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Hafiz

Quel plaisir d’entamer cette feuille par un des plus grands poètes de tous les temps : Hafiz de Shiraz.

Si Hafiz a réussi à donner une seconde jeunesse à Goethe (voir son « Divan Orient-occident », où il dit : « A tous les moments de la vie, Il convient de savoir jouir »), il est fort probable qu’il puisse faire quelque chose pour vous aussi ! Pour ma part, ce que Hafiz a pu faire pour moi m’est indescriptible !

Il est loin d’être resté inconnu ailleurs qu’en Iran1, mais je me demande dans quelle mesure les non-persanophones ont pu s’abreuver de son nectar. Après tout, depuis des siècles, des millions d’iraniens2 cherchent des réponses à leurs vœux dans son livre (à la manière de ce que les Européens faisaient avec Vigile : « sortes vigilianes »).

 

Il est reconnu par les plus grands, Nietzsche qualifie son art de « divinement moqueur » (« Gai Savoir, Livre de poche, p. 403). Quant à moi, depuis des années, je ne cesse de le redécouvrir, c’est un plaisir renouvelé à chaque fois. Ainsi, en 2000, il m’a littéralement donné le tournis pendant au moins 10 jours. Je venais de découvrir ceci :

« Tu n’es pas moins qu’une particule ! Ne t’avilis pas ! Aime ! »

Rendez-vous compte qu’il y a tout un monde dans ces quelques mots ? Méditez dessus quelques instants, je vous assure que cela vaut la peine ! Il faut être de trempe de Will Durant pour consacrer un exposé entière à un vers de lui, mais quel vers mes enfants :

Je m’incline devant la volonté de celui, qui sous la voûte azurée

Est libre de tout ce qui a trait à la possession.
(Hafiz de Shâmlou, qazal no 38)

Libre à vous d’être tenté par la jalousie, l’hypocrisie, et la bassesse, après ceci :

« Je suis voyeur, barde et enjoué, et je le proclame sans fard,

Pour que tu sache que je suis paré de plusieurs arts ! »

Si vous n’avez pas le privilège de pouvoir le lire en version originale, il vous faut peut-être encore un petit bout de traduction :

« Assieds-toi au bord du ruisseaux, et contemple l’écoulement de la vie,

Car ce signe sur le monde passager nous suffit ».3

Hafiz et le printemps

Quelques ajouts à l’occasions du Nouvel an iranien, qui correspond au renouveau de la nature, le printemps :

Allons ! Faisons jaillir des fleurs, versons du vin délicieux,
Crevons le plafond de l’Univers , entamons de nouveaux desseins.
Si la tristesse rassemble ses troupes pour verser le sang des amoureux,
Moi et l’échanson, nous nous allierons et éradiquerons ses essaims !

(page 521, Hafiz de Shâmlou)

Un autre :

Qu’y a-t-il de mieux que le plaisir de se réunir, des jardins et du printemps ?
Où se trouve l’échanson ? Pourquoi ce retard ?
La signification de l’eau de vie et du jardin de paradis,
Quoi d’autre que le bord du ruisseaux et le vin délicieux , pardi ?
Saisis pleinement chaque instant opportun,
Car personne ne connaît, de cette histoire, la fin.

Celui qui se couvre et l’ivrogne, sont du même acabit.
Quelle parade devons-nous suivre ? Par où la sortie ?
Si on accorde du crédit à mes fautes et mes erreurs,
Que signifie donc la miséricorde du pardonneur ?
Le chaste choisit le vin du paradis, et Hafiz coupe et fleurs,

Dans cette affaire, laquelle est la volonté de Créateur ?

(page 87, Hafiz de Shâmlou)

le 20 mars 2001

Falsification de Hafiz

 

Forcément, l’œuvre de quelqu’un comme Hafiz ne pouvait pas traverser les siècles sans falsification. Étrange dessein pour ce troubadour, qui pourra être réellement compris enfin, grâce à la République islamique !!

Sans doute, la chose la plus chère que j’ai c’est le « Divan » (ensembles des poèmes) de Hafiz, mais pas n’importe lequel : celui qui est connu comme « Hafiz de Shâmlou » en Iran. Shâmlou a comparé des dizaines de versions et effectué des recherches pour s’approcher des sources.

Il y a plus de 10 ans, j’avais demandé à mon père de m’acheter le « Hafiz de Shâmlou ».

Après des mois de recherche, il m’a écrit qu’il avait presque perdu tout espoir de le trouver. Ce livre était devenu plus que rare (car le gouvernement ne permettait pas une réédition), il était introuvable même sur le marché noir. Mais comble de (ma) joie, un jour par hasard, il est tombé sur une petite librairie qui avait encore un exemplaire.

L’ironie de l’Histoire : mon père a une autre version, et n’apprécie pas la mienne. Il s’amuse à apprendre par cœur certains de ses poèmes. Faut voir nos discussions sur l’exactitude de nos versions respectives. Il y a quelques temps, en prenant ma mère comme arbitre, j’ai gagné.

Pour vous permettre d’avoir une idée sur Hafiz, voici l’objet du discorde, la traduction des vers dans les 2 versions.

Celle de mon père :

Échanson ! Voici l’ombre des nuages, et le bord du ruisseaux au printemps.
Je ne te dirai pas que faire. Si tu es des fervents du cœur, dis-le toi-même !

Je ne sens pas l’odeur de la sincéritéde ce dessein, lève-toi.
Et lave le sceau entaché de Soufi à l’aide du vin pur !

 

je saute le troisième vers, comme 4ème :

 

Je te donne 2 conseils. Écoute les et gagne 100 trésors :
Entre par la porte du plaisir, et ne suis pas le chemin de « critique ».

 

« Hafiz de Shâmlou » :

 

Échanson ! Voici l’ombre des nuages, et le bord du ruisseaux au printemps.
Je ne te dirai pas que faire. Si tu es des fervents du cœur, dis-le toi-même !

 

Jusque là, pas de différence, mais voilà que l’ordre des vers change, Shâmlou a placé en 2ème vers :

 

Je te donne 2 conseils. Écoute-les et gagne 100 trésors :
Entre par la porte du plaisir, et ne suis pas le chemin des pieux (dévots) .

Je sens l’odeur de l’hypocrisie de ce dessein, lève-toi.
Et lave le sceau entaché de Soufi à l’aide de
vin pur !

 

Voilà que,

  • dans cette ordre, l’on comprend quel est le « dessein » qui pue l’hypocrisie : le chemin des pieux.
  • Et la liaison logique entre les 2 conseils apparaissent ! Pour entrer par la porte du plaisir, il n’est nullement besoin de ne pas critiquer. Tandis qu’il est indispensable d’abandonner le chemin des dévots !

J’espère être clair, voyez-vous le raisonnement ?

Comme disait Brassens : « tout est bon chez elle », chez le vrai Hafiz tout est bon, comme cadeau, je ne résiste pas à traduire les 2 vers d’aujourd’hui dans Hamshahri (un journal qui publie chaque jours 2 vers sur sa dernière page) :

 

C’est moi, célèbre dans toute la ville pour aimer (ou faire l’amour !).
C’est moi, qui ne me suis jamais souillé les yeux à « mal-voir ».

En adorant le vin, j’ai dessiné mon image sur l’eau, pour que :

Je détruise les desseins de toute auto-adulation.

 

J’ai du mal à dire pourquoi Hafiz est un régal perpétuel. Prenez par exemple, cette idée que les gens qui voient « mal » (pas les beautés de la vie) ont en effet des « yeux souillés ». Jolie trouvaille ! Et quoi de plus parlant sur la vanité du narcissisme que de se dessiner sur l’eau !

Honneur/déshonneur chez Hafiz

A première vue, comme pour moi, ces vers de Hafiz peuvent vous paraître étrange :

Que raconte-tu du déshonneur ? Que (car) ma renommée provient du déshonneur !

Et qu’intérroge-tu sur la renommé ? Que  l’honneur me déshonore !4

 

Un autre vers de Hafiz m’avait fourni quelques éléments de réponse (voir Lettre de refus pour devenir le parrain d’une fille adorable !), mais je n’ai eu de réponse satisfaisante qu’en comprenant la différence entre la morale et l’éthique (grace à deleuze et Spinoza). Et voici que je trouve qu’en Occident, il a fallu attendre le 19ème siècle pour qu’un autre artiste , en occurence Flaubert, dise la même chose : « Les honneurs déshonorent. » (cité dans « Les règles de l’art », Bourdieu, p. 45). Mais cette fois-ci la réussite était au bout !

Autrement dit, quelques 500 années avant Flaubert, Hafez était plus explicite, puisqu’il disait : « Les honneurs me déshonorent. Et les déshoneurs m’honornet »!

En suivant l’idée maîtresse de Bourdieu, processus de l’autonomisation du champ artistique/intellectuel, on est en droit de se poser la question de l’existence, au moins les prémisses ou les premierès pousses, de ce processus en Orient. Pourquoi ces efforts n’ont pas abouti ? Vaste sujet, ô combien prenant et surtout important, des recherches5.

Il faut ajouter que l’origine de cette idée chez Hafiz remonte (au moins) à grand Khayyam, qui, déjà au 11ème siècle, disait ceci :

Voici l’aube, dégustons un instant de ce vin, plein de rougeur.
Faisons voler en éclats ce verre de l’honneur-déshonneur.
Laissons tomber nos longues ambitions.
Effleurons la harpe et la longue toison.

Ceci est une traduction personnelle dans le souci de restituer le plus fidèlement possible les concepts exprimés par Khayyam, en jetant un coup d’oeil sur la version originale6, vous verrez que Hafiz utilise les même termes pour « honneur/renommée » (nâm) et « déshonneur/honte » (nang) que Khayyam. Notez aussi que Khayyam considère tellement ces deux notions inséparable (nâm-o-nang) qu’il les regroupe dans le même objet , utilisant le singulier (ce verre), comme les deux faces d’une médaille. Mais une médaille bien fragile (quoi de mieux que « le verre », connu déjà en Orient, pour donner une image de sa fragilité ?).  Peut-être que Khayyam se trouvait à l’apogée de ce processus (puisque dans ses écrits il se plaint  de la dépendance grandissante des scientifiques vis-à-vis du pouvoir). Dans ce cas, Hafiz peut être considéré comme la dernière lueur avant l’extinction de la flamme.

Ceci  est d’autant plus remarquable que ce  champ indépendant (du pouvoir) des écrivains/artistes est tout juse à ses balbutiements.  C’est dans les années 90 (1994-5 ?) que 134 écrivains ont signé en bas d’une déclaration  avec un titre évocateur « Nous sommes des écrivains ». Ceci leur a causé des pires ennuis avec le régime, notamment parce qu’ils avaient osé déclarer « Notre travail collectif est pour sauvegarder notre indépendance individuel. » (tiré de l’entretien avec Sepanlou, Yâs e Now, 25/9/03)

1715 Réception de l’ambassade de Perse

19 février 1715

Après Gênes et le Siam, l’ambassade de Perse fut la troisième et dernière reçue par Louis XIV dans la galerie des Glaces. Le roi livre alors une ultime manifestation de son faste. Une bien étrange ambassade que celle-ci…

Le 19 février 1715 à 11h, Méhémet-Riza-Beg, ambassadeur extraordinaire, fait son entrée au château à cheval avec sa suite, accompagné de l’introducteur des ambassadeurs et du lieutenant des armées du roi. La foule a envahi l’avenue de Paris et les cours pour assister à la venue de cette ambassade exotique. On a dressé dans la galerie des Glaces, quatre rangs de gradins pour accueillir les courtisans. Seuls les plus richement parés ont pu entrer. La galerie est noire de monde. Beaucoup d’étrangers sont également présents. Au fond, le roi, sur son trône, est entouré du futur Louis XV et de sa gouvernante, Mme de Ventadour, du duc d’Orléans et des princes du sang. Le peintre Coypel et Boze, secrétaire de l’Académie des Inscriptions, sont au bas de l’estrade pour fixer ce moment.

Soucieux de son impact, Louis XIV est vêtu d’un habit noir et or couvert de diamants, d’un montant total de 12 500 000 livres. Une somme astronomique ! Le vêtement est si pesant que le roi doit en changer après le dîner. Son entourage n’a rien à lui envier : le dauphin est couvert lui aussi de pierreries. Le duc d’Orléans est vêtu de velours bleu brodé, couvert de perles et de diamants. Le duc du Maine et le comte de Toulouse, fils légitimés du roi, portent une garniture de diamants et de perles pour l’un, une de pierres précieuses pour l’autre !

L’ambassadeur entre dans la galerie, accompagné de l’interprète. Feignant de comprendre le français, il se dit mécontent de la traduction. Après une longue audience, il assiste au dîner organisé en son honneur. Il quitte Versailles après avoir visité le jeune Louis XV qu’il a pris en affection.

L’intérêt de cette ambassade est des plus incertains. Arrivé à Paris, le 7 février, Méhémet-Riza-Beg ne dispose, selon Saint-Simon, d’aucune accréditation. Le roi l’a reçu, convaincu de sa qualité d’ambassadeur. Il l’a fait loger en ville, chez son premier valet de chambre Bontemps. Sa suite est des plus médiocres ainsi que ses présents au roi. Il ne serait, dit-on, qu’un intendant de province venu parader pour son compte ! Le roi le recevra une dernière fois, le 13 août. Ce sera son dernier acte diplomatique. En 1721, l’ambassade servira de prétexte aux Lettres Persanes de Montesquieu.

La première peinture arabe, image des paradis profanes

La première peinture arabe, image des paradis profanes

Jean-Paul Roux

Directeur de recherche honoraire au CNRS
Ancien professeur titulaire de la section d’art islamique à l’École du Louvre

 

Sortis de leurs déserts au lendemain de la mort du fondateur de l’islam (632) et rapidement maîtres d’immenses territoires s’étendant de l’Espagne à l’Asie centrale, les Arabes n’avaient pas de grandes traditions artistiques et n’amenaient avec eux que leur religion, leur littérature et leur mentalité sémitique. Pour créer leur civilisation, une civilisation qui s’avérera puissante et originale, ils ne pouvaient que puiser dans l’immense stock culturel des sols sur lesquels ils s’étaient implantés, dans l’Antiquité classique et sassanide, dans l’Égypte copte, le christianisme byzantin et syrien, le mazdéisme iranien. Dans le domaine de la peinture qui fait l’objet de cette étude, on entend ainsi par peinture arabe la peinture réalisée sur quelque support que ce soit non seulement par des Arabes, qui s’y sont adonnés assez tard, mais aussi par tous ceux qui, n’étant pas Arabes, ont œuvré pour des Arabes dans le cadre de la civilisation arabe.

Emprunts et héritages

Pour construire et décorer les monuments qu’ils voulaient édifier, par lesquels ils entendaient affirmer leur grandeur face à la grandeur de ceux qu’ils avaient vaincus, ils étaient dans la stricte nécessité d’utiliser une main-d’œuvre indigène à laquelle ils pouvaient soumettre leurs désirs, donner des ordres, mais dont ils ne pouvaient pas modifier le génie. Leur premier sanctuaire, le Dôme du Rocher à Jérusalem (691), fut édifié sur le modèle des martyrium chrétiens et reprit, au mètre près, les dispositions du Saint Sépulcre ou de Saint Vital de Ravenne ; leur première mosquée, celle des Omeyyades de Damas (715), suivit le plan des basiliques, ne le retouchant que dans ce qui était indispensable pour l’adapter aux besoins de leur culte.

Il en alla de même pour la décoration des édifices où ils empruntèrent intégralement sculptures et peintures préexistantes, à ceci près qu’ils interdirent aux artistes de représenter des êtres vivants dans les sanctuaires par crainte de l’idolâtrie que pourrait éveiller non seulement l’image d’un homme, mais celle d’un simple petit oiseau perché sur un arbre, d’un simple petit lapin courant dans l’herbe. Aucun interdit en revanche ne s’attacha aux édifices profanes et ceux-ci, pendant des décennies, furent entièrement d’esprit antique, au point que, quand on commença à découvrir leurs vestiges – ce que l’on nomme les châteaux omeyyades du désert – on crut tout d’abord qu’ils étaient antérieurs à eux. N’aurait-on pu croire la même chose du Dôme du Rocher et de la Grande Mosquée de Damas si l’évidence de leur appartenance à l’islam ne s’était pas imposée tant leur décor, au même titre que leurs plans, relevait des traditions antiques ? 

La mosaïque

La peinture arabe commence avec les deux grands monuments que je viens d’évoquer et les mosaïques de verre qui les recouvraient. Bien que la mosaïque ne soit pas à proprement parler de la peinture on peut la considérer comme telle parce que, comme elle, elle utilise les lignes et les couleurs et suppose des cartons préalables. Au Dôme du Rocher, le tambour de la coupole, les écoinçons et les frises du déambulatoire présentent des motifs végétaux variés, en or et bleu vert avec des touches de noir, de blanc et de rouge, arrangés dans des vases ou des cornes d’abondance, des arbres portant fruits, de grandes fleurs qui jaillissent à la verticale et des bijoux, en particulier des couronnes byzantines et iraniennes, ces dernières dévoilant des influences orientales inconnues des Byzantins et qui dénoncent l’intervention d’artistes syriens, maîtres mosaïstes s’il en fut.

Il n’y aucune trace de présence iranienne à la Grande Mosquée de Damas où tous les artistes étaient venus de Constantinople. Ils avaient intégralement revêtu l’édifice d’un manteau de mosaïques, malheureusement en grande partie détruit : Il n’en reste plus que des vestiges, d’ailleurs éblouissants, sur la porte du transept – partiellement refaite – et dans le portique occidental. On y retrouve les vases et les feuilles d’acanthe de Jérusalem, mais le thème dominant est un paysage urbain traité en perspective, composé de pavillons isolés et de vastes ensembles architecturaux entourés de verdure et baignés par des eaux calmes ou agitées, où l’absence de tout être vivant, de toute fortification donne une impression à la fois de solitude et de paix. Après avoir voulu découvrir dans ces paysages des représentations de la Damas antique, on a fini par voir en eux, comme le disaient les textes arabes, celles « de tous les pays connus ».

C’est le château de Khirbat al-Mafdjar (742-743) qui nous livre, à côté de maints fragments presque tous à décor géométrique et d’inspiration à la fois iranienne, byzantine, romaine, ce qui peut-être le chef-d’œuvre non seulement de la mosaïque arabe, mais universelle. Situé dans la salle d’audience du bain, c’est un grand tableau dont le centre est occupé par un immense arbre entouré de chétifs arbustes, sous les branches duquel figurent, d’un côté un lion qui assaille une gazelle, de l’autre deux gazelles dont l’une broute paisiblement, tandis que l’autre dresse et tourne la tête comme si elle pressentait un danger. C’est un vieux thème que celui du « combat d’animaux » appartenant à l’art des steppes, mais aussi traité en Égypte pharaonique et à Persépolis. Rarement pourtant artiste a su le charger de tant d’intensité de vie, aller bien au-delà de la vision de la simple empoignade.

L’art de la mosaïque, contrairement à ce que l’on a dit, ne disparut pas en quelques décennies puisqu’on en a encore des témoignages au Xe siècle à Mahdiya, en Tunisie – fragments à décors géométriques, plus rarement floraux ou animés, conservés au Musée du Bardo à Tunis et au Musée de Berlin – et à la madrasa Zahiriya de Damas en 1277 – où il s’avère d’ailleurs assez médiocre – mais il entra en décadence et les artistes se firent rares, si rares qu’en 965 le calife de Cordoue dut demander au basileus de lui en envoyer un pour qu’il décore le mihrab de sa Grande Mosquée. On raconte que celui que le César byzantin dépêcha forma une équipe avec des ouvriers locaux. C’est plausible car rien dans la composition admirable où l’or et le bleu dominent n’est spécifiquement byzantin et la frise épigraphique qui donne la date ne peut guère être sortie que de la main d’un musulman.

Peinture murale

Si nous connaissons mal la mosaïque puisque nous en conservons si peu de témoignages, nous connaissons encore plus mal la peinture murale, née de la même façon qu’elle, dans les mêmes conditions, au même moment, mais par sa nature bien plus vulnérable, et d’autant plus qu’elle s’est attachée aux édifices civils, palais et bains, monuments souvent construits avec brio, mais sans solidité et destinés par la volonté même de leurs commanditaires à être éphémères : Rien de ce qui est fait par l’homme ne doit durer qui n’est pas à l’exclusive gloire de Dieu. Longtemps on l’a refusée à l’islam, puis les fouilles et les découvertes fortuites ont obligé à la lui accorder. Si l’on excepte quelques rares œuvres trouvées en Égypte (Jeune homme tenant un gobelet en main, XIe siècle, Musée du Caire), en Tunisie (fragment d’une fresque de Cabra, Xe siècle, musée du Bardo, Tunis) et en Iran (Cavalier de Nichapur, grande composition de 1,60 m, Musée de Téhéran), le matériel pictural arabe est fourni par les châteaux de Jordanie, Syrie, Palestine, par Samarra en Irak et par la Chapelle palatine de Palerme. Bien que présentant avec l’art de Samarra de nombreux points communs, les peintures de Lachkari Bazar en Afghanistan (XIe-XIIe siècles) ne peuvent pas être considérées comme relevant de la « peinture arabe ».

Trois châteaux nous fournissent l’essentiel du matériel de l’époque omeyyade. Le petit bain de celui de Qusaïr Amra (v.714-715), découvert en 1898, conservait alors, très lisible, un éblouissant décor peint, aujourd’hui presque entièrement effacé, mais qui demeure un témoin essentiel. Toutes les influences s’y discernent dans la juxtaposition d’œuvres que rien ne relie entre elles, et qui ne cachent pas leur origine : On y voit, à côté de femmes nues, parfois au bain, que l’on pourrait presque croire indiennes avec leurs seins lourds, leurs fesses et leurs cuisses épaisses, la finesse de leur taille, à côté des scènes de chasses et de plaisirs familiaux, à côté d’animaux, dont un étonnant ours musicien, toute une série de figures de la mythologie grecque accompagnées de légendes en grec ou encore cette représentation qu’on peut croire celle du calife sur son trône (devenue illisible) siégeant devant six rois dont quatre sont nommément désignés, les empereurs byzantin et iranien, le négus d’Abyssinie, et Roderic, roi des Wisigoths.

Khirbat al-Mafdjar, construit en 742-744 (?), ne devait pas être moins riche puisque le site a livré quelque deux cent cinquante fragments de fresques ornementales ou animées marquées par des influences romaines, byzantines, sassanides, voire, n’en déplaise à certains, par celles de la lointaine Asie centrale. C’est cependant à Qasr-Khaïr al-Gharbi, en Syrie (v.730), que nous rencontrons les compositions les plus riches, les plus grandes et, par miracle puisqu’elles sont peintes à même le sol, les mieux conservées (Musée de Damas). Ce sont deux tableaux mesurant respectivement 10,87 m sur 4,45 m et 12,12 m sur 4,35 m, un peu pâlis, mais intacts, sauf le second dont le registre inférieur est devenu peu lisible. Le premier représente en buste Géa, la déesse de la terre, avec un serpent lové autour du cou et tenant des fruits dans une large serviette. Le second est divisé en trois registres. Dans l’un, prennent place deux musiciens, joueurs de luth et de flûte, debout sous des arcades ; dans l’autre, très iranisant jusque dans ses détails – écharpe volante et arc réflexe des nomades de la steppe –, un jeune homme à cheval galopant derrière des gazelles ; dans le dernier, celui qui est endommagé, on distingue un homme de couleur menant un cervidé dans un enclos réserve de chasse, le paradesion, « paradis », de l’antique Iran.

La peinture de l’époque abbasside qui a dû connaître une grande heure de gloire à Bagdad, dont nous n’avons plus trace, s’est révélée par la production de Samarra, capitale éphémère des califes fondée en 838 et abandonnée en 883. Fouillé en 1911-1913, le site a été dévasté par la première guerre mondiale, a souffert de la seconde, et le riche matériel pictural qu’il avait livré n’est plus guère accessible que par les reproductions faites par son inventeur, Ernst Herzfeld. Très différent de l’art omeyyade, l‘art abbasside, bien que conservant des traditions gréco-romaines, subit davantage l’influence iranienne et si son répertoire n’innove guère quand il privilégie les scènes de chasse et de banquets, les mercenaires turcs, parfois représentés en porteurs de gazelles – hauts de quelque 0,80 m – il se singularise par l’ambiguïté sexuelle, l’absence de toute personnalité et la fixité de ses personnages, par leur immobilisme, alors même que ceux-ci se livrent à des occupations qui supposent le mouvement ; un exemple typique est fourni par les deux danseuses, universellement reproduites dans les manuels, qui marchent l’une vers l’autre avec ostentation et versent à boire dans des coupes qu’elles tiennent entre leurs bras croisés, sans aucun naturel. Sur des jarres à vin, d’étranges figures semblent être, doivent être, des moines chrétiens, fournisseurs graves et sévères de vin.

C’est à Palerme, sur les plafonds de la Chapelle palatine édifiée en 1142 et décorée en 1154, que la peinture arabe livre ses plus remarquables productions, peut-être parce que celles-ci sont parfaitement conservées. Plus de trois siècles séparent les œuvres siciliennes et celles de Samarra et on pourrait les croire contemporaines. On ignore comment l’art samarrien a été transporté en Italie, peut-être par l’intermédiaire de l’Égypte ou de la Tunisie fatimides, peut-être par l’arrivée d’artistes originaires de Bagdad, mais le fait est là. Tout, à Palerme, paraît copier Samarra. C’est ici et là le même immobilisme, le même goût pour la symétrie, la même gravité, ces regards dont l’intensité semble vous percer, et tant de détails qui sont identiques, les longues nattes, les boucles en accroche-cœur, les rubans timbrés de perles… La grandeur royale, « les plaisirs des jours et des nuits » qu’évoque un texte brodé sur le manteau arabe de Roger II de Sicile y sont exaltés : Prince assis en majesté, combats de coqs et de béliers, flûtistes placés de part et d’autre d’une « fontaine aux lions », différente certes de celle de l’Alhambra de Grenade, mais qui y fait rêver.

Miniatures

La peinture de manuscrits des premiers siècles de l’Hégire a disparu. Dire qu’elle n’a pas existé avant le XIIIe siècle et ce qu’on nomme un peu abusivement « l’école de Bagdad », parce que c’est à Bagdad qu’elle atteignit à son apogée, paraît insoutenable. Peu de textes, il est vrai, évoquent des miniaturistes qui auraient pu exister, mais peut-on rejeter celui qui, par exemple, parle d’un concours organisé au XIe siècle par le grand vizir abbasside entre un peintre syrien et un peintre égyptien « ayant une notion excessive de sa valeur » et « demandant des honoraires exorbitants », sur un sujet donné, la représentation aussi vraie que possible d’une danseuse ? Peut-on considérer comme des créations isolées ce charmant dessin égyptien, le plus ancien signé, qui relève du Xe siècle, cette illustration fragmentaire d’une histoire d’amour des IXe-Xe siècles (tous deux conservés à la Bibliothèque nationale de Vienne), ce dessin coloré sur papier représentant un prince assis ? Et ne possédons-nous pas, daté de 1009, un Traité des étoiles fixes d’Al-Sufi, illustré de soixante-quinze figures au trait, vaporeuses et d’une grande élégance, considéré comme le premier manuscrit à peintures ? (Bodleian Library, Oxford), Disons, pour n’avoir pas à y revenir, que les ouvrages scientifiques, en particulier d’astronomie, garderont leur faveur, mais que les figures renonceront à être de simples dessins pour devenir de véritables peintures (Traité des étoiles fixes de 1224, Ceuta, Maroc, Vatican ; Livre de la connaissance des procédés mécaniques, Syrie, 1315, Metropolitan Museum, New York).

Ces documents, sauf le traité d’Al-Sufi, pourraient faire douter de ce qui demeure la thèse généralement admise, à savoir que la peinture de manuscrits est née du désir de rendre plus intelligibles les descriptions textuelles faites par les savants, astronomes, médecins, pharmaciens, botanistes ou zoologues. Il est vrai que, parmi les plus anciens manuscrits en notre possession figurent d’abord des ouvrages scientifiques, outre le traité susdit, un De Materia Medica de Dioscoride de 1082 (Leyde), un livre de médecine de 1118 (Patan, Inde), un nouveau manuscrit d’Al-Sufi de 1135 (Bibliothèque de la Suleymaniye d’Istanbul), le Livre des Antidotes du pseudo-Gallien de 1199 (BnF) et même une leçon d’anatomie qui cherche à peindre les organes internes (v.1200, Topkapi, Istanbul). Il est vrai aussi que le désir d’enseigner de manière précise a poussé à multiplier les illustrations et à reproduire avec précision, presque comme si c’était des photographies, plantes et animaux. Dans le De Materia Medica du sanctuaire de l’Imam Riza à Mechhed (Iran), exécuté vers 1200 en Mésopotamie, il n’est pas moins de 677 figures de plantes et 284 d’animaux aussi fidèles à la nature que ceux que l’on voit, moins nombreux – vigne, lentille… – sur un autre De Materia Medica de 1229, syrien ou nord mésopotamien (Topkapi, Istanbul). Toutefois, au projet purement scientifique s’en joint un autre plus récréatif. Le pharmacien montre sa boutique (ms. de Bagdad, 1224, Metropolitan. Museum, New York), est peint alors qu’il surveille la culture de plantes médicinales (Livre des Antidotes de 1199, BnF) ou encore fait montre de ses dons en soignant la piqûre d’un serpent dans un pavillon royal (ibid.). Nous sortons là entièrement du domaine de la science et celle-ci n’est même plus un prétexte quand L’art du vétérinaire présente deux cavaliers au galop (Topkapi, Istanbul, 1210) Il est dès lors bien difficile de savoir si l’illustration de la poésie, des fables, des romans découle de ces libertés que l’on a prises avec les sujets scientifiques ou ne leur doit rien, est spontanée, en quelque sorte parallèle. La peinture sur céramique ou sur verre qui s’épanouit dès le VIIIe siècle et traite souvent, pour une clientèle bourgeoise, de sujets de la vie quotidienne semble attester une créativité entièrement libre. Quoiqu’il en soit, dès les années 1200, l’histoire de Varqé et Golshah est illustrée (Topkapi), comme le sera quelques années plus tard, celle de Biyad et Riyad, maghrébine (Vatican), rare document fourni par l’Occident qui prouve que celui-ci a également pratiqué l’art de la miniature. Tout le XIIIe siècle voit se multiplier les éditions des fables de Bidpay, traduites de l’indien, qui fourniront des sujets à La Fontaine, connues sous le nom des deux chacals, héros principaux du recueil, Kalila et Dimna ; des Séances ou Maqamat de Hariri, qui relatent les aventures d’Abu Zayd, un vagabond peu moral et fort populaire ; du Livre des Chants ou Kitab al-Aghani, d’autres ouvrages encore.

Nous disons « miniatures ». Nous devrions dire « peinture sur papier », car rien dans la production de « l’école de Bagdad » ne ressemble à ce que nous classons en général sous ce nom, car rien n’est miniaturisé.

Nous parlons d’école. Il doit y en avoir plusieurs car l’art du livre présente alors une extrême variété de formes et d’inspiration. Toute une série d’œuvres semble entretenir des liens évidents avec la peinture monumentale : Leurs fonds unis, souvent en or pâle, sont ceux des murs, leur déroulement en largeur – 9 cm de hauteur sur 18 cm de largeur par exemple – les architectures abritant les personnages – arcs surtout, parfois bandeaux verticaux qui font songer à des colonnes – relèvent de la fresque alors même que leur format se prête mal à celui du livre. Une autre série adopte le format en hauteur (par exemple 19,2 sur 14 cm) tout en conservant les architectures et un fond d’or qui devient éclatant et vif ; une autre encore réduit ou supprime les monuments pour se concentrer presque uniquement sur le sujet, homme ou animal, seuls ou plus souvent en couple, peint à grande échelle, indifféremment en longueur ou en hauteur. Le mobilier y prend parfois place, une chaise ou un fauteuil que complète un tabouret à pieds, et la nature est évoquée avec discrétion par une branche, une fleur, un rocher ou par une étroite bande d’herbes courant au ras du sol et d’où peuvent émerger quelques buissons, fleuris ou non. Dans toutes ces œuvres, les personnages sont peu nombreux, de grande taille, existent pour eux-mêmes. Les têtes d’hommes, souvent nimbées – souvenir du mazdéisme – sont de trois-quarts ou de profil, dégagent une intense impression de vie. Le corps n’intéresse guère. Les mouvements sont un peu théâtraux, les drapés à l’antique. Il n’y a ni ombre ni lumière. Les animaux, eux aussi à grande échelle, un seul ou deux suffisant à emplir toute la composition, sont naïfs mais vivants bien que raides, spirituels et amusants, répondant très exactement à ceux que la fable présente, et il n’est pas interdit de classer parmi les chefs-d’œuvre picturaux tel ou tel des tableaux qu’ils constituent : Le roi des corbeaux tenant conseil, Le lion et le chacal (l’un et l’autre de 1200-1220 et à la BnF), Astragale et scène de chasse (1224, Sainte-Sophie, Istanbul).

À côté de cette production, il en existe une autre qui semble obéir à des lois bien différentes et nous rapproche de la miniature. Le peintre ne s’intéresse plus à un petit groupe de personnages mais au contraire multiplie les effigies – une trentaine ou plus – ce qui les amenuise, leur retire leur individualité, (Scène de cour, v.1250, Vienne), sauf si un souverain occupe la place centrale comme dans la célèbre représentation du Monarque trônant de 1218 (Bibliothèque nationale d’Istanbul). La gamme chromatique est alors infiniment plus étendue. On peut voir en elle la lointaine et bien imparfaite annonce de ce qui sera la miniature classique de l’islam, miniature iranienne, ottomane ou moghole.

Le grand maître est incontestablement l’Irakien Yahya al-Wasiti dont nous ne savons à peu près rien sinon qu’il vécut au XIIIe siècle et qu’il dut exercer une influence immense. La France a la chance de posséder son chef-d’œuvre, le manuscrit des Maqamat qu’il illustra à Bagdad en 1237 avec 99 peintures de grandes tailles (ainsi 34,8 sur 26 cm ; 24,7 sur 26,1, cm), toujours vigoureuses (BnF). Ses ressources semblent infinies, sa créativité inépuisable et son génie est indiscutable. Ici, l’œuvre est dépouillée à l’extrême ; rien n’importe à l’artiste que le jeu des émotions, la traduction des sentiments et des caractères. Là, tout un paysage urbain est évoqué à l’arrière-plan, avec ses monuments caractéristiques, qui entraîne le regard au-delà de la scène qui occupe le devant dans Discussion près d’un village. Là encore, est représenté en action un groupe humain – Les cavaliers avant le défilé – ou un ensemble d’animaux – Le troupeau de chameaux – et le souci de la composition devient primordial. Là enfin, le pinceau semble tout oser et la scène devient d’un réalisme extrême quand elle montre un accouchement avec La Naissance.

La fin de la peinture arabe

La conquête de Bagdad par les Mongols en 1258 détruit l’école arabe ou plutôt la disperse alors même qu’une nouvelle école va naître dont le centre sera Tabriz, en Iran, capitale des Ilkhans (Mongols d’Iran) et à qui appartient l’avenir. Pendant des décennies pourtant, l’art de la miniature demeure fidèle aux productions du XIIIe siècle et peut parfois donner de très belles œuvres, tel ce Scribe de l’Épître des Purs fidèles de Vérité de 1287, peint à Bagdad (Bibliothèque Suleymaniye d’Istanbul) qui prouve au reste que l’ancienne capitale abbasside n’est pas morte ou est ressuscitée. On continue à illustrer des Maqamat, en Syrie, vers 1300 (British Museum), en Égypte vers 1334, (Bibliothèque de Vienne) : un manuscrit qui conserve les fonds or et dont le frontispice représente un Prince trônant, tenant en main l’arc, vieux symbole du pouvoir oublié puis retrouvé, une pièce célèbre s’il en est. Bien d’autres ouvrages seraient encore à citer, ce Banquet des Médecins, manuscrit syrien de 1279 (Ambrosienne de Milan), le Bestiaire Morgan de 1294 peint à Maragha (Pierpont Morgan Library, New York), le Kalila wa Dimna de 1354 où l’on retrouve l’art animalier frais et charmant du XIIIe siècle dans des tableaux comme Le Lièvre et le Roi des éléphants, Le Roi des lièvres interroge ses sujets, et jusque vers 1370-1380 quand sont peints, dernières œuvres « arabes », le Livre des Animaux (Ambrosienne de Milan) et Les Merveilles de la création d’Al-Qazvini (Freer Gallery of Art de Washington). On peut remarquer que cette fin du XIVe siècle voit aussi les portraits des dix nobles de la Salle des Rois de l’Alhambra de Grenade qui, même s’ils sont sortis de pinceaux chrétiens, n’ont pas à être refusés à la peinture arabe puisqu’on lui a donné les œuvres de Qusair Amra et de Qasr al-Khaïr.

Tout s’arrête alors en pays arabe et sans aucune cause bien claire. On a évoqué la domination étrangère, mais elle existait déjà au XIIIe siècle, la ruine économique du Proche-Orient, mais elle est plus récente et n’entraîna pas la disparition des autres expressions artistiques. Il semble n’y avoir qu’une seule raison : la victoire totale de la plus stricte interprétation de la loi musulmane, le triomphe de l’iconoclasme, toujours sous-jacent, même aux périodes les plus favorables aux images, cet iconoclasme buté qui non seulement tarit la production, mais est responsable de la disparition de milliers d’œuvres anciennes. Bien peu de celles que nous avons évoquées et de celles que nous avons tues sont conservées dans les musées des pays arabes. Nous les avons trouvées presque exclusivement en Occident, à Istanbul souvent, en Iran parfois. Le Marocain Ibn Khaldun, mort en 1406, qui eut tant d’audience au Maghreb, ne concluait-il pas son discours en déclarant : « D’une manière générale, les images sont interdites par l’islam » ?

 

Jean-Paul Roux

Septembre 2004
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Quatorze siècles de culture islamique Le Musée iranien de la période islamique


Etant donné la richesse de la culture et de la civilisation islamiques en Iran, la necessité de créer un musée indépendant où  seraient regroupés les objets et les œuvres d’art qui s’y rapportent s’est imposée à l’évidence , et de vastes projets ont été envisagés en ce sens pendant plusieurs années, Finalement, c’est à partir de 1993 que des efforts concrets et intensifs ont été deployés par trois organismes pour atteindr cet objectif.
La section islamique du Musée national iranien a pris en charge la sélection, l’expertise, la présentation et la classifcation des objets d’art, ainsi que le travail préliminaire  d’edition de deux catalogues consacrés au nouveau musée.
Le Centre de recherche en matière de restauration et de conservation, placé sous l’autorité de l’Organisation du patrimoine culturel iranien, a fait transporter les objets les plus volumineux, notamment les mihrab (niches de prière), du deuxieme étage de I’ancien Musée national iranien au nouveau Musée de la période islamique.
Au cours de cette étape, les experts ont eu grand soin de préserver le travail de restauration déjà effectué et de disposer les objets comme ils I’etaient dans le premier bâtiment, Par exemple, si, à l’origine, un mihrab était situé à 50 centimètres au-dessus du sol de la mosquée d’où  il provenait, cette hauteur a été respectée.

De tels aménagements ont naturellement été effectués avec l’aide des experts du Département islamique, en tenant compte des études historiques relatives aux bâtiments concernés et en prenant soin d’installer les objets volumineux de telle façon qu’il soit facile, au besoin, de les déplacer par la suite.

L’agencement intérieur du musée a été confié à des architectes qualifiés et les informations destinées aux visiteurs ont été conçues par des spécialistes des arts graphiques.
C’est grace à ces efforts concertés que le Musée iranien de la periode islamique a pu être inauguré, le 22 octobre 1996.

Le musée se trouve dans un édifice de trois étages, d’une superficie de 4 000 mètres carrés, construit dans le style des monuments sassanides à quatre voûtes.
Le premier étage abrite un auditorium ainsi que des galeries consacrées à des expositions temporaires.
Au deuxieme étage, des objets sont regroupés par thème dans I’ordre chronologique.


Enfin, les éléments décoratifs architecturaux exposés au troisième étage sont présentés en fonction de la période historique à laquelle ils appartiennent, Les objets exposés dans ce vaste musée couvrent quatorze siècles de civilisation et de culture islamiques et proviennent, pour la plupart, des fouilles effectuées sur des sites tels que Neychabour, Rey, Gorgan et Suza (aujourd’hui Suse).Certains ont été transférés ,à partir de collections de valeur comme celles du mausolée du cheikh Safi al-Din érigé à Ardabil.

Une précieuse collection de manuscrits
 

Le pôle d’attraction du musée est un espace carré où sont exposés des manuscrits coraniques, Une fenêtre en bois du V » siècle de l’hégire, sur laquelle est gravée la sourate de I’Unicité d’Allah, ainsi qu’une porte en bois où sont inscrits des versets du Coran rappellent aux visiteurs qu’ils pénètrent dans un espace entièrement consacré à la vie spirituelle.
Cette atmosphère de spiritualité est accentuée par un mihrab en pierre du XI » siècle de l’hégire, un magnifique tapis de prière et la diffusion incantatoire de versets du Coran.
Parmi les manuscrits datés du Ill’ au XIV » siècle de I’hégire, les specimens les plus anciens sont recopiés sur peau en caractères coufiques.

Le Sultan Ali Mashhadi a rappelé que les premiers textes coraniques étaient transcrits en Coufique.
L’écriture coufique est un signe divin parmi les signes divins et un miracle parmi les mracles, et les corans écrits par -Sa Sainteté- le roi des croyants, I’imam Ali, étaient des modèles de belle écriture, de sobriété de composition parfaite et d’équilibre magistral entre les mots.

Bien que l’imam ‘Ali n’ait pas inventé I’écriture coufique, on sait qu’il l’a sensiblement  modifiée et qu’il l’a également enseignée à trois cent seize scribes.
La collection comprend aussi un manuscrit coranique qui porte la signature de l’imam ‘Ali .
Certains pensent que I’utilisation de la peau était due au fait que le papier n’existait pas à l’epoque, mais la première fabrique a été créée à Bagdad, entre I’an 147 et 194 de l’hégire, par Fazl ebn-e Yahya, ministre iranien de la cour des Abbassides, et le papier ainsi produit était même exporté vers d’autres pays de l’Islam.
C’est donc peut-être en raison de sa solidité qu’il était fait usage de peau pour copier les manuserits du Coran.
A partir du IV » siècle après J.-C. , après l’invention des  »six plumes » par ebn-e Moqle, les textes coraniques ont été écrits dans les langues thuluth, naskh, muhaqaq, reyhan, tauqui et reqa, tandis que le coufique était réservé aux titres des sourates.

Le musée possède de superbes manuscrits dans ces écritures, qui portent la signature d’artistes comme Yaqut Mosta’semi. ‘Emad-at-Tavusi. Ahmad Sohrvardi, Pir Mohammad Thani, Ahmad Nayrizi et Zia’ os-Saltane et sont enrichis de reliures et d’enluminures raffinées.

Dans la galerie qui entoure cette précieuse collection de Corans, des autres ouvrages scientifiques, litteraires et historiques sont exposés dans l’ordre chronologique et en fonction du thème traité.

Le plus ancien est la grammaire Al Khalas, datée de l’an 557 de l’hégire 1161-1162 après J.-C.
Outre l’importance des sujets abordés, ces manuscrits offrent l’occasion d’admirer tous les arts du livre : frontispices, reliures, enluminures, calligraphies et, parfois, illustrations.

Les murs entourant la zone centrale sont ornés de calligraphies et de miniatures précieuses qui encerclent les manuscrits exposés.
La calligraphie est une composante fondamentale du décor islamique, considérée comme un art sacré modelé par la main des artistes.
Il est avéré que, dès le début de l’ère islamique, les principes sacrés du Coran ont pris corps sous forme de magnifiques écritures et que la calligraphie est veritablement enracinée dans la religion islamique.
Ici se trouvent les œuvres immortelles de calligraphes inspirés tels que Mir-’Emad, ‘Abd-ol-Majid, Mohammad Hosein, Mohammad Saleh et Mirza Kuchak Vesal, ainsi que des spécimens non signés, par exemple la page sur laquelle sont inscrits les mots Hova-I Fattah al-’Azim, dont l’auteur a fait preuve de tant d’humilité qu’il a jugé superflu d’y faire figurer son nom.

Cette section comprend également des miniatures appartenant aux différentes écoles – Herat,chiraz, école indienne, miniatures mogholes ou école d’Ispahan – chacune representant une étape préstigieuse de I’evolution des écoles de peinture au cours de l’histoire des arts islamiques.

On peut notamment suivre I’évolution de I’école d’Herat et sa transplantation en Inde, où elle s’est rapidement modifiée, devenant célèbre sous le nom d’école indienne, moghole ou indo-imnienne.

Les objets de la vie quotidienne comme œuvres d’art
Aux quatre angles de cette zone, des pièces – lampes, appareils d’astronomie, objets en verre , accessoires de médecine, matériel d’écriture – sont exposées dans des sections distinctes.

La collection de lampes ilIustre I’évolution de cet objet depuis le début de l’islam jusqu’à la fin de I’ère séfévide.

Elle réunit des lampes à huile, simples ou sur pied, en céramique non vernie, ainsi que des Imnpes de pierre datant des III » et IV » siècles de I’hégire.
Aux V » et VI » siècles de I’hégire apparaissent des versions plus perfectionnées de lampes en céramiques, ainsi que des lampes en bronze, sur pied, ornées de décorations.

On peut aussi admirer de beaux lustres en verre, argentés de pendeloques, et divers chandeliers en cuivre ciselé appartenant à la période séfécvide, ainsi que des lustres en cuivre et en argent.

Parmi les appareils d’astronomie se trouvent des astrolabes qui remontent au VI » siècle de l’hégire et jusqu’àla fin de la période Qadjar.
Le plus ancien d’entre eux, l’œuvre de Mohammad ebd-e Hamed Esfahani, date de I’an 558de I’hégire (1162-1163 après J.C.)
Afin de conférer à I’exposition un carctère didactique. on a présenté séparament les différentes parties des appareils.

Sont également exposés un astrolabe plate œuvre d’Abd ol-’Ali Mohammad Rafi’ al-Jerbi, qui date de I’an 1247 de I’hégire (1831-1832 après ,J.-C.), ainsi qu’un autre astrolabe fabriqué par Khalil ebn-e Hosein-’Ali Mohammad.
Cette collection comprend une sphère de cuivre (datant de l’an 535 de I’hégire (1140 et 1141 ), sur laquelle sont indiqués les douze mois de I’année, séparés par les méridiens sur la ligne de I’equateur.

Parmi les autres appareils d’astronomie exposés, il faut mentionner une copie datant du VIII » siècle de I’hégire du livre des constellations d’Abdorahman Sufi Razi, un astronome renommé du IV » siècle de I’hégire, contemporain du monarque deylamite ‘Azod-od-Dowle, passionné lui aussi par I’observation des astres.

Dans la section des objets en verre et des instruments de médecine. certaines pièces représentent I’apogée de I’art du verre pendant les premiers siècles de I’islam.

A l’époque, Ray, Suse, Gorgan et Neychabour étaient les principaux centres de production verrière.
Après les invasions mongoles, un grand nombre d’artisans verriers iraniens émigrèrent vers d’autres pays islamiques, ce qui provoqua le dedin de cet art en Iran, bien que subsiste encore un certain nombre d’objets en verre de I’ère séfévide.

Pendant la période qadjar, des ateliers de verrerie furent créés dans le pays grâce aux efforts d’Amir Kabir, mais ces efforts n’eurent pas de suite.

Parmi les objets en verre figurent des appareils de labratoire. notamment des instruments de saignée et des eprouvertes remontant au début de la période islamique.

L’art sacré de I’écriture et les accessoires dont iI s’accompagne, ainsi que leur mode d’utilisation et d’entretien, ont fait I’objet d’une attention palticulière dans une section de cette riche colleltion consacrée au Coran et à la calligraphie.

Sont exposés de nombreux encriers en pierre, en verre et en métal, qui remontent à diverses périodes de l’islam, ou encore un coffret en bronze contenant un encrier, divers accessoires d’écriture et de ravissants étuis incrustés d’argent et d’or appartenant à la période seldjoukide.

Cette section présente aussi plusieurs étuis et coffrets laqués portant la signature d’artistes de talent de la période séfévide et qadjar, notamment Aqa-nadjaf, Mohammad Zaman, Fathollah et Mohammad Esma’il.

Au deuxème étage, trois grandes galeries qui surplombent I’espace central sont consacrées aux céramiques, au travail du métal et aux textiles (tapis et tissus). La première illustre I’évolution de l’art de la céramique depuis les premiers sièdes de l’islam jusq’à la fin de la periode qadjar, On y trouve des exemples des différentes techniques utilisées – décors moulés, glaçure monochrome. glaçure en taches et decor peint sur I’engobe sous glaçure transparente – qui. souvent, s’accompagnent d’inscriptions en coufique, essentiellement des III » et IV » siècles de I’hégire, tous ces objets ayant été fabriqués dans des manufactures iraniennes à Neychabour, à Suse. à Estakhr et à Rey.

L’art de la céramique atteignit son apogée pendant la période seldjoukide, avec le procédé mina’i (peinture sur glaçure) et les céramiques à reflets métalliques produites à Rey, Kachan et Gorgan.

Les thèmes et les motifs decoratifs, génémlement des récits épiques et romanesques iraniens, s’accompagnent souvent de poèmes.
Les objets datant du VIII » siècle de I’hégire consistent essentiellement en de magnifiques céramiques à reflets dorés décorées sous glaçure, qui proviennent de Soltan-abad et de Kachan.
L’evolution de I’art de la céramique est illustrée par les vases kubachi bleus et blancs produits aux Vlll » et IX » siècles de I’hégire.

Les pièces exposées dans la vaste galerie de l’orfèvrerie montrent bien la diversité des techniques mises en œuvre au cours des siècles : une collection de vases d’argent de I’Azerba’idjan, qui datent du IV » siècle de l’hégire, comprend notament des coupes et des vases incrustés d’email noir et un plateau portant l’inscription  » Barakat le-Amir Abe-I-Abbas va laken ebn-e Harun ».
L’apparition de la technique des incrustations d’or et d’argent sur bronze, au cours des VI » et VII » siècles de l’hégire, est iIlustrée par toute une série d’objets fabriqués à Hamadan.

Plusieurs chandeliers de cuivre sur lesquels sont inscrits des poèmes persans et appartenant à la période séfévide sont également remarquables, et une collection du XIII » siècle de l’hégire comprend des chandeliers de métal incrusté d’or créés par Aali ‘Abbas Esfahani, qui portent des inscriptions en persan et en arabe.

Dans la galerie des textiles, l’étoffe la plus ancienne est un fragment de soierie, trouvé à l’occasion des fouilles de Rey, qui date de la période islamique, sur lequel se retrouvent le style, la technique et les motifs caractéristiques de l’ère sassanide.

La persistance de cette technique de tissage apparaît clairement dans une étoffe de soie datant du IV » siècle de l’hégire, bien que les motifs  y soient différents et qu’elle porte les inscriptions suivantes, en caractères coufiques: « Man kathurat himmatuh kathurat qimatuh » et « Man taba asluh zaka fe’luh « .

La galerie présente également un spécimen unique de soierie de la période seldjoukide, pour laquelle a été utilisée la technique rang-o-nim-rang(teinte et demi-teinte).
La diversité des techniques de tissage et des dessins se retrouve dans les tissus de la période séfévide, ainsi que dans une série de brocarts (dara’i, atlasi, etc.), de velours, de soieries ornées d’inscriptions et de broderies (Golabetun-duzi, dab-yek duzi, pile-duzi, ajide-duzi, etc.). Cette section comprend un unique spécimen de brocart qui témoigne de I’association de différents  arts dans I’école d’Ispahan sous le monarque séfévide Chah ‘Ahbas I ». Ce brocart a été tissé par Mo’in Mossawer, célèbre peintre de I’école d’Ispahan, élève de Reza ‘Abbasi.

Les murs de la galerie sont ornés de tapis de mihrab, de tapis floraux, de kilims avec médaillon et quarts de médaillons, ainsi que de tapis polonais.
En particulier, un tapis tissé à Tahriz au X » siècle de l’hégire constitue une illustration des trois premiers styles de décoration (Tapis floral, tapis de mihrab, médaillon et quart de médaillons): des poèmes persans figurent dans I’encadrement, tandis que le médaillon central représente des oiseaux nageant dans un étang bleu entouré de branches d’arbres sur lesquelles sont perchés des oiseaux.

Une approche historique
Au troisième étage du musée se trouvent différents objets islamiques, essentiellement des éléements d’architecture et de décoration.
Ils sont présentés dans l’ordre chronologique, depuis les premiers siècles de l’islam jusqu’au XII » siècle de l’hégire, ce qui permet au visiteur de constater comment les conditions politiques, économiques et sociales ont contribué  à façonner le developpement artistique.

A cet égard, les monnaies frappées à l’effigie des différents califes ou rois et classées en fonction de la période ou du lieu d’origine constituent un témoignage historique capital qui permet de retracer  les aléas du pouvoir et la situation politique à travers les siècles.
Au même étage se trouvent des décors de stuc provenant de monuments de Rey et de Neychabour, ainsi que la plus ancienne fresque de la période islamique en Iran, qui remonte au Ill » siècle de I’hégire et provient du palais Sabzpouchan.

Dans la galerie consacrée aux V » et VI » siècles de l’hégire, un superbe mihrab et deux panneaux de stuc sculptés ont été rapportés de Buzun (près d’lspahan), tandis que des panneaux décoratifs en brique viennent de la madrasa Nezamiye de Khargerd, Ils sont entourés de coupes de type mina’i et de céramiques à reflets métalliques fabriquées dans les célèbres ateliers de Rey et de Kachan.

Les faïences à glaçure les plus anciennes de la période islamique s’y trouvent également, qui remontent au V » siècle de l’hégire et sur lesquelles sont inscrits les mots:  El Malek el  Mohammad.
Dans la galerie consacrée aux VII » et VIII » siècles de l’hégire, deux mihrab sont très représentatifs de l’imposante majesté qui caraetérise la décoration architecturale de la période II-khanide.

L’un d’eux, décoré de stuc, provient d’Ochtorjan (près d’lspahan) et a été construit par Mass’ud Kermani en I’an 708 de I’hégire (1308-1309 apres J.-C) , l’autre est la célèbre Porte du paradis ornée de faïences à reflets métalliques, œuvre de Yousef ebn-e ‘Ali ebn-e Mohammad ebn-e Abi Taher.
Là sont exposés divers carreaux de faïence à décor métallisé et mordoré, ainsi que des coupes de céramique à reflets dorés et des objets de métal incrustés d’or et d’argent.
Cette galerie abrite egalement un superbe manuscrit du Coran en écriture muhaqaq, qui porte les signatures d’Ahmad Sohravardi et ‘Emad al-Mahallati.
Dans la section consacrée aux X » et XI » siècles de I’hégire se trouvent plusieurs chefs-d’œuvre de la période séfévide, notamment des miniatures de I’école indienne et moghole et de I’école d’Ispahan, des écrins, des encadrements de miroirs et des coffrets  décorés de peinture laquée sous glaçure, ainsi que des objets de cuivre ciselé  – portant essentiellement des inscriptions persanes – et différents tapis et tissus brochés d’or.

Un mihrab orne de mosaïques en provenance de Mashhad ajoute à la majesté du lieu. Parmi les œuvres les plus remarquables de cette période, iI faut mentionner une étoffe peinte selon le procédé qualamkar, où des versets du Coran en coufique, naskh, thuluth et ghobar sont tracés à I’encre indigo, vermilion et dorée.

EIIe a été tissée sous le règne de Chah Tahmasp par Yousef al-Ghobari (le procédé qualamkar consistait à imprégner le tissu d’amidon afin de permettre à I’encre et à la peinture d’adhérer à sa surface).
Au centre de la galerie se trouvent plusieurs objets provenant du Chini khaneh d’Ardebil – notarnment des cadres, des vases, des jarres,des aiguières et des coupes portant tous le sceau de Chah Abbas.

Les arts séfévides se poursuivent aux XII » et XIII » siècles de I’hégire, ainsi qu’en témoignent le développement de la marqueterie, les encadrements de miroir en bois sculpté, les superbes objets de métal incrustés d’or et la vaisselle d’argent émaillé.

Le Musée iranien de la période islamique est véritablement  à la hauteur de sa vocation pédagogique, aussi bien dans sa conception que dans la présentation des œuvres d’art. Chaque objet s’accompagne d’explications détaillées, indiquant notamment la teneur des inscriptions et la calligraphie utilisée. A I’entrée de chaque galerie, des panneaux rappellent aux visiteurs la situation politique et économique de la période concernée, ainsi que les arts qui I’ont caracterisée et les principaux centres d’intérêt où ils  s’exerçaient, leur donnant ainsi un aperçu général des objets qu’ils s’apprêtent à admirer.

Le musée dispose également de deux catalogues, dont I’un présente les manuscrits du Coran en sa possession tandis que l’autre fait un exposé des arts islamiques en s’attachant aux œuvres les plus remarquables dans chaque domaine.
Une idée plus complète encore des trésors qu’abrite le musée est donnée au visiteur par différentes diapositives et des cartes postales
.

HISTOIRE DES BATAILLES LES GUERRES MEDIQUES

 

 

Avant-propos par Jean-Pierre BROECKAERT

 

 

 

 

Au début du VI ème siècle avant JC., les Perses occupaient un territoire entourant la ville de Suse, juste à l’Est de ce que nous avons encore l’habitude d’appeler le golfe Persique. Cyrus submergea les Mèdes, qui vivaient au Nord de son royaume, puis, avant qu’aucune grande alliance puisse se former contre lui, il tourna les yeux vers l’Ouest, vers le royaume Lydien d’Asie Mineure. Il soumit Crésus, le souverain de Lydie, et prit Sardes, sa capitale. On pourrait appliquer au roi Crésus la qualification d’ »Hélénophile parfait ». Il suivait les règles d’une coexistence non seulement pacifique mais chaleureuse avec les cités grecques du bassin oriental de la mer Egée, un territoire certes soumis à son autorité, mais il entretenait les mêmes rapports cordiaux avec les cités de Grèce continentales. On imagine donc avec quelle détresse la plupart des Grecs virent tomber le roi de Lydie. D’autre part, l’idéal grec de liberté, voulant le maintien de petites cités-Etats indépendantes, impliquait qu’un jour ou l’autre l’affrontement deviendrait inévitable si quelque empire puissant venait à mettre sous sa coupe la péninsule d’Asie Mineure.

 

Cyrus divisa son empire en provinces placées sous l’administration de gouverneurs, les fameux « satrapes » un mot perse dont nous avons hérité sous sa forme grecque. Cyrus fit achever la soumission du littoral égéen par son général Harpagus, alors que lui-même repartait vers l’est pour prendre Babylone - c’est la bataille dont parle l’Ancien Testament - mais il allait trouver la mort dans une guerre obscure parmi les tribus du Nord. Son fils, Cambyse, montrait quelques signes d’instabilité mentale mais n’en ajouta pas moins l’Egypte à l’Empire et, après un interlude où le pouvoir passa aux mains d’un usurpateur, le trône impérial revint à Darius, un autre rejeton de la famille royale (les Achéménides).

 

Darius tombe malade

 

Darius organisa l’Empire en vingt « satrapies » et résolut d’étendre son pouvoir jusqu’en Europe du sud-est. De fait, il allait conduire ses armées jusqu’au-delà du Bosphore et même jusqu’au-delà du Danube ! Pendant sa dernière campagne contre les Scythes, l’empereur tomba malade. L’armée Perse n’eut sans doute pas échappé à l’encerclement et au massacre sans la loyauté du contingent de Grecs d’Ionie qui combattaient pour Darius et gardaient la tête de pont sur le Danube. Darius et les Grecs ioniens tirèrent des conclusions erronées de cette campagne. Darius en conclut qu’à l’avenir il pourrait toujours compter sur la fidélité inébranlable des Grecs ioniens et les Grecs ioniens, qui avaient vu les Perses se faire étriller par les Scythes, en conclurent que le jour était proche où eux-mêmes pourraient, sans risque de châtiment et avec de raisonnables chances de victoire, se révolter contre leur maître perse.

De Millet, la plus grande ville des Ioniens, une ambassade vint en Grèce continentale faire la tournée des compatriotes installés dans les divers Etats grecs et solliciter une aide militaire. Les Spartiates, prudents diplomates, après quelques hésitations refusèrent. Les Athéniens, impulsifs, apportèrent une contribution de vingt navires à la cause de l’indépendance pour leurs frères d’Orient. Quant à la ville d’Erétrie, sur la grande île d’Eubée, elle envoya cinq navires.

 

Au début, la rébellion des Ioniens connut le succès. Les Grecs marchèrent vers l’intérieur, ravagèrent Sardes, l’ancienne capitale de Crésus devenue résidence d’un satrape. Mais les représailles ne se firent point attendre. La flotte grecque fut mise en pièces à la bataille de Lade, en 494 avant JC. Millet fut détruite par les Perses, ses habitants massacrés ou emmenés en esclavage. Les Athéniens accueillirent la nouvelle avec effroi. Ils soupçonnaient - et ils n’avaient pas tort - qu’il fallait s’attendre à pire. Darius, qui n’avait pas oublié les navires mis à la disposition des Ioniens, préparait en effet une expédition punitive contre la Grèce continentale. Son armada, aux ordres de son propre gendre, fit voile en 492 avant JC., serrant au plus près le littoral Nord de la mer Egée (Sur la Méditerranée, dans l’Antiquité, les capitaines préféraient, quand c’était possible, ne pas perdre la côte de vue). Mais une tempête endommagea gravement la flotte perse au large du promontoire formé par le mont Athos, de sorte que Darius fut contraint à une nouvelle tentative.

Une opération dissuasive

 

Une autre flotte partit donc, avec d’autres chefs, et par l’itinéraire de Naxos traversa l’Egée centrale. Erétrie, la plus faible des deux villes à châtier, fut prise en un rien de temps et rasée. Puis, les Perses débarquèrent sur la côte Nord-Ouest de l’Attique, dans la plaine de Marathon, d’où une route, contournant le mont Pentelicus par le Sud, menait droit à Athènes. Mais une armée athénienne vint s’opposer au débarquement et, au terme d’une glorieuse bataille, mit les Perses en déroute sur la plaine même. Ceux des Perses qui avaient survécu ou n’avaient pas été engagé reprirent la mer, contournèrent le cap Sounion dans le but d’attaquer Athènes en venant du golfe Saronique. Mais l’armée athénienne victorieuse revint à toute allure de Marathon et elle était là, prête à la lutte, lorsqu’arrivèrent les Perses. Ceux-ci trouvèrent plus judicieux de ne pas tenter un deuxième débarquement…

Xerxès mène

une expédition punitive

 

Lorsqu’il mourut, en 486 avant JC., Darius avait mis le point final à sa vengeance contre Erétrie, mais pas à son courroux contre Athènes. Bien au contraire, dans l’optique des Perses, Athènes, qui avait aidé Erétrie, s’était chargée d’un nouveau crime. La faute demandait le châtiment et l’expédition punitive passa aux mains du fils et successeur de Darius, Xerxès. En 480 avant JC., dix ans après l’ultime campagne de son père, Xerxès passait l’Hellespont avec une armée dont l’effectif allait devenir légendaire et traversa la Thrace pour entrer en Grèce septentrionale.

 

Cinglant le long du littoral nord de la mer Egée, la-même où la marine de Darius avait été jadis décimée par la tempête, la flotte perse suivit un itinéraire parallèle à celui des forces terrestres. Mais avant de se mettre n marche, Xerxès avait fait percer un canal à l’endroit le plus étroit de la péninsule d’Athos ; un travail qui dura trois années. Son armada put donc éviter de doubler le cap, s’évitant ainsi bien des dangers.

 

A cette occasion, Sparte avait bien voulu se laisser convaincre de participer à l’effort de guerre qui unissait les autres Grecs. L’un de ses rois, à la tête d’un détachement délibérément sacrifié et avec l’aide de tous les alliés sur lesquels il put mettre la main, offrit aux Thermopyles une glorieuse résistance tandis que, par ailleurs, une flotte grecque livrait un combat de retardement contre la flotte perse au large d’Artémision, le cap le plus septentrional de l’Eubée. Mais les Perses balayèrent tout devant eux et furent bientôt maîtres du Nord de la Grèce.

On avait évacué la population d’Athènes sur l’île de Salamine et sur quelques côtes du voisinage. Les Perses entrèrent donc dans Athènes et brûlèrent la citadelle, massacrant les rares défenseurs. Mais c’est à Salamine que se joua, sur mer, la bataille décisive. L’armada perse fut mise en fuite, avec des pertes énormes, et Xerxès, craignant peut-être les répercussions de sa défaite parmi les peuples de l’Est, dut bien subir l’humiliation d’une retraite qui conduisit le plus gros de son armée vers l’Hellespont, tandis que le général Mardonius restait en Grèce avec d’autres forces terrestres pour achever la conquête. Toutefois, dès l’année suivante, Mardonius se fit écraser à Platées et les survivants partirent sur les

traces de Xerxès, en direction de l’Asie.

 

Alors qu’on se battait à Platées, le bassin oriental de la mer Egée se trouvait devant une situation nouvelle. Les navires de Xerxès ayant échappé à l’hécatombe furent tirés à la côte à Mycale, sur le continent asiatique, et entourés d’un rempart, alors que les Grecs, dont la flotte avait suivi le mouvement à distance respectueuse, s’installaient sur la côte de Samos et regardaient faire l’ennemi. Mais ils prirent enfin courage, franchirent le détroit qui les séparait du continent, détruisirent à la fois le camp et la flotte des Perses. On peut supposer, sans grand risque d’erreur, que la victoire de Platées avait fait des merveilles pour le moral des troupes. Hérodote dit que les batailles de Platées et de Mycale eurent lieu le même jour mais, peut-être faut-il, sur ce plan, nous garder de le prendre trop à la lettre.

 

Mycale annonçait un autre triomphe des Grecs, cette fois sur les berges du fleuve Eurymedon, dans le Sud de l’Asie Mineure. Mais le Dieu Mars leur fit quand même grise mine quand fit long feu une expédition lancée pour aider une rébellion égyptienne contre le pouvoir perse. Il fallut attendre 449 avant JC. pour qu’il soit possible de conclure un accord par lequel la Perse reconnaissait l’indépendance des cités grecques dans le bassin oriental de la mer Egée.

la puissance sassanide

Les origines :

Dans le Fars, dès l’année 211, un vassal du roi parthe Artaban V, nommé Ardachir ou Artahshatr, profite de la lutte que se livrent le roi et son frère Vologèse VI, pour se constituer un « royaume », en soumettant les roitelets voisins. En 222, Ardachir est vainqueur de Vologèse et en 224, c’est au tour d’Artaban V, pourtant « équipé » d’une armée très nombreuse, d’être vaincu, près de Suze, à Hormizdaghan. Le roi trouve la mort dans la bataille. La lutte continue, et en 226, Ctésiphon est prise et Ardachir y est couronné roi des rois. Mais l’Arménie et le pays des Kouchans restent fidèles à la dynastie arsacide. En outre, le fils d’Artaban, s’est réfugié dans les montagnes et mène une résistance avec les restes de l’armée parthe jusqu’en 228.

 

Comme descendant de Darius, Ardachir revendique l’empire achéménide entier et il envoie des ambassadeurs à l’empereur Sévère pour lui donner l’ordre d’évacuer l’Asie Mineure, la Syrie et ce qui avait appartenu à l’empire achéménide. Il fait face à une coalition dirigée par le roi d’Arménie, l’arsacide Khosroes, conquiert la Bactriane et le Belouchistan et soumet les Kouchans mais l’empereur romain, Alexandre Sévère n’a pas apprécié les paroles des ambassadeurs et il marche avec ses légions contre le nouveau maître de la Perse. Il est vainqueur en 232 et il prend le surnom de Parthique et de Persique. L’armée romaine s’enfonce en Médie et en Mésène, mais l’attaque de Ctésiphon est un échec. Les Romains comprennent qu’ils ont un nouveau voisin belliqueux et se retirent. Ardashir cesse de revendiquer les provinces romaines romaines d’Orient. Mais Rome est entrée dans la période délicate qu’on appelle anarchie militaire et les empereurs ne restent pas longtemps sur le trône. Ardashir s’installe à Ctésiphon, fait reconstruire la cité de Séleucie du Tigre. En 238, Les Sassanides profitent du faible nombre des légions romaines pour investir la Syrie et Sapor ou Shapur, le fils et successeur d’Ardachir, prend la cité d’Hatra, alliée des Romains et la détruit en 240.

 

Cette année là, Sapor succède à Ardachir sur le trône. Le nouveau roi se tourne vers l’Est met à sac la capitale d’été kouchane, Begram puis annexe le riche royaume des Kouchans, à la limite de l’Inde et de l’Afghanistan. Sapor s’empare de Peshawar, occupe la vallée de l’Indus et traverse l’Hindou Kouch. La campagne se poursuit par la conquête de la Bactriane, l’Oxus est atteint La dynastie kouchane du grand Kanishka est déposée. En 243, quelques empereurs romains plus tard, Gordien III intervient en Orient quand Sapor, rompant la trève maintenue depuis Alexandre Sévère, envahit la Mésopotamie et menace la Syrie. La campagne est victorieuse pour les Romains qui reprennent Carrhae et remportent une nette victoire à Rhesaina, s’emparent de Nisibis mais Sapor les arrête en 244 à Misikhé sur l’Euphrate, capture un grand nombre de prisonniers et oblige Gordien III à la retraite. L’Arménie et la Mésopotamie sont reprises par les Sassanides.

 

L’empereur Gordien meurt des suites d’une chute de cheval, près de l’Euphrate et son préfet du prétoire, Julius Philippus dit Philippe l’Arabe, lui succède. Rome renonce à sa suzeraineté sur le royaume d’Arménie ainsi qu’en Mésopotamie, laissant les mains libres au roi des rois. L’accord conclu entre les deux puissances stipule que les prisonniers romains sont libérés contre le versement d’un rançon de 500 000 aurei, et qu’un tribut annuel sera versé, mais Rome conserve ses conquêtes jusqu’à Anatha. Cette victoire conforte la position de Sapor auprès de ses vassaux. Profitant de la paix avec son ennemi romain, Sapor consolide son pouvoir et « punit » les rebelles qui refusent sa suprématie, ainsi en 250, il fait campagne dans le Khorassan. En 252, Sapor occupe l’Arménie, élimine son roi Khosroes et place son fils Hormizd sur le trône. C’est un motif de guerre pour Rome qui rassemble ses légions en Syrie mais Sapor agit rapidement et avec l’aide de l’Arménie, remporte une victoire contre les légions à Barbalissos sur l’Euphrate. Il ravage la Syrie entière et un fonctionnaire syrien, Mariades prend le pouvoir à Antioche et lui fait allégeance. En 254, Sapor prend cette ville et la détruit, ses habitants sont déportés en Perse où ils participent à la création de nouvelles cités. Sapor assiège la cité de Doura Europos sur l’Euphrate en 256 et la prend. La situation dans l’empire romain se dégradant suite aux invasions et à la guerre civile, le tribut n’est plus payé. Sapor menace l’Egypte et ses cavaliers avancent en Asie Mineure.

 

La campagne de Valérien 259 260 :

 

En 259, l’empereur Valérien s’embarque pour l’Orient avec une forte armée, repousse les Goths qui se sont répandus dans les détroits, reprend Byzance et reconquiert la Syrie. Puis il revient vers la Cappadoce chasser des partisans perses et la peste décime son armée. Sapor se replie vers le Haut Euphrate, aux environs d’Edesse qu’il assiège avec ses forces intactes ainsi que Carrhes. Valérien se décide à entrer en Mésopotamie pour protéger Edesse. L’armée sassanide remporte la victoire face aux légionnaires affaiblies et mal approvisionnées et capture l’empereur Valérien pendant des pourparlers ainsi que de très nombreux légionnaires, (70 000), qui vont bientôt construire le grand barrage de Sostra, sur le fleuve Karun, en Susiane.

La Syrie est soudain sans défense, l’armée sassanide la dévaste ainsi que la Cilicie et la Cappadoce. Les troupes impériales romaines ne se montrent pas. L’opposition  à cette occupation vient d’ailleurs. Un général romain « indépendant », nommé Kallistos ou Ballista réussit à attaquer les Perses qui assiègent Pompeleioupolis en venant par navires depuis la Cilicie, à éliminer plusieurs milliers d’ennemis et à capturer le harem royal. Sapor bat précipitamment en retraite et sur le chemin du retour, il subit des pertes sensibles du fait des attaques du gouverneur de Syrie-Phénicie, Septimius Odaenathus, Odénath de Palmyre (ancienne Tadmor, la cité des palmiers). Ce dernier prend ses distances avec l’empire romain et mène la contre-offensive. Avec ses chameliers, il combat efficacement les cavaliers sassanides par des coups de mains et leur reprend une partie du butin. Il réunit les débris des légions romaines et peut être quelques partisans des derniers Arsacides à ses troupes palmyréniennes et chasse les troupes sassanides de Syrie. Puis il franchit l’Euphrate, délivre la cité d’Edesse qui a résisté efficacement et en  262, reprend aux Perses, les cités de Carrhae, de Doura Europos et de Nisibis. Il semble que l’Arménie échappe à l’autorité des Sassanides. Puis il prend l’offensive et marche sur Ctésiphon. Il ravage la région, et dans une deuxième expédition, bat les Perses devant les murs de la cité. Sapor semble passer le reste de son règne à combattre Palmyre où Odénath assassiné est remplacé par sa femme Bat-Zabbaï, Zénobie en grec, qui fonde un éphémère empire d’Orient et semble plus favorable à la Perse. Aurélien est vainqueur de la princesse Zénobie que Sapor n’a pas soutenu, il remporte quelques victoires face aux Sassanides et négocie un traité de paix avec Sapor.

 

La situation en Gaule, en Bretagne et en Dacie, puis l’invasion du Nord de l’Italie par les Alamans, empêche Aurélien et son successeur Probus de faire la guerre aux Sassanides ce qui rend le règne de Bahram Ier ou Varham 1er « paisible ». Mais son successeur, Bahram II ou Vahram II, qui règne depuis 276 se heurte en 282 à Carus, le nouvel empereur qui veut venger la mort de Valérien. L’invasion de l’Arménie est suivie de celle de la Mésopotamie, et Ctésiphon comme Séleucie sont occupées. Carus atteint le Tigre lorsqu’il est assassiné, ou foudroyé dans sa tente, mais le traité de paix confirme la cession de ces deux provinces à Rome. En effet, en même temps que  les légions entraient en territoire sassanide, une grave insurrection a éclaté à l’Est. Le vice-roi du Séistan, le propre frère du roi des rois, veut s’emparer du trône et a le soutien du prince kouchan Vasudeva II. L’armée romaine veut rentrer et retraite dans la province d’Asie. Dioclétien signe un traité de paix en 287 avec Bahram II. En 293, Narses, le fils de Sapor 1er, détrône son petit neveu Bahram III et restaure l’unité de l’empire. Il pratique une politique hostile à Rome et entre en campagne en direction de Carrhes et ses cavaliers occupent rapidement l’Arménie, L’Osroene et la Syrie jusqu’à Antioche. Galère, le César de Dioclétien revient en toute hâte du Danube et tente de l’arrêter en Mésopotamie en 297 mais la victoire reste aux Sassanides près de Calinicum. Narses évince le roi Tiridate III d’Arménie que Dioclétien a mis en place. Mais ce dernier envoie des contingents illyriens et sarmates en renfort en Orient et Narses est vaincu et blessé sur l’Araxe. Caius Galerius Valerius Maximianus, Galère, envahit la Mésopotamie, prend Nisibis et entre dans Ctésiphon. En 298, Narses doit accepter la perte des provinces mésopotamiennes, celle de 5 provinces de la rive gauche du Tigre et un protectorat sur l’Arménie au traité de Nisibis. De nouveaux territoires constituant la Petite Arménie sont perdus. Dioclétien fait construire un limes fortifié pour barrer les routes du désert de Syrie. Incapable de juguler la menace kouchane, Narses marie son fils Hormizd II à une princesse kouchane pour obtenir une attitude bienveillante de sa famille.

Le règne de Sapor II le Grand :

 

Le fils posthume d’Hormizd II, Sapor II, monte sur le trône vers 309, c’est alors un enfant et une longue régence voit sa mère et les Grands de l’Empire gouverner. C’est une période de paix avec Rome qui connaît la longue guerre civile se terminant par le triomphe de Constantin. Le royaume kouchan profite d’un certain dynamisme pour gagner des territoires .Une fois aux commandes, la première campagne du roi des rois est destinée aux provinces orientales. La puissance Kouchane est écrasée, le territoire est rattaché à l’empire. Une fois tranquillisé de ce côté, Sapor II veut effacer ces traités de paix qui amputent l’Empire sassanide de nombreuses provinces occidentales. Les hostilités envers l’empire de Constantin commencent vers 337 et l’objectif de Sapor est la prise des grandes forteresses en Mésopotamie romaine, Nisibis, Singara et Amida. L’empereur Constantin meurt à Nicomédie avant de lancer sa campagne .Sapor lance trois offensives en vain contre Nisibis et si les combats contre Constance II sont favorables la décision ne vient pas. La grande bataille de Singara en 348 est violente mais indécise, les légionnaires ont l’avantage mais la poursuite et l’attaque désordonnées du camp perse permettent aux cavaliers sassanides d’annuler le gain de la bataille. Puis la stratégie romaine devient plutôt défensive, on construit des forts avec Nisibis comme centre principal. Cette cité est assiégée trois fois par Sapor mais les défenses tiennent jusqu’en 360. Sapor II prend peu à peu le dessus. C’est vers 350 qu’une nouvelle invasion survient à l’Est, ce sont des Huns Blancs appelés « Chionites Hephtalites ». Ces combats sont suffisamment âpres pour que les négociations s’engagent et aboutissent à l’accord suivant : le Shah fournit des terres où les envahisseurs pourront s’installer tandis que Grumbates, leur roi, fournira des troupes au roi des rois pour lutter contre les Romains. Alors Sapor peut se consacrer à son principal ennemi qui tente d’obtenir un règlement pacifique mais en vain. Alors que Constance est mobilisé sur le Danube, Sapor décide une vigoureuse campagne en territoire romain, concrétisée par la reprise de l’Arménie, l’invasion de la Syrie et la prise, au bout de 73 jours de siège, de la cité romaine d’Amida, sur le Haut Tigre, vers 359. Ce retard et les pertes significatives, on parle de 30 000 vétérans, détermine la fin précipitée de la campagne. En 360, l’armée romaine envahit l’Arménie mais se retire, frappée par la famine. L’empereur Constance demande à Julien des renforts que celui ci refuse.     

 

Mais en 363, c’est au tour de l’empereur Julien de faire une campagne contre les Sassanides. Il rassemble une armée de 60 000 hommes et bien pourvu en navires de guerre et de transport, il bénéficie du soutien du roi d’Arménie Archak II. Julien conduit une armée en suivant l’Euphrate et une seconde armée conduite par Archak fait diversion dans le district de Chiliocome, au nord de la Mésopotamie. Les Romains prennent les fortifications ennemies le long de l’Euphrate tandis que Sapor refuse le combat. En juin, Julien remporte la victoire de Maranga où les cataphractes et les clibanaires sassanides sont repoussés avec de lourdes pertes. Sapor demande la paix qui est refusée et se replie derrière les fortifications de Ctésiphon. Julien peu équipé en engins de siège, se retire et suit le Tigre en comptant attirer l’armée perse hors des murs pour l’attaquer dans la plaine. L’armée sassanide se tient à son rôle de harcèlement de l’ennemi et l’armée romaine ne peut tenir et doit se replier vers l’Assyrie. Quelques jours plus tard, les Sassanides tuent Julien d’un coup de lance au cours d’une escarmouche contre son arrière garde, ce dernier s’est précipité pour rassembler ses troupes sans mettre sa cuirasse. Sapor impose à son successeur Jovien, un traité de paix très favorable pour les Sassanides qui restitue les provinces de la rive gauche du Tigre, la suzeraineté sur l’Arménie et une partie de la Mésopotamie. Ce traité de 363, inaugure la plus longue période de paix entre les deux puissances ennemies, il prévoie aussi la défense des passes du Caucase, les Sassanides élèvent des fortifications et installent des garnisons dont l’entretien est financé en partie par Rome.

Sapor a alors les mains libres pour intervenir en Arménie, d’abord au Nord vers l’Azerbaïdjan, où Archak réussit à lui infliger des pertes mais bientôt au Sud ou une trahison fait pénétrer les Sassanides dans son royaume et peu à peu les nobles arméniens abandonnent leur roi qui ne sait résister aux invites de Sapor, mi menaçant, mi enjôleur. Une fois entre ses mains, Archak est enfermé au Khouzistan, au « Château de l’Oubli » où après une longue captivité, il se donne la mort. Aussitôt Sapor envoie une armée prendre le contrôle de l’Arménie. La résistance de la veuve d’Archak, réfugiée dans la forteresse d’Atakert, permet aux nobles Arméniens de se ressaisir, tandis que le fils d’Archak, Pap est mis à l’abri chez les Romains. A la demandes des nobles arméniens, l’empereur  Valens autorise Pap à rentrer en Arménie mais ne lui accorde pas le soutien de troupes romaines pour éviter de relancer la guerre en Orient  quand les Goths sont menaçants sur le Danube. Sapor furieux envahit l’Arménie et la ravage, puis il place des garnisons dans tous les lieux fortifiés. Pap est contraint à la fuite, la reine mère est capturée ainsi que le trésor royal. Rome finit par réagir et l’empereur Valens envoie Arinthaeus à la tête d’une armée attaquer les garnisons perses qui sont bientôt chassées et Pap peut retrouver son trône vers 369. Mais Valens n’est pas prêt à la guerre pour l’Arménie et il abandonne Pap. La fin du long règne de Sapor est marquée par des persécutions envers les chrétiens tout à fait suspects depuis  l’empereur Constantin. Vers 377, Sapor doit faire campagne pour arrêter les Huns et les repousser dans le Caucase. Quand il meurt, l’empire sassanide est puissant, nettement plus étendu qu’à son avènement.

 

En 379, son frère Ardachir II lui succède très âgé, après une carrière de gouverneur de l’Adiabène. La lutte entre le trône et les nobles prend davantage d’ampleur et affaiblit la monarchie. Après un  règne écourté par ces grands féodaux (379 – 383), Sapor III monte sur le trône et l’absence de combat avec Rome se justifie par les invasions et usurpations qui menacent les Romains et par l’agitation que les Huns Hephtalites entretiennent à l’Est. En 390, un traité est signé entre Théodose 1er et Bahram IV Kermansham qui établit la paix entre les deux puissances. L’Arménie est partagée entre les deux empires, l’est revient aux sassanides tandis que l’ouest est sous domination romaine. Son frère Yazdgard Ier Ulathim règne dès 399 et se montre tolérant avec les chrétiens et les juifs ce que les Romains apprécient. Les Huns Hephtalites ont pris la place des Kouchans et forment un état puissant de part et d’autre de l’Indû-Kûch, la guerre reprend vers 415. En 419 la destruction d’un temple de Zoroastre et le refus de l’évêque Abdas de le reconstruire provoque des persécutions contre la communauté chrétienne. A la mort de Yazdgard  en 421, la compétition est très vive entre ses trois fils.

 

Bahram V Ghûr triomphe avec l’aide du prince de Hira, son père nourricier, et d’une troupe de cavaliers arabes et aussi de cavaliers perses. Il arrête l’expansion des tribus hepthalites de l’Est et très vite se heurte à la nouvelle Rome. A la suite des persécutions contre les chrétiens lancées par son père, ces derniers fuient en territoire byzantin. Bahram les réclame et il essuie un refus de Théodose. Ceci provoque une nouvelle guerre de 421 à 422 où les Romains d’Orient remportent des victoires, font de nombreux prisonniers et avancent jusqu’en Azarène et ravagent cette province. Puis ils font le siège de Nisibis. Bahram envoie la majorité de ses troupes sur cette ville et malgré leur nombre, les Sassanides sont battus. Bahram demande la paix qui est signée en 422 et prévoit pour 100 ans la liberté de culte accordée par Bahram aux chrétiens et réciproquement les zorastriens peuvent pratiquer en territoire byzantin. Bahram repousse une attaque des Huns Hephtalites en 427 et étend son influence dans ce secteur. En 428, en Arménie, il dépose le roi Ardaches IV et en fait une province de l’empire.

 

Yazdgard (Yezdegerd) II lui succède en 438, d’abord conciliant sur le plan religieux, il se montre un zélé zoroastrien dans les années 450  et décide de convertir l’Arménie au mazdéisme alors que les Hephtalites menacent à l’Est. Pendant qu’il est occupé de ce côté, c’est la révolte générale en Arménie et les troupes sassanides sont battues. Yazdgard à la tête de son armée attaque l’Arménie que Constantinople ne peut soutenir, en pourparler avec les Huns. Son commandant Mihr-Narseh remporte une coûteuse victoire à la bataille d’Avaraïr appelée aussi Vartanants, le 2 juin 451, où le chef arménien Vartan meurt au combat. Yazdgard élimine les insurgés et déporte les chefs des grandes familles en Iran. Mais les pertes subies, la « guérilla » que livre les Arméniens et la menace des Hephtalites à l’Est, l’empêchent d’imposer le mazdéisme.

 

Son fils aîné Hormizd III, lui succède en 457, il était précédemment roi de la Sacastène, mais il subit l’attaque de son frère Peroz et la guerre civile dure pendant deux années, leur mère Denagh règne en leur absence à Ctésiphon. Hormizd est vaincu et fait prisonnier à Reyy en 459, il y laisse la vie. Peroz est couronné la même année et il doit immédiatement protéger ses frontières du Nord et de l’Est. Il réussit à maintenir la paix avec l’Empire Byzantin et ce dernier le soutient en lui versant  de l’or. Il est appelé par l’invasion des Hephtalites dans le Tokaristan. Mais sa campagne tourne court, il est vaincu et prisonnier. Il doit payer une forte rançon et laisser son fils Kavadh en otage le temps de rassembler l’argent, provenant peut être de l’empereur Zenon. Un fois son fils libéré, Peroz après avoir assaini ses finances, décide d’attaquer les Hephtalites, il « se perd avec son armée » dans le désert oriental puis il est vaincu et tué en 484. L’empire sassanide est envahi et pillé pendant deux ans. Un tribut est payé à l’empire Hun. Un noble de Karen, Zarmihr rétablit la situation et facilite l’avènement de Valash ou Balash, l’un des frères de Peroz.

 

Ce dernier règne 4 ans mais Zarmihr reste omnipotent. La révolte de Zareh, le frère de Valash est jugulée. Le roi est destitué en 488, aveuglé et remplacé par le fils de Peroz, Kavadh 1er ou Qobad, qui hérite d’une situation calamiteuse. La situation économique est sombre, et il faut payer le tribut aux Hephtalites avec lesquels il a de bonnes relations. L’or de Constantinople est sollicité mais l’empereur Anastase réclame en compensation la cité de Nisibis. Kavadh entend exercer son pouvoir et il élimine Zarmihr. La paix est rétablie avec les Arméniens rebelles et leur chef Vahan. Un mouvement « révolutionnaire » secoue l’empire, initié par Mazdak, il prône l’égalité primitive, la mise en commun des biens et des femmes. Le roi Kavadh se rallie à cette doctrine, peut être pour briser la noblesse. Les troubles s’étendent et les Arméniens sont menaçants. Un complot organisé par le haut clergé et des nobles partisans de Zarmihr, détrône le roi et le jette en prison, au Château de l’Oubli, en 496 et le remplace par son frère Zamasp.

 

Mais il est de retour sur le trône vers 500 et il entreprend de consolider le pouvoir royal et conduit une sévère répression des mazdakites responsables de pillages. Cela lui apporte le soutien du clergé. Les Hephtalites qui ont aidé le roi à reconquérir son trône, lui réclament des subsides qu’il ne peut leur fournir. Kavadh demande une aide financière aux Byzantins et l’empereur Anastase refuse. En 502, Kavadh lui fait la guerre, envahit la Mésopotamie avec des Hephtalites et des Arabes du Hira, enlève diverses forteresses et enfin, capture Amida après un siège acharné. Les Byzantins réagissent faiblement car les Huns ravagent les Balkans, mais ils réussissent à stabiliser les positions en dépit des désaccords entre leurs généraux. Kavadh est distrait de cette guerre par une invasion hephtalite par les portes Caspiennes et il accepte une trêve de 7 années avec les Byzantins. Pendant ce temps, Anastase convoque ses généraux et identifie la position clé de la défense, à proximité de la frontière. Il choisit le site de Dara et entreprend la construction d’une forteresse massive. Malgré cela, la trêve dure 20 années pendant lesquelles, la lutte contre les Huns se poursuit. La reprise des combats vient du refus de l’empereur Justin d’accepter la demande d’adoption et de garantir la succession que Kavadh présente pour son fils Khosroes. La guerre commence bien pour Kavadh qui inflige des revers aux Byzantins en Arménie et en Haute Mésopotamie. Mais Justinien succède à Justin en 527 et réorganise la défense en construisant des ouvrages défensifs majeurs sur le front oriental et en nommant un nouveau commandant : Bélisaire. Pendant ce temps les troubles provoqués par le mouvement mazdakite se développent. Kavadh s’appuie sur les zoroastriens et les chrétiens pour condamner le mouvement, les chefs sont éliminés. Dès 530, Kavadh est vaincu en Arménie et Bélisaire triomphe de l’armée sassanide devant sa base de Dara avec 20 000 soldats contre 40 000 ennemis. Mais en 531, Bélisaire doit suivre ses soldats qui « réclament une offensive » et son armée de 20 000 soldats en partie cavaliers est défaite à son tour  à Callinicum sur l’Euphrate par une force sassanide composée uniquement de 15 000 cavaliers mais les pertes sassanides sont telles que la retraite continue. Une paix perpétuelle est signée en 532 par le nouveau souverain sassanide, Khosroes ou Khosro Ier. Justinien qui veut conquérir l’Afrique du nord et la Sicile, accepte de verser 11 000 livres d’or et de retirer ses troupes de Dara. Que s’est il passé ?

Le règne de Khosroes Ier :

 

Khosroes Anuchiravan (à l’âme immortelle), monte sur le trône malgré l’opposition de son frère aîné Kawûs, au moment de l’épreuve de force entre les nobles et le peuple et il sort plus puissant qu’aucun de ses prédécesseurs, de cette longue lutte. Il corrige les désordres causés par les mazdakites et réforme l’armée en donnant aux quatre divisions de l’empire un commandement séparé et leurs propres troupes. A côté des paysans lourdement armés pour les campagnes, une milice est créée avec d’autres paysans plus légèrement équipés. Les prisonniers sont déportés en Iran et soumis à un « service militaire » obligatoire, tels les Alains, les Khazars qui sont entrés jusqu’en Arménie. Pour protéger les frontières, des tribus barbares sont installées et représentent une défense extérieure vis à vis des nomades. De puissantes fortifications sont édifiées le long des passes de Derbend et une muraille verrouille les passages au Sud Ouest de la Mer Caspienne. Les hostilités reprennent avec Byzance pour un litige entre l’État ghassanide tributaire des Romains et le roi d’Hira, vassal de Khosroes. Khosroes envahit la Syrie, prend Antioche et la brûle et sa population est déportée près de Ctésiphon. Un armistice est signé en 545 mais la paix attend 562 et elle est prévue pour durer 50 ans. En 540, Khosroes refuse de payer le tribut habituel aux Hephtalites, mais ces derniers ne peuvent forcer l’application de l’accord. Une vingtaine d’années plus tard, alliés aux Turcs, les Sassanides écrasent les Hephtalites dont le territoire est partagé entre les coalisés, ce qui fixe la frontière orientale de l’empire sur l’Oxus, les Hephtalites sont éliminés. La frontière Nord tient face aux Huns et dans le Sud, appelé par les Himyarites pour lutter contre les Ethiopiens, l’empire sassanide avance jusqu’au Yémen qui est annexé en 571. Byzance s’inquiète de ce renouveau de la puissance sassanide et de son expansion, et déploie une activité diplomatique intense pour former une coalition. Mais des troubles en Arménie montrent la supériorité militaire sassanide. La Mésopotamie est envahie et dévastée. Khosroes meurt quand les négociation s’engagent. Ainsi se termine le long règne qui marque l’apogée de la monarchie sassanide.

 

Hormizd IV lui succède en 579 et veut maintenir la suprématie du trône sur la noblesse et le clergé. Mais il est bientôt en difficulté et s’appuie sur les chrétiens ce qui heurte les zoroastriens tandis que l’active diplomatie byzantine l’oblige à combattre sur trois fronts. Le général Vahram Tchûbin, vainqueur des Turcs dans l’Est et des Huns du Nord, est plus malchanceux contre les Byzantins. Le roi le sanctionne pour ces échecs et Vahram se révolte. Le roi est capturé et mutilé puis jeté en prison. Il est remplacé par son fils Khosroes II. Vahram est issu d’une des plus grandes familles de la noblesse arsacide et soutenu par son armée, s’empare de Ctésiphon et se proclame roi des rois. Khosroes se réfugie auprès de l’empereur Maurice. Ce dernier lui fournit des troupes pour renverser Vahram qui disparaît vite et reconquérir le trône. Cette aide n’est pas gratuite, Dara, Maïpherqat sont cédées ainsi que la majeure partie de l’Arménie. Quelques années plus tard, Khosroes II profite de l’assassinat de l’empereur Maurice pour attaquer Byzance, il  reprend l’Arménie et Edesse, traverse la Cappadoce, prend Césarée et Chalcedoine et atteint le Bosphore en 610. En 611, ses troupes s’emparent de Damas puis de Jérusalem qui est pillée en 614. En 616, l’armée occupe Gaza, entre en Egypte, prend Alexandrie, remonte le Nil et atteint l’Ethiopie. L’armée sassanide prend Ancyre et assiège Constantinople. L’empire sassanide est au plus haut tandis que l’empire Byzantin semble très vulnérable et ne résiste guère en raison de la pression des Avars et des Slaves sur d’autres fronts.

 

Mais en 622, Heraclius, le nouvel empereur Byzantin prépare la riposte. Les Byzantins reprennent l’offensive, chassent l’ennemi de l’Asie Mineure et remportent des victoires en Arménie contre le commandant en chef de l’armée sassanide Schahr-Barâz. Le Pont et la Cappadoce sont évacués. Heraclius obtient une trêve avec les Avars et il pénètre en Médie et dans l’ Azerbaïdjan puis il se coordonne avec les Khazars, ses alliés et se dirige vers la vallée du Tigre, remporte une victoire décisive à Ninive en 627 puis assiège Ctésiphon. Khosroes fuit mais il est assassiné par les siens quand il refuse de signer la paix avec Heraclius. Les conquêtes en Afrique et en Anatolie sont perdues. Son fils Kavadh demande la paix aux Byzantins. C’est en juillet 629, que les Accords d’Arrabissos sont conclus. Pendant quatorze ans, une dizaine de rois va se succéder sur le trône, membres de la famille royales ou usurpateurs, parmi ces souverains deux femmes, Bûrândûkht et Azarmedûkht, filles de Khosroes II. Enfin, un prince sassanide est découvert à Istakhr où il se cachait et couronné dans cette ville sous le nom de Yazdgard III. Avec le général Rostam, il reprend Ctésiphon mais un danger nouveau pointe du Sud.  

 

                   La fin de l’empire sassanide :

 

Sous le califat d’Abou Bakr, le successeur immédiat de Mahomet, la volonté de réunir tous les Arabes entraîne les cavaliers musulmans dans la steppe syrienne. La cité de Hira, la capitale des Lakhmides, est prise en 633 et de ce point de départ, les incursions en Mésopotamie se multiplient. Yazdgard riposte et remporte en octobre 634, la bataille d’Al-Jisr ou du Pont, à proximité de la cité de Hira. Il s’agit de l’exploitation d’une situation favorable par Bahman, le chef de l’armée perse face à Mothanna qui conduit la cavalerie arabe et suit l’armée ennemie en traversant l’Euphrate sur un pont fait de bateaux. Dès que la cavalerie arabe a franchi le fleuve, elle ne trouve pas de place pour se déployer et subit une charge d’éléphants qui les refoule dans le fleuve sur 9 000 cavaliers seulement 3 000 peuvent se regrouper, pour le reste, un tiers est mort au combat, un autre tiers s’est noyé et le dernier tiers a pris la fuite. Le lendemain, Bahman ne peut poursuivre les vaincus car il doit partir pour Ctésiphon où une révolte a éclaté. Après la victoire des Arabes contre les Byzantins à Yarmouk en 636, la Syrie est occupée et Omar, le nouveau calife, peut redéployer ses troupes pour mener l’offensive contre Yazdgard. En 637,  le Shah veut reprendre la cité de Hira, son général Rostam Farrokzad commandant une armée de 100 000 hommes, traverse l’Euphrate et livre bataille à Kadisiyya, près de la ville moderne d’Hilla en Irak. Il rencontre Sa`d ibn Abī Waqqās à la tête de 30 000 cavaliers arabes  comprenant des renforts venus de Syrie. Le terrain steppique est favorable aux musulmans. L’armée sassanide domine son adversaire pendant les deux premiers jours et en particulier les cavaliers arabes souffrent des charges d’éléphants. Mais la bataille dure quatre jours et bascule quand les cavaliers arabes attaquent les éléphants avec des flèches et des javelots et que ces derniers fuient en écrasant les troupes sassanides. Profitant de ces ouvertures dans les rangs perses, un assaut est donné sur le général Rostam. Il est capturé et décapité. C’est la fuite chez les Perses qui subissent de très lourdes pertes, on évoque le nombre de 70 000 tués. Dans la foulée Ctésiphon est assiégée mais elle vient d’être évacuée. Les vainqueurs mettent la main sur d’importantes richesses et remportent une nouvelle victoire à Jaloula, Yazgard et sa cour se réfugient dans le Zagros et le roi envoie des parlementaires pour négocier la cession du territoire situé à l’ouest du Tigre. Les Arabes refusent et le roi tente sauver son empire et recrute de nouvelles troupes. Il est à nouveau vaincu à Jaloula, puis à Qasr-e Shirin et Masabadhan, la Haute Mésopotamie est perdue tandis que l’Arménie est occupée. Une nouvelle bataille a lieu en 642, celle de Nahavand (ou Nihawend ou Nehavend). Cette fois encore la supériorité numérique des Sassanides est écrasante, mais cette armée est encerclée et prise au piège dans une vallée étroite et perd près de 100 000 soldats. Yazgard s’enfuit à Merv, c’est la fin de l’empire sassanide. En 643, un nouveau combat est perdu à Reyy puis c’est à Stakhr que Yazgard perd la Perside et se réfugie au Khorassan où il n’est qu’un roi en fuite comme Darius III après la bataille de Gaugameles. Il finit par être abandonné et épuisé, il demande dans un moulin, asile pour la nuit. Il est assassiné pendant son sommeil en 651.              

 

 
L’armée sassanide :

La principale force de cette armée est la cavalerie lourde. Composée de nobles, elle est cuirassée, bien protégée par des plaques de fer et particulièrement bien entraînée. La monture est également protégée. Sapor II est intervenu pour que la cavalerie soit plus minutieusement protégée. Ainsi ils n’étaient exposés aux flèches que par de toutes petites ouvertures nécessaires à la vue par exemple. Ils utilisent la lance, mais aussi l’arc, l’épée, la hache de bataille et la masse. Les archers de cavalerie sont capables de tirer en arrière pendant leur retraite. L’élite de cette cavalerie est nommée les Immortels comme chez les Achéménides et les Arméniens sont aussi de bons cavaliers. Une partie de cette cavalerie sassanide est légèrement armée, elle sert d’éclaireurs et se recrute principalement chez les mercenaires Kouchans, Khazars ou même Hephtalites. Même s’il existe des armées sassanides entirement montées, la cavalerie représente en moyenne le tiers de l’armée. L’infanterie comprend des archers, des frondeurs et des javeliniers, ainsi que des fantassins lourds, armés de lances ou d’épée, dont la Sogdiane fournit de bonnes unités. Les archers tiraient une grande quantité de flèches derrière un rideau de boucliers. L’armée sassanide emploie davantage d’éléphants que ses prédécesseurs les Parthes. Ilsi soutiennent les cavaliers et viennent de l’Inde. Une autre évolution par rapport à leurs prédécesseurs se manifeste dans la poliorcétique (art des sièges) où les scorpions et balistes romains sont imités et en défense  des liquides bouillants sont versés sur les assaillants

 

La découverte des Parthes et l’archéologie d’époque parthe en Mésopotamie et en Iran

Par Roberta VENCO RICCIARDI

 

La période parthe, en général étroitement liée à l’époque séleucide, a longtemps été connue principalement par les informations fournies par les sources classiques et par les monnaies qui, à partir du XVIIIe siècle, ont été classées, et qui ont posé les fondements de l’historiographie de cette période, l’étude des monuments de cette époque a été longtemps négligée en Iran, probablement en raison du fait que ceux-ci ne pouvaient soutenir la comparaison esthétique avec les restes achéménides et sassanides. Il en était de même en Mésopotamie car les vestiges parthes étaient peu visibles sur le terrain et, de plus, généralement moins intéressants que les périodes de la tradition biblique, caractérisées par des monuments en pierre ou en brique cuite d’excellente qualité et fournissant des briques et des tablettes inscrites.

 

Cependant, les monuments   parthes   ont   été documentés dès la fin du XVIIe siècle par le Français Grelot qui accompagnait M. Chardin. En particulier, celui-ci a laissé du relief de Mithridate II à Béhistoun un croquis  d’une   remarquable   importance dans la mesure où ce bas-relief a été fortement endommagé par une grande inscription du XVIIIe siècle.

 

LES RECHERCHES AU XIXe siècle

A part les relevés d’inscriptions parthes et sassanides qui ont servi de base pour le déchiffrement du moyen-perse et du pehlvi, M. Ker Porter a réalisé au début du XIXe siècle de très beaux et très fidèles dessins de monuments parthes et sassanides.

C’est à partir des années 1840 que les explorations et la documentation des sites et des monuments se sont intensifiées. M. Layard, avant d’entreprendre des fouilles en Assyrie, a longtemps voyagé dans toute la Mésopotamie et l’Iran, en particulier dans les montagnes des Bakhtiari. Il nous a laissé des comptes rendus captivants sur les gens et les endroits les plus difficiles à atteindre, tout en découvrant et en enregistrant les monuments et les sites anciens qu’il rencontrait. Dans la Mésopotamie septentrionale, il a, à plusieurs reprises, visité Hatra dont il a fourni une description passionnante. Hatra, bâtie en pierre et exceptionnellement conservée pendant cette période, a été plusieurs fois visitée par des architectes et des amateurs d’antiquités (MM. Ainsworth, Ross, Ferguson).

La Mésopotamie centrale et méridionale est occasionnellement documentée pour la période parthe, cette fois-ci par des fouilles, à Babylone, mais surtout à Ourouk-Warka, où M. Loftus a mis au jour des fragments de décor architectural en stuc et des tombes avec mobilier.

Pour l’Iran, c’est l’œuvre de MM. Flandin et Coste qui a fourni de précieuses informations sur les sites parthes, principalement les reliefs rupestres, en particulier ceux d’Elymaïde, découverts par M. Bode en 1841.

L’œuvre de G. Rawlinson, The Sixth Gréat Oriental Monarchy, publiée en 1873, cherche à réhabiliter historiquement l’empire des parthes. Il résume de manière utile les recherches sur les antiquités parthes au XIXe siècle, tout en considérant les œuvres d’art et, en particulier, les reliefs rupestres grossiers, maladroits (« coarse, clumsy », p. 306). Il en conclut : « Les Parthes paraissent rarement avoir eu une idée d’un art purement esthétique » (« Of purely aesthetic art thé Parthians appear scarcely to have had an idea », p. 388). Cette opinion était relativement répandue, même plus tard, au XXe siècle, l’art parthe étant considéré comme une version barbarisée et dégénérée de l’art hellénistique. Cependant, Rawlinson estime en même temps que les grands résultats de l’architecture sassanide ont leurs racines dans l’architecture de Hatra.

À la fin du XIXe siècle, nous aurons la première documentation photographique grâce à l’œuvre très belle et riche des Dieulafoy, les premiers fouilleurs français du grand site de Suse qui avait déjà fait l’objet de recherches de M. Loftus dans les années cinquante. Ces premières fouilles à Suse ont été catastrophiques pour les couches les plus tardives de la ville, car les niveaux supérieurs ont été presque intégralement détruits. Et ce n’est que beaucoup plus tard, à partir du milieu du XXe siècle, que de nouvelles recherches contribueront à faire connaître les périodes les plus tardives.

 

LA PREMIÈRE MOITIÉ DU XXe S.

C’est à la fin du XIXe et surtout avec le XXe siècle qu’une véritable recherche archéologique s’est engagée, en particulier dans la région occidentale de l’empire parthe, grâce à la découverte et à la fouille soigneuse par une mission allemande de la ville parthe d’Assour, dont les vestiges recouvraient ceux de l’ancienne capitale assyrienne (qui était le vrai but de la mission allemande). Dans le même temps, cette mission a procédé à la prospection, au relevé et à la documentation graphique et photographique du grand site de Hatra.

En Mésopotamie du Sud, des exemples d’architecture tardive ont été mis au jour à Nippour.

Mais c’est à partir des années 1920-1930 que les Parthes entrent dans l’histoire de la recherche archéologique, en particulier pour ce qui concerne la partie occidentale de leur empire, et l’on assiste à un grand élan de fouille et des recherches archéologiques de la Mésopotamie septentrionale à la Mésopotamie méridionale. Ce sont d’abord les recherches à Doura-Europos qui se sont développées à partir de la découverte fortuite des peintures du temple de Bel, puis celles de Séleucie du Tigre, dont les trouvailles appartiennent pour une grande partie à l’époque parthe. Mentionnons également la publication de la ville parthe d’Assour (1933), les fouilles de Babylone, et la découverte du temple de Gareus à Ourouk-Warka.

En Iran, la situation archéologique est en moindre mesure liée aux fouilles extensives, en harmonie avec le type de monuments du territoire. Des premières décennies du XXe siècle, datent la découverte et les recherches sur le grand palais parthe et sassanide du Kuh-i-Khwaja dans le Séistan, par A. Stein puis par E. Herzfeld.

Ces derniers sont parmi les figures les plus significatives de la recherche archéologique pendant la première moitié du XXe siècle. L’un comme l’autre ont exploré les territoires les plus divers, l’un de l’Asie centrale et de l’Inde à la Mésopotamie, l’autre se consacrant plutôt à la Mésopotamie et surtout à l’Iran. Ces savants explorateurs ont contribué de manière fondamentale à la connaissance de ces régions grâce à leur énergie, leur intérêt, leur ouverture d’esprit et leurs qualités scientifiques. C’est, par exemple, A. Stein qui a fait connaître la découverte occasionnelle de la statue de Shami et qui a étudié le petit sanctuaire d’Elymaïde d’où elle provenait.

 

 

De ces années date également le début des recherches à Nisa, qui ont été poursuivies plus systématiquement après la Seconde Guerre mondiale, et, plus récemment, la prospection du territoire et une enquête sur le sanctuaire de Mansour Depe.

En 1935, M. Rostovtzeff publiait son article fondamental « Dura and the Problem of Parthian Art », qui peut être considéré comme la mise au point du concept d’art parthe, avec la mise en relation des arts figuratifs des régions s’étendant de Palmyre à l’Elymaïde et l’identification des canons stylistiques qui caractérisent cet art. Cette publication a donné lieu à d’innombrables discussions et disputes qui n’ont pris fin qu’en 1960, avec la publication fondamentale de D. Schlumberger, « Descen­dants non méditerranéens de l’art grec ». Dans cet article tout aussi célèbre, le regard s’étend jusqu’aux frontières indo-iraniennes, la définition de l’art parthe se trouve renouvelée, et l’accent est posé sur l’impact de l’hellénisme dans cette partie du monde et sur les différentes réponses qui lui ont été apportées selon les traditions de chacune des régions concernées.

La fin des années trente est la période la plus innovatrice pour la connaissance de l’art parthe, avec la parution du Survey of Persian Art. On y trouve en particulier une étude de M. Reuther qui reste aujour­d’hui encore fondamentale, présentant une remarquable analyse et une belle synthèse des données alors connues sur l’architecture parthe.

 

LA DEUXIEME MOITIÉ DU XXe siècle

La période des « pionniers de l’archéologie parthe » se termine avec la guerre. Celle qui s’ouvre ensuite est caractérisée par la poursuite des recherches dans les sites déjà connus. On observe alors une certaine amélioration des techniques et une progression de nos connaissances sur la période, ébauchée en grands tableaux généraux au cours des années précédentes.

En Mésopotamie, le seul grand site qui ait fait, pour la première fois, l’objet de fouilles, est la ville de Hatra, en Irak du Nord. Ces fouilles ont été conduites par l’administration des antiquités irakiennes à partir de 1951. Dans les années suivantes, d’autres sites mineurs de la région septentrionale et centrale de l’Irak ont été explorés, mais le tableau général n’a guère été modifié.

Si l’on exclut les grands sites d’ancienne tradition archéologique, la Mésopotamie centrale et méridionale est beaucoup moins étudiée que la partie septentrionale, et seuls quelques sites peuvent être cités. Dans les dernières années, peu avant la guerre du Golfe, c’est la découverte de la résidence d’Abou Qpubour qui présente un exemple parfait et régulier de la maison à iwan. Ce genre de grande demeure, considéré comme typique de la période parthe, est dans ce cas particulièrement intéressant, car il se trouve dans la même région que la capitale parthe, qui demeure à présent inconnue. Plus au sud, on signale la découverte par des archéologues irakiens de grandes nécropoles, près de Najaf, où l’on a retrouvé des matériaux céramiques et en verre de bonne qualité, partiellement atypiques et datant probablement de l’époque parthe tardive. Cette découverte présente un grand intérêt du fait qu’elle nous fournit des informations sur le peuplement de la zone d’Hira, capitale des Arabes lakhmides, et qu’elle nous ouvre de nouveaux horizons sur les relations culturelles entre les différents centres de la Mésopotamie d’époque parthe.

Dans le domaine de la recherche archéologique, la véritable nouveauté de cette période n’est pas seulement la découverte ou l’exploration d’un ou plusieurs sites, qui servent à mieux éclaircir un problème particulier, mais plutôt la réalisation d’une série de prospections archéologiques du territoire qui, à partir des années soixante, ont couvert une grande partie de la région centrale et méridionale de la Mésopotamie. C’est le mérite de R. Mac-Adams, en particulier, d’avoir remarquablement enrichi notre connaissance de la période parthe en élargissant de manière substantielle notre vision sur les questions de l’exploitation du territoire, du peuplement et de la dynamique de l’occupation. Aujourd’hui, même la partie septentrionale de la Mésopotamie est concernée, et la même technique est appliquée à l’intérieur de grands sites tels que Ourouk-Warka (U. Finkbeiner), afin d’évaluer l’extension et les différentes caractéristiques de l’occupation pendant les périodes séleucide, parthe et sassanide.

En Iran, la situation archéologique pour la période parthe est beaucoup plus dispersée en raison de l’importante extension de la zone, et surtout de sa division en plusieurs régions aux réalités

      

 

Culturelles totalement différentes. A l’exception de Suse, on n’y trouve aucune grande fouille en extension comme celles qui caractérisent l’histoire archéologique de la Mésopotamie. À partir des années soixante, la fouille de sites déjà connus tels que Qaleh-i Yazdigird, Masjid-i Soleyman ou Bard-e Néchandé, et la reprise des travaux à Kuh-i Kwaja, Shahr-i Qpumis ou Tureng Tepe, apportent des éclairages ponctuels sur une réalité multiforme. Le tableau jusqu’à présent relativement pauvre de l’Iran parthe s’en trouve remarquablement complété, en mettant en évidence les différences locales actuellement difficiles à synthétiser dans un cadre unitaire. De plus, on assiste à une reprise des recherches sur des sites déjà connus, tels que celui de Khorheh, présenté par Herzfeld comme un temple périptère d’époque séleucide, et que les recherches archéologiques récentes permettent d’identifier comme un bâtiment d’époque parthe.

À partir des années soixante-dix, de nombreuses prospections archéologiques ont été effectuées dans différentes régions afin d’obtenir une couverture archéologique de tout le territoire, faisant naître des problèmes intéressants et offrant des nouvelles perspectives de recherche. Ainsi, par exemple, les résultats de la prospection en Susiane placent sous une lumière plus forte et diversifiée la réalité de la grande métropole de Suse.

Il est évident que l’histoire de l’Iran parthe reste encore à étudier et à préciser. Il est en outre clair que si la Mésopotamie parthe, à quelques exceptions près, offre un tableau relativement cohérent malgré des différences locales, l’Iran de la même période semble marqué par des données essentiellement isolées, et caractérisé par une indépendance des différentes régions que l’on peut sans doute mettre en relation avec la structure peu centralisée de l’empire. Seules des recherches intensives pourront permettre d’insérer ces données éparses dans un cadre historique global.

Problèmes de déchiffrement

Pour la période de près de cinq cents ans que dura l’empire des Parthes, nous avons seulement un petit nombre de documents administratifs sur parchemin, environ deux mille ostraca (tessons inscrits) relatifs aux livraisons de vin dans l’une des propriétés du roi des rois, et une poignée d’inscriptions officielles [...].

Mais, pour peu nombreux que soient les documents, ils imposent une lourde tâche aux philologues, linguistes, paléographes et historiens ; presque chacun d’eux exige avant d’être lu un laborieux travail de déchiffrement [...].

On peut prendre pour exemple un ensemble de documents provenant d’un entrepôt de vin à Mihrdâtkart, et datant du 1er siècle av. J.-C. Ils sont connus sous le nom d’ »ostraca de Misa » et nous aurons à en repalier ultérieurement. Voici, transcrit en alphabet latin, le texte de l’un de ces docu­ments : « BHWTH ZNH MN pryptykn MN KRM’ ‘wzbry ZYLYD PHT’ Hm XXII HYTY srwsyk W mytry mdwbr ZY MN’rg [...] HN’Lt SNT II C X X III III » ; ce qui peut être traduit comme suit :

« Dans cette jarre, provenant de Phriapatikan, du vignoble tribuaire qui est à la disposition du satrape, vin : 22 mari (c’est la mesure de capacité). Apporté par Srochak et Mihr, intendants du vignoble de la région de Yg[...] (le nom est mutilé). Apporté pour l’an 216 (de l’ère arsacide, soit 32 av. J.-C.). »

En quelle langue ce document est-il rédigé ? Dans la translitération, tous les mots en capitales sont araméens, et seuls les noms de lieux, de personnes et les titres (« intendants du vignoble ») sont du perse en caractères araméens. Néanmoins, le document est perse. Cela ressort non seulement des noms, mais également du fait que le verbe araméen (HN’L) possède le « complément phonétique » perse indiquant la personne et le nombre.

Ce déroutant système d’écriture – qui fait penser à un message en code – dut son développement au fait que les scribes perses de cette époque, suivant la tradition des chancelleries achéménides, usaient fréquemment de mots araméens, voire de phrases entières, devenues pour eux des formules toutes faites. Les textes de ce genre sont dits hétérographiques, et le lecteur est constamment appelé à décider si tel groupe de lettres doit être lu comme un hétérogramme (comme un mot araméen) ou comme un open spelling (c’est-à-dire comme un mot perse épelé) et si tel document est à lire en araméen ou en perse. Il est clair que le sens du texte diffère selon le choix que l’on fait.

Voici, à titre d’exemple, deux lectures différentes d’un même document de Misa. La première est celle du savant allemand E. Altheim, qui décida que le texte était araméen et en donna l’interprétation suivante : « Eutychios. De la part du maître nous t’ap­porterons, et il recevra 206. » La seconde lecture est due aux soviétiques I. M. Dyakonov et A. A. Livchits, à qui revient l’honneur d’avoir déchiffré l’ensemble des comptes de Nisa : « Dans cette jarre, du vignoble tributaire nommé Hindukan, vin : 16 mari. »

 

COMMENT LE CHRISTIANISME EST DEVENU RELIGION OFFICIELLE DE L’ARMENIE par Mgr Goryoun BABIAN


Pour pouvoir mieux comprendre le fondement historique du revirement total du peuple arménien, du paganisme vers le christianisme, et pour entrevoir le caractère propre du lien existant entre la réalité religieuse et les péripéties politiques, il est indispensable, avant tout, de jeter un rapide coup d’œil sur le premier quart du IIIe siècle, au voisinage de l’Arménie, sur les bouleversements importants du puissant empire Parthe dont l’Arménie allait subir les conséquences immédiates.

Au cours des années 224-225, Ardachêr, fils de Sâssân, du corps des anciens et grands servants du culte d’Ahura-Mazdâ (Zoroastrisme), mit un terme à la dynastie Parthe qui avait régné près de 500 ans sur la Perse, en menant la révolte contre le roi des rois, Ardavan V, puis en battant définitivement son armée, après l’avoir tué, au cours d’une dernière bataille livrée dans la plaine d’Hormiztan. Les nouveaux maîtres de la Perse qui avaient arraché le trône aux Arsacides, n’étaient non seulement pas disposés à poursuivre la politique de relations conciliantes et modérées avec l’empire romain, mais, au contraire, durcirent rapidement leur attitude intolérante sur les plans extérieurs et intérieurs. C’est ainsi qu’en 226, Ardachêr, entré triomphalement à Ctésiphon, à peine ceint de la couronne et proclamé roi des rois de Perse, se mit en guerre pour restaurer l’ère de domination glorieuse passée de sa patrie sous les règnes de Cyrus II le grand (550-529 av.J.C.) et de Darius 1er (522-486 av.J.C.).

Donc, à partir de 226 et pendant vingt ans, nous allons trouver Ardachêr occupé à rétablir le grand empire perse du passé, par des expéditions, des guerres et des actions de grande envergure sur les territoires et pays qui le composaient.

En même temps que ces nouvelles prétentions de conquêtes, il est indispensable de décrire ici, la place centrale donnée à la religion mazdéenne sassanide par les autorités de l’état, dans leur politique intérieure et extérieure. Fidèle représentant des traditions païennes de sa famille, Ardachêr ne ménagea pas ses efforts pour restaurer et renforcer le zoroastrisme afin d’aboutir d’abord à une union cultuelle qui relierait tous les peuples se trouvant dans les limites de son autorité et ensuite à son trône de Ctésiphon. Ces efforts pour restaurer l’ancien empire achéménide dans un esprit d’intolérance religieuse ne furent certes, pas vus d’un œil favorable par l’empire romain en général et pas plus, en particulier, par les pays avoisinants sous domination romaine. Au premier rang de ces pays, l’Arménie, dont les dirigeants Arsacides, à la suite de ces événements historiques, étaient remplis de haine et d’animosité à de nombreux titres.

Comme ceux qui étudient l’histoire le savent, le traité de Hrantia avait été signé en 63, entre Rome et Ctésiphon, plaçant le royaume d’Arménie sous tutelle romaine, conservant toutefois, dans le même traité, le droit à un Arsacide de naissance de monter sur le trône d’Arménie. Il est vrai que les dispositions de ce traité n’avaient pas toujours été scrupuleusement respectées dans les armées qui avaient suivi le règne deTiridate 1er (66-75). Quoi qu’il en soit, un roi d’origine parthe arsacide (qui, d’après les sources arméniennes et byzantines était le frère ou, en tout cas, un très proche parent d’Ardavan V, tué au cours de sa lutte contre Ardachêr) se trouvait sur le trône d’Arménie en 225, lorsqu’Ardachêr mit un terme à la dynastie arsacide en Perse avec l’avènement de la dynastie sassanide.

Pour des raisons qui sont donc compréhensibles, les enfants et la famille d’Ardavan, ainsi que les nobles opposés aux nouveaux dirigeants de la Perse, fuyant leur pays avec tous leurs gens, s’étaient réfugiés en Arménie qui, à cette époque, était considérée par les arsacides de Perse comme étant le deuxième royaume de l’empire arsacide. Ces réfugiés avaient donc décidé de continuer la lutte, avec l’espoir qu’un jour, à un moment propice, ils pourraient récupérer l’héritage de leurs pères arsacides, c’est à dire le trône de Perse.

Il n’est donc pas étonnant de constater qu’aux yeux des sassanides, l’Arménie était une menace par son attitude hostile et ses démonstrations guerrières, au moment des luttes entre la Perse et Rome. Pour détruire le dernier bastion des Arsacides vaincus mais encore dangereux, il était indispensable pour Ctésiphon de supprimer l’indépendance de l’Arménie et de détruire ses forces armées pour se libérer définitivement des velléités vengeresses et politiques des Arsacides.

Sans vouloir entrer dans des détails accessoires, nous voulons dire simplement aussi, qu’une branche issue des Arsacides arméniens était montée, à la fin du IIe siècle, sur le trône de Géorgie, au nord de l’Arménie, et que depuis la deuxième moitié du Ier siècle, un autre membre de la famille des Arsacides était devenu roi des Aghouans, pays voisin. Nous avons ouvert cette parenthèse pour pouvoir mieux expliquer les deux points historiques importants qui vont suivre.

En premier lieu, il faut souligner qu’un fossé s’était creusé entre la Perse et l’Arménie pour les raisons évoquées ci-dessus, et il s’était créé au Caucase, entre les peuples arméniens, géorgiens et aghouans et plus particulièrement entre les trois trônes arsacides, une cohésion guidée par les mêmes intentions politiques, dans un nouvel esprit de collaboration, d’union plus étroite et de fraternité d’armes, pour pouvoir mieux défendre, bien entendu, les frontières de leur pays contre leur ennemi commun, l’impérialisme sassanide.

En second lieu, dans la lutte inéluctable à mener contre leur ennemi commun, ces trois pays du Caucase, et l’Arménie en particulier, tournèrent leur politique extérieure vers l’occident, c’est à dire, en d’autres termes, qu’ils s’appuyèrent ouvertement sur la protection politique et les forces militaires de l’empire romain.

Nous considérons que nous n’avons pas à décrire ici la longue liste des guerres sans fin qui eurent lieu entre les armées romaines et sassanides perses dont les pommes de discorde étaient les villes de Mésopotamie et les états du Caucase, comme l’Arménie du temps d’Ardacher (225-241) puis de ses successeurs, Châhpuhr 1er (241-272) et de son fils Nerseh (293-302).

Malgré tout, on ne peut pas ne pas rappeler que les armées arméniennes, dans l’alliance avec les géorgiens, les aghouans et les autres populations septentrionales, combattirent côte à côte avec les légions romaines contre les sassanides qui avaient arraché la couronne aux arsacides. Les pages d’histoire laissées par Agathange et Moïse de Khorène sont remplies de témoignages éloquents à ce sujet.

D’après le plus grand spécialiste de l’histoire critique des arméniens, Hagop Manandian, c’est le roi des arméniens Tiridate II Archagouni (Arsacide), plus connu sous le nom traditionnel de Khosrov, qui, pendant un quart de siècle (228-252), défendit l’Arménie avec une grande sagesse et un grand courage, d’abord contre les expéditions d’Ardachêr puis de celles de Châhpuhr 1er. Il faut ajouter aussi, qu’au cours de ces longues guerres qui se poursuivirent tout au long de la deuxième moitié du IIIe siècle, les succès ne furent pas toujours du côté des arméniens ou des romains. Ainsi, en 253, l’Arménie, restée seule et abandonnée par ses protecteurs, fut envahie par Châhpuhr 1er et les arméniens payèrent un tribu très lourd à la colère des Sassanides.

Nous ne pouvons pas commenter ici tous les événements qui se déroulèrent en Arménie au milieu du IIIe siècle. Pour compléter toutefois l’image de la situation politique régnant en Arménie à la veille de l’adoption du Christianisme comme religion officielle par les arméniens, il faut penser au traité conclu en 298 entre Rome et Ctésiphon, date et tournant important de l’histoire arménienne concernant les relations des deux empires ennemis.
Nerseh, roi des rois, avait repris avec une violente impétuosité, la lutte des Sassanides contre Rome et décidé en 295, de placer sous sa domination, non seulement la Mésopotamie et l’Arménie mais aussi toute l’Asie Mineure. Le général en chef des armées romaines de l’empereur Dioclétien, Galèrius Maximin, s’opposa à Nerseh. En 296, l’armée romaine subit une lourde défaite en Mésopotamie et replia ses forces dans les régions montagneuses de l’Arménie, terrain tactiquement plus favorable, d’où Galèrius put continuer intelligemment sa lutte contre Nerseh victorieux. Le résultat de ce nouveau face à face fut une victoire complète des forces alliées arméniennes et romaines. Les pertes de cette défaite écrasante furent si lourdes que Nerseh envoya rapidement des ambassadeurs à Rome, auprès de Dioclétien, pour accepter ses conditions humiliantes et signer un traité de paix durable. C’est de cette façon que fut conclu le célèbre traité de Mèdzpin en 298, qui fut le dernier coup porté contre les tentatives impérialistes Sassanides. Le traité de Mèdzpin scella le destin de nombreux pays, dont l’Arménie qui devint un royaume autogéré sous tutelle romaine. Dioclétien remit la couronne à Tiridate III qui, après sa conversion au christianisme, devait être connu, d’après les sources arméniennes, sous le titre de Tiridate le Grand, roi chrétien des arméniens.

Rappelons au passage que tout ce que nous savons sur la vie et l’œuvre de Tiridate et de l’Illuminateur, ainsi que toute l’histoire traditionnelle ayant trait à la christianisation des arméniens, provient de la deuxième copie qui nous est parvenue de l’œuvre d’Agathange, Histoire des Arméniens. Dans cette présentation abrégée, il n’est guère possible d’évoquer ici les différentes langues (grecque, géorgienne, latine, arabe, éthiopienne…) et les différentes rédactions dans lesquelles ont été conservées et nous sont parvenues le livre d’Agathange. Il y a toutefois une réalité qu’on ne peut pas mettre de côté et qui est la suivante : depuis le début de ce siècle et surtout depuis quelques dizaines d’années, grâce à de nombreux et nouveaux textes originaux mis en évidence sur de vieux manuscrits arabes et grecs d’Agathange récemment édités et commentés, de nouvelles perspectives ont été ouvertes pour tous ceux qui sont intéressés par l’histoire politique et religieuse passée du peuple arménien et qui veulent se forger une conception nouvelle, plus claire et plus exacte à la fois, sur les plus anciens textes d’Agathange, pour mieux connaître et mettre en valeur la grandeur et la portée des rôles joués par Tiridate le Grand et Grégoire l’Illuminateur.

Tous ceux qui ont eu à étudier l’histoire des arméniens du IIIe siècle et à s’intéresser aux rois arméniens arsacides successifs, ou en d’autres termes, de préciser leurs noms et les durées de leurs règnes, savent bien qu’ils se trouvent plongés dans une période pleine d’imprécisions et de contradictions. Nous avons, en premier, nos sources historiques nationales, Agathange, Sébéos, Faustus et Oukhdanès, dont les informations sont divergentes et fréquemment difficiles à concilier. Nous avons ensuite, sur l’histoire de l’Arménie et de ses rois, les indications et témoignages d’auteurs gréco-romains contemporains ou postérieurs, qui ne confirment pas toujours les renseignements donnés par les sources arméniennes.

Toutes ces considérations sont faites pour la simple raison que, si on ne peut préciser la première année du règne de Tiridate, il n’est pas possible de savoir quand eut lieu la conversion des arméniens au Christianisme, à laquelle est également liée la date à laquelle Grégoire l’Illuminateur est parti pour Césarée de Cappadoce pour y être sacré évêque. Toutefois, comme nous ne sommes déjà pas capables, dans ce texte, de confronter les sources primitives à notre disposition, beaucoup plus informatives que philologiques, et pas plus capables d’étudier les écrits arméniens existants en différentes langues sur l’histoire de la conversion des arméniens, nous nous contenterons de confirmer simplement les points qui vont suivre.

Différents arménologues et historiens arméniens ou étrangers sont arrivés, après avoir étudié les aspects connexes de l’histoire de la conversion des arméniens, à des conclusions différentes. Nous avons ainsi : le Père Nèrsés Aguinian qui, guidé par des hypothèses très arbitraires, avance la date de 219. Stéphane Malkhassiants est pour 279. Yèghia Kassouni, pour 291. H-Manandian, pour 313 et enfin, traditionnellement acceptées et les plus popularisées, les convictions exprimées par le Père Michaël Tchamtchian pour 304 et par Mgr Malachie Ormanian pour 301-302.

Le Père Boghos Ananian, jadis Prieur et Supérieur de la Congrégation Mekhitariste de Venise, a édité en 1960, d’abord en italien puis en arménien, un livre intitulé  » Les circonstances et la date du sacre de Saint Grégoire l’llluminateur « , où l’on peut trouver un résumé des études faites et des opinions exprimées. Le Père Ananian fut amené à déclarer, à la fin de ses recherches, que dans cette voie, la priorité devrait être donnée, d’après lui, aux points de vue exprimés par Hagop Manandian et par le professeur G. Garitte et qu’il faut accepter 313 comme date probable de la conversion des arméniens au christianisme.

Cette question ne s’est cependant pas trouvée résolue de cette façon. En 1970, la  » Revue des Etudes Arméniennes « , la plus sérieuse publication périodique d’arménologie éditée en Europe et en français, avec également des articles en anglais et en allemand, a publié un article très important de B. Mac Dermot sous le titre suivant :  » The Conversion of Armenia in 294 A.D. A Review of the Evidence in the Light of the Sassanian lnscriptions  » (La conversion de l’Arménie en 294, un examen des évidences à la lumière des inscriptions Sassanides).
Mac Dermot est venu faire la lumière avec ce nouvel article sur l’un des points les plus débattus des études arméniennes. Autant que nous le sachions, cette hypothèse affirmant que la conversion des arméniens aurait eu lieu en 294, n’a pas été réfutée de façon circonstancielle. Ceci ne veut pas dire que je partage moi-même ce point de vue.
Quoi qu’il en soit, il nous semble, en dernier ressort, que nous n’avons pas besoin de nous préoccuper à ce point de cette question de datation. Même si nous acceptons un instant que 313 aurait été la date de conversion des arméniens, ceci ne nous interdit pas pour autant, de déclarer que nous avons été le premier peuple au monde à accepter le Christianisme comme religion officielle, puisque dans le monde gréco-romain, ce n’est qu’en 313 que le Christianisme fut l’une des religions simplement autorisée, et non pas religion officielle, dans les limites de l’empire romain et ce n’est qu’en 324, lorsque Constantin devint maître et souverain de l’Orient, que le Christianisme fut proclamé aussi religion officielle de l’Empire.

Après tout ce préambule, il est temps maintenant de voir de plus près comment se concrétisa la conversion des arméniens avec les personnages historiques que furent Grégoire l’llluminateur et le roi Tiridate.
Donc, en suivant la liste des rois successifs arsacides arméniens proposée par H. Manandian, nous voyons que Tiridate était le fils du roi Khosrov II, allié des romains, de naissance arsacide arménienne, assassiné par un de ses parents en 287.

Nous avons ici, tout d’abord sur l’assassinat de Khosrov, l’histoire quelque peu romancée, rapportée par Agathange. Dans nos livres d’église et dans nos livres d’histoire, nous savons comment le prince Anak, envoyé de Perse en Arménie dans ce but précis, avait traîtreusement, au printemps et au cours d’une partie de chasse, assassiné son parent, le roi des arméniens qui l’avait accueilli avec honneurs et lui avait accordé l’hospitalité. Nous avons d’autre part, conservée dans l’œuvre connue d’Eghiché dédiée à la guerre des Vartanides, une remarque selon laquelle les assassins du père de Tiridate auraient été ses oncles, c’est à dire les frères de Khosrov.

Quelle que soit la réalité historique de ces deux versions, l’important pour nous est de savoir que le père de Tiridate avait été victime d’un crime politique fomenté, sans le moindre doute par les Sassanides, dont les instigations étaient claires et sur lesquelles nous avons senti la nécessité de nous étendre longuement au début de cet écrit.

Tiridate, après l’assassinat de son père, avait trouvé refuge dans l’empire romain où il avait vécu et grandi auprès de Licianus, ami du général Galérius Maximin, jouissant, sans aucun doute, de la protection impériale en tant qu’héritier du trône d’Arménie. Tiridate date parlait déjà le parthe et l’arménien et compléta ses études et son instruction dans le monde romain, où il apprit le grec et le latin et se perfectionna, au plus haut niveau, dans les cercles militaires et gouvernementaux, sur la conduite des affaires de l’état et sur la stratégie.
Ayant embrassé la carrière militaire, il avait tout naturellement servi dans l’armée romaine et participé à différents combats, dont ceux de Mésopotamie auprès de son ami Licianus.
En 297, Tiridate était à nouveau sur les champs de bataille, d’autant plus que la guerre s’était alors déplacée sur les montagnes de la patrie de ses ancêtres, l’Arménie. Il est fort probable que les maisons princières, ayant pris parti pour Tiridate, lui aient apporté leur soutien et soient venues se ranger aux côtés des romains pour se battre, ce qui eu pour résultat la grande victoire que nous avons relatée plus haut, et aboutit au traité de paix de Mèdzpin de 298, qui fut respecté pendant quarante ans. Au cours de ces années, l’Arménie, royaume sous tutelle romaine, profita des bienfaits d’une paix qui dura donc quarante ans en Orient, et progressa en tant qu’Etat, s’épanouit sur les plans culturels et commerciaux, se renforça sur le plan politique et devint un pays plus solide, plus organisé et ne dépendant plus que de lui-même.
C’est donc aussi grâce à cette paix, après avoir au début soumis le christianisme par des décrets royaux à de terribles, lourdes et brutales persécutions, que Tiridate, dirigeant sage et avisé, interprétant judicieusement les signes avant-coureurs de l’époque, soucieux de couper les liens religieux de son pays et de son peuple d’avec la Perse Sassanide, renforcé par la foi et l’aide de Grégoire l’Illuminateur, fonda la première royauté chrétienne au monde, en Arménie.

Toutefois, il est indispensable maintenant de réfléchir tout spécialement sur le pivot central de l’histoire de cette conversion solennisée qui a joué un rôle prédestiné dans toute l’histoire du peuple arménien, raison pour laquelle Grégoire l’Illuminateur fut rendu digne du titre de  » Père de la Foi  » pour son œuvre méritoire et pour sa personnalité apostolique.

Selon les témoignages d’Agathange et de Moïse de Khorène, Grégoire, comme Tiridate, fut le seul garçon survivant de la famille d’Anak, massacrée par les princes arméniens pour tirer vengeance de l’assassinat de Khosrov. Grégoire pu s’enfuir, tout enfant, grâce à sa nourrice et fut emmené à Césarée où il grandit et reçu une éducation entièrement chrétienne par des clercs réputés de l’époque qui jouèrent un rôle important dans l’évolution de son développement spirituel et intellectuel.

Toujours à Césarée, Grégoire arrivé à l’âge adulte se maria avec Maryarn, sœur du chorévêque Athanakinès et eut deux fils, Arisdakès et Verthanès. Le premier se consacra tout jeune à la vie religieuse, et le second, Verthanès, restant laïc, fonda à son tour une famille. Un jour, Grégoire et Maryam décidèrent, d’un commun accord, de se séparer pour se consacrer entièrement à Dieu et à la religion.

Maryarn entra dans un couvent et Grégoire, depuis longtemps nourri et pétri d’esprit et d’idéal chrétien, baptisé et probablement ordonné prêtre, fort de son éducation supérieure, rejoignit l’armée romaine de Tiridate où il entra à son service comme secrétaire.

Nous voici arrivés au moment solennel de l’histoire, à l’ouverture du premier acte de ce drame brillant au cours duquel allait se mettre en scène la révélation du destin du Grégoire chrétien, lorsque, par la lumière intérieure et divine de ses convictions, maître d’une foi indomptable et d’une force invincible, il dut avoir l’audace de s’opposer à l’ordre du roi, avoir le courage physique de supporter les tortures, puis, au cours de ses longues années d’incarcération, de proclamer sans crainte, haut et fort, en le témoignant par sa vie, sa fidélité ferme et incontestable au Sauveur ressuscité et source de vie.

En 297, après l’écrasante victoire des forces alliées, romaines et arméniennes, sur la Perse Sassanide, lorsque Tiridate roi des arméniens reçut de l’empereur Dioclétien la couronne d’Arménie et revint en Arménie avec Grégoire et ses armées, son premier geste, avant même d’arriver à la capitale Vagharchapat, fut d’offrir des prières d’action de grâce et d’organiser une fête pour exprimer sa joie à Anahid, mère tutélaire des dieux arméniens, dans le temple qui lui était dédié à Erèze.

Nul n’ignore comment, à cette occasion, Grégoire rejetant l’ordre de Tiridate d’orner la statue d’Anahid de fleurs et de rameaux verdoyants, confessa sa foi chrétienne sans laisser le moindre doute à ce sujet. Puis, par la suite, comment, après avoir subi de nombreuses tortures, Grégoire fut finalement jeté dans le Khor-Virab (la Basse-Fosse) d’Ardachad, où il réussit à survivre de longues années grâce à l’assistance que lui porta une femme pieuse qui aurait été, comme le dit Monseigneur Ormanian, la soeur du roi, Khosrovitoukhd, secrètement sympathisante de la religion chrétienne.

Les armées passèrent jusqu’à l’épisode du martyre, à Vagharchapat, de jeunes vierges, qui, sous la conduite de Gayanée, avaient trouvé asile en Arménie après avoir fuit les persécutions dirigées contre les chrétiens dans l’empire romain. Agathange, dans son récit, tend à insuffler de pieux sentiments à ses lecteurs, et, bien qu’un certain nombre de détails de ses descriptions nous semblent sans fioritures, la réalité historique de ce fait est incontestée par les érudits. Il est vrai que ce groupe, préférant la mort pour sa foi chrétienne, n’était simplement qu’un des maillons de la chaîne d’or de la phalange des chrétiens martyrs, à ce moment là, sur la terre d’Arménie, et malgré cela, le courageux martyre des vierges Hripsimiennes devait être, à sa manière, le dernier, du moins avant l’adoption étatique du Christianisme par les arméniens. On pourrait dire que par la fin tragique de ces jeunes filles, on était arrivés au bout de la période vécue du Martyrologe, de la fermentation, de l’enracinement et du renforcement du Christianisme en Arménie, période qui allait être suivie de la victoire de la lumière sur les ténèbres, par la crucifixion et la résurrection du Christ, par la nouvelle alliance scellée entre Dieu et l’humanité.

Nous savons tous qu’après le martyr des vierges Hripsimiennes, toute une série de troubles graves avait frappé les membres de la cour royale et tout particulièrement Tiridate. On aurait dit que le roi Tiridate, se haïssant lui-même pour son forfait, blessé dans sa conscience, perdant la raison, instable mentalement et physiquement, cherchant l’isolement, était devenu un être qui avait besoin avant toutes choses d’une lumière éblouissante et sans fin qui guérirait les tourments de son esprit et briserait les ténèbres de ses pensées.
La sœur du roi, Khosrovitoukhd, eut enfin alors le courage de faire sortir celui qui était resté ferme dans sa foi et avait gardé brûlant, au fond de la Basse-Fosse, la lumière et le feu divin de sa foi, Grégoire, qui décréta d’abord une période d’enfermement de cinq jours pour tous, puis guérit Tiridate et tous les membres de la cour, d’esprit et de corps, de toutes leurs maladies effroyables. Témoins de ces événements troublants et inspirés, la famille de Tiridate et les membres du palais, voyant les miracles réalisés par Dieu, par la main de Grégoire à Vagharchapat, firent tous montre de regrets, de contrition, virèrent de bord à leur tour, et à partir de ce moment-là, décidèrent d’embrasser la nouvelle religion chrétienne avec grand enthousiasme. Grégoire, après avoir effectué ces guérisons, décida d’une période de 60 jours de pénitence, de prières et de préparation au cours desquels il prêcha sans discontinuer et raconta des épisodes des Evangiles, expliquant et commentant leurs sens à ceux qui l’entouraient. Il expliqua le mystère de l’œuvre salvatrice du Christ pour l’humanité, renforçant en eux leur nouvelle foi. Et comme il n’était pas encore possible de lancer la construction d’églises, il fit condamner par d’énormes pierres les portes d’entrée des temples et édifices païens et fit dresser, au dessus, des croix victorieuses.

Après être sorti du Khor-Virab (la Basse-Fosse) d’Ardachad, l’une des premières tâches de Grégoire l’Illuminateur, fut, d’après Agathange, de faire rassembler les dépouilles des vierges Hripsimieimes et Gayanéennes dans des sépultures séparées et de leur faire de dignes funérailles chrétiennes. Par la suite, on construisit aux frais de Tiridate et des membres de la famille royale, trois mausolées sur leurs restes, dédiés à Gayanée, Hripsimée et Choghagat. Il est à remarquer que les reliques de ces vierges martyres furent, pendant des siècles, source de ferveur religieuse pour les enfants de notre peuple, et les superbes église de pierres construites par la suite sur ces emplacements, bijoux d’architecture arménienne, se dressent encore aujourd’hui, non loin de la cathédrale de Saint Etchmiadzine, et témoignent ainsi au monde d’aujourd’hui de près de 2000 ans de foi chrétienne du peuple arménien et de son génie constructif.

Pendant la construction rapide de ces mausolées, l’ancien persécuteur et le persécuté, Tiridate avec Grégoire, se donnant maintenant la main, dans une fraternité ayant pour but une action nouvelle et sainte, travaillaient à propager et à transmettre les miracles et bienfaits qui avaient eu lieu à Vagharchapat, dans les autres provinces d’Arménie. Dans ce but, Tiridate envoya les ordres royaux nécessaires pour faire briser les statues des faux dieux à figure humaine et détruire les temples dédiés depuis des siècles aux dieux païens, sur les fondations desquels se construiraient à l’avenir les églises et cathédrales de lumière consacrées au service de la nouvelle religion chrétienne.

Dans ce but, Grégoire, accompagné de fonctionnaires officiels de l’Etat, se dépêcha d’aller à Vagharchapat pour détruire, à la première occasion, le temple de Tir qui se trouvait près de Mèdzamor, puis au temple d’Anahid, à Ardachad, de Parcham à Thortan, de Aramazd dans la forteresse d’Ani, d’Anahid à Erèze, de Nanée à Thil et de Mihr à Parridch. Il faut préciser ici que l’argent et l’or provenant de la destruction de ces temples et de l’anéantissement des servants païens de ces faux dieux, furent partagés parmi les pauvres et que toutes les possessions leur appartenant furent confisquées au nom de la cour royale pour être utilisées à la construction des églises qu’on devait ériger là dans le futur.
Le Christianisme qui avait survécu à des siècles de persécutions, pouvait sortir maintenant de ses cachettes, descendre des anfractuosités des montagnes et sortir du fond des cavernes, comme des rivières qui rompant leurs digues, irriguaient maintenant la soif et le manque de lumière dans l’esprit des hommes d’Arménie. Après avoir pendant des générations servi constamment cette religion divine, les chrétiens semblaient faire entendre leur voix aux quatre coins de l’Arménie. Leurs genoux tremblants sous les persécutions se raffermissaient, la flamme tremblotante de foi et d’espoir au fond de leur âme se mettait à étinceler, le soleil de justice, la lumière visible, infinie d’amour et de bonté, les rayons du soleil du Christianisme, se levaient sous la voûte céleste libre du monde arménien.

La conversion du peuple arménien du paganisme vers le Christianisme était accomplie. Un nouveau tournant avait été pris, une page d’une nouvelle ère de l’histoire s’était ouverte.
Dans la première moitié du Ve siècle, après et grâce à la création de l’alphabet arménien en 406, lorsque les arméniens purent enfin avoir leurs propres écriture, littérature, histoire et culture, le peuple arménien allait donner à l’Eglise Arménienne ses propres caractéristiques, profondément consciente de son passé séculaire, ayant la vision de son présent et de son futur, dans la voie tracée par la nation arménienne.

Mais pour que le Christianisme, salué avec enthousiasme et accueilli à bras ouverts par le peuple arménien, puisse devenir Eglise arménienne, il était indispensable d’avoir une hiérarchie, des institutions religieuses, un rituel et une vie spirituelle.

Le roi Tiridate convoqua donc, dans la capitale Vagharchapat, tous les grands dignitaires d’Arménie, leur exposa tous les faits et délibéra avec eux. Grégoire, présent à cette assemblée, fut invité à parler du Christianisme et à exprimer ses vœux, que toutes les personnes présentes, sans exception, acceptèrent de réaliser avec joie.

On pourrait dire, selon la terminologie actuelle, qu’à cette occasion, Tiridate tint la Première Assemblée Nationale et Générale de l’histoire de l’Eglise Arménienne. A cet égard, il est bon de rappeler que l’on peut lire dans un ouvrage d’Agathange récemment découvert, qu’aux côtés des seize gouverneurs des provinces du monde arménien, étaient également présents à cette assemblée le roi de Géorgie, le roi d’Aghouanie et le roi des Lazes.

Cette assemblée décida à l’unanimité d’accepter la religion chrétienne comme religion officielle et d’envoyer Grégoire à Césarée pour y être sacré évêque afin de devenir le chef spirituel du peuple qui avait joué un rôle décisif dans la conversion générale au christianisme.
Grégoire partit avec un cortège d’honneur imposant pour Césarée où il reçut la consécration du Patriarche Léontios. Sur le chemin du retour vers l’Arménie, il passa par Sébaste où un groupe de religieux se joignit à lui pour l’aider à servir, par la prédication apostolique et le vaste champ de l’action éducative et organisatrice en Arménie. Sans attendre, le roi Tiridate accompagné de la reine Achkhène, de sa sœur, la princesse royale Khosrovitoukhd, des rois de Géorgie et d’Aghouanie, quitta Vagharchapat pour venir à Pakavan à la rencontre de Grégoire l’Illuminateur, nouvellement sacré Patriarche des Arméniens.
On peut imaginer l’enthousiasme soulevé à Pakavan lors de la rencontre du Patriarche des Arméniens, Grégoire l’Illuminateur, avec le roi des arméniens récemment converti, le Grand Tiridate, et lors du baptême qui suivit de la famille royale, de l’armée arménienne et de la foule présente, dans les eaux de la rivière Aradzan, à la fin de la période de préparation spirituelle de trente jours imposée par Grégoire.

Au cours des mois et des années suivantes, nous vîmes Grégoire occupé à détruire les temples, à construire des églises et des chapelles commémoratives de martyrs, et là où les paroles les plus convaincantes et les messages chrétiens ne donnaient pas les résultats escomptés ou donnaient lieu à des conflits avec des opposants, l’épée de Tiridate venait lui porter assistance.

Toutefois, pour que les graines de l’Evangile et les idéaux de la doctrine chrétienne poussent sur cette terre fertile, Grégoire l’Illuminateur fonda rapidement, dans les principales contrées d’Arménie, des centres d’éducation chrétienne de langue grecque et syriaque. Il faut signaler ici le chemin plein de sagesse pris par Grégoire pour la formation des clercs. Il fit rassembler et éduquer dans ces écoles, sans distinction, les enfants des familles influentes des servants des anciens dieux païens, enfants qui devaient à leur tour, devenir les futurs religieux de l’Eglise Arménienne, pour continuer d’une autre façon, ce que leurs pères faisaient pour les religions païennes.

Ensuite, Grégoire ordonna et sacra des évêques pour les différentes contrées, mit en place, par degrés, une administration ecclésiale, et fît la classification des offices religieux, de la vie spirituelle et des rites.

Pour ne pas surcharger cet article de détails superflus, nous sommes passés très rapidement sur les efforts méritoires et fructueux de Grégoire pour transformer une Eglise Arménienne secrète en Eglise organisée. Cependant, avant de clore cette histoire de la conversion des arméniens au Christianisme et le rôle déterminant joué par Grégoire l’Illuminateur dans ce bref aperçu, il nous semble indispensable de rappeler, qu’en dehors du cercle de sa prédication et de son travail d’organisation ecclésial et, sortant des frontières de l’Arménie, il s’intéressa aussi aux autres pays du Caucase. Comme nous l’avons déjà fait remarquer peu avant, la conversion des peuples géorgiens et aghouans se fit parallèlement àcelle des arméniens. De ce fait, comme nous le lisons dans les ouvrages grecs d’Agathange, Grégoire avait envoyé des prédicateurs et mis à disposition de ces Eglises des évêques. C’est pour cette raison qu’il devait par la suite être aimé et respecté comme  » l’Illuminateur  » et  » Père de la Foi « , non seulement par le peuple arménien, mais aussi par tous les peuples du Caucase.

Il est bon de rappeler ici que des cantiques furent par la suite dédiés à son nom et à son apostolat en Géorgie, que des célébrations furent organisées pour honorer sa mémoire en Géorgie, en Aghouanie, de même que dans les Eglises Grecques, Latines et Coptes. Au cours des siècles suivants, Grégoire 1′Illuminateur devait être le premier saint de l’Eglise Arménienne dont la vie et l’œuvre rapportée par Agathange devaient être traduites en différentes langues et lues le jour de sa fête dans toutes les églises arméniennes et étrangères. Du fait du rôle tout à fait particulier joué par Grégoire dans ses actions apostoliques et dans la vie de l’Eglise, il devait être salué non seulement dans l’Eglise Arménienne mais aussi dans l’Eglise Universelle comme un grand saint bienheureux et auréolé de lumière.
Phare de la lumière de la foi, sorti de ses nombreuses années de claustration et de ténèbres du fond du Khor-Virab (la Basse-Fosse), ayant illuminé le monde arménien de sagesse céleste grâce à son activité fiévreuse, Grégoire, qui recherchait en esprit et en pensées l’intimité avec Dieu, se retira, d’après la tradition, dans une grotte les dernières années de sa vie, malgré les sollicitations instantes de Tiridate pour le garder près de lui. Il préféra vivre là-bas une vie d’ermite dans la prière, l’abstinence, la paix et dans une solitude dévouée à Dieu, loin du tohu-bohu de la vie de palais.
Ayant achevé son apostolat, ou autrement dit, ayant accompli la volonté de Dieu sur cette terre, il acheva sa vie dans la solitude avec la satisfaction de cœur d’un être élu. La tradition arménienne dit que des bergers arméniens du bourg de Mania allaient découvrir ses restes, des années plus tard.

Bien que la célébration de la découverte de ses restes soit faite dans l’Eglise Arménienne, il est plus probable qu’après ses activités si fécondes et son trépas, il fut enseveli à Thortan, puisque, lorsque son fils Verthanès mourut à son tour, celui-ci fut mis en terre  » près de son père « , justement à Thortan.

Le dernier texte que l’on peut lire à son sujet se rapporte à Arisdakès qui avait probablement été ramené de Césarée en Arménie pour aider le Patriarche dans sa tâche, et fut envoyé à Nicée en 325 pour assister au Premier Concile Universel de l’Eglise. Lorsqu’Arisdakès rapporta en Arménie le Credo adopté par le Concile à Nicée, Grégoire lui ajouta la courte prière d’action de grâce suivante :  » Quant à nous, nous glorifions Celui qui était avant l’éternité, en adorant la Sainte Trinité et l’unique divinité du Père et du Fils et de l’Esprit Saint, maintenant et toujours et dans l’éternité des éternités. Amen « , et le Credo fit son entrée dans les prières du Saint Sacrifice.

Il est vrai que l’adoption officielle du Christianisme par les arméniens n’extirpa pas définitivement le paganisme en Arménie, mais la roue de l’histoire avait tourné et plus aucune force ne pouvait faire faire un retour au passé.

Mgr Goryoun BABIAN
Article paru dans MOMIG n° 1, Paris, 1998
(première parution dans la revue HASG, Antélias, 1994)

Le mystère parthe


Par Pierre LERICHE

 

 

 

 

Aux deux premiers siècles de notre ère, le monde était partagé entre quatre empires : romain, parthe, kouchan et chinois. L’histoire et la civilisation des empires romain et chinois nous sont relativement bien connues. L’empire des Grands Kouchans, pratiquement ignoré il y a encore peu de temps, sort peu à peu de l’ombre grâce à des découvertes archéologiques majeures, et sa chronologie dynastique est enfin pratiquement assurée. En revanche, le monde des Parthes, dont l’existence est pourtant connue depuis l’Antiquité, nous échappe chaque fois qu’on croit le saisir, et reste encore en grande partie inaccessible. Les recherches pourtant nombreuses n’ont souvent donné que des résultats décevants ou difficiles à Interpréter, et nombre de questions attendent encore d’être résolues, que ce soit dans le domaine de l’histoire ou dans celui de la civilisation.

 

Pourtant, le rôle historique de   l’empire   parthe   a   été d’une   grande   importance. Durant    près de quatre siècles, il a dominé tout le plateau iranien, une partie de l’Asie centrale et la Mésopotamie. Il a ainsi constitué une sorte de pont entre le monde méditerranéen, l’Asie centrale et la Chine. Sur ses voies commerciales, circulaient les marchandises les plus précieuses et les influences culturelles entre Orient et Occident. Et dans cette aire immense où se sont rencontrées les cultures sémitiques iraniennes et grecques, s’est élaborée une civilisation particulière et un art qui a fortement influencé l’art gréco-romain dans son évolution vers l’art byzantin et a donné naissance à l’art sassanide.

 

UNE IMAGE LONGTEMPS NÉGATIVE

Lorsqu’on évoque l’empire parthe, l’image qui vient généralement à l’esprit est celle d’un empire guerrier, ennemi permanent de Rome. Une image directement héritée des sources antiques à laquelle les historiens ont longtemps adhéré par une pente naturelle.

Pour imposer leur existence, les Parthes ont combattu à l’est les Gréco-Bactriens, les nomades et les Kouchans et, à l’ouest, durant plus de trois siècles, Rome, qui avait remplacé les Séleucides en Syrie, et qui leur barrait l’accès à la Méditerranée. Ils avaient infligé à cette dernière plusieurs défaites graves, et parfois avaient mis en danger sa stabilité. L’image des Parthes que nous ont léguée les historiens de l’empire romain est donc généralement entachée de partialité. C’est souvent celle du « danger parthe », d’un peuple agressif, redoutable dans l’art de la guerre avec ses cataphractaires et clibanaires cuirassés combattant avec de très longues lances en lourdes charges de cavalerie, mais aussi d’un peuple perfide qu’illustre le thème de « la flèche du parthe » tirée par un cavalier faisant mine de fuir. C’est aussi, de la cuirasse de Prima Porta à la colonne Trajane, celle du vaincu reconnaissant la supériorité du peuple romain.

Sur le plan de la civilisation, le développement des recherches archéologiques a permis de reconnaître l’existence d’un art parthe. Mais les produits de cet art ont longtemps été considérés comme une barbarisation de l’art gréco-romain par des populations orientales incapables de comprendre les canons de leur modèle. Un art décadent en quelque sorte, surtout si on le compare à celui du monde gréco-romain, son rival, ou du monde sassanide, son successeur.

Toutes ces images, bien entendu, appartiennent au passé et la formulation même de cet état de la question indique assez que l’on a tendance aujourd’hui à s’en distancier. Ces manières de penser étaient l’expression du siècle qui vient de se refermer, mais leurs traces subsistent parfois encore dans le discours de certains historiens de l’écrit, de l’image ou du terrain contemporains.

 

 

 

 

LE PROBLÈME DES SOURCES

Le problème réside dans le fait que l’essentiel de notre documentation écrite sur les Parthes provient des historiens et géographes de l’empire romain. Les débuts de l’État parthe nous sont ainsi connus par des fragments d’historiens tels que Justin, Strabon, reproduisant des passages d’Apollodore d’Artémita, et Arrien (Parthica). Par la suite, lorsque les Parthes entrent en contact direct avec Rome, ils sont en rivalité permanente sur le sort de l’Arménie et se posent en successeurs des Achéménides. Ainsi Artaban II (11-39 de notre ère) envoie-t-il à Tibère ses ambassadeurs « réclamer en même temps les anciennes frontières des Perses et des Macédoniens, menaçant d’envahir ce qu’avait possédé Cyrus d’abord, Alexandre ensuite » (Tacite, Ann. VI, 31). Ceci fait de la question parthe un thème récurrent qui occupe une place importante chez tous les historiens de l’empire romain. Il en résulte que ce qu’on connaît le mieux sur les Parthes est l’histoire politique de la dynastie régnante des Arsacides, en particulier à partir du milieu du Ier siècle av J.-C.

Face aux sources romaines, la seule documentation écrite que nous aient léguée les Parthes sur eux-mêmes se résume à un abondant monnayage qui constitue pour nous une mine précieuse d’informations, quelques fragments de texte en moyen perse, la rédaction de l’Avesta, le livre sacré des Iraniens, et quelques centaines d’ostraca (tessons inscrits). Et ce problème est aggravé par le fait que la lecture de l’écriture parthe peut se faire à plusieurs niveaux, ce qui débouche sur des interprétations totalement différentes les unes des autres.

Dans le domaine de l’art, le problème est le même. L’art parthe n’a jamais connu l’abondance de production de l’art gréco-romain, et le monde iranien s’est jusqu’ici montré relativement avare de sites qui puissent être reconnus comme appartenant en propre à l’art parthe. Si bien que c’est essentiellement à partir des données fournies par des sites de la périphérie de l’empire qu’on a pu reconnaître les traits particuliers de ce qu’on appelle « l’art parthe ».

 

LES DONNÉES HISTORIQUES

L’empire parthe s’est créé, non pas d’un seul coup comme l’empire achéménide ou celui d’Alexandre, mais progressivement comme l’empire romain en profitant de l’affaiblissement des Séleucides. Il n’en est pas moins l’un de ceux de l’Antiquité qui ont eu la plus importante longévité (près de cinq siècles).

Les sources romaines nous apportent un certain nombre d’éclairages sur le monde parthe. On y perçoit le rôle très important du fait dynastique, puisque les rois sont toujours pris dans la seule famille des descendants d’Arsace, le fondateur de l’État parthe, et les rivalités internes aboutissant à des massacres, comme ceux perpétrés par le sanguinaire Phraate IV. Mais on y constate également le poids considérable de la grande noblesse dont Suréna, le vainqueur de Crassus, est l’exemple le plus marquant, au point que sa puissance inquiète Orode II qui le fait assassiner. Et l’on peut ainsi suivre les étapes de l’affaiblissement du pouvoir jusqu’à son renversement par des nobles de Perside, qui fondent la dynastie sassanide.

Cependant, l’histoire des Parthes ne peut se résumer à la seule exploitation d’une information aussi romanocentrée et, dans  bien  des domaines, elle comporte encore d’importantes zones   d’ombre.   C’est ainsi qu’on ne sait pratiquement rien des débuts de l’histoire des Parthes en   Parthie   même,   de leur fuite dans la steppe devant la grande offensive d’Antiochos III à la fin du IIIe siècle, de leur retour, de la reconstitution du royaume parthe et des étapes de sa consolidation.     De même, si l’on est informé des événements qui se sont déroulés dans les régions occidentales de l’empire, on ne   sait   pratiquement rien de ceux qui ont eu pour théâtre  la partie orientale de l’empire des Parthes, des relations des Parthes avec les royaumes gréco-bactrien, kouchan ou indien, et tout  reste   à  écrire   sur  l’origine   des royaumes parthes de l’Inde et sur les relations  de  ceux-ci  avec les  Parthes  de l’ouest.

En ce qui concerne la société parthe, nous sommes prisonniers, encore une fois, des sources romaines et, même si le point de vue de l’historien n’est pas hostile, celui-ci ne peut appréhender à sa juste signification la structure de cette société radicalement différente de celle de l’empire romain. Ainsi Justin (L. 41-42) et, en partie, Plutarque (Crassus) nous parlent d’une société comportant un très petit nombre d’hommes libres dominant une masse de population faite d’esclaves. Bien entendu, cette présentation ne peut être prise au pied de la lettre, et l’on doit retenir ici que les auteurs grecs et romains ne pouvaient employer, pour se faire comprendre par leur public, que des mots recouvrant des catégories institutionnelles ou sociales connues « 1 ». Il est clair que ces mots ne correspondaient pas à la réalité de la société parthe qui comportait plusieurs strates et dans laquelle les relations personnelles avaient un poids très fort, à l’image des sociétés nomades de la steppe ou des sociétés féodales de l’Europe médiévale.

De très nombreuses autres questions restent encore sans réponse, comme celle qui concerne le grand commerce international qui traversait l’empire. On connaît l’importance de ce commerce entre Rome, l’Inde et la Chine à travers l’empire parthe et l’on dispose même d’une liste des Stations de la route royale des Parthes de la frontière romaine à l’Inde que nous a laissée Isidore de Charax. Mais on ignore quels en étaient les acteurs, les produits et les moyens de transport.

 

 

 

« 1 » Tels que virtus, auctoritas, libertas, servus ou doulos (esclave),pelatès (serviteur), oiketès (domestique).

 

 

 

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Quant aux relations des Parthes avec les populations qui leur étaient soumises, elles ne nous apparaissent que de manière fragmentaire et souvent contradictoire. On sait, par exemple, que les Parthes ont éprouvé des difficultés avec les Juifs de Babylonie et qu’ils se sont alors appuyés sur les Grecs de Séleucie du Tigre. Les Arsacides, en effet, se paraient du titre de « philhellènes ». Or, non seulement on ignore encore le contenu exact de cet adjectif, mais on sait par Polybe (X, 27-31) qu’Arsace II n’a pas hésité à faire massacrer la population de la ville grecque de Syrinx lors de l’offensive du Séleucide Antiochos III à la fin du IIIe siècle av J.-C.

Devant cette carence des sources écrites, la réponse aux questions que nous nous posons ne peut provenir que de l’activité archéologique.

 

LA CIVILISATION ET L’ART

Les préjugés à l’égard des Parthes ont été si forts qu’il a fallu attendre le début du XXe siècle et que se fasse jour l’idée que la civilisation parthe ait pu jouer un rôle dans l’évolution de la civilisation gréco-romaine aux premiers siècles de notre ère.

 

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Dans le domaine de l’histoire des religions, c’est F. Cumont qui a, le premier, mis en relief l’influence de l’iranisme sur le développement des cultes orientaux dans l’empire romain, et le fait que celle-ci s’est produite à partir du monde soumis aux Parthes ou dans les régions qui en étaient proches. Malheureusement, nombre d’interrogations n’ont encore pu trouver de réponse et l’on a du mal à cerner les caractères de la vie religieuse des Parthes ou à déterminer le rôle que ceux-ci ont joué, par exemple, dans le développement du culte du dieu iranien Mithra, qui a connu un si large succès dans l’empire romain.

La découverte de l’existence d’un « art parthe » est un phénomène relativement récent qui tient au développement de la recherche archéologique. C’est, en effet, grâce à des découvertes fortuites (Shami) et surtout à la fouille ou à l’étude, avant la Deuxième Guerre mondiale, de sites d’époque parthe en Mésopotamie (Hatra, Assour, Doura-Europos, Séleucie du Tigre), en Iran extérieur (Kuh-i-Khwadja) et en Asie centrale (Nisa au Turkménistan) que des monuments et des œuvres d’art qui présentaient certains traits communs sont apparus (voir les articles de R. Venco-Ricciardi et S. Downey). Et c’est le grand mérite de M. I. Rostovtzeff qui, s’appuyant sur ses propres travaux à Doura-Europos et sur ceux de F. Cumont, A. Foucher, H. Ingholt et d’autres, a montré qu’une seule culture combinée à la permanence et à la diversité des traditions locales unissait les régions de Syrie orientale, de Mésopotamie et de Susiane (Shami). Il a alors dégagé les caractéristiques de ce qu’il a appelé « l’art parthe » hellénisant et mésopotamien qui recherche la transcendance à travers la frontalité de son iconographie et qui se met en place aux Ier-IIIe siècles. Et c’est en grande partie à travers cet art que se serait produite la fusion entre les arts de l’Orient ancien et celui de la Grèce, il aurait ainsi constitué le lien entre l’art classique et celui de l’époque byzantine.

Trente ans plus tard, D. Schlumberger prenant en compte les découvertes d’Asie centrale (Aï Khanoum, Khaltchayan), d’Iran (terrasses sacrées du Zagros) de Syrie (Palmyre) et d’Anatolie orientale a démontré de manière convaincante que cet art parthe s’inscrit dans un mouvement plus ample et sur une aire beaucoup plus étendue, bien au-delà des limites politiques de l’empire parthe. Il s’agit d’un « art gréco-iranien » que l’on peut reconnaître des frontières de l’Egypte jusqu’à l’Asie centrale et à l’Inde, d’où est né l’art parthe, et qui a également donné naissance à l’art dynastique de Commagène (Nimroud Dagh), à l’art kouchan et à l’art gréco-bouddhique. Ce qui explique l’étonnant air de familiarité entre les réalisations artistiques de Pal­myre, de Hatra, de Surkh Kotal ou du Gandhâra, pourtant éloignées de plusieurs milliers de kilomètres.

Il reste toutefois quelques points importants qui n’ont toujours pas été résolus, comme celui du passage de l’art grec à l’art gréco-iranien, ou celui de l’existence d’un art parthe ailleurs que sur les marges occidentales. Il faudrait pour cela fouiller les grands sites parthes d’Iran : les niveaux supérieurs de Suse dans les rares secteurs qui ont échappé aux fouilles vigoureuses entamées il y a plus d’un siècle, Ecbatane la grande cité de Médie, dont l’exploration commence seulement, Hécatompyle (« la cité aux cent portes »), la première capitale impériale parthe en Hyrcanie (Damghan) qui reste encore pratiquement intouchée, ou encore la « Nouvelle Nisa », dont on ne sait pratiquement rien.

En attendant que s’ouvrent de tels chantiers de grande ampleur, les nouvelles données fournies par les fouilles plus modestes mais récentes de Tureng-Tepe, Qaleh-i-Yazdegerd, Kourrah, Abou Qpubour, Séleucie du Tigre, Hatra, Assour, Doura-Europos ont procuré ou procurent régulièrement des matériaux nouveaux. Les résultats obtenus sont très différents d’un site à l’autre. Ils permettent de toucher du doigt cette grande diversité de cultures et de traditions qui régnait dans l’empire parthe où les particularismes étaient très vivaces et où on ne perçoit pas de volonté de créer un art dynastique à l’image, par exemple, de l’empire achéménide ou, plus tard, de l’empire sassanide. Ces résultats nouveaux permettent aujourd’hui d’enrichir de manière substantielle, comme on le verra dans ce dossier, le tableau de cette société et de cette civilisation trop longtemps ignorée ou négligée et qui peu à peu reprend sa place dans l’histoire de la naissance de ce monde nouveau des premiers siècles de notre ère dont sont issues les grandes religions et la culture du monde dans lequel nous vivons.

une courte absence

je quitterai Téhéran pour 10 jours…..un voyage à Athènes et puis à Paris…..je retournerai 7 juillet.. à Bientôt

Djalâl-od-Dîn Rûmî, RUBÂI’YÂT (Extraits – traduction Eva de Vitray-Meyerovitch & Djamchid Mortazavi)

 

 

 

Ce matin, au jardin, j’ai cueilli des roses

Et je craignais d’être vu par le jardinier.

Je l’entendis me dire avec douceur :

“ Qu’est-ce que des fleurs ? Je te donne tout le jardin. ”

 

Un amour est venu, qui a éclipsé tous les amours.

Je me suis consumé, et mes cendres sont devenues vie.

De nouveau, mes cendres par désir de ta brûlure

Sont revenues et ont revêtu mille nouveaux visages.

 

Si le vent agite les boucles de tes cheveux

La lune te souhaitera longue vie dans tous les cœurs.

Ô donneur de conseils ! Tu oublieras toi-même et tes conseils

S’il arrive à ton âme ce que mon cœur a goûté.

 

Dieu, par inspiration, a dit à Mohammad : “ Ô Prophète,

Ne reste que parmi les amoureux, des autres éloigne-toi. ”

Bien que ta flamme embrase le monde,

Le feu meurt par la compagnie des cendres.

 

Si je prépare une assemblée avec d’autres que toi

Je jure par Dieu que mon cœur ne sera pas blessé par l’amour d’un autre que toi.

Mais quand pour quelqu’un le soleil a disparu

Il place auprès de lui-même une lampe.

 

Mes lèvres ne s’ouvrent pas sans tes lèvres

Et l’origine des paroles n’existe pas sans tes lèvres.

Dieu a fermé la porte de mon cœur, en l’absence de tes lèvres.

Il m’a dit : “ N’ouvre pas tes lèvres en l’absence de ses lèvres. ”

 

Dans l’assemblée du sultan, j’ai brisé sa coupe

Pour éveiller son courroux et provoquer ses reproches.

Par Dieu ! Je suis son prisonnier, à tel point

Que je ne puis distinguer dureté ou douceur.

 

Fais l’aumône à cet esclave qui n’a pas de sommeil

Fais l’aumône à cet assoiffé qui n’a pas d’eau

Fais l’aumône, car celui qui ne donne rien

Auprès de Dieu est dénué de mérite.

 

J’ai mis à l’épreuve cette bien-aimée au cœur pur ;

Le torrent noir n’a pas assombri ce ruisseau,

Il n’a pas fait froncer ses sourcils un seul jour ;

Je conserve ce souvenir pour la vie et pour la mort.

 

Si mon Bien-Aimé me déchire

Je ne gémis pas et ne dis pas que cette douleur vient de lui.

Pour nous, tous sont des ennemis, seul il est l’Ami.

Ce n’est pas bien de se plaindre à son ennemi de son Ami.

 

Assieds-toi avec l’amour, qui est l’essence de ton âme

Recherche celui qui est éternellement au près de toi.

N’appelle pas “ mon âme ” celui qui est la tristesse de ton âme

Considère-le comme défendu, même s’il est pour toi comme le pain.

 

Le Bien-Aimé est si proche de moi

Plus proche que moi-même de ma propre âme.

Par Dieu ! de lui, je ne me souviens jamais

Car le souvenir est pour celui qui est absent.

 

Un amour parfait et une beauté ravissante,

Un cœur plein de paroles, une bouche silencieuse :

Comment se peut un état plus étrange que ceci ?

Je suis assoiffé, et devant moi coule une eau pure.

 

Celui qui est triste et qui peut le dire

Dissipe, en la disant, la tristesse de son cœur.

Considère cette fleur qui s’épanouit en nous :

Elle ne peut ni montrer sa couleur ni garder son parfum.

 

Je veux te tenir un langage sans paroles,

Un langage secret pour toutes les oreilles

Nul, sauf toi, n’entendra ce que j’ai à dire,

Quoique je le dise au sein de la foule des gens.

 

Si dans l’enfer, je peux tenir une boucle de tes cheveux,

La condition des habitants du Paradis me semblera bien humble.

Si, sans toi, on m’invite dans les prairies du Paradis,

Les campagnes du paradis me sembleront bien resserrées.

 

L’amour est venu et a brisé mon repentir

Comme du verre. Qui peut le raccommoder ?

S’il y a un raccommodeur, c’est aussi l’amour :

Il n’est pas possible de fuir la brisure et la réparation.

 

Dans la roseraie je sens le parfum de tes lèvres

Je vois ta couleur dans la tulipe et le jasmin.

S’il n’en était pas ainsi, j’ouvrirai mes lèvres

Afin qu’elles disent ton nom, et que je l’écoute.

 

Garde ce jeûne comme une corbeille

Afin que ce jeûne pour toi demande à Dieu.

L’eau de la vie rafraîchit la brûlure du cœur,

Ce jeûne est comme une aiguière, ne la brise pas !

 

Tant que tu es avec toi-même, bien que tu sois avec moi, tu es loin de moi

Il y a trop d’éloignement entre toi et moi

Tu ne peux arriver à moi si tu n’es pas uniquement moi

Dans le chemin de l’amour, ou il faut être toi, ou il faut être moi.

 

Ma Bien-Aimée m’a dit : “ Si tu veux acheter

Les baisers de chaque bien-aimée, achète-les à moi-même. ”

J’ai dit : “ Avec de l’or ? ” Elle répondit : “ Que ferais-je de l’or ? ”

J’ai dit : “ Avec mon âme ? ” Elle répondit : “ Oui, oui. ”

 

Je suis revenu pour allumer un feu

Dans le repentir et le péché, dans le remords et l’ascétisme,

J’apporte le feu qu’il m’ordonne.

Ô toi chaque chose qui n’est pas Dieu, va-t’en.

 

Je me suis repenti de la passion, de la perte de moi-même

Ton amour a entendu cette parole de moi.

Il a fait un feu avec la bûche de mon repentir

Il m’a brûlé, puis m’a dit : “ Te repens-tu cette fois ? ”

 

La voie de l’amour est un mystère, il n’y est point de querelle

Il n’y a là d’autres qualités que le sens profond.

Il n’est point permis à l’amoureux de discuter

C’est de non-existence qu’il s’agit, et non pas d’existence.

 

Dénombrez ces beautés aimées, une à une,

Peut-être, par hasard, appellerez-vous le nom de ma bien-aimée.

Ô vous qui vous trouvez derrière le voile

Passez dans mes yeux pleins de feu.

 

Nous sommes beaux, rends-toi beau comme nous

Accoutume-toi à nous, laisse les autres

Ne sois pas une goutte, fais de toi-même un océan

Si tu veux être une mer, fais de ta goutte un néant.

 

Dans la taverne j’ai vu une beauté

J’ai acheté son amour avec mon âme et mon cœur

J’ai senti le parfum des boucles de ses cheveux

Et j’ai renoncé au désir pour les deux mondes.

 

Tu es comme la lune, je ne suis que ton reflet dans l’eau.

Ne viens-tu pas près de moi cette nuit où je suis ton hôte ?

Tu me dis : “ Sois sûr que je suis à toi,

Bien plus, je te rends vivant, car je suis ton âme. ”

 

Une beauté si belle qu’aucun épithète ne lui convient

Entre dans la maison, demandant : “ Comment est ton cœur ? ”

Sa robe traînait sur le sol, et mon cœur lui a dit :

“ Relève la traîne de ta robe, la maison est remplie de sang. ”

 

Ce cœur que je croyais être le mien,

Par Dieu, je ne le laisserai pas chez des amis.

Il m’a quitté, Bien-Aimé, et est allé auprès de toi :

Garde tendrement ce que j’ai gardé avec tendresse.

 

Je voudrais pour ton amour quitter mon âme

pour toi je désire quitter les deux mondes

Je voudrais que ton soleil tombe sur la pluie

C’est pourquoi je vais au-devant de toi, comme le nuage.

 

Littérature et individu en Iran


Texte intégral

Depuis plus d’un siècle, la littérature persane anticipe, annonce, accompagne et traduit dans des figures variées l’entrée de la société iranienne dans la modernité. Dès le XIXème siècle, elle pose avec éclat cette question brûlante qui vient bouleverser le corps social, renverser les institutions politiques et transformer profondément la conscience iranienne1. C’est ainsi qu’on a parlé du réveil des Iraniens2. Au coeur de cette interrogation sur l’entrée dans la modernité se situe pour et dans la littérature la question de l’individu.

En effet, dans sa tradition, la littérature ne remet pas en question cette catégorie. L’individu n’existe que dans un espace communautaire. Ni l’auteur, ni le narrateur, ni le personnage, ni à fortiori le lecteur n’ont de statut autonome. Au XIXème siècle, dans la période où se prépare la révolution constitutionnelle, ces notions d’auteur, de narrateur et de personnage prennent une autre signification et cristallisent en quelque sorte cette affirmation de l’individu dans un espace communautaire en pleine mutation. Mirzâ Aghâ Khân Kermâni, Mirzâ Habib Esfahâni, Abdorrahim Tâlebof, Zeynolâbedin Marâqeï, Ali Akbar Dehkhodâ sont autant de figures parmi d’autres qui émergent de façon autonome dans le paysage littéraire et sociopolitique de l’époque.

Plus encore, dès la fin du XIXème siècle c’est l’autonomie de l’oeuvre littéraire qui entre en jeu. Cette individuation de l’oeuvre d’art est sans doute un événement majeur pour la littérature persane. La naissance de l’imprimerie, la reproduction des textes, l’introduction de textes étrangers contemporains par la traduction, leur publication dans la presse nouvellement née, sont autant de facteurs essentiels d’une mutation gigantesque des mentalités et d’une transformation radicale du rapport à l’oeuvre littéraire, devenue objet autonome, reproductible à loisir, échappant aux lectures traditionnelles, menaçant les vieux systèmes de contrôle par le pouvoir d’Etat et le système communautaire de la communication et des échanges intellectuels. Nul ne s’étonnera, par conséquent, que la plupart de ces écrivains aient eu toute leur vie durant maille à partir avec la censure.

Est-il nécessaire d’ajouter que la plupart de ces écrivains, traducteurs, journalistes et poètes, ont voyagé à l’extérieur des frontières d’Iran, notamment en Europe, ou ont été, du moins par la presse, en contact avec l’Europe. De ce contact naîtront et prendront forme dans le système de la littérature les concepts d’individu, de démocratie, de pluralisme des idées, de tolérance, de critique…Autant d’éléments qui viennent perturber fortement les schémas de pensée traditionnels ainsi que les comportements sociaux.

En un peu moins d’un siècle l’Iran a connu trois ou quatre crises plus ou moins graves et décisives qui trouvèrent dans l’évolution du système de sa littérature un écho direct. Il y eut d’abord la révolution constitutionnelle de 1905-1906 qui contraignit la monarchie Qajar à se doter d’une constitution. En 1921 ce fut la chute de la dynastie Qajar et l’arrivée de Reza Khan qui fut couronné roi en 1925. Puis ce fut l’affaire Mossaddeq et le coup-d’Etat qui renversa son gouvernement en 1953, ôtant au peuple iranien tout espoir d’un vrai régime parlementaire et restaurant Mohammad Reza Chah sur son trône et enfin, la révolution de 1978-79 qui renversa le régime impérial et instaura le gouvernement de la République islamique. Pratiquement un bouleversement tous les quarts de siècle, le dernier apparemment le plus considérable. Ces quatre moments historiques sont parfaitement lisibles dans les changements profonds que subit le système littéraire persan. On peut établir aisément trois niveaux de lecture de ces changements qui voient naître un homo novus dans le système de la production des textes : – le niveau de l’auteur – le niveau du narrateur – le niveau de l’actant (personnage).

Essayons de poser rapidement les divers éléments qui permettent de construire ces trois figures dans leur évolution et voyons si la crise ultime, la plus proche, celle de 1978 et des vingt ans qui suivirent, constitue une simple étape supplémentaire dans un processus évolutif ou au contraire, une coupure radicale, un phénomène intrinsèquement nouveau.

Statut de l’auteur

L’auteur, le producteur de textes, dès la fin du XIXème siècle et dans les premières décennies du XXème siècle est un homme qui engage sa liberté individuelle et se risque hors des catégories sociales qui jusqu’alors, sinon le protégeaient, du moins lui assignaient une place stable. Il affronte le pouvoir politique et le conteste. Mirzâ Agha Khan Kermani vit en exil à Istanbul et finit assassiné par la police du Chah. Bâqer Khân Khosravi doit se cacher du pouvoir central au fond de sa province. Ali Akbar Dehkhodâ doit s’exiler en Europe, puis vivre assigné à résidence. Le poète Bahar doit ruser avec le pouvoir impérial, le poète Eshghi est assassiné, Raf’at se suicide. Le jeune Djamalzâdeh doit s’exiler en Europe. Sadegh Hedayat s’éloigne en Europe, en Inde, vit son indépendance dans une situation financière des plus médiocres; il se suicide de désespoir à Paris en 1951. Bozorg Alavi doit très tôt s’exiler en Allemagne de l’Est après avoir connu plusieurs années de prison. Jalal Al-e Ahmad, dans les années 1950-60, suit une carrière d’enseignant fort médiocre et constamment compromise. Samad Behrangi meurt à l’âge de trente ans dans des conditions très douteuses. Houchang Golchiri connaît la prison dès l’université. C’est un trait caractéristique, la plupart des écrivains risquent leur liberté ou leur vie non seulement à cause de leurs idées subversives, mais du seul fait que leur statut d’écrivain est devenu d’une très grande fragilité. Ecrire, et en particulier écrire la prose, est synonyme, au XXème siècle de subversion et de révolution. Même si, et il faut insister sur ce point, bien des écrivains ne font pas profession de révolutionnaire, ni dans leurs actes, ni dans leur oeuvre. C’est que le processus de réforme dans lequel s’est engagé le système littéraire entraîne l’individu dans son sillage et le place, nolens volens, dans la position du contestataire d’un ordre établi. Cette figure du révolté, plus ou moins lisible selon le cas, est bien illustrée par un S.Hedâyat dans les années 1930-40, un B.Alavi ou un Beh Azin dans les années 1950, un J.Ale-Ahmad ou un S.Behrangi dans les années 1960, un Dowlatâbâdi ou un Barâheni dans les années 1970. Qu’en est-il à partir de 1978 ?

La révolution ne semble pas avoir modifié ce statut. Disons plutôt qu’elle a probablement augmenté sa fragilité en plaçant l’écrivain dans une position douteuse de vecteur des idées étrangères – moralement réprouvées -; en l’accusant de libertin et de libertaire, dans un contexte idéologique d’unité et d’unanimisme; en instituant une censure sur la plupart des catégories de pensée, de sentiment, de comportement qui mettent en péril l’imagination d’un auteur contraint à l’autocensure ou à l’exil (on compte actuellement des dizaines d’écrivains de toutes les générations, surtout des jeunes, dans toute l’Europe, aux Etats-Unis et au Canada). Rarement le statut de l’écrivain n’a été aussi fragile et contesté que dans ces deux dernières décennies. Mais paradoxalement, jamais le nombre des écrivains n’a été aussi élevé et leur activité aussi intense.

Toujours paradoxalement, la femme écrivain fait vraiment son entrée dans le système littéraire. Non qu’elle en fût tout à fait absente auparavant. Mais désormais, elle est présente en nombre et en qualité. Dans toutes les années 1910-1940 on ne compte pas une seule romancière. Dans les années 50-60 se détache la figure, bien isolée, de Simine Dânechvar, longtemps connue comme la-femme-de-AleAhmad. Vers la fin des années 1970 un mouvement s’amorce avec l’arrivée d’auteurs femmes comme Goli Taraqqi et Shahrnoush Pârsipour. Mais le mouvement n’a rien de l’ampleur qu’il atteint dans les années 1980-1990 avec l’arrivée d’une longue série parmi lesquelles les trois précédentes et des nouvelles comme Monirou Ravânipour, Qazâleh Alizâdeh, Farkhondeh Aqâï, etc.

Contrairement à la tradition qui lui assignait des rôles et des fonctions bien définies dans le système social (à la cour, à la mosquée, dans les confréries soufies, dans les chancelleries etc.) l’écrivain iranien moderne du XXème siècle n’a pas au départ de fonction bien précise dans le système. Peu à peu se dégagent certaines constantes: il ne vit presque jamais de sa plume, sauf s’il est journaliste ou membre du corps enseignant. Il fait tous les métiers. On trouve des médecins comme G.-H. Sâedi, B.Sâdeghi, Taghi Modarresi, des officiers de marine comme Beh Azin, des instituteurs comme S.Behrangi, A.A. Darvishyan et H.Golchiri à ses débuts; des professeurs d’université comme S.Dâneshvar ou R.Barâheni; des cinéastes comme E.Golestan. Mais- c’est un autre paradoxe- ayant conquis son autonomie, il vit rarement isolé et recherche la plupart du temps (sauf exceptions brillantes comme Hedâyat) toute forme de regroupement, d’association et de vie communautaire. Il faut ici évoquer la vie des revues littéraires en Iran qui fédèrent et organisent des communautés d’écrivains et jouent un rôle prépondérant dans la communication sociale: Soxan, Ferdowsi, Negin, Arash, plus récemment Adineh, Donyâ-ye sokhan, Gardoun, Takemura, Kelk, pour parler de quelques revues d’Iran.

Ici les événements de 78 introduisent un élément qui, s’il n’est pas nouveau, prend une ampleur jamais atteinte, celui des publications périodiques en langue persane. On en recense plus de 400 de par le monde. Tous sont autant de points de ralliement qui font de l’écrivain non plus un électron libre mais la cellule active d’un organisme vivant. En obligeant ses écrivains à s’expatrier, l’Iran a profondément bouleversé les conditions de production de la littérature. De véritables réseaux internationaux se sont ainsi constitués qui – sans prétendre à une stabilité que les conditions précaires dans lesquelles vit l’écrivain exilé lui interdisent- forment un terreau très riche pour la production littéraire. Cet essor est tel qu’il a très tôt suscité une demande forte dans le domaine éditorial et plusieurs éditeurs – liés ou non à des groupes de presses- diffusent, éditent, impriment de nombreux titres en persan, en particulier dans le monde occidental. Chaque écrivain est plus ou moins relié à un de ces pôles (revues/ éditeurs) à l’intérieur du pays d’accueil, dans des pays voisins, ou encore à l’Iran même. Après une période difficile, les voyages ont rendu possible la venue de nombreux écrivains d’Iran en Europe et en Amérique, assurant ainsi un relais indispensable à la circulation des oeuvres littéraires. Ainsi de nouvelles solidarités, au moment même où l’individu est plus que jamais compromis dans son autonomie et dans l’affirmation de soi, se mettent-elles en place, assurant une relative cohésion aux milieux littéraires, jouant parfois même un rôle de garantie pour la sécurité des personnes.

Ce phénomène communautaire n’est, bien sûr, pas nouveau en Iran. On peut en voir les signes dans des manifestations publiques comme le Premier congrès des écrivains d’Iran en 1946 ou les Dix Nuits organisées par l’Association des Ecrivains d’Iran en 1977. La situation de l’Iran post-révolutionnaire n’a bien évidemment pas permis de nouvelle expérience du même genre après 1979. Cette première année de la révolution, les dernières activités publiques de l’Association des Ecrivains peuvent trouvent un écho dans la revue Ketâb-e Jom’eh. Toutefois, le manifeste signé par les 134 écrivains en 1995 signale la reprise de ces mouvements de solidarité. A l’étranger, on ne compte plus les réunions publiques autour d’écrivains venus d’Iran ou résidant sur place, la plupart du temps à l’initiative d’associations culturelles ou littéraires. La venue en septembre 1997 de Houchang Golchiri à Paris en est une illustration.

L’élection du nouveau président de la République, la nomination du nouveau ministre de l’orientation islamique et de la culture, l’espoir considérable placé par une grande partie de la population d’Iran dans ce changement de gouvernement – et de méthode de gouvernement sinon de politique – modifie-t-elle ces tendances générales? Pas forcément. Dans le court terme, il est à craindre, au contraire, que malgré un certain assouplissement, une plus grande justice, et surtout une plus grande rationalité annoncée, le statut de l’écrivain ne reste inchangé: celui d’un individu exposé et fragile parce que son oeuvre est offerte au public, parce que ses exigences de liberté heurtent les aspirations d’unicité et d’unanimité, parce que sa prétention à l’universel compromet l’intégrité nationale et le place en porte-à-faux avec le dogme, parce qu’enfin écrire est peut-être en soi un acte blasphématoire ou sacrilège puisqu’il postule la polyvalence et la pluralité.

Niveaux de récit: statut du narrateur et des actants

Si l’on passe du niveau extradiégétique au niveau intradiégétique, on observe d’emblée une grande révolution des structures narratives qui s’articule essentiellement sur une individuation toujours plus marquée de l’instance narrative et de la structure actancielle. Ce changement de comportement tient à une prise de conscience qui se fait dans la deuxième moitié du XIXème siècle sous l’influence directe des traductions3. En effet, avec la naissance de la presse et de l’imprimerie, c’est le phénomène majeur dans le système littéraire persan; un des éléments essentiels de la question de la modernité, telle qu’elle se pose à l’orée du XXème siècle en Iran. Par la traduction, les Iraniens découvrent une certaine Europe, “l’étranger”, apprennent à s’observer eux-mêmes à partir du point de vue de l’autre, abandonnent la position de repli où leur culture s’était confinée, renouvellent leur stock d’images usées par le temps, s’initient à de nouveaux langages, expérimentent de nouvelles formes. La révolution intellectuelle que vit l’Iran au tournant des deux siècles, en même temps que morale et sociopolitique, est aussi esthétique.

Le rôle mécanique du conteur traditionnel, comme celui du narrateur, à l’intérieur du récit, évolue vers un rôle dynamique et protéiforme. Entrent progressivement en usage toutes les techniques complexes qui croisent les voix du récit, jouant avec toutes les possibilités du chronotope. L’exemple le plus célèbre est la chouette aveugle où S.Hedâyat construit son récit en deux temps, deux niveaux, deux espaces: le narrateur fait son premier récit dans l’immédiat puis le recommence en le situant dans un passé qui s’échappe vers un point de fuite plus ou moins inaccessible. Il en résulte un aller et retour indécis, une sorte de mouvement perpétuel qui bouleverse toutes les habitudes du lecteur. Ce récit d’une modernité éblouissante est à la fois prophétique mais aussi le résultat de nombreuses tactiques d’approche vers cette déconstruction du sujet-narrateur. Dehkhodâ, dans ses Tcharand parand a déjà fait de grands pas dans ce sens ainsi que Jamâlzâdeh dans certains récits de son recueil Yeki bud va yeki nabud.

L’expérience fondatrice de S.Hedâyat n’est pas demeurée sans postérité. Houchang Golchiri la poursuit brillamment dans Le Prince Ehtejâb, Bahrâm Sâdeghi dans les nouvelles de son recueil Les gourdes sont vides, Shahrnoush Parsipour dans Femmes sans hommes, Rezâ Ghâssemi dans Symphonie nocturne pour orchestre de bois, ou Sardâr Sâlehi dans Le roi de Hollande et nous.

La nouveauté la plus fondamentale, devenue au cours du siècle une constante de la prose littéraire, c’est l’apparition du “ je ” narrateur. Si le récit autobiographique n’est pas nouveau dans l’horizon littéraire persan, il ne s’agit plus ici à proprement parler d’autobiographie mais de fiction du moi. “ Je ” venant remplacer le il, ou mieux le “ ils ” de la hekâyat traditionnelle (âvarde-and), c’est la revanche du sujet qui conquiert son autonomie. C’est le texte qui se détache de son contexte comme la planète qui échapperait à son orbite. D’où, d’ailleurs, cette apparente incohérence de l’Oeuvre de l’auteur, cette multiplicité des sujets et cette force centrifuge qui tend à disloquer le système. On a du mal à percevoir une unité dans la production d’un auteur moderne.

On retrouve le même phénomène au niveau actanciel. L’idée traditionnelle d’un personnage conçu dans une perspective entièrement mimétique, comme un rôle ou une fonction narrative, fait long feu dans le récit contemporain. Si l’on peut faire encore dans l’oeuvre d’un Jamâlzâdeh une typologie des actants, on ne le peut plus guère dans l’oeuvre de S.Hedâyat, de Tchoubak, d’Aleahmad, de Golchiri, de Sâdeghi ni d’aucun des auteurs de la deuxième moitié du XXème siècle. L’actant (ou le personnage), dans le récit persan moderne est isolé, atomisé, souvent abandonné, en particulier quand il s’agit des femmes. Prenons par exemple les personnages des récits de Hedâyat, ceux de Golchiri, ceux de Sâedi, de Sâdeghi, de Parsipour, de Dowlatâbâdi ou de Barâheni. On y trouve des êtres rongés par la solitude; dans l’incapacité d’établir un contact avec la société, de se penser solidaires. On en trouve une belle illustration dans Femmes sans hommes de Parsipour (publié au début de la révolution). Cinq femmes – Mahdokht, Faezeh, Farrokh-Lagha, Mounés, Zarrinkolâ, suivent cinq itinéraires indépendants qui les conduisent dans une même maison à Karaj, aux environs de Téhéran. Là, elles pensent reconstruire le monde sans hommes puisque aucun n’a trouvé place dans leur vie. Mais l’expérience tourne à l’échec. Elles se séparent et chacune reprend sa route solitaire, dans l’indépendance retrouvée ou bien une vie de couple parfaitement illusoire. Femmes sans hommes est la métaphore du solipsisme et de l’angoisse devant la fin d’une société fondée sur la solidarité communautaire. C’est dit, il faut le noter, quelques années avant que le phénomène social apparaisse dans l’Iran post-révolutionnaire.

Le roman de Parsipour, à la suite d’autres nombreux récits de prose persane contemporaine pose assez crûment la question de la sexualité ainsi que celle du corps. Empressons-nous de dire, en négatif, comme en creux; sexualité refoulée, sexualité impuissante. L’oeuvre de Hedâyat, dans son immense majorité, est le récit d’une détresse sexuelle et d’une solitude. Pour ne pas revenir au cas de La Chouette aveugle, si souvent cité, on pourrait rappeler toutes les nouvelles les plus célèbres comme Trois gouttes de sang, Enterré vivant, La chambre obscure, Le mannequin derrière le rideau, ou d’autres moins connues mais tout aussi fortes comme La griffe ou Laleh, ou La femme qui avait perdu son mari, ou encore, David le bossu, Le miroir brisé, L’homme qui tua son désir…Dans tous ces récits nous sommes témoins de l’incapacité de l’individu, homme ou femme, à établir avec l’autre une relation vraie, satisfaisante et durable. Au contraire, ce sont toujours des destins dans l’impossibilité de se rejoindre, une société atomisée dont les membres sont disloqués, dont les corps sont mutilés voire dépecés comme celui de la femme dans La chouette aveugle. On pourra faire des réflexions identiques avec les récits de Tchoubak, y compris dans les nouvelles les plus courtes comme Justice (l’histoire du cheval agonisant dans le caniveau) ou La cage (le combat des poules dans la cage avant leur abattage) ou encore ce sublime récit du Singe qui a perdu son maître et qui tourne, au petit matin, autour du corps du saltimbanque, attaché par une corde au cadavre de son maître. Les personnages de B.Sâdeghi suivent le même modèle, comme un grand nombre de ceux de H.Golchiri [voir aussi AleAhmad, La femme de trop, ou S.Dânechvar, Qui saluer, Une tête un oreiller].

Le prince Ehtejab est le type même de l’impuissant. Son corps, atteint au dernier degré par la tuberculose, est affalé dans un fauteuil, dans la poussière d’un palais en ruines. Le prince n’est que l’ombre de lui-même, les êtres qui l’entourent, des cadavres ou des images jaunies sur les murs de son salon. Chronique de la victoire des mages est un récit d’un ton nouveau. Il marque sans doute une étape dans le statut de l’individu au sein du groupe. Rédigé en 1980, il est le signe d’une rupture. Si jusqu’alors l’individu s’isolait d’une tradition communautaire figée dans ses principes, sous la pression des événements révolutionnaires, il se porte en avant du groupe, se sacrifie (il subit le fouet) pour affirmer l’irréductibilité de son autonomie, sa liberté individuelle et entraîne, par son sacrifice la naissance d’une nouvelle solidarité, non pas héritée, non plus reproduite, mais ré-inventée, sur un nouveau concept de fraternité. Barât, dont on a enterré toutes les bouteilles saisies dans sa taverne, remporte la victoire parce que grâce à son sacrifice, ceux qui, un temps, par crainte ou respect de la tradition, l’avaient abandonné, découvrent en eux-mêmes des sources ignorées de révolte et de liberté, de réconciliation avec eux-mêmes, avec la nature et le temps de l’histoire. Le récit de Golchiri, tissé de mythes anciens et de citations de Hafez, montre à l’évidence qu’un nouvel homo iranicus est en train de naître, ou de renaître, sur les cendres de l’ancien. Cet homme nouveau n’est plus l’élément d’une structure organisée avant lui, malgré lui, mais le signataire d’un contrat social. Il y a bien sûr chez Golchiri, une vision utopique de l’homme dans la société, mais c’est justement là la force prophétique du texte littéraire. La suite de l’histoire, politique et sociale, semble bien avoir confirmé, avec les corrections nécessaires, cette vision initiale, de même qu’on trouvait déjà dans les personnages de l’oeuvre d’AleAhmad cet individu culturellement schizophrénique qui a décidé en 1978, sous la pression de divers facteurs historiques, de mettre à bas un système social (voir Le mari américain, Le sétar, La fête des femmes).

L’individu imprime sa marque dans les nouvelles techniques narratives qui se mettent en place surtout à partir de Hedâyat. Parmi elles : le monologue intérieur. Cette technique, devenue depuis si familière est jusqu’alors presque inconnue dans la prose. Elle joue à la fois sur les voix du récit et sur sa focalisation. Elle opère un décalage entre l’instance narrative extradiégétique et les actants, conférant à ceux-ci une autonomie “ fictive ” qui renforce l’illusion réaliste. Le narrateur s’efface en apparence devant ses personnages comme le ventriloque. Par cette voix semblant venir de nulle part, une conscience est mise à nue, se déploie sous le regard du lecteur qui pénètre ainsi très profondément dans l’univers psychologique du personnage. Du narrateur de La chouette aveugle au Prince Ehtejâb en passant par le vieil homme du Premier jour dans la tombe de Tchoubak, jusqu’ aux romans de Barâheni, de Golchiri, de Parsipour, de Hamzavi, de Sardâr-Sâlehi, Sardouzâmi, Erfân, Ghâssemi, Dâneshvar et toute la nouvelle génération, le rapport narrateur/ actant/ lecteur s’est modifié. Cependant pas autant qu’on aurait pu le croire ou l’espérer après la génération de Hedâyat. Demeure encore une certaine gêne, semble-t-il, dans la structure actancielle des romans qui pose la question du développement du genre littéraire, dans des conditions sociopolitiques données.

Les genres littéraires

L’évolution des genres littéraires de prose invite à chercher l’adéquation entre forme littéraire et société. En effet, si le genre de la nouvelle suit un parcours assez clair depuis le début du siècle, et en particulier 1921, date du premier recueil de Jamalzadeh4, il n’en est pas de même pour le roman. Celui-ci hésite formellement depuis son origine. Cela tient-il à la nature protéiforme du genre? Peut-être. Mais il faut chercher aussi dans les structures sociales les raisons de cette hésitation. Le roman persan moderne – c’est presque un pléonasme, tant il est vrai que le genre est lié à la modernité en Iran – pose vraisemblablement les limites de l’autonomie individuelle face à la pression du groupe.

Contrairement à la nouvelle, genre court qui offre peu d’espace et de temps et contraint le narrateur à se concentrer sur une ligne unique, à réduire au minimum le nombre de ses personnages et à orienter son récit vers une fin proche et immédiate autant qu’inattendue, le roman joue sur l’extension du temps et de l’espace, la multiplicité des voix, le dialogisme et l’intertextualité. Dans ce monde foisonnant, l’individu joue son destin au sein du groupe, face à lui ou contre lui. Cette dialectique du tout et de l’unique suppose une très grande liberté de manoeuvre, un refus des contraintes sociales et morales. Le roman est par vocation un déviant. Il l’est dès son origine européenne puisqu’il fut une contestation de la langue latine. Il l’est encore à la fin du Moyen-Âge quand il s’affranchit de l’ordre chevaleresque. Quoi de plus déviant que Don Quichotte ou le Roman comique ou au XIXème siècle Splendeur et misère des courtisanes? Il fait l’objet de procès retentissants comme Mme Bovary…ou de condamnations non moins bruyantes comme celle des Versets sataniques…

Est-ce un hasard si les rééditions des grandes oeuvres romanesques persanes contemporaines sont expurgées? Ou non autorisées? L’histoire du roman persan sous les Pahlavi et sous la République Islamique, il faut bien le dire, est aussi celle de la censure.

Mais qui dit censure dit aussi autocensure. C’est ici que les choses se compliquent pour l’esthétique du roman. Alors que la contrainte qui pèse sur l’écriture ne semble pas affecter sensiblement le genre de la nouvelle qui donne peu prise du fait de sa nature concise, elliptique et schématique, elle menace en permanence les structures du roman, en un point tout particulier: la définition du personnage. Dans la nouvelle, quelques traits, quelques paroles, l’esquisse d’une silhouette suffisent à conduire la marche du récit. Le lecteur n’en attend pas plus. Son imagination fait le reste, toute son attention restant tendue vers la pointe finale. Dans le roman, il en va tout autrement. Le personnage est là, bien présent devant nous, impossible d’éluder la rencontre. Impossible de confondre son identité avec celle d’un autre. Il a un nom, une histoire, un espace tout à lui, un temps spécifique dans lequel il évolue. Il a aussi une intimité, une vie secrète que le récit sous toutes ses formes nous dévoile.

Or, force est de constater que bien peu de romans persans, écrits entre 1940 et 1997, remplissent ces conditions. Ce n’est, de la part des auteurs, ni mauvaise volonté, ni incompétence. Depuis Hedâyat, des dizaines de romanciers ont montré et démontré leur savoir-faire et leur génie. La question est plutôt de savoir si les conditions sociales, politiques, historiques sont vraiment réunies pour que ce genre, né sous d’autres climats, puisse trouver en Iran son plein épanouissement. Comme le dit Golchiri “ nous vivons notre temps, même si nous avons par ailleurs des problèmes qui nous ramènent à votre XVIème siècle [nous sommes] un homme de mille ans qui vit aujourd’hui”5. A cet égard, le changement de régime survenu en 1979 n’introduit aucune modification. Il aggrave simplement la tendance en élargissant de plusieurs degrés son contrôle de l’écriture. Celui-ci devient plus subjectif, plus intérieur; il ne se contente plus de critères externes et objectifs, il touche à la conscience. C’est évidemment plus grave pour la liberté d’expression et pour le genre romanesque, fort périlleux. Hedâyat dût publier La chouette aveugle à Bombay. Golchiri a signé le contrat d’édition de son dernier roman en Allemagne. Tchoubak a réédité ses oeuvres en Californie. Parsipour après avoir publié Femmes sans hommes, a vécu quelques mois en prison et poursuit son oeuvre aux Etats-Unis, Goli Taraqqi à Paris, A.Ma’roufi en Allemagne, R.Barâheni au Canada. Ceux qui choisissent de demeurer en Iran y produisent leurs oeuvres dans le cadre étroit défini par la loi. “ La censure est féroce, dit encore Golchiri; dans un récit où était écrit `les feuilles tombent en dansant’ le censeur a exigé que l’on supprime `en dansant’. Si l’on écrit qu’une femme donne le sein à son bébé, c’est assimilé à une incitation à la débauche. Toute affectivité dans les relations humaines est considérée comme perverse. Il ne faut pas décrire les gens comme ils sont mais comme ils devraient être. Le réalisme nous est interdit ”6.

C’est sans doute la question ultime qui se pose en cette fin de XXème siècle en Iran dans la prose persane. Elle nous ramène à notre question initiale: la littérature dans son rapport au réel. Le travail de figuration du réel, de configuration du temps, comme dirait P.Ricoeur7, qui est la base du réalisme, est-il encore possible? Cette aporie ne rend-elle pas inéluctable un retour au style figuré, à l’allégorie, à la métaphore ? On en voit des signes très clairs dans l’oeuvre de Golchiri. C’est peut-être aussi une ligne de partage entre la littérature persane d’Iran et celle de la diaspora. Si l’on compare les oeuvres de Parsipour publiées en Iran et celles aux Etats-Unis, on constate une bien plus grande liberté de ton dans les dernières, en particulier pour tout ce qui touche à la structure actancielle. Qu’on se réfère, par exemple, aux femmes de Zanân bedun-e mardân et à celles de Dâstân-hâye mardân-e tamaddon-hâye moxtalef8. Les premières sont décrites dans le cadre plutôt figé d’un Iran moralisateur, les secondes sont libérées de cette contrainte.

Pour finir, l’esthétique narrative qui semble le mieux convenir au système littéraire persan, dans le contexte socioculturel de l’Iran, est celle qu’on pourrait définir comme le “miroir brisé”, cette technique célèbre de l’architecture persane. Si la nouvelle réussit mieux que le roman, disons-le encore une fois, ce n’est certainement pas incompétence de l’écrivain, mais bien plutôt qu’elle correspond intimement aux formes de pensée rendues possibles par le système socioculturel. Dans un tel espace communautaire, la place de l’individu est toujours à conquérir et à reconquérir. Cet individu trouve sa définition d’une façon fragmentée. Aucune forme globalisante ne peut rivaliser avec la pression du groupe, si ce n’est le fragment, le morceau, l’éclat qu’on peut aisément disposer dans des figures souples et variées. Ici, pourtant, le clivage de 1978 se fait sentir plus vivement. Le genre de la nouvelle continue de remplir son rôle après la révolution et reste sans conteste la formule de prédilection dans la mise en forme littéraire de la société iranienne. Toutefois – dans une formulation qui se cherche encore- le roman prend un essor considérable qui est peut-être le signe d’une mutation sociale en profondeur, d’une prise de conscience individuelle et d’une affirmation plus audacieuse du moi. Nul doute que la crise des valeurs communautaires et la crise de conscience consécutives à la révolution trouvent dans la forme romanesque le meilleur terrain d’expression.

Notes

1 Au sens où Paul Hazard put parler de crise de la conscience européenne.

2 Târikh-e bidâri-e Irâniyân (Histoire du reveil des Iraniens), Téhéran, 1357/1978.

3 cf. C.Balaÿ, Genèse du roman persan moderne, Téhéran, IFRI, 1997

4 Mohammad-Ali Jamalzadeh, Yeki bud-o Yeki nabud, Berlin, 1921. cf. Balaÿ/ Cuypers, Aux sources de la nouvelle persane, ADPF, Paris, 1983.

5 Houchang Golchiri, entretiens avec J.L.Perrier, Le Monde, 26 09 1997.

6 H.Golchiri, ibid.

7 P.Ricoeur, Temps et récit, Paris, Le Seuil.

8 “Femmes sans hommes” et “Des hommes et des civilisations”.

 

 

L’INSCRIPTION DE KARTIR À NAQSH-I RAJAB


Kartir, prêtre en chef de l’empire tôt de Sasanian, a installé l’état d’église de Zoroastrian. En cette troisième inscription de siècle il déclare la position orthodoxe concernant la vie après la mort, le ciel, et l’enfer.



(1) I, Kartir, suis connu dans l’empire pour le righteousness et l’éminence, et connu de (2) ont été de bons service et bonne volonté au Yazads et aux seigneurs. Plus loin I à la salle de Yazads ce aussi (3) promise ainsi, celui, si par l’aide du Yazads I, Kartir, pour la vie sur (4) le rang le plus élevé étaient faits pour regarder alors également par moi plus loin à la salle partie du ciel (5) et l’enfer les dispositifs essentiels serait décrit (ou proclamé ou agrandi) dans l’intéret, aussi, de ces services divins comme dans l’empire ils sont exécutés, pour ces derniers également. (6) autre, de quelque sorte ils puissent être, qui devaient être décrits par moi par devenir plus bien fondé, et qui (7) ainsi, comme j’avais promis au Yazads. Promouvez même ainsi par moi ceux qui ont été établis, comme par moi il (était être fait pour) (8) ciel et enfer, parce que l’orthodoxie et le heterodoxy de ces services également (dedans) leurs dispositifs essentiels (9) (à être) ont été décrits.

Maintenant pour moi alors, quand par l’aide du Yazads ceci également a été établi, (10) à la salle partie ceci a été décrit, puis () le Yazads d’un service bien meilleur et veut ainsi (11) m’ont deviennent. Et pour ma propre âme je suis devenu provident et silencieux. (12) et également sur ces offres et services qui dans l’empire sont assurés beaucoup de (13) plus bien fondé ayez-moi deviennent. Et le whosoever voit cette inscription (14) et la lit, celle-là pour Yazads et les seigneurs et sa propre âme directement (15) et droit le laissent soient. Et au delà de ceci, aussi, dans les offres et les services et la religion de Mazdayasnian, (16) qui est maintenant exécutée pour la vie, laissez-le devenir plus bien fondé.

Maintenant encore (17) matière ; pas chacun peut publier une commande à la volonté. Laissez lui soyez connu ce que j’ai décidé : (18) il y a un ciel et il y a un enfer. Et celui qui est un welldoer ira directement au ciel. (19) et celui qui est un sinner sera moulé vers le bas à l’enfer. Et celui qui est un welldoer et après que (20) welldoing constamment des courses, celle-ci (dedans) ceci bonne renommée os-dotée de corps et la prospérité (21) atteigne et également (dedans) cette orthodoxie os-dotée d’esprit (il) rattrapent, (22) car I, Kartir, ont atteint. Maintenant j’ai écrit cette inscription à cette fin, cette (23) depuis que pour moi, Kartir, de de yore en avant par des règles et seigneurs beaucoup de feux (24) avec (leurs) magi par des contrats impériaux ont été institués et moi la grande gloire de mon propre (25) nommé sur les contrats et les documents impériaux représente écrite, que celui qui dans les documents de temps du futur (26) ou les contrats impériaux ou d’autres inscriptions peut voir, qui un (27) devrais savoir, que je suis Kartir, qui (dessous) Shahpuhr, roi des rois, Kartir (28) le Magupat [ Magus-maître ] et Ehrpat a été autorisé ; et sous Hormizd, le roi des rois, et du Varahran, le roi (29) des rois, fils de Shahpuhr, Kartir, Magupat d’Ahura Mazda a été autorisé ; et sous Varahran, (30) [ roi de ] des rois, fils de Varahran, Kartir, Âme-sauveur de Varahran et de Magupat d’Ahura Mazda ont été autorisés.

(31) écrit par Buhtak, scribe de Kartir, seigneur.

LA POESIE PERSANE



 

Tout iranien, s’il n’est pas poète, sait goûter les vers.

Paradoxe significatif: les plus raffinés des poètes persans sont aussi les plus populaires.

 

Ce petit paragraphe  nous donne la possibilité d’introduire dans ce numéro de la revue Dérange, quelques-uns parmi les plus célèbres des poètes iraniens de tous les temps.

 

Omar khayyâm

 

Mathématicien et poète persan du 12ème siècle, a laissé un grand nombre de robâ’iyât (quatrains), dont on a toujours admiré en Orient la construction rigoureuse et le ton sceptique. Les deux paraphrases anglaises de Fitzgerald (1859 et 1868) les ont fait connaître en Europe.

 

Il y a peu d’oeuvres qui soient, autant que les quatrains d’Omar Kayyâm, admirées, rejetées, haïes, falsifiées, calomniées, condamnées, disséquées, et qui atteignent une renommée universelle, en restant pourtant méconnues. Voici quelques-uns de ses quatrains:

 

Vais-je longtemps poser des briques sur la mer?

Idolâtres, croyants, j’en ai dégoût amer.

Qui donc peut m’affirmer: Khayyâm l’enfer existe?

Qui fut au paradis? Qui revint de l’enfer?

 

L’Océan de la vie a surgi en secret,

La perle du savoir, nul n’a pu la forer.

Chacun va divaguant, poursuivant sa chimère,

Personne cependant n’a pu dire le vrai.

 

Ces astres au palais de la nuit suspendus

Egarent les savants en problèmes ardus;

Toi, du moins, ne perds pas le fil de la sagesse

lorsque les connaisseurs eux-mêmes sont perdus.

 

Hafiz

 

Hafiz, c’est avec toi seul que je veux rivaliser. Que plaisirs et peines nous soient communs, à nous frères jumeaux! Aimer et boire comme toi sera mon orgueil, sera ma vie. Et maintenant, animée de ta propre flamme, résonne ô chanson car tu es plus nouvelle.

 

                        - Goethe

 

Hafiz naît à Chiraz, capitale de Fars, province méridionale de la Perse, vers 1325, au coeur des temps les plus difficiles, alors que les provinces sont divisées en principautés rivales et que les sultans et autres gouverneurs s’entre-tuent.

 

C’est dans ces conditions que Hafiz, poète à la fois savant et populaire écrira un poème ininterrompu qui sera un chant à la gloire de la vie, du vin, des amours et de la liberté, qui sera aussi un chant à la gloire de Dieu. Ceci, à la frange des plus grands risques, entre la cour et les tavernes, alors que le rigorisme et le conservatisme religieux sont les vrais maîtres du pouvoir.

 

Voici un des poèmes les plus beaux de Hafiz:

 

Décoiffé, le front moite, souriant et ivre,

Col déchiré, poème en bouche et verre en main,

Le regard querelleur et la lèvre ironique,

Hier, à minuit, il vint me voir et, s’asseyant,

Penché sur moi, il demanda, d’une voix triste:

 

“Dors-tu, ô toi qui m’aimes depuis si longtemps?…”

L’amant auquel, la nuit, on sert un pareil vin:

Qu’il s’enivre! Ou, qu’en amour, il soit païen!

Va, dévot, et ne donne pas tort aux ivrognes:

Boire est leur destinée, et ils n’y peuvent rien!

Pour moi, je bus tout ce qu’Il versa dans ma coupe,

Que ce fût vin d’ivrogne ou vin du Paradis…

Combien, pour Hafiz et d’autres, ont brisé de repentirs

La Beauté, avec ses boucles, et la Coupe, avec son rire!

 

Bahâr

 

Il est considéré comme le plus grand poète iranien de l’époque moderne. Né à Meched en 1880, il participa activement au mouvement révolutionnaire comme écrivain et comme homme politique. Il anima à partie de 1916, la société littéraire “Danechkadeh”.

 

Plus tard, Professeur à l’université de Téhéran, il fut de ceux qui contribuèrent le plus au progrès de l’histoire littéraire en Iran. Il mourut en 1951.

 

Son inspiration, puisée dans la vie moderne, est souvent politique, sociale, morale. Ses thèmes sont vivifiés par l’expérience personnelle et un riche tempérament poétique.

 

Ayant élargi l’inspiration et enrichi les moyens d’expression, il a exercé une grande influence sur la poésie iranienne du 20ème siècle.

 

Voici un extrait de “Le repos de la nuit”:

 

(…)

Je hais le jour, révélateur de l’impuissance et de l’échec

Et des laideurs et des indignités.

Je suis un dévot de la nuit: elle jette son voile

Sur le palais des rois et la halte des vagabonds.

Le monde est un tableau où le grand jour découvre

Trop de couleurs qui jurent, trop d’images hideuses.

D’affreux bijoux s’accrochent à l’oreille du désir,

De sinistres regards croisent l’oeil de l’espoir.

L’une n’entend que propos vains et vils,

L’autre ne voit que sottise et bassesse.

O maudit soit le jour et le livre qu’il ouvre,

Maudit ces bavardages et maudits ces bavards.

Oui, en ces lieux où règne l’imposture,

J’aime encore mieux ne pas y voir.

 

Iradj Mirza

 

Né en 1874 et mort en 1926, il appartenait à une branche cadette de la famille royale. Il avait reçu une excellente éducation et savait

 

 

l’arabe, le turc, le français et le russe. Il exerça quelque temps les fonctions de poète officiel, mais y renonça bientôt pour faire une carrière de fonctionnaire.

 

Resté à l’écart des luttes politiques, il exprime néanmoins beaucoup des idées nouvelles et a subi l’influence occidentale. Le problème de la condition féminine lui tient particulièrement. Sa poésie, d’un style très simple et d’un ton familier, est souvent pleine d’humour.

 

Voici un de ses poèmes, intitulé “Les larmes de crocodile”:

 

Dans les mers de l’Inde, dit-on, il est un animal

Qui ne gagne sa nourriture qu’à force de verser des pleurs.

Il se jette au rivage, reste là insensible, les yeux fixés au soleil

Sous l’ardeur des rayons, ils s’emplissent bientôt de larmes et d’humeur:

C’est pour mieux attraper les mouches.

Quand ils sont comme un bol plein d’insectes et de bestioles,

La bête baisse les paupières et replonge dans l’océan.

Elle ne verse plus ses larmes brûlantes

Que pour mieux y noyer ces faibles créatures.

Les larmes de nos cheikhs ne sont pas d’autre sorte:

Gardez-vous amis, d’âtre jamais les moucherons.

 

     *     *     *     *     *  

 


 

Qui était Mollâ Nassreddine?

 

C’est en 1625 qu’un manuscrit turc de 73 histoires de Mollâ Nassreddine est entré pour la première fois en possession d’un européen.

 

Le personnage a rapidement connu la faveur des orientalistes puisque, à peine deux siècles plus tard, Goethe, dont on connaît le penchant pour la poésie persane, s’intéresse à lui.

 

Il faut rappeler que c’est au 17ème siècle qu’en Europe – et notamment en France – a véritablement commencé l’étude méthodique des langues et des civilisations orientales, et en particulier celles de l’Asie centrale.

 

Plusieurs hypothèses prévalent en ce qui concerne les origines supposées de ce mollâ et son époque, mais ces hypothèses ne reposent toutefois sur aucune matérialité historique.

 

Rien n’échappe à la malicieuse mais légitime vigilance Mollâ Nassreddine: ni la bêtise humaine, ni l’hypocrisie, ni la fausse science, ni la lâcheté…

 

Pour faire valoir sa cause, non seulement il entend rire des autres – principalement des juges, gouverneurs, et

 

 

théologiens –, mais encore se prête-t-il lui-même au rôle de bouffon, en toute humilité.

 

Lui et son auréole de sagesse intemporelle font finalement peut-être partie des valeurs qu’aucun cataclysme au monde ne saurait abattre.

 

Quelques histoires de Mollâ

 

            Le Mollâ venait de terminer l’appel à la prière, quand, brusquement, il s’enfuit à grandes enjambées.

 

Le long du chemin, des gens lui demandèrent pourquoi il courait de la sorte? Il leur cria “Je veux savoir jusqu’où  ma voix porte pendant l’appel à la prière, et qui ainsi en bénéficie”!!!

 

             0n demanda à Mollâ pourquoi les poissons ne parlent pas?

 

Si vous étiez sous l’eau vous mêmes, répondit-il, croyez-vous que vous pourriez parler?

 

            Quand il fut en âge de se marier, le Mollâ fut promis à une de ses cousines, mais survint un riche prétendant qui,

 

 

finalement, l’emporta.

 

Or, trois ans après le mariage, le mari eut une attaque et mourut. Le

 

Mollâ se rendit chez sa cousine pour lui présenter ses condoléances.

 

Heureusement, lui dit-il, que c’est finalement lui que tu as épousé, sinon, aujourd’hui, c’est moi qu’on enterrait!

 

 

     *     *     *     *     *

 

Histoire courte

 

C’est histoire est extraite du livre de Saadi, poète du 13ème siècle, “Le jardin des fruits”:

 

Dans la ville de Merv, autrefois, vivait un médecin dont la beauté était merveilleuse. Il dominait les coeurs comme le cyprès domine les arbres du jardin, et il ignorait les souffrances que ses victimes enduraient.

 

Comme quelqu’un venait de prononcer son nom devant une jeune fille qu’il soignait, celle-ci dit: “Maintenant que j’ai la joie de le voir tous les jours, je ne souhaite plus guérir”.

 

Trop souvent, l’invincible puissance de l’amour terrasse et tue la raison.

 

 

  

  *     *     *     *     *

Absence

Je quittes L’IRAN pour 10 jours …..La destination c’est l’Indonésie avec une délégation commerciale iranienne…..visite De Jakarta et Bali::Au retour je renouvellerai le blog  ….. à bientôt

LE PANTHEON MESOPOTAMIEN



Les dieux mésopotamiens (dingir en sumérien, ilu en akkadien) étaient extrêmement nombreux. Mais, au final, seul un petit nombre avait une importance réelle, vu que par syncrétisme certains dieux avaient « absorbé » les caractéristiques d’autres divinités. En effet, les dieux sont « universels » : le dieu d’un panthéon étranger peut être accepté dans le panthéon mésopotamien. A l’origine, une divinité est originaire d’une ville précise, où elle a généralement son temple principal. Mais au cours du temps et avec le syncrétisme, le système se complique, les divinités ayant des attributions similaires devenant une seule et même entité (on a ainsi plusieurs Ishtar dans différentes cités).

Les dieux étaient organisés selon un système hiérarchisé qui est la reproduction du système humain : il y a un chef suprême descendant d’une lignée de grands dieux, qui est entouré de sa famille, qui compose le groupe des dieux les plus importants. Ce panthéon change avec le temps, au gré des évolutions politiques notamment (Marduk devient le plus important des dieux avec l’émergence de sa ville, Babylone).

Si certains dieux ont étés particulièrement vénérés, et que l’on a quelquefois tendu vers l’hénothéisme (un dieu est plus important que les autres), ce qui est une conséquence logique de la hiérarchisation, le polythéisme est toujours resté la règle. Certains personnages avaient leur dieu protecteur personnel, qu’il vénéraient particulièrement (comme Nabonide avec Sîn).

Les dieux mésopotamiens étaient représentés sous forme humaine (anthropomorphisme). Ils sont des êtres supérieurs, doués de grands pouvoirs. Mais ils sont assez « humains » sur le plan du caractère, et les mythes mésopotamiens laissent transparaître leurs défauts. Les principaux dieux étaient associés à des nombres (marquant leur importance, leur expérience), des astres. Ils avaient des attributs personnels représentants leurs fonctions, et certains avaient même un animal qui leur était associé.

Les dieux ont créé les hommess pour qu’ils soient leurs serviteurs. Ce service est assuré par le culte rendu dans le temples, qui sont les résidences des divinités (E-), dont la présence est assurée par la présence de leur statue dans la cella. Par leurs offrandes, produites par leur travail, les hommes accomplissent le rôle qui leur a été assigné par les dieux.

Les dieux ont tout pouvoir sur les hommes. Ils peuvent leur accorder leur aide, leur soutient (c’est pour cela qu’on fait des prières, des hymnes à leur gloire), tandis qu’en cas de mauvais agissement, de non-respect du culte, ils punissent.


Divinité

Epoux / épouse

Ville et temple principal

Nombre

Symbole

Animal

Anu

Antu

Uruk, Eanna

60

Tiare à cornes

Taureau du Ciel

Enlil

Ninlil

Nippur, Ekur

50

Tiare à cornes, tablettes de la destiné

 

Ea

Damkina

Eridu, Eengurra

40

Tiare, sceptre à tête de mouton

Poisson-chèvre, tortue

Marduk

Zarpanitum

Babylone, Esagil

10

Bêche

Dragon-serpent

Assur

Ishtar ou Ninlil

Assur, Esharra

 

Tiare en forme de montagne, sceptre

 

Ishtar

Dumuzi

Uruk, Eanna

15

Etoile

Lion

Adad

Shala

 

 

Foudre

Taureau

Ninurta

Ba’u / Gula

Nippur, Eshumesa

 

Charrue

 

Nabû

Tashmetum

Borsippa, Ekur

 

Calame et tablette

Dragon-ailé

Sîn

Ningal

Ur et Harrân, Ekishnugal

30

Croissant de Lune

Taureau

Shamash

Aia

Sippar, Ebabbar

20

Disque solaire

 

Nergal

Ereshkigal

Kish, Ekishibba

 

Sceptre à tête de lion, cimeterre

Lion

Gula

Pabilsag / Ninurta

Isin, Egalmah

 

 

Chien

Les principaux dieux et déesses de la religion mésopotamienne


La religion mésopotamienne au Ier siècle est un héritage des Sumériens, qui ont « légué » leurs dieux à leurs successeurs sur le territoire, ceux-ci les adoptant tels quel. Malgré l’importance des dieux nationaux d’Assyrie et de Babylone, Assur et Marduk (pour voir leur description, cliquer ici), leur culte ne faiblit jamais.

LA TRIADE

Il s’agit des trois dieux les plus importants, hérités du panthéon sumérien, Anu, Enlil et Ea.

AN / ANU

Anu est le plus grand dieu sumérien. Son nom originel, An, signifie « l’En-haut », nous dirons « le Ciel ». Il est le plus ancien de tous les dieux, leur père à tous. Il est au départ le souverain de tous les dieux, mais il se fait remplacer plus tard par le plus brillant de ses fils, Enlil. Mais il gardera son importance en tant que doyen des dieux. Il est de ce fait le patron de la famille, en tant que patriarche des dieux, et ses descendants seront les Annunaki et les Igigi. Anu habitait au Ciel, et présidait l’assemblée de dieux, et aura de ce fait été la première représentation de la royauté divine.
Son temple principal est l’Eanna (le « temple du Ciel »), situé à Uruk.

ENLIL

 

Enlil est le fils de An (le Ciel), et de Ki (le Terre). Son nom akkadien est le même que le sumérien, et signifie « Seigneur de l’atmosphère ». Il succède à son père pour devenir le souverain du panthéon mésopotamien (dans la théologie ce changement se produit vers le milieu du IIIè millénaire), le souverain du Ciel et de la Terre (puisqu’il est né de l’union des deux). Il est le dieu qui décide qui doit gouverner sur Terre, il est la Justice, qui châtie ou récompense les hommes en fonction de leurs actes. Il est le maître de tous les humains, ses humbles serviteurs. Enlil possède les tables de la destinée, et de ce fait décide donc de la destinée de tous les hommes. Il préside l’assemblée des dieux, dans sa cité de Nippur, et est celui qui les dirige, qui leur donne des ordres, parole sacrée incontestable (bien qu’elle ne soit pas toujours dans le vrai, comme le montrent certaines légendes). Il est véritablement le roi des dieux, secondé par son visir Nushku, et nous permet de nous représenter la notion de souveraineté chez les Mésopotamiens. Enlil était donc le deu le plus important pour les sumériens, et aussi le créateur des hommes. Il fut plus tard remplacé par Marduk, comme il avait lui-même remplacé Anu, comme souverain des dieux.
Son temple était l’Ekur (le « temple de la Montagne »), situé dans la ville sainte de Nippur, où siégeait l’assemblée des dieux. Ceci conféra à cette ville un caractère sacré qui lui permit longtemps d’être épargnée par les souverains mésopotamiens en dépit de sa faiblesse politique.

Lien : Enlil et Ninlil

ENKI / EA

 

Ea est le fils d’Anu et de Nammu (la Mer). Son nom sumérien était Enki. Il est le seigneur des abîmes, de l’eau douce souterraine, et dirige le cours des eaux terrestres. Maître des eaux, il est donc un dieu de la fertilité. Même s’il n’a jamais gouverné les dieux, il fait partie de la triade suprême grâce à son extraordinaire intelligence, sa ruse, qui faisaient de lieu le dieu capable de résoudre tous les problèmes, celui qui avait la solution à tout. Il est le meilleur des conseillers d’Enlil, bien qu’il puisse dans certains cas favoriser ses intérêts avant ceux des autres. C’est lui qui a eu l’idée de créer l’Homme, et il est de ce fait son protecteur, qui fait tout pour le défendre : il est connu sous le nom sumérien de Nudimmud, « celui qui a crée l’image », le dieu-créateur. Il a aussi inventé de nombreuses techniques (comme l’agriculture), qu’il a enseigné à ceux-ci pour leur améliorer leur conditions de vie. Ea est le dieu de la sagesse, et aussi le détenteur des ME, pouvoirs divins qui permet la civilisation, empêche le chaos). Il est de plus l’un des patrons de l’exorcisme. Ea a favorisé l’arrivée de son fils Marduk sur le trône des dieux.
Son temple était l’E.engurra, situé à Eridu.

Liens : Enki et l’ordre du mondeEnki et NinhursagInanna et Enki

 

LES AUTRES DIEUX MAJEURS

Les trois premiers dieux qui suivent, Ishtar, Shamash et Sîn furent considérés comme la « seconde triade ». Ils sont donc les dieux les plus importants après les trois précédents.

NANNA / SÎN

 

Sîn (Nanna en sumérien) est le dieu de la Lune. Sa parèdre est Ningal, avec laquelle il a eu Ishtar, Shamash et Adad. Il est lui-même le fils d’Enlil et de Ninlil. Son père viole sa mère, et fut de ce fait envoyé aux Enfers avec elle et leur enfant en condamnation de cet acte, et ils y restèrent durant l’enfance de Sîn. Il occupe une position intermédiaire entre les dieux anciens (Enlil) et jeunes (Ishtar). Le dieu-Lune fut très vénéré tout comme Shamash de par le caractère sacré de son astre, dont la récularité et la capacité à renaître chaque mois fascinaient les Mésopotamiens. Il est le maître du Temps, et aussi un dieu de la fertilité. Il protège les êtres vivants de l’obscurité de la nuit.
Ses deux principaux lieux de culte étaient Ur (où fut aussi bâtie en son honneur la fameuse ziggurat de la cité), dans le Sud, et Harran, dans le Nord, deux villes qui étaient de ce fait mystérieusement liées. Le temple de Sîn se nommait dans ces deux cités Ekishnugal.

Liens : Hymne à Sîn

INANNA / ISHTAR

 

Ishtar (Inanna, « la Dame du Ciel », en sumérien), est la déesse le plus vénérée par les Mésopotamiens. Chaque grande ville lui dédiait un ou plusieurs temples qui étaient tous très visités. Le syncrétisme lui a donné plusieurs attributs. Elle est tantôt la fille de Anu et de Ki, tantôt la fille de Nanna (Sîn) et de sa parèdre Ningal. Au départ, Inanna était la déesse de l’amour des Sumériens. Ishtar a repris ces caractéristiques pour devenir la déesse de la discorde et de la guerre des akkadiens, et elle a de plus été assimilée à la divinité babylonienne Delebat, la planète Vénus. Ishtar était donc la déesse de l’amour et de la guerre, phénomènes passionnels, violents chacun à leur manière. Ishtar a au cours de l’histoire religieuse mésopotamienne peu à peu absorbé toutes les autres diviités féminines, notamment la déesse sumérienne, Ninhurshag, et était ainsi devenue la déesse de la fécondité, de la fertilité, héritée de la « déesse-mère » des temps les plus anciens. Elle a ensuite transmis ces traits à la déesse phénicienne Ashtarté, puis à Aphrodite/Vénus chez les Grecs et les Romains. Ishtar était le seul personnage féminin a occuper une place importante dans la religion mésopotamienne, et le fait qu’elle ait accaparé les attributs de la plupart des déesses sumériennes et akkadiennes est à la fois la cause et la conséquence de cela.
Ses lieux de cultes sont nombreux du fait du syncrétisme. On ne peut donc pas lui attribuer un temple principal, car chacun de ses bâtiments étaient généralement dédiés à une de ses fonctions. On retiendra cependant l’Eanna, à Uruk, qui est l’un des plus anciens lieux de culte d’Inanna. Mais elle a ensuite eu d’autres temples majeurs, qui ont pu être attribués à d’autres divinités féminines avant que Ishtar ne prenne leur place et leurs attributs. On connaît ainsi Ishtar de Ninive, Ishtar d’Arbélès, ou encore Ishtar de Kish. Ishtar était une déesse très vénérée, et de ce fait c’est elle qui comptait le plus de temples dédiés à sa gloire. On connaît aussi un grand nombre de récits dont elle est l’héroïne, et où elle affirme son caractère fort et intrasigeant.

Liens : Inanna et EnkiLa descente d’Inanna/Ishtar aux EnfersHymne à Ishtar

UTU / SHAMASH

 

Shamash était le dieu du Soleil. Sa forme sumérienne était Utu. Il est le fils de Sîn (la Lune) et de sa parèdre Ningal, donc le frère d’Ishtar et d’Adad. Dans les représentations, Shamash peut être montré escaladant une montagne symbolisant les monts de l’Est, d’où le Soleil arrive chaque matin. Il est le dieu de la justice, celui qui donne au roi la capacité de régner sur leur pays selon le principe de Justice et Equité. Il protège les hommes de l’obscurité, et les illumine de sa lumière. Lorsque Hammurabi rédigera son « Code », il le légitimera en attribuant la provenance des sentences à ce dieu. Sous les Assyriens, Shamash sera un des dieux qui décidera si le roi doit entrer en guerre, car c’est lui qui sait quand la justice divine doit s’appliquer. Il est aussi le dieu des oracles et de la divination. Il est aidé dans sa tâche par deux divinités, Kittu et Mesharu, la Vérité et l’Intégrité.
Son temple principal était l’Ebabbar (le « temple blanc ») de Sippar. On trouvait aussi un autre de ses temples portant le même nom à Larsa.

Liens : Hymne à Shamash

NINURTA / NINGIRSU

 

Ninurta tuant Azag

Ningirsu (« Seigneur de Girsu ») et Ninurta (« Seigneur de la terre »), sont deux noms sumériens pour le même dieu. Il est, comme l’indique le second terme, le dieu de l’agriculture, dont l’attribut est la charrue. Ninurta est le fils d’Enlil et de Ninlil (pour les Assyriens, le fils d’Assur et d’Ishtar). Sa parèdre est Gula, la déesse de la médecine. Ninurta fut très vénéré à certaines époques, notamment à la fin du IIIè millénaire, où il fut proclamé sauveur du pays mésopotamien, ainsi qu’un millénaire plus tard, en Assyrie, sous Tukulki-Ninurta I, qui en fit son dieu principal aux côtés de son père Enlil. Il est le héros courageux et déterminé d’une épopée où il sauve les dieux en tuant le démon Azag.
Ningirsu résidait à Girsu, et était le patron de la région alentour (donc de la ville de Lagash). Son temple était l’Eninnu. Un autre de ses lieux de culte était l’Esumesa de Nippur (Ninurta étant une divinité originaire de Nippur).

Liens : Ninurta et Azag

NABÛ

Nabû est le fils de Marduk et de Zarpanitum. Il est le dieu de l’écriture, des sciences et des arts. A l’époque Néo-assyrienne, il acquit une grande importance, sans doute pour l’opposer à son père Marduk. A l’époque Néo-babylonienne, il tendit à devenir le premier des dieux du panthéon mésopotamien, certains milieux lui faisant prendre la place de son père malgré l’opposition du clergé babylonien. Nabuchodonosor lui-même combla son temple d’autant de présents que l’Esagil. Nabû était le dieu de la sagesse et de la médecine, et aussi des sciences occultes. Comme Enlil, il dispose des tablettes de la destinée et décide donc de la durée de la vie des hommes.
Nabû disposait de temples dans les grandes villes assyriennes et même d’une ziggurat à Dur-Sharrukîn. Mais il était avant tout le dieu tutélaire de Borsippa, et résidait dans l’Ezida, le « temple pur ».

ISHKUR / ADAD

 

Adad est le dieu akkadien des phénomènes climatiques tels que le régime de la pluie, et surtout l’orage (son symbole est la foudre), et la tempête. Son pendant sumérien était Ishkur, qui occupait les mêmes fonctions (surtout la pluie). Il est le fils de Anu et de Ki, sa parèdre est Shalla. Grâce à ses fonctions, il assure la bonne conduite des récoltes, malgré les malheurs qu’il peut causer en contrepartie. Il a eu une certaine importance, bien qu’inférieure à celle des dieux précédents. Il est associé à des dieux étrangers tels que le canaanite Hadad, le hurrite Teshub et le phénicien Baal, voire le syrien Dagan. Il était de ce fait assez populaire en Syrie (il avait un temple important à Alep).

ERESHKIGAL ET NERGAL

 

Ereshkigal

Nergal ,en sumérien, « autorité de la Grande Ville (des Enfers) », est, comme son nom l’indique, le maître des Enfers, le royaume des morts. On peut aussi le retrouver sous le nom d’Erra, héros d’une Epopée. Il est aussi dieu de la mort. Il est le fils d’Enlil et de Ninlil. Sa parèdre, la reine des Enfers, était Ereshkigal, en sumérien « la dame de la Grande Ville », jumelle maléfique d’Ea, fille de Anu et Nammu. Elle était à l’époque sumérienne la seule maîtresse du monde souterrain (elle est alors la parèdre de Gugalamma), et Nergal est devenu son mari simplement à l’époque akkadienne, comme l’atteste une légende expliquant comment il a d’abord été son ennemi avant de la séduire et de l’épouser pour prendre le trône des Enfers. Ereshkigal était la déesse de l’obscurité, de la mort, le juge du monde souterrain.
Ils étaient tous deux vénérés dans leur temple principal, l’Ekishibba, situé dans la ville de Kish.

Liens : Ereshkigal et NergalL’Epopée d’Erra

GULA

 

Gula est la déesse de la Guérison. Elle est la fille d’Anu, parèdre de Pabilsag, rapproché de Ninurta (ce qui fait que Gula a aussi été identifiée avec la femme de celui-ci, Ba’u). Dans les représentations, Gula est accompagnée d’un chien. Elle est la déesse protectrice des médecins. Elle connaît les moyens de guérir les gens, mais peut aussi causer la maladie en cas de faute commise. Ses deux fils sont eux aussi associés à la médecine : il s’agit de Dabu et de Ninazu.
Elle est la déesse tutélaire d’Isin, où son temple est l’Egalmah. Mais de nombreux temples lui sont consacrés dans la plupart des grandes villes de Mésopotamie, Babylone, Borsippa et Assur en comptant trois chacune. Gula a bénéficié d’un culte fervent, et de ce fait elle a été la seule déesse à ne pas avoir été « absorbée » par Ishtar.

 

DIVINITES SECONDAIRES

 

Anshar et Kishar

Couple ancestral. Dans l’Epopée de la Création, ce sont les parents d’Anu. Leurs noms signifient respectivement « Ciel universel » et « Terre universelle ». Anshar sera identifié au dieu Assur.

Antu

Ancienne divinité, mère d’An / Anu d’après certains mythes.

Apsu

Divinité babylonienne primordiale, époux de Tiamat, mis à mort par Ea dans l’Epopée de la Création. Ce terme sert aussi depuis l’époque sumérienne à désigner la masse d’eau douce située sous la Terre (dans l’Abîme), d’où proviennent les eaux terrestres. C’est là où réside le dieu Ea.

Arurru

Déesse présidant à la reproduction des êtres humains.

Asalluhi

Dieu sumérien, fils d’Enki. Sous son autre nom Asari, il est le dieu de la ville de Ku’ar. En tant que divinité de l’exorcisme, il sera absorbé par Marduk.

Ashnan

Déesse sumérienne des céréales, soeur de Lahar.

Dabu

Dieu de la guérison.

Dagan

Divinité originaire de Syrie. Son nom signifie peut-être « grain ». Il s’agit d’une divinité de la végétation dont le culte s’est ensuite répandu en Mésopotamie, où il aura un rôle secondaire. Il est en revanche très important en Syrie du Nord. Sa parèdre dans cette région est Bêlet mâtim (la « Dame du Pays »). En Mésopotamie, il est rapproché de Adad, et il a la même parèdre, Shala. En Assyrie, il devient même une divinité des Enfers. Dans la Bible, il apparaît sous le nom de Dagon, le dieu des Philistins.

Damkina / Damgalnuna

Parèdre du dieu Enki / Ea, mère de Marduk. Elle est sans doute une ancienne déesse- mère. Comme Ishtar, son animal est le Lion.

Dumuzi / Tammuz

Dieu-berger, protecteur des pasteurs. Il est sans doute un ancien roi d’Uruk qui a été divinisé. Il est l’époux de la déesse Inanna / Ishtar. Dans la Descente aux Enfers de cette dernière, il subit son courroux, et se retrouve à passer la moitié de l’année sous Terre. Il devient alors une divinité chtonienne. Il deviendra Adonis chez les Phéniciens et les Grecs.

Enkimdu

Dieu sumérien des agriculteurs, de l’irrigation et des cultures.

Gugalamma

Epoux d’Ereshkigal à l’époque sumérienne.

Isimu / Ushmu

Dieu assistant d’Enki.

Ki

Dans la mythologie sumérienne, c’est la Terre, fille de Nammu. Avec An (le Ciel), elle enfante les Annunaki, dont Enlil et Enki. PLus tard identifiée à Ninhursag / Ninmah.

Kulla

Dieu ayant un rôle dans la construction.

Lahar

Dieu du bétail, frère d’Ashnan.

Martu

Aussi connu sous le nom d’Ammuru. C’est le dieu des peuples qui portent ses noms, les Martu ou Ammorites. Identifié à ces nomades qui ravagèrent un temps la Mésopotamie, il est identifié à la tempête. Sa parèdre est Bêlet-Seri, la « Dame du Désert », aussi appelée Ashratu.

Misharu

La « Justice », et le dieu qui en a la charge.

Mushdamma

Dieu de la construction des édifices.

Nammu

Déesse primordiale, qui existe depuis le début. C’est la déesse des eaux profondes, d’où elle a engendré le Ciel (An) et la Terre (Ki).

Namtar

Le « destin » (le mot signifie « décisions »). C’est aussi le nom du dieu qui y préside.

Nanshe

Déesse protectrice de Lagash. Elle joue un rôle dans la divination, plus particulièrement l’oniromancie. Elle est aussi associée à l’écriture. Elle est la fille d’Enki / Ea, parèdre de Nindare.

Nidaba

Déesse des accouchements.

Ninazu

Dieu ayant une fonction dans la guérison, la médecine.

Ningal / Nikkal

Déesse de la Lune, parèdre de Nanna / Sîn, ave lequel elle partage l’Ekishnugal d’Ur et d’Harrân. Elle est la mère d’Ishtar, de Shamash et d’Adad.

Ningiszzida

Dieu sumérien associée à la végétation, originaire de Lagash, parèdre de Geshtinanna. Il est aidé par un message, Alla.

Ninhursag / Ninmah

Déesse sumérienne dont les noms signifient respectivement « Dame de la Montagne » et « Auguste Dame ». Elle a aussi d’autres noms. C’est la fille d’An. Elle est la déesse-mère par excellence. Elle sera identifiée à Ninlil, Ninki (épouse d’Enki dans certains textes). Sous la direction d’Enki, elle participe à la création des Hommes dans un texte sumérien tardif. Sous l’appelation Nintur, elle est la déesse des accouchements.

Ninisinna

Déesse de la prostitution.

Ninkasi

Déesse de la boisson, surtout de la bière (son nom signifie d’ailleurs « Dame de la bière »), boisson préférée des Mésopotamiens. Elle est la fille d’Enki et de Ninhursag.

Ninkilim

Déesse des souris et de la vermine des champs.

Ninlil

Parèdre d’Enlil, fille d’Haya et de Nisaba. De son viol par celui-ci naîtra Nanna / Sîn. Puis elle enfantera par la suite Ninsar et Ninkur. Elle est la déesse de Tummal, un district de Nippur. Elle sera rapprochée de Ninhursag / Ninmah.

Ninmug

Déesse protectrice des artisans, présidant le travail du bois et du métal.

Ninsar

Fille d’Enki et de Damkina. Son nom signifie « Dame des légumineuses ». Avec son père, elle aura une fille, Ninkur.

Nisaba

Déesse de la végétation destinée à l’alimentation humaine (son nom signifierait « Dame de la répartition du grain »). Elle est aussi la déesse de la comptabilité (activité en rapport avec les rations alimentaires), et de l’arpenatge. Elle est la fille d’Anu. Avec son parèdre Haya, elle a eu pour fille Ninlil.

Nushku

Dieu la lumière (son emblème est d’ailleurs la lampe). Dans certains textes, il apparaît comme le fils et vizir d’Enlil. Son fils est Gibil, le dieu du feu.

Shala

Epouse d’Adad, ou de Dagan (ces deux dieux étant assez similaires). Son emblème est l’épi d’orge. Elle est probablement une déesse de la végétation.

Shumuqan

Dieu des animaux sauvages.

Tashmetum

Déesse babylonienne, parèdre de Nabû.

Tiamat

Déesse primordiale babylonienne, épouse d’Apsû. D’après l’Epopée de la Création, elle est la divinité des eaux salées souterraines (son nom signifie « Mer »), et mère des premiers dieux, dont Anu. Voulant venger le meurtre de son mari par Ea, elle forme une armée de monstres chargés de tuer les dieux. Mais elle est vaincue par Marduk, qui utilise son corps pur créer le Monde.

Uttu

Déesse du filage, et par là aussi des vêtements.

Zababa

Dieu sumérien de la guerre.

Zarpanitum

Déesse babylonienne, parèdre de Marduk (avec lequel elle partage l’Esagil), et mère de Nabû.

 

Bibliographie :

F.Joannès (dir.), Dictionnaire de la civilisation mésopotamienne, Robert Laffont, 2001

J.Bottéro, La plus vieille religion, en Mésopotamie, Gallimard, Folio Histoire, 1998

 

LES CENTRES RELIGIEUX MESOPOTAMIENS

 

LISTE DES CENTRES RELIGIEUX MESOPOTAMIENS

 

Arbéles

Quatrième centre urbain important d’Assyrie, Arbélès n’eut jamais une grande place politique sous l’Empire assyrien. Elle fut néanmoins un lieu de culte important, et sa divinité, Ishtar d’Arbélès, bénéficiait d’une certaine popularité en Assyrie.

 

Assur

Capitale traditonnelle de l’Assyrie, car plus vieille ville du pays, Assur était le siège du dieu national Assur, et abritait de ce fait l’Esharra (ou l’Ehursangalkurkura), son temple principal. Pour compléter le culte du dieu, le temple de l’Akitû, la fête du Nouvel An, fut bâti plus loin dans la ville comme à Babylone, relié au temple principal par une voie processionnelle. Mais le culte de ce dieu ne parvint jamais à franchir les limites du pays malgré les efforts de ses puissants souverains. Le centre religieux principal d’Assyrie abritait aussi un temple dédié à la déesse Ishtar, qui fut de tout temps particulièrement vénérée dans ce pays, ainsi qu’un autre, consacré à deux dieux, Sîn et Shamash.

 

Babylone

Babylone (« la porte du dieu ») est la capitale religieuse de toute la Mésopotamie après l’époque akkadienne, et elle le restera jusqu’à la fin de sa civilisation. Cette ville a eu une aura que peu ont eu par la suite, et son rayonnement est tel qu’elle fut la seule cité mésopotamienne a hanter jusqu’à nos jours l’imaginaire populaire. Elle imposa son dieu tutélaire Marduk comme le plus grand de tous à la fin du IIè millénaire, ce qui faisait de son temple l’Esagil, et de sa ziggurat, Etemenanki, le centre du monde pour les Mésopotamiens. C’est là que se déroulait la fête du Nouvel An, à laquelle était consacré le temple de l’Akitû, situé hors de la première enceinte de la ville. Du reste, cette ville comptait à l’intérieur de ses murailles une quarantaine de temples dédiés aux dieux principaux du panthéon mésopotamien. Son quartier sacré était l’Eridu, qui avait prit ce nom à l’ancienne ville sainte de Sumer. Plus que la capitale religieuse du pays, c’était son cntre culturel et intellectuel.

 

Borsippa

Ville de Nabû, fils de Marduk, dieu de l’écriture, des sciences et des arts. Le culte de son dieu s’étendit parallèlement à celui de son père, avant même de le dépasser. Nabû fut ainsi, malgré l’opposition du clergé de Babylone, très conservateur et attaché à son dieu, le dieu principal de la Mésopotamie durant les dernières années de la civilisation. Son temple était l’Ezida, le « temple pur ».

 

Eridu

Cité d’Ea, voisine d’Ur, une douzaine de kilomètres seulement les séparant. Son dieu, père de Marduk, et considéré comme le plus intelligent et rusé du panthéon mésopotamien, fut très considéré, et ce de tout temps, ce qui fit de la ville un lieu de culte important. Sa résidence terrestre était l’E.Apsû (ou Engur), le « temple de l’eau douce ».

 

Harran

Même si cette ville n’était pas située en Mésopotamie (elle se trouve actuellement en Turquie, près de la frontière avec la Syrie), elle fut un lieu de culte important pour les habitants du pays des deux fleuves, sous l’influence des Assyriens surtout, ses prêtres faisant partie de la famille royale du pays. Jamais Harran n’eut une quelconque importance dans la politique mésopotamienne. Elle était un lieu de culte du dieu-lune Sîn, comme Ur, avec laquelle elle était liée de ce fait. Le temple principal, consacré à ce dieu, était l’Ehulhul.

 

Kalakh (ou Kalkhu)

Comme les autres cités assyriennes hormis Assur, Kalakh n’avait pas de dieu tutélaire particulier. Mais parce qu’elle fut la capitale politique de l’Assyrie pendant plus d’un siècle, avant l’avènement des Sargonides, elle devint aussi un centre religieux important. La divinité la plus vénérée dans la ville était Ningirsu/Ninurta, auquel une ziggurat était même dédiée. On trouvait aussi des temples d’autres divinités importantes en Assyrie, Ishtar et Nabû.

 

Lagash

Une des plus anciennes villes deBasse Mésopotamie, déjà lieu de culte aux époques préhistoriques. Son temple majeur est consacré à Anu. C’est une des plus importantes des anciennes Cités-Etat de Sumer, qui avait notamment à cette époque sous sa coupe la ville voisine de Girsu, que l’on confondit longtemps avec elle, cité de Ningirsu (« le seigneur de Girsu »), le dieu local, résidant dans l’un des temples de la ville, l’Eninnu.

 

Ninive

Avec Assur, l’une des plus anciennes cités d’Assyrie, dont le plan a été d’après la tradition dessiné dans le Ciel par les étoiles. Cette ville est un très ancien lieu de culte remontant aux plus hautes époques. Lorsque Sennacherib en fera sa capitale, il voudra l’élever au-dessus de toutes les villes saintes du Sud, notamment Babylone. Mais comme les grandes cités du pays, son importance fut surtout politique, ainsi qu’intellectuelle et culturelle, seuls domaines de la pensée dans lesquels elle pouvait rivaliser avec Babylone, et non religieuse. La divinité la plus importante vénérée dans cette ville était Ishtar de Ninive, pour laquelle une ziggurat avait été élevée.

 

Nippur

Nippur était le siège d’Enlil, le premier des dieux sous les Sumériens et les Akkadiens. Cette ville fut de ce fait le centre religieux principal de Sumer, car il s’agissait de la cité du maître du monde, qui décide du sort de tous les gouverneurs (les rois) du pays. La ville fut de ce fait toujours respectée en tant que sacrée, malgré son rôle politique très faible. Lieu de pélerinage très important, elle put vivre dans l’opulence grâce aux bénéfices que lui rapportait le culte d’Enlil dans son temple, l’Ekur, le « temple de la Montagne ». C’était le lieu où étaient supposées se dérouler les « assemblées des dieux », sous l’égide de leur souverain.

 

Sippar

Sippar est la ville de Utu/Shamash, le dieu du Soleil et de la Justice. Elle se situe dans les alentours de Babylone. Parce que son dieu fut l’objet d’un culte important durant toute l’histoir mésopotamienne, son temple l’Ebabbar eut une certaine importance. Cependant, la ville en tant qu’entité politique n’eut qu’une influence faible.

 

Ur

L’une des villes les plus importantes dans les hautes époques (celles des Cités-Etat) de l’histoire mésopotamienne, notamment avec la brillante IIIè Dynastie. Ce fut autrefois un port maritime. Du point de vue religieux, la cité était le siège du dieu Nanna/Sîn, auquel était dédié la grande ziggurat dont les ruines subsistent encore, et un temple, l’Ekishnugal. Le fait qu’elle partageait ce culte avec Harran créa un lien religieux entre ces deux cité, l’une étant en quelque sorte le pendant de l’autre. La ville disposait de plus, entre autres, de deux temples consacrés à Ishtar.

 

Uruk

Une autre des anciennes Cités-Etat, le berceau de l’écriture selon la tradition mésopotamienne (qui ne paraît pas contestable). Elle est née de la fusion des villes de Kullab et d’Eanna aux époques archaïques selon la tradition. Uruk est l’un des centres religieux les plus anciens de Basse-Mésopotamie. Son temple le plus important, l’un des plus riches de la région, était l’Eanna (du même nom que l’ancienne cité où il se trouvait), le « temple du Ciel », le siège du dieu sumérien d’Anu, ancien patron de Kullab, qui le partageait avec sa hétaïre Inanna/Ishtar, vénérée à Eanna, l’un des plus anciens lieux de cultes mésopotamiens

L’Empire séleucide

 L’installation de la dynastie

L’effritement de l’empire

Le sursaut

La décomposition dynastique

L’installation de la dynastie      

 

Le fondateur de la dynastie est un solide officier d’Alexandre le Grand et dirige la cavalerie des hétaires. Nommé commandant suprême de l’armée à la mort d’Alexandre,  Séleucos ne reçoit aucune province et il participe au complot contre le régent Perdiccas. Il obtient dans le nouveau partage de l’Empire d’Alexandre en – 321, la satrapie de Babylone, c’est à dire la Mésopotamie et l’Orient. Séleucos conquiert Babylone, mais en – 316, Antigonos Monophtalmos (le Borgne) le chasse de ses terres et il vient se réfugier chez Ptolémée.

Une nouvelle coalition est formée contre Antigonos qui semble capable de reconstituer l’empire à son profit. Après la victoire de Ptolémée et Séleucos à Gaza en – 311, face à Démétrios Poliorcète, le fils d’Antigonos, la paix revient. Séleucos rentre à Babylone, rétablit l’autorité macédonienne dans les provinces iraniennes et d’Asie Centrale en particulier il fait la conquête de la Bactriane. Il subit une nouvelle attaque d’Antigone en Babylonie qu’il repousse et l’oblige à lui reconnaître la maîtrise de toutes les satrapies orientales. En – 305, il n’ y a plus de successeurs possibles dans la famille d’Alexandre, aussi, comme Antigone, Ptolémée, Cassandre et Lysimaque, Séleucos prend le titre royal.

 

 

 

Carte de l’empire Séleucide vers – 300 (du site : xenohistorian)

Couleurs : l’empire est en jaune, la limite de l’empire d’Alexandre est le trait rouge.

Le domaine des Ptolémée est vert, celui de Lysimaque est violet, celui de Cassandre est rose

 

Dans la Vallée de l’Indus, il se heurte à Chandragupta. La guerre entre les Diadoques a repris. Séleucos traite avec Chandragupta. Il lui cède l’Arachosie (la région de Kandahar) et les Paropamisades (le pays de Kaboul), la Gédrosie (l’actuel Balouchistan) et un « morceau » de l’Ariane (la région d’Hérat), contracte un mariage pour sa fille avec un prince indien et obtient 500 éléphants de combat. La reprise de la guerre en Grèce, réactive la coalition contre Antigonos, Séleucos participe à cette guerre avec ses éléphants et soutient Lysimaque en Anatolie contre Démétrios en – 302. L’année suivante, Antigone et son fils sont vaincus à Ipsos en Phrygie et après la disparition d’Antigone, un nouveau partage a lieu, Séleucos obtient la Syrie et devient Séleucos Nicator (le Victorieux). Démétrios qui a refait ses forces, s’allie avec Séleucos et lui donne sa fille Stratonice en mariage. En – 298, il s’empare de la Cilicie que Séleucos lui reprend en – 294. Vers – 290, une nouvelle alliance rassemble Ptolémée, Lysimaque, Séleucos et Pyrrhus contre Démétrios qui redevient menaçant en Grèce et que Séleucos fait prisonnier en – 286. Lysimaque agrandit son royaume de Thrace et d’Asie Mineure par la conquête de la Macédoine en – 285. Séleucos, à la tête d’une puissante armée, attaque l’Asie Mineure en – 281, il est vainqueur de Lysimaque et l’élimine à la bataille du Couropédion. Maître de l’Asie Mineure, il envisage de s’emparer du trône vacant de Macédoine quand Ptolémée Keraunos l’élimine en – 281.

L’empire séleucide ne sera jamais aussi grand que sous ce roi, de la mer Egée aux frontières de l’Inde. Séleucos soucieux de développer l’héllénisme en Asie, améliore le réseau routier et fonde de nombreuses cités et en particulier ces 4 grandes :

- Antioche sur l’Oronte (du nom de son père Antiochos)

- Séleucie du Tigre

- Apamée (du nom de son épouse, Apama, fille du noble bactrien Spitaménès)

- Laodicée (du nom de sa mère, Laodice)

 

Carte de l’Anatolie antique (Wikipedia)

 

L’effritement de l’empire

 

Antiochos 1er Sôter , lui succède en – 281. Il est vainqueur des Galates en – 275 qu’il installe en Galatie, au centre de l’Anatolie. Mais il ne peut empêcher la Bythinie de devenir un royaume indépendant sous le règne de Nicomède 1er. De la même façon, la Katpatuka, (le pays des chevaux de race) ancienne région de la capitale hittite Hattusa, devient le royaume de Cappadoce et son satrape Ariarathès ceint la couronne royale. Et Pergame devient aussi un royaume sous la direction d’Eumène 1er. Le besoin de débouchés sur la mer depuis la Syrie fait de la Cœlé-Syrie (Liban actuel), l’enjeu de plusieurs guerres de Syrie avec le Lagide. La première (- 276 – 272), est avantageuse pour Ptolémée II Philadelphe qui est victorieux du Séleucide. Antiochos perd Milet, la Cilicie occidentale et la Phénicie. Le territoire séleucide en Anatolie est limité à la Troade, l’Eolide, la Carie et la Lydie, séparées de la Cilicie et de la Syrie par la Phrygie et la Psidie. Ce règne marque un premier recul pour la dynastie Séleucide. Il meurt en – 261 à la bataille de Sardes.

L’empire séleucide va perdre beaucoup de territoires sous le règne de son fils Antiochos II Théos. Il délivre les habitants de Milet de leur tyran Timarque, tandis que le gouverneur grec de la Bactriane, Diodote, se rend indépendant en – 250. Ensuite la Parthie (actuel Khorassan) où Arsace fonde en – 247 la dynastie des Parthes Arsacides, et l’Hyrcanie échappent au Séleucide. Il mène la 2ème guerre de Syrie, contre l’Egypte avec l’alliance du roi de Macédoine, Antigone Ier Gonatas, et peut ainsi reprendre l’essentiel des terres perdues par son père dans la précédente guerre de Syrie. Il épouse Bérénice, la fille du pharaon Ptolémée II Philadelphe mais sa première femme Laodice, qu’il a répudiée, le fait empoisonner puis élimine Bérénice et ses enfants.

Séleucos II Kallinikos (Le Beau Vainqueur), succède à son père en – 246. La Syrie est envahie par l’armée de Ptolémée III Evergète, lors de la guerre de Laodice (3ème guerre de Syrie). L’armée égyptienne avance jusqu’au Tigre et annexe la Syrie du Nord avec le port de Séleucie de Piérie et capture les cités du Sud de l’Asie Mineure jusqu’à Ephèse. Après la reprise d’Antioche par le Séleucide, la paix consacre la perte de la Cilicie et de la Pamphylie. Le frère de Seleucos, Antiochos Hierax (l’épervier), se révolte, le bat à la bataille d’Ancyre avec ses mercenaires galates, vers – 239 et s’empare de l’Asie Mineure, entre – 241 et – 230.

Mais son conflit avec le roi de Pergame, Attale 1er, lui fait perdre la majorité de ses possessions vers – 228. Vers – 232, Seleucos est décidé à redresser la situation dans l’Est de l’Empire. Les Parthes, comme les Scythes devant Darius, se replient devant son armée et cherchent refuge chez les Saces. L’armée séleucide s’avance jusqu’à l’Iaxarte (Syr d’Arya). Puis Arsace faisant alliance avec le roi de Bactriane, remporte une ample victoire sur Seleucos qui fait la paix avec le Parthe. Une nouvelle fois, Seleucos est battu par les Parthes, dirigés par leur nouveau roi Tiridate. Malgré son surnom, Seleucos II est régulièrement vaincu.

Le sursaut

Avec le souverain suivant,  Antiochos III Megas, qui lui succède en – 223, la situation change. Dès le début de son règne, les satrapes de Médie et de Perside se soulèvent contre lui. Les Parthes alliés aux Bactriens, menacent la Médie. En Asie Mineure, Achaios se révolte contre le roi avec le soutien du Pharaon. C’est la 4ème guerre de Syrie contre l’Egypte. Entre 219 et 217, cette guerre pour le contrôle du sud de la Syrie est à l’avantage du Séleucide. Il parvient à reprendre Séleucie de Piérie, ainsi que la Cœlé-Syrie et la Palestine. Mais en 217, les Egyptiens ont rassemblé une armée comprenant des mercenaires grecs et de nombreux paysans égyptiens. A Raphia, la bataille est perdue car Antiochos s’est lancé à la poursuite de l’aile gauche lagide où il pense qu’est Pharaon, pendant ce temps son armée est défaite. Ptolémée IV reprend ses possessions en Syrie mais laisse Séleucie de Piérie. Entre – 216 et – 214, Antiochos élimine Achaios et ainsi reprend le contrôle de l’Asie Mineure orientale.

Antiochos reconstitue une imposante armée d’environ 100 000 fantassins et 20 000 cavaliers et se lance vers l’Est. Après avoir écrasé les satrapes  révoltés, il s’engage dans une « surveillance » de la région qui dure 8 ans. Passant par la Cappadoce, il rejoint l’Arménie où le roi Xerxès se reconnaît comme son vassal et épouse Cléôpatre, la sœur du Séleucide. Puis il « visite » l’Iran et commence une campagne contre les Parthes. Leur roi Arsace III recule et se soumet en apportant un tribut. En – 209, Antiochos s’avance vers la Bactriane où le roi Euthydème oppose une vigoureuse résistance, tout se termine par un accord scellé par le mariage de Démétrius, le fils d’Euthydème avec la fille d’Antiochus. Enfin, ce dernier franchit l’Indû-kûch et, dans la vallée du Kaboul, rencontre le roi Maurya, conclut avec lui un traité qui lui apporte 150 éléphants. Vers – 205, le Séleucide mène une campagne dans la région du golfe Persique où il combat diverses populations arabes.

Il s’allie avec Philippe V de Macédoine contre l’Egypte et profite de la disparition de Ptolémée IV et du jeune âge du nouveau Pharaon pour déclencher la 5ème guerre de Syrie. Mais le général Scopas commandant l’armée égyptienne profite qu’il est occupé par la guerre qu’Attale lui fait pour envahir la Palestine et soumettre la Judée. Antiochos en termine avec Attale et conclut ce conflit par la victoire décisive du Pannion en – 200. La Palestine est conquise jusqu’à Jérusalem et la Syrie est libérée. Cette opération ne plaît guère au Sénat romain ennemi et vainqueur de Philippe V. Antiochos acquiert la suprématie maritime en s’emparant de la cité d’Ephèse et de la Cilicie et Pamphylie égyptiennes puis s’engage dans les détroits que la Macédoine a abandonnés après la bataille de Cynoscéphales, et ainsi, en – 196, pénètre en Chersonèse de Thrace, occupe Sestos et Madytos. Rome avertit solennellement le roi qu’il ne doit pas intervenir dans les cités libres d’Asie ni conduire une guerre en Europe, mais ils évacuent la Grèce en – 194. Rhodes et Pergame sont inquiètes. Antiochos fait la paix avec le jeune Pharaon Ptolémée V Epiphanes et accueille Hannibal en fuite.

Attiré par les Etoliens, en – 192, il débarque avec une faible armée en Grèce pour venir « au secours de l’indépendance grecque », mais les Etoliens ont déformé la réalité. Peu de Grecs sont favorables à cette expédition. Il réussit à attirer les Béotiens mais la Macédoine est alliée aux Romains. Il occupe l’Eubée puis les Thermopyles et reste singulièrement inactif. Les Romains envoient des troupes et avec les Macédoniens libèrent les cités conquises et convergent vers les Thermopyles où Antiochos s’est fortifié. Mais faute d’avoir prévu un plan pour la retraite, quand les Romains forcent ses retranchements, Antiochos est réduit à fuir avec 500 soldats sur les 10 000 qui ont débarqué. Les Romains aidés par Pergame et Rhodes acquièrent la maîtrise de la Mer Egée en remportant trois batailles navales entre – 191 et – 190. L’armée romaine commandée par les frères Scipio peut débarquer dans la région de Troie et Antiochos cherche à négocier. Mais les Romains exigent l’abandon des territoires au delà de l’Halys ainsi que le remboursement de tous les frais de guerre. Alors Antiochos décide d’affronter les légions en – 189.

Près de Smyrne, à Magnésie du Sipyle, l’armée du Séleucide est deux fois plus nombreuse que la coalition de Romains et de Grecs qui l’attaque. Antiochos est placé à l’aile droite et attaque avec la cavalerie lourde une aile droite romaine qui en est dépourvue. Il avance vers le camp romain mais il est arrêté par le tribun M. Aemilius, qui en sort avec ses troupes et par les cavaliers qu’Attale lui envoie en soutien. Sur l’aile gauche, la cavalerie romaine attaque l’aile ennemie qui panique en raison de l’échec de l’attaque des chars à faux, les auxiliaires fuient, les unités de cataphractes sont disloquées et la panique gagne la phalange. Sur l’aile droite les légionnaires avancent vers le camp séleucide et Antiochos fuit. Ni la phalange, ni les éléphants ne peuvent arrêter les légionnaires qui font un carnage des ennemis réfugiés dans le camp. Les pertes sont considérables, le chiffre de 50 000 tués ou prisonniers est annoncé. Antiochos demande instamment la paix.

Cette désastreuse bataille est suivie d’un traité qui affaiblit durablement l’empire. Le traité d’Apamée stipule en effet que son territoire est limité à l’Halys, la flotte et les éléphants de guerre sont livrés à Rome. Antiochos s’engage à ne plus avoir d’éléphants et sa flotte sera limitée à une dizaine de navires. Rome n’annexant aucun territoire, c’est Pergame qui est le principal bénéficiaire de l’opération. De plus, une indemnité de guerre de 15 000 talents est exigible pendant 12 ans. La recherche de fonds pour payer ces très lourdes indemnités, est directement responsable de la mort du roi qui venant piller, de nuit, un temple de Bel à Elymaïs, est massacré avec sa troupe par les habitants en – 187.

Seleucus IV Philopator (qui aime son père) lui succède et ce royaume comprend encore la Syrie, la Cilicie, la Palestine, la Mésopotamie et une partie de l’Iran. Le paiement des lourdes indemnités de guerre aux Romains sera une charge pénible pendant tout son règne. Il s’allie avec Persée, le roi de Macédoine et Rhodes contre Rome. Il envoie son ministre Héliodore à Jérusalem pour mettre la main sur le trésor du temple. Le roi doit envoyer son fils Démétrios, en otage à Rome en remplacement de son frère, le futur Antiochos IV. Au retour de sa mission, le ministre Héliodore élimine le roi en – 175. Le frère du roi, Antiochos, de retour de Rome, rétablit la situation avec le soutien d’Eumène et d’Attale, élimine Héliodore et devient le roi Antiochos IV Epiphane (l’Illustre).

En – 170, une nouvelle guerre éclate entre la Syrie et l’Egypte qui veut récupérer la Syrie Lagide perdue depuis la défaite du Pannion en – 200. Dans une première campagne, Antiochos, à la tête d’une armée de 25 000 hommes, capture la cité de Péluse, investit Alexandrie sans pouvoir la saisir. Au cours d’une seconde campagne, il envahit l’Egypte, pille les temples, pousse jusqu’à Memphis, tandis que ses troupes envahissent Chypre. Il se saisit de la personne du Pharaon et prend le titre de roi d’Egypte. Mais en – 168, à Eleusis, près d’Alexandrie qu’il est sur le point de prendre, l’ambassadeur romain C. Popillius Laenas exige qu’il quitte l’Egypte ainsi que Chypre. Antiochos qui n’a jamais heurté les intérêts romains, obéît. Mais il va affaiblir cet empire de façon durable par une politique qui va lui aliéner ces peuples qui forment une mosaïque. En – 167, il intervient à Jérusalem, rétablit le grand prêtre Ménélaus et la garnison. Sa politique brutale d’hellénisation des Hébreux et la consécration du temple de Jérusalem à Zeus déclenc    he la révolte hasmonéenne. Antiochos envoie son armée y compris ses éléphants dans les collines où sont installés les partisans et subit défaite après défaite, de lourdes pertes. En – 165, Jérusalem est reprise par les Macchabées ce qui marque un inconstestable succès mais ces conflits vont perdurer jusqu’à l’indépendance des Hébreux vers – 141, accordée par Démétrios II Nicator. Antiochos, soucieux de restaurer la grandeur séleucide, se tourne vers la partie de son empire où Rome ne peut se sentir concernée : l’Iran. Tout commence par une brillante parade organisée à Daphné près d’Antioche, sorte de réplique du triomphe de Paul Emile après la victoire de Pydna. Antiochos connaît des succès en Arménie et en Médie mais il meurt en Perside vers – 164.

La décomposition dynastique

Son fils n’a que 9 ans, il est couronné roi de Syrie  sous le nom d’Antiochos V Eupator (né d’un bon père), tandis que son cousin Démétrios, fils de Séleucos IV, retenu comme otage à Rome, n’obtient pas l’autorisation de revenir en Syrie, le Sénat préférant traiter avec un enfant, et s’enfuit d’Italie. En – 162, il débarque, fait disparaître Antiochos V et s’empare du trône, devenant Démétrios Ier Sôter. C’est le début d’une suite de meurtres liés aux conflits dynastiques. Démétrios va gagner le surnom de Sôter en raison d’un campagne en Babylonie où il chasse deux tyrans locaux,  Timarque et Héraclide. Mais il subit la guerre des Macchabées tandis que les Parthes, sous la direction de Mithidate 1er, libèrent les provinces iraniennes. Démétrios soutient Oropherne, le compétiteur d’ Ariarathe pour le trône d’Arménie. Malgré ses efforts, Démétrios reste suspect aux yeux des Romains. En – 153, Attale II suscite un usurpateur, pseudo-fils d’Antiochos IV, Alexandre Balas, soutenu par le pharaon Ptolémée VI Philometor, le roi de Cappadoce Ariarathe et avec l’aval de Rome, qui débarque avec des troupes à Ptolémais, rassembles des mercenaires et des troupes syriennes ralliées. Démétrios livre bataille à ce concurrent mais il est vaincu et meurt en combattant en 150. Ainsi Alexandre 1er Balas devient roi de Syrie. Il épouse Cléopâtre Théa, la fille de Ptolémée VI et se montre conciliant avec l’Egypte. Pendant ce temps, les Parthes avancent en Mésopotamie.

En – 147, Démétrios II Nicator, le fils de Démétrios Ier Sôter, intervient en Cilicie puis entre en Syrie. Ptolémée VI envahit la Cœlé-Syrie et il se détourne d’Alexandre Balas et soutient Démétrios Nicator dans sa lutte et tous deux battent Alexandre Balas sur l’Oronte, ce dernier disparaît en – 145 ainsi que Ptolémée VI. Démétrios II  épouse Cléopâtre Théa et reste maître du royaume séleucide, mais il doit faire face au fils d’Alexandre Balas en – 144 et au protecteur de cet enfant, un officier d’Alexandre Balas, Tryphon qui revendique le titre royal. Le chef des Macchabées, Jonathan profite des difficultés du roi pour étendre son pouvoir mais il est capturé par Tryphon. Une invasion parthe dirigée par Mithridate 1er, oblige Démétrios à faire la guerre et celui ci est fait prisonnier vers – 140. Il épouse peu de temps après Rodogune, la fille de Mithridate 1er. Son frère Antiochos VII Sidète veut restaurer l’autorité de l’Etat. Il est vainqueur de Triphon en – 138, le chasse en Phénicie et l’assiège dans Dôra. Antiochos VII reconquiert la Babylonie et la Médie sur les Parthes vers – 130. Mais les négociations avec leur nouveau roi Phraate II échouent en raison des exigences excessives d’Antiochos VII. Aussi Phraate II libère Démétrios II et en – 129, Antiochos trouve la mort au combat. L’accueil de Démétrios dans son royaume est peu favorable et son expédition en Egypte à la demande de sa belle mère, Cléopâtre II opposée à son frère et époux Ptolémée VIII échoue. Le Pharaon suscite un usurpateur, Alexandre II Zabinas, pseudo-fils d’Antiochos VII. Soutenu par l’Egypte, Zabinas vainc Démétrios II en – 126 et l’élimine puis gouverne la Syrie jusqu’en – 122 quand il est abandonné par Ptolémée VIII et renversé par Antiochos VIII Philometor, le fils de Démétrios II Nicator et de Cléopâtre Théa.

Antiochos VIII, aussi appelé Grypos, est menacé par sa mère qui veut favoriser ses enfants issus de son mariage avec Antiochos VII et il se débarrasse d’elle en – 121. Alors la Syrie vit 8 années de paix. Mais son demi-frère Antiochos IX Decyzique Philopator entre en compétition avec lui pour le trône de Syrie. Grypos s’allie avec Ptolémée VIII tandis que Antiochos IX lui enlève la Cœlésyrie en – 114. Pendant ce temps les Parthes continuent leur progression vers l’Euphrate. Le conflit entre les deux Antiochos se prolonge jusqu’en  - 96, date de la mort brutale d’ Antiochos VIII. Mais ses 5 fils revendiquent en ordre dispersé le trône. La division affecte le royaume. L’un règne en Syrie quand l’autre est maître de la Cilicie. Dans cette succession rapide de souverains, Démétrios III Sôter (- 95 – 88) est fait prisonnier par les Parthes en – 88 et une faction fait appel au roi d’Arménie, Tigrane qui est le maître entre – 83 et – 69, ne règne pas directement mais perçoit les revenus des ports de Séleucie et de Laodicée lui permettant de financer les guerres de Mithridate. C’est une longue période calme pour la Syrie mais Tigrane est vaincu par le général romain Licinius Lucullus.  Antiochos XIII Asiaticus, le fils d’Antiochos X, réclame son héritage et s’installe à Antioche sous la protection des Romains. Une nouvelle contestation vient de Philippe II descendant d’Antiochos IX Ce dernier meurt dans une émeute tandis qu’Antiochos XIII est prisonnier de Sampsigeramos (dynaste régnant sur l’Emésène) qui le libère vers – 65 – 64. Mais le général Pompée ne veut pas reconnaître ses droits et ce dernier roi périt de la main de Sampsigeramos et la Syrie devient une province romaine

 

MESOPOTAMIE L’empire de Sargon


L’armée sumérienne

                       

Pays entre les fleuves, la Mésopotamie est une vaste plaine constituée par le bassin du Tigre et de l’Euphrate. Dès le IV ème millénaire, les Sumériens ont inventé l’écriture, et sont organisés en cités Etat, dirigées par des rois. Entre ceux-ci, tels celui d’Ur, et celui de Lagash, la guerre est permanente. Les conflits existent aussi avec les Elamites à l’Est. L’évolution des troupes est rapide. D’abord simples gardes puis milices au service des dirigeants, utilisant des armes de pierre, elles sont équipées d’armes de bronze peu après – 3000, et ces armes sont alors plus diversifiées : casques, armures, haches, dagues et chars.

La rivalité entre Lagash et Ur n’est pas isolée. D’autres villes, aussi, se comportent de temps en temps comme des ennemis et la situation globale ressemble à un système de coalitions changeantes et d’alliances de courte durée entre ces villes. Kish, Umma et Mari, éloignée sur le moyen Euphrate sont connues depuis une époque aussi ancienne que celle d’Eannatoum. La plupart des combats sont des batailles d’infanterie lourde, bien que sont cités les chars de guerre tirés par des onagres (ânes sauvages). C’est la première fois dans l’histoire qu’apparaissent les chars de guerre, conçus comme arme de choc. L’infanterie combat en une sorte de phalange en colonne de 6 files de 10 hommes sans compter les officiers. Par simple virage, cette colonne devient une ligne de bataille de 10 hommes sur 6 rangs. Ces rivalités sont renforcées par le heurt entre Sumériens au sud et Sémites au nord.

 

armée sumérienne

 

 

Au 27 ème siècle av JC, les plus anciens rois connus sont Mebaragesi de Kish et Mes-kalam-doug de la cité d’Ur. Mes-anni-pada fonde la 1 ère dynastie d’Ur vers -2575. Cette cité semble la plus puissante dans ces premiers temps historiques. Vers -2500, Eannatoum un des « patesi », (vicaire du dieu principal) de Lagash, soumet la cité d’Oumma, puis renverse la dynastie d’Ur. Ses successeurs laissent le pouvoir au clergé qui opprime le peuple. La cité de Kish lui impose son hégémonie. Au 24 ème siècle av JC, Ouroukaniga, un simple fonctionnaire, renverse le régime clérical de Lagash et rejette le joug de Kish. Affaiblie, Lagash est détruite par Lougal-zaggisi, roi d’Uruk, qui soumet Kish, et fonde le premier empire Sumérien.

La fragilité de leur situation géographique, tant au plan de la défense que des ressources, oblige les Sumériens à construire le « Muriq-Tidnim », mur entre le Tigre et l’Euphrate pour arrêter les Amorrites et à innover. Les vallées fluviales ne recèlent pas de cuivre, mais ils en trouvent dans les montagnes de l’est et du nord, ainsi que d’Oman. Dès – 4000, les Sumériens en obtiennent à partir du minerai de fer et, vers -3500, ils fabriquent des objets en bronze. Akkad est un autre producteur d’armes de cette époque.

Sargon l’Ancien

Au 24 ème siècle, venant de la partie nord de la Babylonie, Sargon l’Ancien renverse l’empire Sumérien, soumet toutes les cités de basse Mésopotamie, vers – 2340, il détruit l’ancienne ville de Babylone et fonde la dynastie d’Akkad. Les armes légères des Akkadiens dominent le lourd équipement des Sumériens. Il étend son empire vers le nord, domine Mari et la capitale des Elamites, Suse. Ses armées entrent en Syrie et en Cappadoce. Au cours de son règne, vers -2370 à -2314, Sargon instaure le premier véritable empire de l’histoire, en étendant son contrôle au Croissant Fertile, de l’Élam, à l’est de Sumer, à la côte méditerranéenne.

 

 

La Mésopotamie au 3e millénaire

 

Les successeurs de Sargon, menacés par des révoltes intérieures, affrontent les assauts des montagnards du Zagros, les Goutis et les Loulloubis. Vers -2230, sous le règne de Naram-sin, les invasions des Goutis se succèdent, et sous son successeur Sharkali-Sharri, les peuples sujets (Sumériens et Elamites) se rebellent, la capitale Agadé s’effondre et les Goutis et les Amorrites anéantissent l’empire Akkadien. Il faut un siècle pour qu’ils soient chassés de Mésopotamie par Outouhégal, roi d’Uruk. Le 22ème siècle av JC connaît une profonde décadence. Sumer est moins affecté par les Goutis que le Nord. Ur et Lagash y redeviennent prospères dans une relative indépendance. Goudéa de Lagash fait figure de puissant souverain.

 

 

Goudea de Lagash

 

Vers -2110, Our-nammou fonde un nouvel empire d’Ur qui réunit Sumer, la Babylonie, l’Elam et la vallée des fleuves jusqu’à Mari et Assur. La Mésopotamie est unifiée. Mais un siècle plus tard, Ur est détruite par les Elamites alliés aux Syriens.

 

Le 1er empire assyrien, fondé par Sargon 1er au 19ème siècle, lutte contre ses voisins,Hittites et le Mitanni et progresse vers le golfe Persique et la Méditerranée.

Au 19ème siècle, les Amorrites pénètrent en Mésopotamie et Soumou-Aboum fonde la 1ère dynastie de Babylone. Hammourabi, un de ses successeurs, anéantit le premier royaume Assyrien, conquiert Sumer, Akkad et Larsa vers -1763, détruit le royaume de Mari vers -1760 et étend l’Empire babylonien vers le nord de la Syrie. Dès son successeur, Samsou-Iluna, les riverains du golfe Persique (Les Pays de la Mer) se rendent indépendants. Samsouditana, vers -1620, leur impose à nouveau l’autorité de Babylone.

Vers -1595, un raid du roi des Hittites, Mursili 1er, surprend Samsouditana et anéantit la dynastie amorrite. De nombreux guerriers sont morts, les femmes et les enfants emportés en esclavage. Le pays est dans un état tel qu’une dynastie kassite (originaire des montagnes du Zagros central) s’installe à Babylone et y règne pendant 4 siècles. Ils y introduisent le cheval. La rivalité est vive avec les Assyriens qui se libèrent de la tutelle babylonienne au 14 ème siècle. Vers -1220, le roi Kachtiliach IV est fait prisonnier par les Assyriens qui contrôlent Babylone. Affaiblie par ces attaques, la dynastie Kassite est renversée par les Elamites conduits par Shutruk-Nahunté 1er, qui prennent Babylone vers 1160.

 

 

L’armée sumérienne

 

C’est à Sumer qu’apparaissent les premiers Etats et leurs armées. Au 3ème millénaire, l’infanterie lourde, composée de rangs serrés, est la base de l’armée. Ces guerriers portent un casque couvrant, parfois en métal, un large bouclier et une lance ou une hache, une masse d’arme, une épée, un poignard. Cet équipement est propice au combat rapproché, mais la troupe est peu mobile. Sous le règne de Sargon et l’empire d’Akkad, l’armement comprend en outre l’arc composite d’une portée de plus de 300 mètres, la javeline, la hache et la fronde. L’infanterie légère tient une grande place, maniant l’incontournable lance à pointe de bronze qui pése de 150 grammes à une livre.

IMPRESSIONS D’IRAN par Gilles LUCAS

21 mai 2011
Nous quittons l’avion. Dans les couloirs de l’aéroport une femme nous aborde « D’où venez-vous? Merci de visiter notre pays. Bon voyage ».
Sourires et plaisanteries du policier qui contrôle les passeports « Bon voyage ».
Notre guide Reza nous attend « Merci de venir en Iran ».
Tout au long du voyage nous entendrons ces mêmes mots.
Au fil du séjour le contenu du message s’impose « Nous sommes un peuple de culture ancienne, fiers d’être persan, dites au monde que nous ne sommes pas des terroristes »…
Les jardins et les jeunes filles sont en fleurs, la cuisine es raffinée…Ferdowsi, Hafez et Saadi sont toujours vivants…Persépolis nous montre des images de coexistence…Ispahan est toujours la moitié du monde..
Un orage ne gâchera pas notre séjour, après l’orage le ciel est bleu.

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