Egypte à l’Empire et, après un interlude où le pouvoir passa aux mains d’un usurpateur, le trône impérial revint à Darius, un autre rejeton de la famille royale (les Achéménides).

 

Darius tombe malade

 

Darius organisa l’Empire en vingt « satrapies » et résolut d’étendre son pouvoir jusqu’en Europe du sud-est. De fait, il allait conduire ses armées jusqu’au-delà du Bosphore et même jusqu’au-delà du Danube ! Pendant sa dernière campagne contre les Scythes, l’empereur tomba malade. L’armée Perse n’eut sans doute pas échappé à l’encerclement et au massacre sans la loyauté du contingent de Grecs d’Ionie qui combattaient pour Darius et gardaient la tête de pont sur le Danube. Darius et les Grecs ioniens tirèrent des conclusions erronées de cette campagne. Darius en conclut qu’à l’avenir il pourrait toujours compter sur la fidélité inébranlable des Grecs ioniens et les Grecs ioniens, qui avaient vu les Perses se faire étriller par les Scythes, en conclurent que le jour était proche où eux-mêmes pourraient, sans risque de châtiment et avec de raisonnables chances de victoire, se révolter contre leur maître perse.

De Millet, la plus grande ville des Ioniens, une ambassade vint en Grèce continentale faire la tournée des compatriotes installés dans les divers Etats grecs et solliciter une aide militaire. Les Spartiates, prudents diplomates, après quelques hésitations refusèrent. Les Athéniens, impulsifs, apportèrent une contribution de vingt navires à la cause de l’indépendance pour leurs frères d’Orient. Quant à la ville d’Erétrie, sur la grande île d’Eubée, elle envoya cinq navires.

 

Au début, la rébellion des Ioniens connut le succès. Les Grecs marchèrent vers l’intérieur, ravagèrent Sardes, l’ancienne capitale de Crésus devenue résidence d’un satrape. Mais les représailles ne se firent point attendre. La flotte grecque fut mise en pièces à la bataille de Lade, en 494 avant JC. Millet fut détruite par les Perses, ses habitants massacrés ou emmenés en esclavage. Les Athéniens accueillirent la nouvelle avec effroi. Ils soupçonnaient - et ils n’avaient pas tort - qu’il fallait s’attendre à pire. Darius, qui n’avait pas oublié les navires mis à la disposition des Ioniens, préparait en effet une expédition punitive contre la Grèce continentale. Son armada, aux ordres de son propre gendre, fit voile en 492 avant JC., serrant au plus près le littoral Nord de la mer Egée (Sur la Méditerranée, dans l’Antiquité, les capitaines préféraient, quand c’était possible, ne pas perdre la côte de vue). Mais une tempête endommagea gravement la flotte perse au large du promontoire formé par le mont Athos, de sorte que Darius fut contraint à une nouvelle tentative.

Une opération dissuasive

 

Une autre flotte partit donc, avec d’autres chefs, et par l’itinéraire de Naxos traversa l’Egée centrale. Erétrie, la plus faible des deux villes à châtier, fut prise en un rien de temps et rasée. Puis, les Perses débarquèrent sur la côte Nord-Ouest de l’Attique, dans la plaine de Marathon, d’où une route, contournant le mont Pentelicus par le Sud, menait droit à Athènes. Mais une armée athénienne vint s’opposer au débarquement et, au terme d’une glorieuse bataille, mit les Perses en déroute sur la plaine même. Ceux des Perses qui avaient survécu ou n’avaient pas été engagé reprirent la mer, contournèrent le cap Sounion dans le but d’attaquer Athènes en venant du golfe Saronique. Mais l’armée athénienne victorieuse revint à toute allure de Marathon et elle était là, prête à la lutte, lorsqu’arrivèrent les Perses. Ceux-ci trouvèrent plus judicieux de ne pas tenter un deuxième débarquement…

Xerxès mène

une expédition punitive

 

Lorsqu’il mourut, en 486 avant JC., Darius avait mis le point final à sa vengeance contre Erétrie, mais pas à son courroux contre Athènes. Bien au contraire, dans l’optique des Perses, Athènes, qui avait aidé Erétrie, s’était chargée d’un nouveau crime. La faute demandait le châtiment et l’expédition punitive passa aux mains du fils et successeur de Darius, Xerxès. En 480 avant JC., dix ans après l’ultime campagne de son père, Xerxès passait l’Hellespont avec une armée dont l’effectif allait devenir légendaire et traversa la Thrace pour entrer en Grèce septentrionale.

 

Cinglant le long du littoral nord de la mer Egée, la-même où la marine de Darius avait été jadis décimée par la tempête, la flotte perse suivit un itinéraire parallèle à celui des forces terrestres. Mais avant de se mettre n marche, Xerxès avait fait percer un canal à l’endroit le plus étroit de la péninsule d’Athos ; un travail qui dura trois années. Son armada put donc éviter de doubler le cap, s’évitant ainsi bien des dangers.

 

A cette occasion, Sparte avait bien voulu se laisser convaincre de participer à l’effort de guerre qui unissait les autres Grecs. L’un de ses rois, à la tête d’un détachement délibérément sacrifié et avec l’aide de tous les alliés sur lesquels il put mettre la main, offrit aux Thermopyles une glorieuse résistance tandis que, par ailleurs, une flotte grecque livrait un combat de retardement contre la flotte perse au large d’Artémision, le cap le plus septentrional de l’Eubée. Mais les Perses balayèrent tout devant eux et furent bientôt maîtres du Nord de la Grèce.

On avait évacué la population d’Athènes sur l’île de Salamine et sur quelques côtes du voisinage. Les Perses entrèrent donc dans Athènes et brûlèrent la citadelle, massacrant les rares défenseurs. Mais c’est à Salamine que se joua, sur mer, la bataille décisive. L’armada perse fut mise en fuite, avec des pertes énormes, et Xerxès, craignant peut-être les répercussions de sa défaite parmi les peuples de l’Est, dut bien subir l’humiliation d’une retraite qui conduisit le plus gros de son armée vers l’Hellespont, tandis que le général Mardonius restait en Grèce avec d’autres forces terrestres pour achever la conquête. Toutefois, dès l’année suivante, Mardonius se fit écraser à Platées et les survivants partirent sur les

traces de Xerxès, en direction de l’Asie.

 

Alors qu’on se battait à Platées, le bassin oriental de la mer Egée se trouvait devant une situation nouvelle. Les navires de Xerxès ayant échappé à l’hécatombe furent tirés à la côte à Mycale, sur le continent asiatique, et entourés d’un rempart, alors que les Grecs, dont la flotte avait suivi le mouvement à distance respectueuse, s’installaient sur la côte de Samos et regardaient faire l’ennemi. Mais ils prirent enfin courage, franchirent le détroit qui les séparait du continent, détruisirent à la fois le camp et la flotte des Perses. On peut supposer, sans grand risque d’erreur, que la victoire de Platées avait fait des merveilles pour le moral des troupes. Hérodote dit que les batailles de Platées et de Mycale eurent lieu le même jour mais, peut-être faut-il, sur ce plan, nous garder de le prendre trop à la lettre.

 

Mycale annonçait un autre triomphe des Grecs, cette fois sur les berges du fleuve Eurymedon, dans le Sud de l’Asie Mineure. Mais le Dieu Mars leur fit quand même grise mine quand fit long feu une expédition lancée pour aider une rébellion égyptienne contre le pouvoir perse. Il fallut attendre 449 avant JC. pour qu’il soit possible de conclure un accord par lequel la Perse reconnaissait l’indépendance des cités grecques dans le bassin oriental de la mer Egée.

la puissance sassanide

Les origines :

Dans le Fars, dès l’année 211, un vassal du roi parthe Artaban V, nommé Ardachir ou Artahshatr, profite de la lutte que se livrent le roi et son frère Vologèse VI, pour se constituer un « royaume », en soumettant les roitelets voisins. En 222, Ardachir est vainqueur de Vologèse et en 224, c’est au tour d’Artaban V, pourtant « équipé » d’une armée très nombreuse, d’être vaincu, près de Suze, à Hormizdaghan. Le roi trouve la mort dans la bataille. La lutte continue, et en 226, Ctésiphon est prise et Ardachir y est couronné roi des rois. Mais l’Arménie et le pays des Kouchans restent fidèles à la dynastie arsacide. En outre, le fils d’Artaban, s’est réfugié dans les montagnes et mène une résistance avec les restes de l’armée parthe jusqu’en 228.

 

Comme descendant de Darius, Ardachir revendique l’empire achéménide entier et il envoie des ambassadeurs à l’empereur Sévère pour lui donner l’ordre d’évacuer l’Asie Mineure, la Syrie et ce qui avait appartenu à l’empire achéménide. Il fait face à une coalition dirigée par le roi d’Arménie, l’arsacide Khosroes, conquiert la Bactriane et le Belouchistan et soumet les Kouchans mais l’empereur romain, Alexandre Sévère n’a pas apprécié les paroles des ambassadeurs et il marche avec ses légions contre le nouveau maître de la Perse. Il est vainqueur en 232 et il prend le surnom de Parthique et de Persique. L’armée romaine s’enfonce en Médie et en Mésène, mais l’attaque de Ctésiphon est un échec. Les Romains comprennent qu’ils ont un nouveau voisin belliqueux et se retirent. Ardashir cesse de revendiquer les provinces romaines romaines d’Orient. Mais Rome est entrée dans la période délicate qu’on appelle anarchie militaire et les empereurs ne restent pas longtemps sur le trône. Ardashir s’installe à Ctésiphon, fait reconstruire la cité de Séleucie du Tigre. En 238, Les Sassanides profitent du faible nombre des légions romaines pour investir la Syrie et Sapor ou Shapur, le fils et successeur d’Ardachir, prend la cité d’Hatra, alliée des Romains et la détruit en 240.

 

Cette année là, Sapor succède à Ardachir sur le trône. Le nouveau roi se tourne vers l’Est met à sac la capitale d’été kouchane, Begram puis annexe le riche royaume des Kouchans, à la limite de l’Inde et de l’Afghanistan. Sapor s’empare de Peshawar, occupe la vallée de l’Indus et traverse l’Hindou Kouch. La campagne se poursuit par la conquête de la Bactriane, l’Oxus est atteint La dynastie kouchane du grand Kanishka est déposée. En 243, quelques empereurs romains plus tard, Gordien III intervient en Orient quand Sapor, rompant la trève maintenue depuis Alexandre Sévère, envahit la Mésopotamie et menace la Syrie. La campagne est victorieuse pour les Romains qui reprennent Carrhae et remportent une nette victoire à Rhesaina, s’emparent de Nisibis mais Sapor les arrête en 244 à Misikhé sur l’Euphrate, capture un grand nombre de prisonniers et oblige Gordien III à la retraite. L’Arménie et la Mésopotamie sont reprises par les Sassanides.

 

L’empereur Gordien meurt des suites d’une chute de cheval, près de l’Euphrate et son préfet du prétoire, Julius Philippus dit Philippe l’Arabe, lui succède. Rome renonce à sa suzeraineté sur le royaume d’Arménie ainsi qu’en Mésopotamie, laissant les mains libres au roi des rois. L’accord conclu entre les deux puissances stipule que les prisonniers romains sont libérés contre le versement d’un rançon de 500 000 aurei, et qu’un tribut annuel sera versé, mais Rome conserve ses conquêtes jusqu’à Anatha. Cette victoire conforte la position de Sapor auprès de ses vassaux. Profitant de la paix avec son ennemi romain, Sapor consolide son pouvoir et « punit » les rebelles qui refusent sa suprématie, ainsi en 250, il fait campagne dans le Khorassan. En 252, Sapor occupe l’Arménie, élimine son roi Khosroes et place son fils Hormizd sur le trône. C’est un motif de guerre pour Rome qui rassemble ses légions en Syrie mais Sapor agit rapidement et avec l’aide de l’Arménie, remporte une victoire contre les légions à Barbalissos sur l’Euphrate. Il ravage la Syrie entière et un fonctionnaire syrien, Mariades prend le pouvoir à Antioche et lui fait allégeance. En 254, Sapor prend cette ville et la détruit, ses habitants sont déportés en Perse où ils participent à la création de nouvelles cités. Sapor assiège la cité de Doura Europos sur l’Euphrate en 256 et la prend. La situation dans l’empire romain se dégradant suite aux invasions et à la guerre civile, le tribut n’est plus payé. Sapor menace l’Egypte et ses cavaliers avancent en Asie Mineure.

 

La campagne de Valérien 259 260 :

 

En 259, l’empereur Valérien s’embarque pour l’Orient avec une forte armée, repousse les Goths qui se sont répandus dans les détroits, reprend Byzance et reconquiert la Syrie. Puis il revient vers la Cappadoce chasser des partisans perses et la peste décime son armée. Sapor se replie vers le Haut Euphrate, aux environs d’Edesse qu’il assiège avec ses forces intactes ainsi que Carrhes. Valérien se décide à entrer en Mésopotamie pour protéger Edesse. L’armée sassanide remporte la victoire face aux légionnaires affaiblies et mal approvisionnées et capture l’empereur Valérien pendant des pourparlers ainsi que de très nombreux légionnaires, (70 000), qui vont bientôt construire le grand barrage de Sostra, sur le fleuve Karun, en Susiane.

La Syrie est soudain sans défense, l’armée sassanide la dévaste ainsi que la Cilicie et la Cappadoce. Les troupes impériales romaines ne se montrent pas. L’opposition  à cette occupation vient d’ailleurs. Un général romain « indépendant », nommé Kallistos ou Ballista réussit à attaquer les Perses qui assiègent Pompeleioupolis en venant par navires depuis la Cilicie, à éliminer plusieurs milliers d’ennemis et à capturer le harem royal. Sapor bat précipitamment en retraite et sur le chemin du retour, il subit des pertes sensibles du fait des attaques du gouverneur de Syrie-Phénicie, Septimius Odaenathus, Odénath de Palmyre (ancienne Tadmor, la cité des palmiers). Ce dernier prend ses distances avec l’empire romain et mène la contre-offensive. Avec ses chameliers, il combat efficacement les cavaliers sassanides par des coups de mains et leur reprend une partie du butin. Il réunit les débris des légions romaines et peut être quelques partisans des derniers Arsacides à ses troupes palmyréniennes et chasse les troupes sassanides de Syrie. Puis il franchit l’Euphrate, délivre la cité d’Edesse qui a résisté efficacement et en  262, reprend aux Perses, les cités de Carrhae, de Doura Europos et de Nisibis. Il semble que l’Arménie échappe à l’autorité des Sassanides. Puis il prend l’offensive et marche sur Ctésiphon. Il ravage la région, et dans une deuxième expédition, bat les Perses devant les murs de la cité. Sapor semble passer le reste de son règne à combattre Palmyre où Odénath assassiné est remplacé par sa femme Bat-Zabbaï, Zénobie en grec, qui fonde un éphémère empire d’Orient et semble plus favorable à la Perse. Aurélien est vainqueur de la princesse Zénobie que Sapor n’a pas soutenu, il remporte quelques victoires face aux Sassanides et négocie un traité de paix avec Sapor.

 

La situation en Gaule, en Bretagne et en Dacie, puis l’invasion du Nord de l’Italie par les Alamans, empêche Aurélien et son successeur Probus de faire la guerre aux Sassanides ce qui rend le règne de Bahram Ier ou Varham 1er « paisible ». Mais son successeur, Bahram II ou Vahram II, qui règne depuis 276 se heurte en 282 à Carus, le nouvel empereur qui veut venger la mort de Valérien. L’invasion de l’Arménie est suivie de celle de la Mésopotamie, et Ctésiphon comme Séleucie sont occupées. Carus atteint le Tigre lorsqu’il est assassiné, ou foudroyé dans sa tente, mais le traité de paix confirme la cession de ces deux provinces à Rome. En effet, en même temps que  les légions entraient en territoire sassanide, une grave insurrection a éclaté à l’Est. Le vice-roi du Séistan, le propre frère du roi des rois, veut s’emparer du trône et a le soutien du prince kouchan Vasudeva II. L’armée romaine veut rentrer et retraite dans la province d’Asie. Dioclétien signe un traité de paix en 287 avec Bahram II. En 293, Narses, le fils de Sapor 1er, détrône son petit neveu Bahram III et restaure l’unité de l’empire. Il pratique une politique hostile à Rome et entre en campagne en direction de Carrhes et ses cavaliers occupent rapidement l’Arménie, L’Osroene et la Syrie jusqu’à Antioche. Galère, le César de Dioclétien revient en toute hâte du Danube et tente de l’arrêter en Mésopotamie en 297 mais la victoire reste aux Sassanides près de Calinicum. Narses évince le roi Tiridate III d’Arménie que Dioclétien a mis en place. Mais ce dernier envoie des contingents illyriens et sarmates en renfort en Orient et Narses est vaincu et blessé sur l’Araxe. Caius Galerius Valerius Maximianus, Galère, envahit la Mésopotamie, prend Nisibis et entre dans Ctésiphon. En 298, Narses doit accepter la perte des provinces mésopotamiennes, celle de 5 provinces de la rive gauche du Tigre et un protectorat sur l’Arménie au traité de Nisibis. De nouveaux territoires constituant la Petite Arménie sont perdus. Dioclétien fait construire un limes fortifié pour barrer les routes du désert de Syrie. Incapable de juguler la menace kouchane, Narses marie son fils Hormizd II à une princesse kouchane pour obtenir une attitude bienveillante de sa famille.

Le règne de Sapor II le Grand :

 

Le fils posthume d’Hormizd II, Sapor II, monte sur le trône vers 309, c’est alors un enfant et une longue régence voit sa mère et les Grands de l’Empire gouverner. C’est une période de paix avec Rome qui connaît la longue guerre civile se terminant par le triomphe de Constantin. Le royaume kouchan profite d’un certain dynamisme pour gagner des territoires .Une fois aux commandes, la première campagne du roi des rois est destinée aux provinces orientales. La puissance Kouchane est écrasée, le territoire est rattaché à l’empire. Une fois tranquillisé de ce côté, Sapor II veut effacer ces traités de paix qui amputent l’Empire sassanide de nombreuses provinces occidentales. Les hostilités envers l’empire de Constantin commencent vers 337 et l’objectif de Sapor est la prise des grandes forteresses en Mésopotamie romaine, Nisibis, Singara et Amida. L’empereur Constantin meurt à Nicomédie avant de lancer sa campagne .Sapor lance trois offensives en vain contre Nisibis et si les combats contre Constance II sont favorables la décision ne vient pas. La grande bataille de Singara en 348 est violente mais indécise, les légionnaires ont l’avantage mais la poursuite et l’attaque désordonnées du camp perse permettent aux cavaliers sassanides d’annuler le gain de la bataille. Puis la stratégie romaine devient plutôt défensive, on construit des forts avec Nisibis comme centre principal. Cette cité est assiégée trois fois par Sapor mais les défenses tiennent jusqu’en 360. Sapor II prend peu à peu le dessus. C’est vers 350 qu’une nouvelle invasion survient à l’Est, ce sont des Huns Blancs appelés « Chionites Hephtalites ». Ces combats sont suffisamment âpres pour que les négociations s’engagent et aboutissent à l’accord suivant : le Shah fournit des terres où les envahisseurs pourront s’installer tandis que Grumbates, leur roi, fournira des troupes au roi des rois pour lutter contre les Romains. Alors Sapor peut se consacrer à son principal ennemi qui tente d’obtenir un règlement pacifique mais en vain. Alors que Constance est mobilisé sur le Danube, Sapor décide une vigoureuse campagne en territoire romain, concrétisée par la reprise de l’Arménie, l’invasion de la Syrie et la prise, au bout de 73 jours de siège, de la cité romaine d’Amida, sur le Haut Tigre, vers 359. Ce retard et les pertes significatives, on parle de 30 000 vétérans, détermine la fin précipitée de la campagne. En 360, l’armée romaine envahit l’Arménie mais se retire, frappée par la famine. L’empereur Constance demande à Julien des renforts que celui ci refuse.     

 

Mais en 363, c’est au tour de l’empereur Julien de faire une campagne contre les Sassanides. Il rassemble une armée de 60 000 hommes et bien pourvu en navires de guerre et de transport, il bénéficie du soutien du roi d’Arménie Archak II. Julien conduit une armée en suivant l’Euphrate et une seconde armée conduite par Archak fait diversion dans le district de Chiliocome, au nord de la Mésopotamie. Les Romains prennent les fortifications ennemies le long de l’Euphrate tandis que Sapor refuse le combat. En juin, Julien remporte la victoire de Maranga où les cataphractes et les clibanaires sassanides sont repoussés avec de lourdes pertes. Sapor demande la paix qui est refusée et se replie derrière les fortifications de Ctésiphon. Julien peu équipé en engins de siège, se retire et suit le Tigre en comptant attirer l’armée perse hors des murs pour l’attaquer dans la plaine. L’armée sassanide se tient à son rôle de harcèlement de l’ennemi et l’armée romaine ne peut tenir et doit se replier vers l’Assyrie. Quelques jours plus tard, les Sassanides tuent Julien d’un coup de lance au cours d’une escarmouche contre son arrière garde, ce dernier s’est précipité pour rassembler ses troupes sans mettre sa cuirasse. Sapor impose à son successeur Jovien, un traité de paix très favorable pour les Sassanides qui restitue les provinces de la rive gauche du Tigre, la suzeraineté sur l’Arménie et une partie de la Mésopotamie. Ce traité de 363, inaugure la plus longue période de paix entre les deux puissances ennemies, il prévoie aussi la défense des passes du Caucase, les Sassanides élèvent des fortifications et installent des garnisons dont l’entretien est financé en partie par Rome.

Sapor a alors les mains libres pour intervenir en Arménie, d’abord au Nord vers l’Azerbaïdjan, où Archak réussit à lui infliger des pertes mais bientôt au Sud ou une trahison fait pénétrer les Sassanides dans son royaume et peu à peu les nobles arméniens abandonnent leur roi qui ne sait résister aux invites de Sapor, mi menaçant, mi enjôleur. Une fois entre ses mains, Archak est enfermé au Khouzistan, au « Château de l’Oubli » où après une longue captivité, il se donne la mort. Aussitôt Sapor envoie une armée prendre le contrôle de l’Arménie. La résistance de la veuve d’Archak, réfugiée dans la forteresse d’Atakert, permet aux nobles Arméniens de se ressaisir, tandis que le fils d’Archak, Pap est mis à l’abri chez les Romains. A la demandes des nobles arméniens, l’empereur  Valens autorise Pap à rentrer en Arménie mais ne lui accorde pas le soutien de troupes romaines pour éviter de relancer la guerre en Orient  quand les Goths sont menaçants sur le Danube. Sapor furieux envahit l’Arménie et la ravage, puis il place des garnisons dans tous les lieux fortifiés. Pap est contraint à la fuite, la reine mère est capturée ainsi que le trésor royal. Rome finit par réagir et l’empereur Valens envoie Arinthaeus à la tête d’une armée attaquer les garnisons perses qui sont bientôt chassées et Pap peut retrouver son trône vers 369. Mais Valens n’est pas prêt à la guerre pour l’Arménie et il abandonne Pap. La fin du long règne de Sapor est marquée par des persécutions envers les chrétiens tout à fait suspects depuis  l’empereur Constantin. Vers 377, Sapor doit faire campagne pour arrêter les Huns et les repousser dans le Caucase. Quand il meurt, l’empire sassanide est puissant, nettement plus étendu qu’à son avènement.

 

En 379, son frère Ardachir II lui succède très âgé, après une carrière de gouverneur de l’Adiabène. La lutte entre le trône et les nobles prend davantage d’ampleur et affaiblit la monarchie. Après un  règne écourté par ces grands féodaux (379 – 383), Sapor III monte sur le trône et l’absence de combat avec Rome se justifie par les invasions et usurpations qui menacent les Romains et par l’agitation que les Huns Hephtalites entretiennent à l’Est. En 390, un traité est signé entre Théodose 1er et Bahram IV Kermansham qui établit la paix entre les deux puissances. L’Arménie est partagée entre les deux empires, l’est revient aux sassanides tandis que l’ouest est sous domination romaine. Son frère Yazdgard Ier Ulathim règne dès 399 et se montre tolérant avec les chrétiens et les juifs ce que les Romains apprécient. Les Huns Hephtalites ont pris la place des Kouchans et forment un état puissant de part et d’autre de l’Indû-Kûch, la guerre reprend vers 415. En 419 la destruction d’un temple de Zoroastre et le refus de l’évêque Abdas de le reconstruire provoque des persécutions contre la communauté chrétienne. A la mort de Yazdgard  en 421, la compétition est très vive entre ses trois fils.

 

Bahram V Ghûr triomphe avec l’aide du prince de Hira, son père nourricier, et d’une troupe de cavaliers arabes et aussi de cavaliers perses. Il arrête l’expansion des tribus hepthalites de l’Est et très vite se heurte à la nouvelle Rome. A la suite des persécutions contre les chrétiens lancées par son père, ces derniers fuient en territoire byzantin. Bahram les réclame et il essuie un refus de Théodose. Ceci provoque une nouvelle guerre de 421 à 422 où les Romains d’Orient remportent des victoires, font de nombreux prisonniers et avancent jusqu’en Azarène et ravagent cette province. Puis ils font le siège de Nisibis. Bahram envoie la majorité de ses troupes sur cette ville et malgré leur nombre, les Sassanides sont battus. Bahram demande la paix qui est signée en 422 et prévoit pour 100 ans la liberté de culte accordée par Bahram aux chrétiens et réciproquement les zorastriens peuvent pratiquer en territoire byzantin. Bahram repousse une attaque des Huns Hephtalites en 427 et étend son influence dans ce secteur. En 428, en Arménie, il dépose le roi Ardaches IV et en fait une province de l’empire.

 

Yazdgard (Yezdegerd) II lui succède en 438, d’abord conciliant sur le plan religieux, il se montre un zélé zoroastrien dans les années 450  et décide de convertir l’Arménie au mazdéisme alors que les Hephtalites menacent à l’Est. Pendant qu’il est occupé de ce côté, c’est la révolte générale en Arménie et les troupes sassanides sont battues. Yazdgard à la tête de son armée attaque l’Arménie que Constantinople ne peut soutenir, en pourparler avec les Huns. Son commandant Mihr-Narseh remporte une coûteuse victoire à la bataille d’Avaraïr appelée aussi Vartanants, le 2 juin 451, où le chef arménien Vartan meurt au combat. Yazdgard élimine les insurgés et déporte les chefs des grandes familles en Iran. Mais les pertes subies, la « guérilla » que livre les Arméniens et la menace des Hephtalites à l’Est, l’empêchent d’imposer le mazdéisme.

 

Son fils aîné Hormizd III, lui succède en 457, il était précédemment roi de la Sacastène, mais il subit l’attaque de son frère Peroz et la guerre civile dure pendant deux années, leur mère Denagh règne en leur absence à Ctésiphon. Hormizd est vaincu et fait prisonnier à Reyy en 459, il y laisse la vie. Peroz est couronné la même année et il doit immédiatement protéger ses frontières du Nord et de l’Est. Il réussit à maintenir la paix avec l’Empire Byzantin et ce dernier le soutient en lui versant  de l’or. Il est appelé par l’invasion des Hephtalites dans le Tokaristan. Mais sa campagne tourne court, il est vaincu et prisonnier. Il doit payer une forte rançon et laisser son fils Kavadh en otage le temps de rassembler l’argent, provenant peut être de l’empereur Zenon. Un fois son fils libéré, Peroz après avoir assaini ses finances, décide d’attaquer les Hephtalites, il « se perd avec son armée » dans le désert oriental puis il est vaincu et tué en 484. L’empire sassanide est envahi et pillé pendant deux ans. Un tribut est payé à l’empire Hun. Un noble de Karen, Zarmihr rétablit la situation et facilite l’avènement de Valash ou Balash, l’un des frères de Peroz.

 

Ce dernier règne 4 ans mais Zarmihr reste omnipotent. La révolte de Zareh, le frère de Valash est jugulée. Le roi est destitué en 488, aveuglé et remplacé par le fils de Peroz, Kavadh 1er ou Qobad, qui hérite d’une situation calamiteuse. La situation économique est sombre, et il faut payer le tribut aux Hephtalites avec lesquels il a de bonnes relations. L’or de Constantinople est sollicité mais l’empereur Anastase réclame en compensation la cité de Nisibis. Kavadh entend exercer son pouvoir et il élimine Zarmihr. La paix est rétablie avec les Arméniens rebelles et leur chef Vahan. Un mouvement « révolutionnaire » secoue l’empire, initié par Mazdak, il prône l’égalité primitive, la mise en commun des biens et des femmes. Le roi Kavadh se rallie à cette doctrine, peut être pour briser la noblesse. Les troubles s’étendent et les Arméniens sont menaçants. Un complot organisé par le haut clergé et des nobles partisans de Zarmihr, détrône le roi et le jette en prison, au Château de l’Oubli, en 496 et le remplace par son frère Zamasp.

 

Mais il est de retour sur le trône vers 500 et il entreprend de consolider le pouvoir royal et conduit une sévère répression des mazdakites responsables de pillages. Cela lui apporte le soutien du clergé. Les Hephtalites qui ont aidé le roi à reconquérir son trône, lui réclament des subsides qu’il ne peut leur fournir. Kavadh demande une aide financière aux Byzantins et l’empereur Anastase refuse. En 502, Kavadh lui fait la guerre, envahit la Mésopotamie avec des Hephtalites et des Arabes du Hira, enlève diverses forteresses et enfin, capture Amida après un siège acharné. Les Byzantins réagissent faiblement car les Huns ravagent les Balkans, mais ils réussissent à stabiliser les positions en dépit des désaccords entre leurs généraux. Kavadh est distrait de cette guerre par une invasion hephtalite par les portes Caspiennes et il accepte une trêve de 7 années avec les Byzantins. Pendant ce temps, Anastase convoque ses généraux et identifie la position clé de la défense, à proximité de la frontière. Il choisit le site de Dara et entreprend la construction d’une forteresse massive. Malgré cela, la trêve dure 20 années pendant lesquelles, la lutte contre les Huns se poursuit. La reprise des combats vient du refus de l’empereur Justin d’accepter la demande d’adoption et de garantir la succession que Kavadh présente pour son fils Khosroes. La guerre commence bien pour Kavadh qui inflige des revers aux Byzantins en Arménie et en Haute Mésopotamie. Mais Justinien succède à Justin en 527 et réorganise la défense en construisant des ouvrages défensifs majeurs sur le front oriental et en nommant un nouveau commandant : Bélisaire. Pendant ce temps les troubles provoqués par le mouvement mazdakite se développent. Kavadh s’appuie sur les zoroastriens et les chrétiens pour condamner le mouvement, les chefs sont éliminés. Dès 530, Kavadh est vaincu en Arménie et Bélisaire triomphe de l’armée sassanide devant sa base de Dara avec 20 000 soldats contre 40 000 ennemis. Mais en 531, Bélisaire doit suivre ses soldats qui « réclament une offensive » et son armée de 20 000 soldats en partie cavaliers est défaite à son tour  à Callinicum sur l’Euphrate par une force sassanide composée uniquement de 15 000 cavaliers mais les pertes sassanides sont telles que la retraite continue. Une paix perpétuelle est signée en 532 par le nouveau souverain sassanide, Khosroes ou Khosro Ier. Justinien qui veut conquérir l’Afrique du nord et la Sicile, accepte de verser 11 000 livres d’or et de retirer ses troupes de Dara. Que s’est il passé ?

Le règne de Khosroes Ier :

 

Khosroes Anuchiravan (à l’âme immortelle), monte sur le trône malgré l’opposition de son frère aîné Kawûs, au moment de l’épreuve de force entre les nobles et le peuple et il sort plus puissant qu’aucun de ses prédécesseurs, de cette longue lutte. Il corrige les désordres causés par les mazdakites et réforme l’armée en donnant aux quatre divisions de l’empire un commandement séparé et leurs propres troupes. A côté des paysans lourdement armés pour les campagnes, une milice est créée avec d’autres paysans plus légèrement équipés. Les prisonniers sont déportés en Iran et soumis à un « service militaire » obligatoire, tels les Alains, les Khazars qui sont entrés jusqu’en Arménie. Pour protéger les frontières, des tribus barbares sont installées et représentent une défense extérieure vis à vis des nomades. De puissantes fortifications sont édifiées le long des passes de Derbend et une muraille verrouille les passages au Sud Ouest de la Mer Caspienne. Les hostilités reprennent avec Byzance pour un litige entre l’État ghassanide tributaire des Romains et le roi d’Hira, vassal de Khosroes. Khosroes envahit la Syrie, prend Antioche et la brûle et sa population est déportée près de Ctésiphon. Un armistice est signé en 545 mais la paix attend 562 et elle est prévue pour durer 50 ans. En 540, Khosroes refuse de payer le tribut habituel aux Hephtalites, mais ces derniers ne peuvent forcer l’application de l’accord. Une vingtaine d’années plus tard, alliés aux Turcs, les Sassanides écrasent les Hephtalites dont le territoire est partagé entre les coalisés, ce qui fixe la frontière orientale de l’empire sur l’Oxus, les Hephtalites sont éliminés. La frontière Nord tient face aux Huns et dans le Sud, appelé par les Himyarites pour lutter contre les Ethiopiens, l’empire sassanide avance jusqu’au Yémen qui est annexé en 571. Byzance s’inquiète de ce renouveau de la puissance sassanide et de son expansion, et déploie une activité diplomatique intense pour former une coalition. Mais des troubles en Arménie montrent la supériorité militaire sassanide. La Mésopotamie est envahie et dévastée. Khosroes meurt quand les négociation s’engagent. Ainsi se termine le long règne qui marque l’apogée de la monarchie sassanide.

 

Hormizd IV lui succède en 579 et veut maintenir la suprématie du trône sur la noblesse et le clergé. Mais il est bientôt en difficulté et s’appuie sur les chrétiens ce qui heurte les zoroastriens tandis que l’active diplomatie byzantine l’oblige à combattre sur trois fronts. Le général Vahram Tchûbin, vainqueur des Turcs dans l’Est et des Huns du Nord, est plus malchanceux contre les Byzantins. Le roi le sanctionne pour ces échecs et Vahram se révolte. Le roi est capturé et mutilé puis jeté en prison. Il est remplacé par son fils Khosroes II. Vahram est issu d’une des plus grandes familles de la noblesse arsacide et soutenu par son armée, s’empare de Ctésiphon et se proclame roi des rois. Khosroes se réfugie auprès de l’empereur Maurice. Ce dernier lui fournit des troupes pour renverser Vahram qui disparaît vite et reconquérir le trône. Cette aide n’est pas gratuite, Dara, Maïpherqat sont cédées ainsi que la majeure partie de l’Arménie. Quelques années plus tard, Khosroes II profite de l’assassinat de l’empereur Maurice pour attaquer Byzance, il  reprend l’Arménie et Edesse, traverse la Cappadoce, prend Césarée et Chalcedoine et atteint le Bosphore en 610. En 611, ses troupes s’emparent de Damas puis de Jérusalem qui est pillée en 614. En 616, l’armée occupe Gaza, entre en Egypte, prend Alexandrie, remonte le Nil et atteint l’Ethiopie. L’armée sassanide prend Ancyre et assiège Constantinople. L’empire sassanide est au plus haut tandis que l’empire Byzantin semble très vulnérable et ne résiste guère en raison de la pression des Avars et des Slaves sur d’autres fronts.

 

Mais en 622, Heraclius, le nouvel empereur Byzantin prépare la riposte. Les Byzantins reprennent l’offensive, chassent l’ennemi de l’Asie Mineure et remportent des victoires en Arménie contre le commandant en chef de l’armée sassanide Schahr-Barâz. Le Pont et la Cappadoce sont évacués. Heraclius obtient une trêve avec les Avars et il pénètre en Médie et dans l’ Azerbaïdjan puis il se coordonne avec les Khazars, ses alliés et se dirige vers la vallée du Tigre, remporte une victoire décisive à Ninive en 627 puis assiège Ctésiphon. Khosroes fuit mais il est assassiné par les siens quand il refuse de signer la paix avec Heraclius. Les conquêtes en Afrique et en Anatolie sont perdues. Son fils Kavadh demande la paix aux Byzantins. C’est en juillet 629, que les Accords d’Arrabissos sont conclus. Pendant quatorze ans, une dizaine de rois va se succéder sur le trône, membres de la famille royales ou usurpateurs, parmi ces souverains deux femmes, Bûrândûkht et Azarmedûkht, filles de Khosroes II. Enfin, un prince sassanide est découvert à Istakhr où il se cachait et couronné dans cette ville sous le nom de Yazdgard III. Avec le général Rostam, il reprend Ctésiphon mais un danger nouveau pointe du Sud.  

 

                   La fin de l’empire sassanide :

 

Sous le califat d’Abou Bakr, le successeur immédiat de Mahomet, la volonté de réunir tous les Arabes entraîne les cavaliers musulmans dans la steppe syrienne. La cité de Hira, la capitale des Lakhmides, est prise en 633 et de ce point de départ, les incursions en Mésopotamie se multiplient. Yazdgard riposte et remporte en octobre 634, la bataille d’Al-Jisr ou du Pont, à proximité de la cité de Hira. Il s’agit de l’exploitation d’une situation favorable par Bahman, le chef de l’armée perse face à Mothanna qui conduit la cavalerie arabe et suit l’armée ennemie en traversant l’Euphrate sur un pont fait de bateaux. Dès que la cavalerie arabe a franchi le fleuve, elle ne trouve pas de place pour se déployer et subit une charge d’éléphants qui les refoule dans le fleuve sur 9 000 cavaliers seulement 3 000 peuvent se regrouper, pour le reste, un tiers est mort au combat, un autre tiers s’est noyé et le dernier tiers a pris la fuite. Le lendemain, Bahman ne peut poursuivre les vaincus car il doit partir pour Ctésiphon où une révolte a éclaté. Après la victoire des Arabes contre les Byzantins à Yarmouk en 636, la Syrie est occupée et Omar, le nouveau calife, peut redéployer ses troupes pour mener l’offensive contre Yazdgard. En 637,  le Shah veut reprendre la cité de Hira, son général Rostam Farrokzad commandant une armée de 100 000 hommes, traverse l’Euphrate et livre bataille à Kadisiyya, près de la ville moderne d’Hilla en Irak. Il rencontre Sa`d ibn Abī Waqqās à la tête de 30 000 cavaliers arabes  comprenant des renforts venus de Syrie. Le terrain steppique est favorable aux musulmans. L’armée sassanide domine son adversaire pendant les deux premiers jours et en particulier les cavaliers arabes souffrent des charges d’éléphants. Mais la bataille dure quatre jours et bascule quand les cavaliers arabes attaquent les éléphants avec des flèches et des javelots et que ces derniers fuient en écrasant les troupes sassanides. Profitant de ces ouvertures dans les rangs perses, un assaut est donné sur le général Rostam. Il est capturé et décapité. C’est la fuite chez les Perses qui subissent de très lourdes pertes, on évoque le nombre de 70 000 tués. Dans la foulée Ctésiphon est assiégée mais elle vient d’être évacuée. Les vainqueurs mettent la main sur d’importantes richesses et remportent une nouvelle victoire à Jaloula, Yazgard et sa cour se réfugient dans le Zagros et le roi envoie des parlementaires pour négocier la cession du territoire situé à l’ouest du Tigre. Les Arabes refusent et le roi tente sauver son empire et recrute de nouvelles troupes. Il est à nouveau vaincu à Jaloula, puis à Qasr-e Shirin et Masabadhan, la Haute Mésopotamie est perdue tandis que l’Arménie est occupée. Une nouvelle bataille a lieu en 642, celle de Nahavand (ou Nihawend ou Nehavend). Cette fois encore la supériorité numérique des Sassanides est écrasante, mais cette armée est encerclée et prise au piège dans une vallée étroite et perd près de 100 000 soldats. Yazgard s’enfuit à Merv, c’est la fin de l’empire sassanide. En 643, un nouveau combat est perdu à Reyy puis c’est à Stakhr que Yazgard perd la Perside et se réfugie au Khorassan où il n’est qu’un roi en fuite comme Darius III après la bataille de Gaugameles. Il finit par être abandonné et épuisé, il demande dans un moulin, asile pour la nuit. Il est assassiné pendant son sommeil en 651.              

 

 
L’armée sassanide :

La principale force de cette armée est la cavalerie lourde. Composée de nobles, elle est cuirassée, bien protégée par des plaques de fer et particulièrement bien entraînée. La monture est également protégée. Sapor II est intervenu pour que la cavalerie soit plus minutieusement protégée. Ainsi ils n’étaient exposés aux flèches que par de toutes petites ouvertures nécessaires à la vue par exemple. Ils utilisent la lance, mais aussi l’arc, l’épée, la hache de bataille et la masse. Les archers de cavalerie sont capables de tirer en arrière pendant leur retraite. L’élite de cette cavalerie est nommée les Immortels comme chez les Achéménides et les Arméniens sont aussi de bons cavaliers. Une partie de cette cavalerie sassanide est légèrement armée, elle sert d’éclaireurs et se recrute principalement chez les mercenaires Kouchans, Khazars ou même Hephtalites. Même s’il existe des armées sassanides entirement montées, la cavalerie représente en moyenne le tiers de l’armée. L’infanterie comprend des archers, des frondeurs et des javeliniers, ainsi que des fantassins lourds, armés de lances ou d’épée, dont la Sogdiane fournit de bonnes unités. Les archers tiraient une grande quantité de flèches derrière un rideau de boucliers. L’armée sassanide emploie davantage d’éléphants que ses prédécesseurs les Parthes. Ilsi soutiennent les cavaliers et viennent de l’Inde. Une autre évolution par rapport à leurs prédécesseurs se manifeste dans la poliorcétique (art des sièges) où les scorpions et balistes romains sont imités et en défense  des liquides bouillants sont versés sur les assaillants

 

La découverte des Parthes et l’archéologie d’époque parthe en Mésopotamie et en Iran

Par Roberta VENCO RICCIARDI

 

La période parthe, en général étroitement liée à l’époque séleucide, a longtemps été connue principalement par les informations fournies par les sources classiques et par les monnaies qui, à partir du XVIIIe siècle, ont été classées, et qui ont posé les fondements de l’historiographie de cette période, l’étude des monuments de cette époque a été longtemps négligée en Iran, probablement en raison du fait que ceux-ci ne pouvaient soutenir la comparaison esthétique avec les restes achéménides et sassanides. Il en était de même en Mésopotamie car les vestiges parthes étaient peu visibles sur le terrain et, de plus, généralement moins intéressants que les périodes de la tradition biblique, caractérisées par des monuments en pierre ou en brique cuite d’excellente qualité et fournissant des briques et des tablettes inscrites.

 

Cependant, les monuments   parthes   ont   été documentés dès la fin du XVIIe siècle par le Français Grelot qui accompagnait M. Chardin. En particulier, celui-ci a laissé du relief de Mithridate II à Béhistoun un croquis  d’une   remarquable   importance dans la mesure où ce bas-relief a été fortement endommagé par une grande inscription du XVIIIe siècle.

 

LES RECHERCHES AU XIXe siècle

A part les relevés d’inscriptions parthes et sassanides qui ont servi de base pour le déchiffrement du moyen-perse et du pehlvi, M. Ker Porter a réalisé au début du XIXe siècle de très beaux et très fidèles dessins de monuments parthes et sassanides.

C’est à partir des années 1840 que les explorations et la documentation des sites et des monuments se sont intensifiées. M. Layard, avant d’entreprendre des fouilles en Assyrie, a longtemps voyagé dans toute la Mésopotamie et l’Iran, en particulier dans les montagnes des Bakhtiari. Il nous a laissé des comptes rendus captivants sur les gens et les endroits les plus difficiles à atteindre, tout en découvrant et en enregistrant les monuments et les sites anciens qu’il rencontrait. Dans la Mésopotamie septentrionale, il a, à plusieurs reprises, visité Hatra dont il a fourni une description passionnante. Hatra, bâtie en pierre et exceptionnellement conservée pendant cette période, a été plusieurs fois visitée par des architectes et des amateurs d’antiquités (MM. Ainsworth, Ross, Ferguson).

La Mésopotamie centrale et méridionale est occasionnellement documentée pour la période parthe, cette fois-ci par des fouilles, à Babylone, mais surtout à Ourouk-Warka, où M. Loftus a mis au jour des fragments de décor architectural en stuc et des tombes avec mobilier.

Pour l’Iran, c’est l’œuvre de MM. Flandin et Coste qui a fourni de précieuses informations sur les sites parthes, principalement les reliefs rupestres, en particulier ceux d’Elymaïde, découverts par M. Bode en 1841.

L’œuvre de G. Rawlinson, The Sixth Gréat Oriental Monarchy, publiée en 1873, cherche à réhabiliter historiquement l’empire des parthes. Il résume de manière utile les recherches sur les antiquités parthes au XIXe siècle, tout en considérant les œuvres d’art et, en particulier, les reliefs rupestres grossiers, maladroits (« coarse, clumsy », p. 306). Il en conclut : « Les Parthes paraissent rarement avoir eu une idée d’un art purement esthétique » (« Of purely aesthetic art thé Parthians appear scarcely to have had an idea », p. 388). Cette opinion était relativement répandue, même plus tard, au XXe siècle, l’art parthe étant considéré comme une version barbarisée et dégénérée de l’art hellénistique. Cependant, Rawlinson estime en même temps que les grands résultats de l’architecture sassanide ont leurs racines dans l’architecture de Hatra.

À la fin du XIXe siècle, nous aurons la première documentation photographique grâce à l’œuvre très belle et riche des Dieulafoy, les premiers fouilleurs français du grand site de Suse qui avait déjà fait l’objet de recherches de M. Loftus dans les années cinquante. Ces premières fouilles à Suse ont été catastrophiques pour les couches les plus tardives de la ville, car les niveaux supérieurs ont été presque intégralement détruits. Et ce n’est que beaucoup plus tard, à partir du milieu du XXe siècle, que de nouvelles recherches contribueront à faire connaître les périodes les plus tardives.

 

LA PREMIÈRE MOITIÉ DU XXe S.

C’est à la fin du XIXe et surtout avec le XXe siècle qu’une véritable recherche archéologique s’est engagée, en particulier dans la région occidentale de l’empire parthe, grâce à la découverte et à la fouille soigneuse par une mission allemande de la ville parthe d’Assour, dont les vestiges recouvraient ceux de l’ancienne capitale assyrienne (qui était le vrai but de la mission allemande). Dans le même temps, cette mission a procédé à la prospection, au relevé et à la documentation graphique et photographique du grand site de Hatra.

En Mésopotamie du Sud, des exemples d’architecture tardive ont été mis au jour à Nippour.

Mais c’est à partir des années 1920-1930 que les Parthes entrent dans l’histoire de la recherche archéologique, en particulier pour ce qui concerne la partie occidentale de leur empire, et l’on assiste à un grand élan de fouille et des recherches archéologiques de la Mésopotamie septentrionale à la Mésopotamie méridionale. Ce sont d’abord les recherches à Doura-Europos qui se sont développées à partir de la découverte fortuite des peintures du temple de Bel, puis celles de Séleucie du Tigre, dont les trouvailles appartiennent pour une grande partie à l’époque parthe. Mentionnons également la publication de la ville parthe d’Assour (1933), les fouilles de Babylone, et la découverte du temple de Gareus à Ourouk-Warka.

En Iran, la situation archéologique est en moindre mesure liée aux fouilles extensives, en harmonie avec le type de monuments du territoire. Des premières décennies du XXe siècle, datent la découverte et les recherches sur le grand palais parthe et sassanide du Kuh-i-Khwaja dans le Séistan, par A. Stein puis par E. Herzfeld.

Ces derniers sont parmi les figures les plus significatives de la recherche archéologique pendant la première moitié du XXe siècle. L’un comme l’autre ont exploré les territoires les plus divers, l’un de l’Asie centrale et de l’Inde à la Mésopotamie, l’autre se consacrant plutôt à la Mésopotamie et surtout à l’Iran. Ces savants explorateurs ont contribué de manière fondamentale à la connaissance de ces régions grâce à leur énergie, leur intérêt, leur ouverture d’esprit et leurs qualités scientifiques. C’est, par exemple, A. Stein qui a fait connaître la découverte occasionnelle de la statue de Shami et qui a étudié le petit sanctuaire d’Elymaïde d’où elle provenait.

 

 

De ces années date également le début des recherches à Nisa, qui ont été poursuivies plus systématiquement après la Seconde Guerre mondiale, et, plus récemment, la prospection du territoire et une enquête sur le sanctuaire de Mansour Depe.

En 1935, M. Rostovtzeff publiait son article fondamental « Dura and the Problem of Parthian Art », qui peut être considéré comme la mise au point du concept d’art parthe, avec la mise en relation des arts figuratifs des régions s’étendant de Palmyre à l’Elymaïde et l’identification des canons stylistiques qui caractérisent cet art. Cette publication a donné lieu à d’innombrables discussions et disputes qui n’ont pris fin qu’en 1960, avec la publication fondamentale de D. Schlumberger, « Descen­dants non méditerranéens de l’art grec ». Dans cet article tout aussi célèbre, le regard s’étend jusqu’aux frontières indo-iraniennes, la définition de l’art parthe se trouve renouvelée, et l’accent est posé sur l’impact de l’hellénisme dans cette partie du monde et sur les différentes réponses qui lui ont été apportées selon les traditions de chacune des régions concernées.

La fin des années trente est la période la plus innovatrice pour la connaissance de l’art parthe, avec la parution du Survey of Persian Art. On y trouve en particulier une étude de M. Reuther qui reste aujour­d’hui encore fondamentale, présentant une remarquable analyse et une belle synthèse des données alors connues sur l’architecture parthe.

 

LA DEUXIEME MOITIÉ DU XXe siècle

La période des « pionniers de l’archéologie parthe » se termine avec la guerre. Celle qui s’ouvre ensuite est caractérisée par la poursuite des recherches dans les sites déjà connus. On observe alors une certaine amélioration des techniques et une progression de nos connaissances sur la période, ébauchée en grands tableaux généraux au cours des années précédentes.

En Mésopotamie, le seul grand site qui ait fait, pour la première fois, l’objet de fouilles, est la ville de Hatra, en Irak du Nord. Ces fouilles ont été conduites par l’administration des antiquités irakiennes à partir de 1951. Dans les années suivantes, d’autres sites mineurs de la région septentrionale et centrale de l’Irak ont été explorés, mais le tableau général n’a guère été modifié.

Si l’on exclut les grands sites d’ancienne tradition archéologique, la Mésopotamie centrale et méridionale est beaucoup moins étudiée que la partie septentrionale, et seuls quelques sites peuvent être cités. Dans les dernières années, peu avant la guerre du Golfe, c’est la découverte de la résidence d’Abou Qpubour qui présente un exemple parfait et régulier de la maison à iwan. Ce genre de grande demeure, considéré comme typique de la période parthe, est dans ce cas particulièrement intéressant, car il se trouve dans la même région que la capitale parthe, qui demeure à présent inconnue. Plus au sud, on signale la découverte par des archéologues irakiens de grandes nécropoles, près de Najaf, où l’on a retrouvé des matériaux céramiques et en verre de bonne qualité, partiellement atypiques et datant probablement de l’époque parthe tardive. Cette découverte présente un grand intérêt du fait qu’elle nous fournit des informations sur le peuplement de la zone d’Hira, capitale des Arabes lakhmides, et qu’elle nous ouvre de nouveaux horizons sur les relations culturelles entre les différents centres de la Mésopotamie d’époque parthe.

Dans le domaine de la recherche archéologique, la véritable nouveauté de cette période n’est pas seulement la découverte ou l’exploration d’un ou plusieurs sites, qui servent à mieux éclaircir un problème particulier, mais plutôt la réalisation d’une série de prospections archéologiques du territoire qui, à partir des années soixante, ont couvert une grande partie de la région centrale et méridionale de la Mésopotamie. C’est le mérite de R. Mac-Adams, en particulier, d’avoir remarquablement enrichi notre connaissance de la période parthe en élargissant de manière substantielle notre vision sur les questions de l’exploitation du territoire, du peuplement et de la dynamique de l’occupation. Aujourd’hui, même la partie septentrionale de la Mésopotamie est concernée, et la même technique est appliquée à l’intérieur de grands sites tels que Ourouk-Warka (U. Finkbeiner), afin d’évaluer l’extension et les différentes caractéristiques de l’occupation pendant les périodes séleucide, parthe et sassanide.

En Iran, la situation archéologique pour la période parthe est beaucoup plus dispersée en raison de l’importante extension de la zone, et surtout de sa division en plusieurs régions aux réalités

      

 

Culturelles totalement différentes. A l’exception de Suse, on n’y trouve aucune grande fouille en extension comme celles qui caractérisent l’histoire archéologique de la Mésopotamie. À partir des années soixante, la fouille de sites déjà connus tels que Qaleh-i Yazdigird, Masjid-i Soleyman ou Bard-e Néchandé, et la reprise des travaux à Kuh-i Kwaja, Shahr-i Qpumis ou Tureng Tepe, apportent des éclairages ponctuels sur une réalité multiforme. Le tableau jusqu’à présent relativement pauvre de l’Iran parthe s’en trouve remarquablement complété, en mettant en évidence les différences locales actuellement difficiles à synthétiser dans un cadre unitaire. De plus, on assiste à une reprise des recherches sur des sites déjà connus, tels que celui de Khorheh, présenté par Herzfeld comme un temple périptère d’époque séleucide, et que les recherches archéologiques récentes permettent d’identifier comme un bâtiment d’époque parthe.

À partir des années soixante-dix, de nombreuses prospections archéologiques ont été effectuées dans différentes régions afin d’obtenir une couverture archéologique de tout le territoire, faisant naître des problèmes intéressants et offrant des nouvelles perspectives de recherche. Ainsi, par exemple, les résultats de la prospection en Susiane placent sous une lumière plus forte et diversifiée la réalité de la grande métropole de Suse.

Il est évident que l’histoire de l’Iran parthe reste encore à étudier et à préciser. Il est en outre clair que si la Mésopotamie parthe, à quelques exceptions près, offre un tableau relativement cohérent malgré des différences locales, l’Iran de la même période semble marqué par des données essentiellement isolées, et caractérisé par une indépendance des différentes régions que l’on peut sans doute mettre en relation avec la structure peu centralisée de l’empire. Seules des recherches intensives pourront permettre d’insérer ces données éparses dans un cadre historique global.

Problèmes de déchiffrement

Pour la période de près de cinq cents ans que dura l’empire des Parthes, nous avons seulement un petit nombre de documents administratifs sur parchemin, environ deux mille ostraca (tessons inscrits) relatifs aux livraisons de vin dans l’une des propriétés du roi des rois, et une poignée d’inscriptions officielles [...].

Mais, pour peu nombreux que soient les documents, ils imposent une lourde tâche aux philologues, linguistes, paléographes et historiens ; presque chacun d’eux exige avant d’être lu un laborieux travail de déchiffrement [...].

On peut prendre pour exemple un ensemble de documents provenant d’un entrepôt de vin à Mihrdâtkart, et datant du 1er siècle av. J.-C. Ils sont connus sous le nom d’ »ostraca de Misa » et nous aurons à en repalier ultérieurement. Voici, transcrit en alphabet latin, le texte de l’un de ces docu­ments : « BHWTH ZNH MN pryptykn MN KRM’ ‘wzbry ZYLYD PHT’ Hm XXII HYTY srwsyk W mytry mdwbr ZY MN’rg [...] HN’Lt SNT II C X X III III » ; ce qui peut être traduit comme suit :

« Dans cette jarre, provenant de Phriapatikan, du vignoble tribuaire qui est à la disposition du satrape, vin : 22 mari (c’est la mesure de capacité). Apporté par Srochak et Mihr, intendants du vignoble de la région de Yg[...] (le nom est mutilé). Apporté pour l’an 216 (de l’ère arsacide, soit 32 av. J.-C.). »

En quelle langue ce document est-il rédigé ? Dans la translitération, tous les mots en capitales sont araméens, et seuls les noms de lieux, de personnes et les titres (« intendants du vignoble ») sont du perse en caractères araméens. Néanmoins, le document est perse. Cela ressort non seulement des noms, mais également du fait que le verbe araméen (HN’L) possède le « complément phonétique » perse indiquant la personne et le nombre.

Ce déroutant système d’écriture – qui fait penser à un message en code – dut son développement au fait que les scribes perses de cette époque, suivant la tradition des chancelleries achéménides, usaient fréquemment de mots araméens, voire de phrases entières, devenues pour eux des formules toutes faites. Les textes de ce genre sont dits hétérographiques, et le lecteur est constamment appelé à décider si tel groupe de lettres doit être lu comme un hétérogramme (comme un mot araméen) ou comme un open spelling (c’est-à-dire comme un mot perse épelé) et si tel document est à lire en araméen ou en perse. Il est clair que le sens du texte diffère selon le choix que l’on fait.

Voici, à titre d’exemple, deux lectures différentes d’un même document de Misa. La première est celle du savant allemand E. Altheim, qui décida que le texte était araméen et en donna l’interprétation suivante : « Eutychios. De la part du maître nous t’ap­porterons, et il recevra 206. » La seconde lecture est due aux soviétiques I. M. Dyakonov et A. A. Livchits, à qui revient l’honneur d’avoir déchiffré l’ensemble des comptes de Nisa : « Dans cette jarre, du vignoble tributaire nommé Hindukan, vin : 16 mari. »

 

COMMENT LE CHRISTIANISME EST DEVENU RELIGION OFFICIELLE DE L’ARMENIE par Mgr Goryoun BABIAN


Pour pouvoir mieux comprendre le fondement historique du revirement total du peuple arménien, du paganisme vers le christianisme, et pour entrevoir le caractère propre du lien existant entre la réalité religieuse et les péripéties politiques, il est indispensable, avant tout, de jeter un rapide coup d’œil sur le premier quart du IIIe siècle, au voisinage de l’Arménie, sur les bouleversements importants du puissant empire Parthe dont l’Arménie allait subir les conséquences immédiates.

Au cours des années 224-225, Ardachêr, fils de Sâssân, du corps des anciens et grands servants du culte d’Ahura-Mazdâ (Zoroastrisme), mit un terme à la dynastie Parthe qui avait régné près de 500 ans sur la Perse, en menant la révolte contre le roi des rois, Ardavan V, puis en battant définitivement son armée, après l’avoir tué, au cours d’une dernière bataille livrée dans la plaine d’Hormiztan. Les nouveaux maîtres de la Perse qui avaient arraché le trône aux Arsacides, n’étaient non seulement pas disposés à poursuivre la politique de relations conciliantes et modérées avec l’empire romain, mais, au contraire, durcirent rapidement leur attitude intolérante sur les plans extérieurs et intérieurs. C’est ainsi qu’en 226, Ardachêr, entré triomphalement à Ctésiphon, à peine ceint de la couronne et proclamé roi des rois de Perse, se mit en guerre pour restaurer l’ère de domination glorieuse passée de sa patrie sous les règnes de Cyrus II le grand (550-529 av.J.C.) et de Darius 1er (522-486 av.J.C.).

Donc, à partir de 226 et pendant vingt ans, nous allons trouver Ardachêr occupé à rétablir le grand empire perse du passé, par des expéditions, des guerres et des actions de grande envergure sur les territoires et pays qui le composaient.

En même temps que ces nouvelles prétentions de conquêtes, il est indispensable de décrire ici, la place centrale donnée à la religion mazdéenne sassanide par les autorités de l’état, dans leur politique intérieure et extérieure. Fidèle représentant des traditions païennes de sa famille, Ardachêr ne ménagea pas ses efforts pour restaurer et renforcer le zoroastrisme afin d’aboutir d’abord à une union cultuelle qui relierait tous les peuples se trouvant dans les limites de son autorité et ensuite à son trône de Ctésiphon. Ces efforts pour restaurer l’ancien empire achéménide dans un esprit d’intolérance religieuse ne furent certes, pas vus d’un œil favorable par l’empire romain en général et pas plus, en particulier, par les pays avoisinants sous domination romaine. Au premier rang de ces pays, l’Arménie, dont les dirigeants Arsacides, à la suite de ces événements historiques, étaient remplis de haine et d’animosité à de nombreux titres.

Comme ceux qui étudient l’histoire le savent, le traité de Hrantia avait été signé en 63, entre Rome et Ctésiphon, plaçant le royaume d’Arménie sous tutelle romaine, conservant toutefois, dans le même traité, le droit à un Arsacide de naissance de monter sur le trône d’Arménie. Il est vrai que les dispositions de ce traité n’avaient pas toujours été scrupuleusement respectées dans les armées qui avaient suivi le règne deTiridate 1er (66-75). Quoi qu’il en soit, un roi d’origine parthe arsacide (qui, d’après les sources arméniennes et byzantines était le frère ou, en tout cas, un très proche parent d’Ardavan V, tué au cours de sa lutte contre Ardachêr) se trouvait sur le trône d’Arménie en 225, lorsqu’Ardachêr mit un terme à la dynastie arsacide en Perse avec l’avènement de la dynastie sassanide.

Pour des raisons qui sont donc compréhensibles, les enfants et la famille d’Ardavan, ainsi que les nobles opposés aux nouveaux dirigeants de la Perse, fuyant leur pays avec tous leurs gens, s’étaient réfugiés en Arménie qui, à cette époque, était considérée par les arsacides de Perse comme étant le deuxième royaume de l’empire arsacide. Ces réfugiés avaient donc décidé de continuer la lutte, avec l’espoir qu’un jour, à un moment propice, ils pourraient récupérer l’héritage de leurs pères arsacides, c’est à dire le trône de Perse.

Il n’est donc pas étonnant de constater qu’aux yeux des sassanides, l’Arménie était une menace par son attitude hostile et ses démonstrations guerrières, au moment des luttes entre la Perse et Rome. Pour détruire le dernier bastion des Arsacides vaincus mais encore dangereux, il était indispensable pour Ctésiphon de supprimer l’indépendance de l’Arménie et de détruire ses forces armées pour se libérer définitivement des velléités vengeresses et politiques des Arsacides.

Sans vouloir entrer dans des détails accessoires, nous voulons dire simplement aussi, qu’une branche issue des Arsacides arméniens était montée, à la fin du IIe siècle, sur le trône de Géorgie, au nord de l’Arménie, et que depuis la deuxième moitié du Ier siècle, un autre membre de la famille des Arsacides était devenu roi des Aghouans, pays voisin. Nous avons ouvert cette parenthèse pour pouvoir mieux expliquer les deux points historiques importants qui vont suivre.

En premier lieu, il faut souligner qu’un fossé s’était creusé entre la Perse et l’Arménie pour les raisons évoquées ci-dessus, et il s’était créé au Caucase, entre les peuples arméniens, géorgiens et aghouans et plus particulièrement entre les trois trônes arsacides, une cohésion guidée par les mêmes intentions politiques, dans un nouvel esprit de collaboration, d’union plus étroite et de fraternité d’armes, pour pouvoir mieux défendre, bien entendu, les frontières de leur pays contre leur ennemi commun, l’impérialisme sassanide.

En second lieu, dans la lutte inéluctable à mener contre leur ennemi commun, ces trois pays du Caucase, et l’Arménie en particulier, tournèrent leur politique extérieure vers l’occident, c’est à dire, en d’autres termes, qu’ils s’appuyèrent ouvertement sur la protection politique et les forces militaires de l’empire romain.

Nous considérons que nous n’avons pas à décrire ici la longue liste des guerres sans fin qui eurent lieu entre les armées romaines et sassanides perses dont les pommes de discorde étaient les villes de Mésopotamie et les états du Caucase, comme l’Arménie du temps d’Ardacher (225-241) puis de ses successeurs, Châhpuhr 1er (241-272) et de son fils Nerseh (293-302).

Malgré tout, on ne peut pas ne pas rappeler que les armées arméniennes, dans l’alliance avec les géorgiens, les aghouans et les autres populations septentrionales, combattirent côte à côte avec les légions romaines contre les sassanides qui avaient arraché la couronne aux arsacides. Les pages d’histoire laissées par Agathange et Moïse de Khorène sont remplies de témoignages éloquents à ce sujet.

D’après le plus grand spécialiste de l’histoire critique des arméniens, Hagop Manandian, c’est le roi des arméniens Tiridate II Archagouni (Arsacide), plus connu sous le nom traditionnel de Khosrov, qui, pendant un quart de siècle (228-252), défendit l’Arménie avec une grande sagesse et un grand courage, d’abord contre les expéditions d’Ardachêr puis de celles de Châhpuhr 1er. Il faut ajouter aussi, qu’au cours de ces longues guerres qui se poursuivirent tout au long de la deuxième moitié du IIIe siècle, les succès ne furent pas toujours du côté des arméniens ou des romains. Ainsi, en 253, l’Arménie, restée seule et abandonnée par ses protecteurs, fut envahie par Châhpuhr 1er et les arméniens payèrent un tribu très lourd à la colère des Sassanides.

Nous ne pouvons pas commenter ici tous les événements qui se déroulèrent en Arménie au milieu du IIIe siècle. Pour compléter toutefois l’image de la situation politique régnant en Arménie à la veille de l’adoption du Christianisme comme religion officielle par les arméniens, il faut penser au traité conclu en 298 entre Rome et Ctésiphon, date et tournant important de l’histoire arménienne concernant les relations des deux empires ennemis.
Nerseh, roi des rois, avait repris avec une violente impétuosité, la lutte des Sassanides contre Rome et décidé en 295, de placer sous sa domination, non seulement la Mésopotamie et l’Arménie mais aussi toute l’Asie Mineure. Le général en chef des armées romaines de l’empereur Dioclétien, Galèrius Maximin, s’opposa à Nerseh. En 296, l’armée romaine subit une lourde défaite en Mésopotamie et replia ses forces dans les régions montagneuses de l’Arménie, terrain tactiquement plus favorable, d’où Galèrius put continuer intelligemment sa lutte contre Nerseh victorieux. Le résultat de ce nouveau face à face fut une victoire complète des forces alliées arméniennes et romaines. Les pertes de cette défaite écrasante furent si lourdes que Nerseh envoya rapidement des ambassadeurs à Rome, auprès de Dioclétien, pour accepter ses conditions humiliantes et signer un traité de paix durable. C’est de cette façon que fut conclu le célèbre traité de Mèdzpin en 298, qui fut le dernier coup porté contre les tentatives impérialistes Sassanides. Le traité de Mèdzpin scella le destin de nombreux pays, dont l’Arménie qui devint un royaume autogéré sous tutelle romaine. Dioclétien remit la couronne à Tiridate III qui, après sa conversion au christianisme, devait être connu, d’après les sources arméniennes, sous le titre de Tiridate le Grand, roi chrétien des arméniens.

Rappelons au passage que tout ce que nous savons sur la vie et l’œuvre de Tiridate et de l’Illuminateur, ainsi que toute l’histoire traditionnelle ayant trait à la christianisation des arméniens, provient de la deuxième copie qui nous est parvenue de l’œuvre d’Agathange, Histoire des Arméniens. Dans cette présentation abrégée, il n’est guère possible d’évoquer ici les différentes langues (grecque, géorgienne, latine, arabe, éthiopienne…) et les différentes rédactions dans lesquelles ont été conservées et nous sont parvenues le livre d’Agathange. Il y a toutefois une réalité qu’on ne peut pas mettre de côté et qui est la suivante : depuis le début de ce siècle et surtout depuis quelques dizaines d’années, grâce à de nombreux et nouveaux textes originaux mis en évidence sur de vieux manuscrits arabes et grecs d’Agathange récemment édités et commentés, de nouvelles perspectives ont été ouvertes pour tous ceux qui sont intéressés par l’histoire politique et religieuse passée du peuple arménien et qui veulent se forger une conception nouvelle, plus claire et plus exacte à la fois, sur les plus anciens textes d’Agathange, pour mieux connaître et mettre en valeur la grandeur et la portée des rôles joués par Tiridate le Grand et Grégoire l’Illuminateur.

Tous ceux qui ont eu à étudier l’histoire des arméniens du IIIe siècle et à s’intéresser aux rois arméniens arsacides successifs, ou en d’autres termes, de préciser leurs noms et les durées de leurs règnes, savent bien qu’ils se trouvent plongés dans une période pleine d’imprécisions et de contradictions. Nous avons, en premier, nos sources historiques nationales, Agathange, Sébéos, Faustus et Oukhdanès, dont les informations sont divergentes et fréquemment difficiles à concilier. Nous avons ensuite, sur l’histoire de l’Arménie et de ses rois, les indications et témoignages d’auteurs gréco-romains contemporains ou postérieurs, qui ne confirment pas toujours les renseignements donnés par les sources arméniennes.

Toutes ces considérations sont faites pour la simple raison que, si on ne peut préciser la première année du règne de Tiridate, il n’est pas possible de savoir quand eut lieu la conversion des arméniens au Christianisme, à laquelle est également liée la date à laquelle Grégoire l’Illuminateur est parti pour Césarée de Cappadoce pour y être sacré évêque. Toutefois, comme nous ne sommes déjà pas capables, dans ce texte, de confronter les sources primitives à notre disposition, beaucoup plus informatives que philologiques, et pas plus capables d’étudier les écrits arméniens existants en différentes langues sur l’histoire de la conversion des arméniens, nous nous contenterons de confirmer simplement les points qui vont suivre.

Différents arménologues et historiens arméniens ou étrangers sont arrivés, après avoir étudié les aspects connexes de l’histoire de la conversion des arméniens, à des conclusions différentes. Nous avons ainsi : le Père Nèrsés Aguinian qui, guidé par des hypothèses très arbitraires, avance la date de 219. Stéphane Malkhassiants est pour 279. Yèghia Kassouni, pour 291. H-Manandian, pour 313 et enfin, traditionnellement acceptées et les plus popularisées, les convictions exprimées par le Père Michaël Tchamtchian pour 304 et par Mgr Malachie Ormanian pour 301-302.

Le Père Boghos Ananian, jadis Prieur et Supérieur de la Congrégation Mekhitariste de Venise, a édité en 1960, d’abord en italien puis en arménien, un livre intitulé  » Les circonstances et la date du sacre de Saint Grégoire l’llluminateur « , où l’on peut trouver un résumé des études faites et des opinions exprimées. Le Père Ananian fut amené à déclarer, à la fin de ses recherches, que dans cette voie, la priorité devrait être donnée, d’après lui, aux points de vue exprimés par Hagop Manandian et par le professeur G. Garitte et qu’il faut accepter 313 comme date probable de la conversion des arméniens au christianisme.

Cette question ne s’est cependant pas trouvée résolue de cette façon. En 1970, la  » Revue des Etudes Arméniennes « , la plus sérieuse publication périodique d’arménologie éditée en Europe et en français, avec également des articles en anglais et en allemand, a publié un article très important de B. Mac Dermot sous le titre suivant :  » The Conversion of Armenia in 294 A.D. A Review of the Evidence in the Light of the Sassanian lnscriptions  » (La conversion de l’Arménie en 294, un examen des évidences à la lumière des inscriptions Sassanides).
Mac Dermot est venu faire la lumière avec ce nouvel article sur l’un des points les plus débattus des études arméniennes. Autant que nous le sachions, cette hypothèse affirmant que la conversion des arméniens aurait eu lieu en 294, n’a pas été réfutée de façon circonstancielle. Ceci ne veut pas dire que je partage moi-même ce point de vue.
Quoi qu’il en soit, il nous semble, en dernier ressort, que nous n’avons pas besoin de nous préoccuper à ce point de cette question de datation. Même si nous acceptons un instant que 313 aurait été la date de conversion des arméniens, ceci ne nous interdit pas pour autant, de déclarer que nous avons été le premier peuple au monde à accepter le Christianisme comme religion officielle, puisque dans le monde gréco-romain, ce n’est qu’en 313 que le Christianisme fut l’une des religions simplement autorisée, et non pas religion officielle, dans les limites de l’empire romain et ce n’est qu’en 324, lorsque Constantin devint maître et souverain de l’Orient, que le Christianisme fut proclamé aussi religion officielle de l’Empire.

Après tout ce préambule, il est temps maintenant de voir de plus près comment se concrétisa la conversion des arméniens avec les personnages historiques que furent Grégoire l’llluminateur et le roi Tiridate.
Donc, en suivant la liste des rois successifs arsacides arméniens proposée par H. Manandian, nous voyons que Tiridate était le fils du roi Khosrov II, allié des romains, de naissance arsacide arménienne, assassiné par un de ses parents en 287.

Nous avons ici, tout d’abord sur l’assassinat de Khosrov, l’histoire quelque peu romancée, rapportée par Agathange. Dans nos livres d’église et dans nos livres d’histoire, nous savons comment le prince Anak, envoyé de Perse en Arménie dans ce but précis, avait traîtreusement, au printemps et au cours d’une partie de chasse, assassiné son parent, le roi des arméniens qui l’avait accueilli avec honneurs et lui avait accordé l’hospitalité. Nous avons d’autre part, conservée dans l’œuvre connue d’Eghiché dédiée à la guerre des Vartanides, une remarque selon laquelle les assassins du père de Tiridate auraient été ses oncles, c’est à dire les frères de Khosrov.

Quelle que soit la réalité historique de ces deux versions, l’important pour nous est de savoir que le père de Tiridate avait été victime d’un crime politique fomenté, sans le moindre doute par les Sassanides, dont les instigations étaient claires et sur lesquelles nous avons senti la nécessité de nous étendre longuement au début de cet écrit.

Tiridate, après l’assassinat de son père, avait trouvé refuge dans l’empire romain où il avait vécu et grandi auprès de Licianus, ami du général Galérius Maximin, jouissant, sans aucun doute, de la protection impériale en tant qu’héritier du trône d’Arménie. Tiridate date parlait déjà le parthe et l’arménien et compléta ses études et son instruction dans le monde romain, où il apprit le grec et le latin et se perfectionna, au plus haut niveau, dans les cercles militaires et gouvernementaux, sur la conduite des affaires de l’état et sur la stratégie.
Ayant embrassé la carrière militaire, il avait tout naturellement servi dans l’armée romaine et participé à différents combats, dont ceux de Mésopotamie auprès de son ami Licianus.
En 297, Tiridate était à nouveau sur les champs de bataille, d’autant plus que la guerre s’était alors déplacée sur les montagnes de la patrie de ses ancêtres, l’Arménie. Il est fort probable que les maisons princières, ayant pris parti pour Tiridate, lui aient apporté leur soutien et soient venues se ranger aux côtés des romains pour se battre, ce qui eu pour résultat la grande victoire que nous avons relatée plus haut, et aboutit au traité de paix de Mèdzpin de 298, qui fut respecté pendant quarante ans. Au cours de ces années, l’Arménie, royaume sous tutelle romaine, profita des bienfaits d’une paix qui dura donc quarante ans en Orient, et progressa en tant qu’Etat, s’épanouit sur les plans culturels et commerciaux, se renforça sur le plan politique et devint un pays plus solide, plus organisé et ne dépendant plus que de lui-même.
C’est donc aussi grâce à cette paix, après avoir au début soumis le christianisme par des décrets royaux à de terribles, lourdes et brutales persécutions, que Tiridate, dirigeant sage et avisé, interprétant judicieusement les signes avant-coureurs de l’époque, soucieux de couper les liens religieux de son pays et de son peuple d’avec la Perse Sassanide, renforcé par la foi et l’aide de Grégoire l’Illuminateur, fonda la première royauté chrétienne au monde, en Arménie.

Toutefois, il est indispensable maintenant de réfléchir tout spécialement sur le pivot central de l’histoire de cette conversion solennisée qui a joué un rôle prédestiné dans toute l’histoire du peuple arménien, raison pour laquelle Grégoire l’Illuminateur fut rendu digne du titre de  » Père de la Foi  » pour son œuvre méritoire et pour sa personnalité apostolique.

Selon les témoignages d’Agathange et de Moïse de Khorène, Grégoire, comme Tiridate, fut le seul garçon survivant de la famille d’Anak, massacrée par les princes arméniens pour tirer vengeance de l’assassinat de Khosrov. Grégoire pu s’enfuir, tout enfant, grâce à sa nourrice et fut emmené à Césarée où il grandit et reçu une éducation entièrement chrétienne par des clercs réputés de l’époque qui jouèrent un rôle important dans l’évolution de son développement spirituel et intellectuel.

Toujours à Césarée, Grégoire arrivé à l’âge adulte se maria avec Maryarn, sœur du chorévêque Athanakinès et eut deux fils, Arisdakès et Verthanès. Le premier se consacra tout jeune à la vie religieuse, et le second, Verthanès, restant laïc, fonda à son tour une famille. Un jour, Grégoire et Maryam décidèrent, d’un commun accord, de se séparer pour se consacrer entièrement à Dieu et à la religion.

Maryarn entra dans un couvent et Grégoire, depuis longtemps nourri et pétri d’esprit et d’idéal chrétien, baptisé et probablement ordonné prêtre, fort de son éducation supérieure, rejoignit l’armée romaine de Tiridate où il entra à son service comme secrétaire.

Nous voici arrivés au moment solennel de l’histoire, à l’ouverture du premier acte de ce drame brillant au cours duquel allait se mettre en scène la révélation du destin du Grégoire chrétien, lorsque, par la lumière intérieure et divine de ses convictions, maître d’une foi indomptable et d’une force invincible, il dut avoir l’audace de s’opposer à l’ordre du roi, avoir le courage physique de supporter les tortures, puis, au cours de ses longues années d’incarcération, de proclamer sans crainte, haut et fort, en le témoignant par sa vie, sa fidélité ferme et incontestable au Sauveur ressuscité et source de vie.

En 297, après l’écrasante victoire des forces alliées, romaines et arméniennes, sur la Perse Sassanide, lorsque Tiridate roi des arméniens reçut de l’empereur Dioclétien la couronne d’Arménie et revint en Arménie avec Grégoire et ses armées, son premier geste, avant même d’arriver à la capitale Vagharchapat, fut d’offrir des prières d’action de grâce et d’organiser une fête pour exprimer sa joie à Anahid, mère tutélaire des dieux arméniens, dans le temple qui lui était dédié à Erèze.

Nul n’ignore comment, à cette occasion, Grégoire rejetant l’ordre de Tiridate d’orner la statue d’Anahid de fleurs et de rameaux verdoyants, confessa sa foi chrétienne sans laisser le moindre doute à ce sujet. Puis, par la suite, comment, après avoir subi de nombreuses tortures, Grégoire fut finalement jeté dans le Khor-Virab (la Basse-Fosse) d’Ardachad, où il réussit à survivre de longues années grâce à l’assistance que lui porta une femme pieuse qui aurait été, comme le dit Monseigneur Ormanian, la soeur du roi, Khosrovitoukhd, secrètement sympathisante de la religion chrétienne.

Les armées passèrent jusqu’à l’épisode du martyre, à Vagharchapat, de jeunes vierges, qui, sous la conduite de Gayanée, avaient trouvé asile en Arménie après avoir fuit les persécutions dirigées contre les chrétiens dans l’empire romain. Agathange, dans son récit, tend à insuffler de pieux sentiments à ses lecteurs, et, bien qu’un certain nombre de détails de ses descriptions nous semblent sans fioritures, la réalité historique de ce fait est incontestée par les érudits. Il est vrai que ce groupe, préférant la mort pour sa foi chrétienne, n’était simplement qu’un des maillons de la chaîne d’or de la phalange des chrétiens martyrs, à ce moment là, sur la terre d’Arménie, et malgré cela, le courageux martyre des vierges Hripsimiennes devait être, à sa manière, le dernier, du moins avant l’adoption étatique du Christianisme par les arméniens. On pourrait dire que par la fin tragique de ces jeunes filles, on était arrivés au bout de la période vécue du Martyrologe, de la fermentation, de l’enracinement et du renforcement du Christianisme en Arménie, période qui allait être suivie de la victoire de la lumière sur les ténèbres, par la crucifixion et la résurrection du Christ, par la nouvelle alliance scellée entre Dieu et l’humanité.

Nous savons tous qu’après le martyr des vierges Hripsimiennes, toute une série de troubles graves avait frappé les membres de la cour royale et tout particulièrement Tiridate. On aurait dit que le roi Tiridate, se haïssant lui-même pour son forfait, blessé dans sa conscience, perdant la raison, instable mentalement et physiquement, cherchant l’isolement, était devenu un être qui avait besoin avant toutes choses d’une lumière éblouissante et sans fin qui guérirait les tourments de son esprit et briserait les ténèbres de ses pensées.
La sœur du roi, Khosrovitoukhd, eut enfin alors le courage de faire sortir celui qui était resté ferme dans sa foi et avait gardé brûlant, au fond de la Basse-Fosse, la lumière et le feu divin de sa foi, Grégoire, qui décréta d’abord une période d’enfermement de cinq jours pour tous, puis guérit Tiridate et tous les membres de la cour, d’esprit et de corps, de toutes leurs maladies effroyables. Témoins de ces événements troublants et inspirés, la famille de Tiridate et les membres du palais, voyant les miracles réalisés par Dieu, par la main de Grégoire à Vagharchapat, firent tous montre de regrets, de contrition, virèrent de bord à leur tour, et à partir de ce moment-là, décidèrent d’embrasser la nouvelle religion chrétienne avec grand enthousiasme. Grégoire, après avoir effectué ces guérisons, décida d’une période de 60 jours de pénitence, de prières et de préparation au cours desquels il prêcha sans discontinuer et raconta des épisodes des Evangiles, expliquant et commentant leurs sens à ceux qui l’entouraient. Il expliqua le mystère de l’œuvre salvatrice du Christ pour l’humanité, renforçant en eux leur nouvelle foi. Et comme il n’était pas encore possible de lancer la construction d’églises, il fit condamner par d’énormes pierres les portes d’entrée des temples et édifices païens et fit dresser, au dessus, des croix victorieuses.

Après être sorti du Khor-Virab (la Basse-Fosse) d’Ardachad, l’une des premières tâches de Grégoire l’Illuminateur, fut, d’après Agathange, de faire rassembler les dépouilles des vierges Hripsimieimes et Gayanéennes dans des sépultures séparées et de leur faire de dignes funérailles chrétiennes. Par la suite, on construisit aux frais de Tiridate et des membres de la famille royale, trois mausolées sur leurs restes, dédiés à Gayanée, Hripsimée et Choghagat. Il est à remarquer que les reliques de ces vierges martyres furent, pendant des siècles, source de ferveur religieuse pour les enfants de notre peuple, et les superbes église de pierres construites par la suite sur ces emplacements, bijoux d’architecture arménienne, se dressent encore aujourd’hui, non loin de la cathédrale de Saint Etchmiadzine, et témoignent ainsi au monde d’aujourd’hui de près de 2000 ans de foi chrétienne du peuple arménien et de son génie constructif.

Pendant la construction rapide de ces mausolées, l’ancien persécuteur et le persécuté, Tiridate avec Grégoire, se donnant maintenant la main, dans une fraternité ayant pour but une action nouvelle et sainte, travaillaient à propager et à transmettre les miracles et bienfaits qui avaient eu lieu à Vagharchapat, dans les autres provinces d’Arménie. Dans ce but, Tiridate envoya les ordres royaux nécessaires pour faire briser les statues des faux dieux à figure humaine et détruire les temples dédiés depuis des siècles aux dieux païens, sur les fondations desquels se construiraient à l’avenir les églises et cathédrales de lumière consacrées au service de la nouvelle religion chrétienne.

Dans ce but, Grégoire, accompagné de fonctionnaires officiels de l’Etat, se dépêcha d’aller à Vagharchapat pour détruire, à la première occasion, le temple de Tir qui se trouvait près de Mèdzamor, puis au temple d’Anahid, à Ardachad, de Parcham à Thortan, de Aramazd dans la forteresse d’Ani, d’Anahid à Erèze, de Nanée à Thil et de Mihr à Parridch. Il faut préciser ici que l’argent et l’or provenant de la destruction de ces temples et de l’anéantissement des servants païens de ces faux dieux, furent partagés parmi les pauvres et que toutes les possessions leur appartenant furent confisquées au nom de la cour royale pour être utilisées à la construction des églises qu’on devait ériger là dans le futur.
Le Christianisme qui avait survécu à des siècles de persécutions, pouvait sortir maintenant de ses cachettes, descendre des anfractuosités des montagnes et sortir du fond des cavernes, comme des rivières qui rompant leurs digues, irriguaient maintenant la soif et le manque de lumière dans l’esprit des hommes d’Arménie. Après avoir pendant des générations servi constamment cette religion divine, les chrétiens semblaient faire entendre leur voix aux quatre coins de l’Arménie. Leurs genoux tremblants sous les persécutions se raffermissaient, la flamme tremblotante de foi et d’espoir au fond de leur âme se mettait à étinceler, le soleil de justice, la lumière visible, infinie d’amour et de bonté, les rayons du soleil du Christianisme, se levaient sous la voûte céleste libre du monde arménien.

La conversion du peuple arménien du paganisme vers le Christianisme était accomplie. Un nouveau tournant avait été pris, une page d’une nouvelle ère de l’histoire s’était ouverte.
Dans la première moitié du Ve siècle, après et grâce à la création de l’alphabet arménien en 406, lorsque les arméniens purent enfin avoir leurs propres écriture, littérature, histoire et culture, le peuple arménien allait donner à l’Eglise Arménienne ses propres caractéristiques, profondément consciente de son passé séculaire, ayant la vision de son présent et de son futur, dans la voie tracée par la nation arménienne.

Mais pour que le Christianisme, salué avec enthousiasme et accueilli à bras ouverts par le peuple arménien, puisse devenir Eglise arménienne, il était indispensable d’avoir une hiérarchie, des institutions religieuses, un rituel et une vie spirituelle.

Le roi Tiridate convoqua donc, dans la capitale Vagharchapat, tous les grands dignitaires d’Arménie, leur exposa tous les faits et délibéra avec eux. Grégoire, présent à cette assemblée, fut invité à parler du Christianisme et à exprimer ses vœux, que toutes les personnes présentes, sans exception, acceptèrent de réaliser avec joie.

On pourrait dire, selon la terminologie actuelle, qu’à cette occasion, Tiridate tint la Première Assemblée Nationale et Générale de l’histoire de l’Eglise Arménienne. A cet égard, il est bon de rappeler que l’on peut lire dans un ouvrage d’Agathange récemment découvert, qu’aux côtés des seize gouverneurs des provinces du monde arménien, étaient également présents à cette assemblée le roi de Géorgie, le roi d’Aghouanie et le roi des Lazes.

Cette assemblée décida à l’unanimité d’accepter la religion chrétienne comme religion officielle et d’envoyer Grégoire à Césarée pour y être sacré évêque afin de devenir le chef spirituel du peuple qui avait joué un rôle décisif dans la conversion générale au christianisme.
Grégoire partit avec un cortège d’honneur imposant pour Césarée où il reçut la consécration du Patriarche Léontios. Sur le chemin du retour vers l’Arménie, il passa par Sébaste où un groupe de religieux se joignit à lui pour l’aider à servir, par la prédication apostolique et le vaste champ de l’action éducative et organisatrice en Arménie. Sans attendre, le roi Tiridate accompagné de la reine Achkhène, de sa sœur, la princesse royale Khosrovitoukhd, des rois de Géorgie et d’Aghouanie, quitta Vagharchapat pour venir à Pakavan à la rencontre de Grégoire l’Illuminateur, nouvellement sacré Patriarche des Arméniens.
On peut imaginer l’enthousiasme soulevé à Pakavan lors de la rencontre du Patriarche des Arméniens, Grégoire l’Illuminateur, avec le roi des arméniens récemment converti, le Grand Tiridate, et lors du baptême qui suivit de la famille royale, de l’armée arménienne et de la foule présente, dans les eaux de la rivière Aradzan, à la fin de la période de préparation spirituelle de trente jours imposée par Grégoire.

Au cours des mois et des années suivantes, nous vîmes Grégoire occupé à détruire les temples, à construire des églises et des chapelles commémoratives de martyrs, et là où les paroles les plus convaincantes et les messages chrétiens ne donnaient pas les résultats escomptés ou donnaient lieu à des conflits avec des opposants, l’épée de Tiridate venait lui porter assistance.

Toutefois, pour que les graines de l’Evangile et les idéaux de la doctrine chrétienne poussent sur cette terre fertile, Grégoire l’Illuminateur fonda rapidement, dans les principales contrées d’Arménie, des centres d’éducation chrétienne de langue grecque et syriaque. Il faut signaler ici le chemin plein de sagesse pris par Grégoire pour la formation des clercs. Il fit rassembler et éduquer dans ces écoles, sans distinction, les enfants des familles influentes des servants des anciens dieux païens, enfants qui devaient à leur tour, devenir les futurs religieux de l’Eglise Arménienne, pour continuer d’une autre façon, ce que leurs pères faisaient pour les religions païennes.

Ensuite, Grégoire ordonna et sacra des évêques pour les différentes contrées, mit en place, par degrés, une administration ecclésiale, et fît la classification des offices religieux, de la vie spirituelle et des rites.

Pour ne pas surcharger cet article de détails superflus, nous sommes passés très rapidement sur les efforts méritoires et fructueux de Grégoire pour transformer une Eglise Arménienne secrète en Eglise organisée. Cependant, avant de clore cette histoire de la conversion des arméniens au Christianisme et le rôle déterminant joué par Grégoire l’Illuminateur dans ce bref aperçu, il nous semble indispensable de rappeler, qu’en dehors du cercle de sa prédication et de son travail d’organisation ecclésial et, sortant des frontières de l’Arménie, il s’intéressa aussi aux autres pays du Caucase. Comme nous l’avons déjà fait remarquer peu avant, la conversion des peuples géorgiens et aghouans se fit parallèlement àcelle des arméniens. De ce fait, comme nous le lisons dans les ouvrages grecs d’Agathange, Grégoire avait envoyé des prédicateurs et mis à disposition de ces Eglises des évêques. C’est pour cette raison qu’il devait par la suite être aimé et respecté comme  » l’Illuminateur  » et  » Père de la Foi « , non seulement par le peuple arménien, mais aussi par tous les peuples du Caucase.

Il est bon de rappeler ici que des cantiques furent par la suite dédiés à son nom et à son apostolat en Géorgie, que des célébrations furent organisées pour honorer sa mémoire en Géorgie, en Aghouanie, de même que dans les Eglises Grecques, Latines et Coptes. Au cours des siècles suivants, Grégoire 1′Illuminateur devait être le premier saint de l’Eglise Arménienne dont la vie et l’œuvre rapportée par Agathange devaient être traduites en différentes langues et lues le jour de sa fête dans toutes les églises arméniennes et étrangères. Du fait du rôle tout à fait particulier joué par Grégoire dans ses actions apostoliques et dans la vie de l’Eglise, il devait être salué non seulement dans l’Eglise Arménienne mais aussi dans l’Eglise Universelle comme un grand saint bienheureux et auréolé de lumière.
Phare de la lumière de la foi, sorti de ses nombreuses années de claustration et de ténèbres du fond du Khor-Virab (la Basse-Fosse), ayant illuminé le monde arménien de sagesse céleste grâce à son activité fiévreuse, Grégoire, qui recherchait en esprit et en pensées l’intimité avec Dieu, se retira, d’après la tradition, dans une grotte les dernières années de sa vie, malgré les sollicitations instantes de Tiridate pour le garder près de lui. Il préféra vivre là-bas une vie d’ermite dans la prière, l’abstinence, la paix et dans une solitude dévouée à Dieu, loin du tohu-bohu de la vie de palais.
Ayant achevé son apostolat, ou autrement dit, ayant accompli la volonté de Dieu sur cette terre, il acheva sa vie dans la solitude avec la satisfaction de cœur d’un être élu. La tradition arménienne dit que des bergers arméniens du bourg de Mania allaient découvrir ses restes, des années plus tard.

Bien que la célébration de la découverte de ses restes soit faite dans l’Eglise Arménienne, il est plus probable qu’après ses activités si fécondes et son trépas, il fut enseveli à Thortan, puisque, lorsque son fils Verthanès mourut à son tour, celui-ci fut mis en terre  » près de son père « , justement à Thortan.

Le dernier texte que l’on peut lire à son sujet se rapporte à Arisdakès qui avait probablement été ramené de Césarée en Arménie pour aider le Patriarche dans sa tâche, et fut envoyé à Nicée en 325 pour assister au Premier Concile Universel de l’Eglise. Lorsqu’Arisdakès rapporta en Arménie le Credo adopté par le Concile à Nicée, Grégoire lui ajouta la courte prière d’action de grâce suivante :  » Quant à nous, nous glorifions Celui qui était avant l’éternité, en adorant la Sainte Trinité et l’unique divinité du Père et du Fils et de l’Esprit Saint, maintenant et toujours et dans l’éternité des éternités. Amen « , et le Credo fit son entrée dans les prières du Saint Sacrifice.

Il est vrai que l’adoption officielle du Christianisme par les arméniens n’extirpa pas définitivement le paganisme en Arménie, mais la roue de l’histoire avait tourné et plus aucune force ne pouvait faire faire un retour au passé.

Mgr Goryoun BABIAN
Article paru dans MOMIG n° 1, Paris, 1998
(première parution dans la revue HASG, Antélias, 1994)

Le mystère parthe


Par Pierre LERICHE

 

 

 

 

Aux deux premiers siècles de notre ère, le monde était partagé entre quatre empires : romain, parthe, kouchan et chinois. L’histoire et la civilisation des empires romain et chinois nous sont relativement bien connues. L’empire des Grands Kouchans, pratiquement ignoré il y a encore peu de temps, sort peu à peu de l’ombre grâce à des découvertes archéologiques majeures, et sa chronologie dynastique est enfin pratiquement assurée. En revanche, le monde des Parthes, dont l’existence est pourtant connue depuis l’Antiquité, nous échappe chaque fois qu’on croit le saisir, et reste encore en grande partie inaccessible. Les recherches pourtant nombreuses n’ont souvent donné que des résultats décevants ou difficiles à Interpréter, et nombre de questions attendent encore d’être résolues, que ce soit dans le domaine de l’histoire ou dans celui de la civilisation.

 

Pourtant, le rôle historique de   l’empire   parthe   a   été d’une   grande   importance. Durant    près de quatre siècles, il a dominé tout le plateau iranien, une partie de l’Asie centrale et la Mésopotamie. Il a ainsi constitué une sorte de pont entre le monde méditerranéen, l’Asie centrale et la Chine. Sur ses voies commerciales, circulaient les marchandises les plus précieuses et les influences culturelles entre Orient et Occident. Et dans cette aire immense où se sont rencontrées les cultures sémitiques iraniennes et grecques, s’est élaborée une civilisation particulière et un art qui a fortement influencé l’art gréco-romain dans son évolution vers l’art byzantin et a donné naissance à l’art sassanide.

 

UNE IMAGE LONGTEMPS NÉGATIVE

Lorsqu’on évoque l’empire parthe, l’image qui vient généralement à l’esprit est celle d’un empire guerrier, ennemi permanent de Rome. Une image directement héritée des sources antiques à laquelle les historiens ont longtemps adhéré par une pente naturelle.

Pour imposer leur existence, les Parthes ont combattu à l’est les Gréco-Bactriens, les nomades et les Kouchans et, à l’ouest, durant plus de trois siècles, Rome, qui avait remplacé les Séleucides en Syrie, et qui leur barrait l’accès à la Méditerranée. Ils avaient infligé à cette dernière plusieurs défaites graves, et parfois avaient mis en danger sa stabilité. L’image des Parthes que nous ont léguée les historiens de l’empire romain est donc généralement entachée de partialité. C’est souvent celle du « danger parthe », d’un peuple agressif, redoutable dans l’art de la guerre avec ses cataphractaires et clibanaires cuirassés combattant avec de très longues lances en lourdes charges de cavalerie, mais aussi d’un peuple perfide qu’illustre le thème de « la flèche du parthe » tirée par un cavalier faisant mine de fuir. C’est aussi, de la cuirasse de Prima Porta à la colonne Trajane, celle du vaincu reconnaissant la supériorité du peuple romain.

Sur le plan de la civilisation, le développement des recherches archéologiques a permis de reconnaître l’existence d’un art parthe. Mais les produits de cet art ont longtemps été considérés comme une barbarisation de l’art gréco-romain par des populations orientales incapables de comprendre les canons de leur modèle. Un art décadent en quelque sorte, surtout si on le compare à celui du monde gréco-romain, son rival, ou du monde sassanide, son successeur.

Toutes ces images, bien entendu, appartiennent au passé et la formulation même de cet état de la question indique assez que l’on a tendance aujourd’hui à s’en distancier. Ces manières de penser étaient l’expression du siècle qui vient de se refermer, mais leurs traces subsistent parfois encore dans le discours de certains historiens de l’écrit, de l’image ou du terrain contemporains.

 

 

 

 

LE PROBLÈME DES SOURCES

Le problème réside dans le fait que l’essentiel de notre documentation écrite sur les Parthes provient des historiens et géographes de l’empire romain. Les débuts de l’État parthe nous sont ainsi connus par des fragments d’historiens tels que Justin, Strabon, reproduisant des passages d’Apollodore d’Artémita, et Arrien (Parthica). Par la suite, lorsque les Parthes entrent en contact direct avec Rome, ils sont en rivalité permanente sur le sort de l’Arménie et se posent en successeurs des Achéménides. Ainsi Artaban II (11-39 de notre ère) envoie-t-il à Tibère ses ambassadeurs « réclamer en même temps les anciennes frontières des Perses et des Macédoniens, menaçant d’envahir ce qu’avait possédé Cyrus d’abord, Alexandre ensuite » (Tacite, Ann. VI, 31). Ceci fait de la question parthe un thème récurrent qui occupe une place importante chez tous les historiens de l’empire romain. Il en résulte que ce qu’on connaît le mieux sur les Parthes est l’histoire politique de la dynastie régnante des Arsacides, en particulier à partir du milieu du Ier siècle av J.-C.

Face aux sources romaines, la seule documentation écrite que nous aient léguée les Parthes sur eux-mêmes se résume à un abondant monnayage qui constitue pour nous une mine précieuse d’informations, quelques fragments de texte en moyen perse, la rédaction de l’Avesta, le livre sacré des Iraniens, et quelques centaines d’ostraca (tessons inscrits). Et ce problème est aggravé par le fait que la lecture de l’écriture parthe peut se faire à plusieurs niveaux, ce qui débouche sur des interprétations totalement différentes les unes des autres.

Dans le domaine de l’art, le problème est le même. L’art parthe n’a jamais connu l’abondance de production de l’art gréco-romain, et le monde iranien s’est jusqu’ici montré relativement avare de sites qui puissent être reconnus comme appartenant en propre à l’art parthe. Si bien que c’est essentiellement à partir des données fournies par des sites de la périphérie de l’empire qu’on a pu reconnaître les traits particuliers de ce qu’on appelle « l’art parthe ».

 

LES DONNÉES HISTORIQUES

L’empire parthe s’est créé, non pas d’un seul coup comme l’empire achéménide ou celui d’Alexandre, mais progressivement comme l’empire romain en profitant de l’affaiblissement des Séleucides. Il n’en est pas moins l’un de ceux de l’Antiquité qui ont eu la plus importante longévité (près de cinq siècles).

Les sources romaines nous apportent un certain nombre d’éclairages sur le monde parthe. On y perçoit le rôle très important du fait dynastique, puisque les rois sont toujours pris dans la seule famille des descendants d’Arsace, le fondateur de l’État parthe, et les rivalités internes aboutissant à des massacres, comme ceux perpétrés par le sanguinaire Phraate IV. Mais on y constate également le poids considérable de la grande noblesse dont Suréna, le vainqueur de Crassus, est l’exemple le plus marquant, au point que sa puissance inquiète Orode II qui le fait assassiner. Et l’on peut ainsi suivre les étapes de l’affaiblissement du pouvoir jusqu’à son renversement par des nobles de Perside, qui fondent la dynastie sassanide.

Cependant, l’histoire des Parthes ne peut se résumer à la seule exploitation d’une information aussi romanocentrée et, dans  bien  des domaines, elle comporte encore d’importantes zones   d’ombre.   C’est ainsi qu’on ne sait pratiquement rien des débuts de l’histoire des Parthes en   Parthie   même,   de leur fuite dans la steppe devant la grande offensive d’Antiochos III à la fin du IIIe siècle, de leur retour, de la reconstitution du royaume parthe et des étapes de sa consolidation.     De même, si l’on est informé des événements qui se sont déroulés dans les régions occidentales de l’empire, on ne   sait   pratiquement rien de ceux qui ont eu pour théâtre  la partie orientale de l’empire des Parthes, des relations des Parthes avec les royaumes gréco-bactrien, kouchan ou indien, et tout  reste   à  écrire   sur  l’origine   des royaumes parthes de l’Inde et sur les relations  de  ceux-ci  avec les  Parthes  de l’ouest.

En ce qui concerne la société parthe, nous sommes prisonniers, encore une fois, des sources romaines et, même si le point de vue de l’historien n’est pas hostile, celui-ci ne peut appréhender à sa juste signification la structure de cette société radicalement différente de celle de l’empire romain. Ainsi Justin (L. 41-42) et, en partie, Plutarque (Crassus) nous parlent d’une société comportant un très petit nombre d’hommes libres dominant une masse de population faite d’esclaves. Bien entendu, cette présentation ne peut être prise au pied de la lettre, et l’on doit retenir ici que les auteurs grecs et romains ne pouvaient employer, pour se faire comprendre par leur public, que des mots recouvrant des catégories institutionnelles ou sociales connues « 1 ». Il est clair que ces mots ne correspondaient pas à la réalité de la société parthe qui comportait plusieurs strates et dans laquelle les relations personnelles avaient un poids très fort, à l’image des sociétés nomades de la steppe ou des sociétés féodales de l’Europe médiévale.

De très nombreuses autres questions restent encore sans réponse, comme celle qui concerne le grand commerce international qui traversait l’empire. On connaît l’importance de ce commerce entre Rome, l’Inde et la Chine à travers l’empire parthe et l’on dispose même d’une liste des Stations de la route royale des Parthes de la frontière romaine à l’Inde que nous a laissée Isidore de Charax. Mais on ignore quels en étaient les acteurs, les produits et les moyens de transport.

 

 

 

« 1 » Tels que virtus, auctoritas, libertas, servus ou doulos (esclave),pelatès (serviteur), oiketès (domestique).

 

 

 

.

 

Quant aux relations des Parthes avec les populations qui leur étaient soumises, elles ne nous apparaissent que de manière fragmentaire et souvent contradictoire. On sait, par exemple, que les Parthes ont éprouvé des difficultés avec les Juifs de Babylonie et qu’ils se sont alors appuyés sur les Grecs de Séleucie du Tigre. Les Arsacides, en effet, se paraient du titre de « philhellènes ». Or, non seulement on ignore encore le contenu exact de cet adjectif, mais on sait par Polybe (X, 27-31) qu’Arsace II n’a pas hésité à faire massacrer la population de la ville grecque de Syrinx lors de l’offensive du Séleucide Antiochos III à la fin du IIIe siècle av J.-C.

Devant cette carence des sources écrites, la réponse aux questions que nous nous posons ne peut provenir que de l’activité archéologique.

 

LA CIVILISATION ET L’ART

Les préjugés à l’égard des Parthes ont été si forts qu’il a fallu attendre le début du XXe siècle et que se fasse jour l’idée que la civilisation parthe ait pu jouer un rôle dans l’évolution de la civilisation gréco-romaine aux premiers siècles de notre ère.

 

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Dans le domaine de l’histoire des religions, c’est F. Cumont qui a, le premier, mis en relief l’influence de l’iranisme sur le développement des cultes orientaux dans l’empire romain, et le fait que celle-ci s’est produite à partir du monde soumis aux Parthes ou dans les régions qui en étaient proches. Malheureusement, nombre d’interrogations n’ont encore pu trouver de réponse et l’on a du mal à cerner les caractères de la vie religieuse des Parthes ou à déterminer le rôle que ceux-ci ont joué, par exemple, dans le développement du culte du dieu iranien Mithra, qui a connu un si large succès dans l’empire romain.

La découverte de l’existence d’un « art parthe » est un phénomène relativement récent qui tient au développement de la recherche archéologique. C’est, en effet, grâce à des découvertes fortuites (Shami) et surtout à la fouille ou à l’étude, avant la Deuxième Guerre mondiale, de sites d’époque parthe en Mésopotamie (Hatra, Assour, Doura-Europos, Séleucie du Tigre), en Iran extérieur (Kuh-i-Khwadja) et en Asie centrale (Nisa au Turkménistan) que des monuments et des œuvres d’art qui présentaient certains traits communs sont apparus (voir les articles de R. Venco-Ricciardi et S. Downey). Et c’est le grand mérite de M. I. Rostovtzeff qui, s’appuyant sur ses propres travaux à Doura-Europos et sur ceux de F. Cumont, A. Foucher, H. Ingholt et d’autres, a montré qu’une seule culture combinée à la permanence et à la diversité des traditions locales unissait les régions de Syrie orientale, de Mésopotamie et de Susiane (Shami). Il a alors dégagé les caractéristiques de ce qu’il a appelé « l’art parthe » hellénisant et mésopotamien qui recherche la transcendance à travers la frontalité de son iconographie et qui se met en place aux Ier-IIIe siècles. Et c’est en grande partie à travers cet art que se serait produite la fusion entre les arts de l’Orient ancien et celui de la Grèce, il aurait ainsi constitué le lien entre l’art classique et celui de l’époque byzantine.

Trente ans plus tard, D. Schlumberger prenant en compte les découvertes d’Asie centrale (Aï Khanoum, Khaltchayan), d’Iran (terrasses sacrées du Zagros) de Syrie (Palmyre) et d’Anatolie orientale a démontré de manière convaincante que cet art parthe s’inscrit dans un mouvement plus ample et sur une aire beaucoup plus étendue, bien au-delà des limites politiques de l’empire parthe. Il s’agit d’un « art gréco-iranien » que l’on peut reconnaître des frontières de l’Egypte jusqu’à l’Asie centrale et à l’Inde, d’où est né l’art parthe, et qui a également donné naissance à l’art dynastique de Commagène (Nimroud Dagh), à l’art kouchan et à l’art gréco-bouddhique. Ce qui explique l’étonnant air de familiarité entre les réalisations artistiques de Pal­myre, de Hatra, de Surkh Kotal ou du Gandhâra, pourtant éloignées de plusieurs milliers de kilomètres.

Il reste toutefois quelques points importants qui n’ont toujours pas été résolus, comme celui du passage de l’art grec à l’art gréco-iranien, ou celui de l’existence d’un art parthe ailleurs que sur les marges occidentales. Il faudrait pour cela fouiller les grands sites parthes d’Iran : les niveaux supérieurs de Suse dans les rares secteurs qui ont échappé aux fouilles vigoureuses entamées il y a plus d’un siècle, Ecbatane la grande cité de Médie, dont l’exploration commence seulement, Hécatompyle (« la cité aux cent portes »), la première capitale impériale parthe en Hyrcanie (Damghan) qui reste encore pratiquement intouchée, ou encore la « Nouvelle Nisa », dont on ne sait pratiquement rien.

En attendant que s’ouvrent de tels chantiers de grande ampleur, les nouvelles données fournies par les fouilles plus modestes mais récentes de Tureng-Tepe, Qaleh-i-Yazdegerd, Kourrah, Abou Qpubour, Séleucie du Tigre, Hatra, Assour, Doura-Europos ont procuré ou procurent régulièrement des matériaux nouveaux. Les résultats obtenus sont très différents d’un site à l’autre. Ils permettent de toucher du doigt cette grande diversité de cultures et de traditions qui régnait dans l’empire parthe où les particularismes étaient très vivaces et où on ne perçoit pas de volonté de créer un art dynastique à l’image, par exemple, de l’empire achéménide ou, plus tard, de l’empire sassanide. Ces résultats nouveaux permettent aujourd’hui d’enrichir de manière substantielle, comme on le verra dans ce dossier, le tableau de cette société et de cette civilisation trop longtemps ignorée ou négligée et qui peu à peu reprend sa place dans l’histoire de la naissance de ce monde nouveau des premiers siècles de notre ère dont sont issues les grandes religions et la culture du monde dans lequel nous vivons.

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