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1715 Réception de l’ambassade de Perse

19 février 1715

Après Gênes et le Siam, l’ambassade de Perse fut la troisième et dernière reçue par Louis XIV dans la galerie des Glaces. Le roi livre alors une ultime manifestation de son faste. Une bien étrange ambassade que celle-ci…

Le 19 février 1715 à 11h, Méhémet-Riza-Beg, ambassadeur extraordinaire, fait son entrée au château à cheval avec sa suite, accompagné de l’introducteur des ambassadeurs et du lieutenant des armées du roi. La foule a envahi l’avenue de Paris et les cours pour assister à la venue de cette ambassade exotique. On a dressé dans la galerie des Glaces, quatre rangs de gradins pour accueillir les courtisans. Seuls les plus richement parés ont pu entrer. La galerie est noire de monde. Beaucoup d’étrangers sont également présents. Au fond, le roi, sur son trône, est entouré du futur Louis XV et de sa gouvernante, Mme de Ventadour, du duc d’Orléans et des princes du sang. Le peintre Coypel et Boze, secrétaire de l’Académie des Inscriptions, sont au bas de l’estrade pour fixer ce moment.

Soucieux de son impact, Louis XIV est vêtu d’un habit noir et or couvert de diamants, d’un montant total de 12 500 000 livres. Une somme astronomique ! Le vêtement est si pesant que le roi doit en changer après le dîner. Son entourage n’a rien à lui envier : le dauphin est couvert lui aussi de pierreries. Le duc d’Orléans est vêtu de velours bleu brodé, couvert de perles et de diamants. Le duc du Maine et le comte de Toulouse, fils légitimés du roi, portent une garniture de diamants et de perles pour l’un, une de pierres précieuses pour l’autre !

L’ambassadeur entre dans la galerie, accompagné de l’interprète. Feignant de comprendre le français, il se dit mécontent de la traduction. Après une longue audience, il assiste au dîner organisé en son honneur. Il quitte Versailles après avoir visité le jeune Louis XV qu’il a pris en affection.

L’intérêt de cette ambassade est des plus incertains. Arrivé à Paris, le 7 février, Méhémet-Riza-Beg ne dispose, selon Saint-Simon, d’aucune accréditation. Le roi l’a reçu, convaincu de sa qualité d’ambassadeur. Il l’a fait loger en ville, chez son premier valet de chambre Bontemps. Sa suite est des plus médiocres ainsi que ses présents au roi. Il ne serait, dit-on, qu’un intendant de province venu parader pour son compte ! Le roi le recevra une dernière fois, le 13 août. Ce sera son dernier acte diplomatique. En 1721, l’ambassade servira de prétexte aux Lettres Persanes de Montesquieu.

HISTOIRE DES BATAILLES LES GUERRES MEDIQUES

 

 

Avant-propos par Jean-Pierre BROECKAERT

 

 

 

 

Au début du VI ème siècle avant JC., les Perses occupaient un territoire entourant la ville de Suse, juste à l’Est de ce que nous avons encore l’habitude d’appeler le golfe Persique. Cyrus submergea les Mèdes, qui vivaient au Nord de son royaume, puis, avant qu’aucune grande alliance puisse se former contre lui, il tourna les yeux vers l’Ouest, vers le royaume Lydien d’Asie Mineure. Il soumit Crésus, le souverain de Lydie, et prit Sardes, sa capitale. On pourrait appliquer au roi Crésus la qualification d’ »Hélénophile parfait ». Il suivait les règles d’une coexistence non seulement pacifique mais chaleureuse avec les cités grecques du bassin oriental de la mer Egée, un territoire certes soumis à son autorité, mais il entretenait les mêmes rapports cordiaux avec les cités de Grèce continentales. On imagine donc avec quelle détresse la plupart des Grecs virent tomber le roi de Lydie. D’autre part, l’idéal grec de liberté, voulant le maintien de petites cités-Etats indépendantes, impliquait qu’un jour ou l’autre l’affrontement deviendrait inévitable si quelque empire puissant venait à mettre sous sa coupe la péninsule d’Asie Mineure.

 

Cyrus divisa son empire en provinces placées sous l’administration de gouverneurs, les fameux « satrapes » un mot perse dont nous avons hérité sous sa forme grecque. Cyrus fit achever la soumission du littoral égéen par son général Harpagus, alors que lui-même repartait vers l’est pour prendre Babylone - c’est la bataille dont parle l’Ancien Testament - mais il allait trouver la mort dans une guerre obscure parmi les tribus du Nord. Son fils, Cambyse, montrait quelques signes d’instabilité mentale mais n’en ajouta pas moins l’Egypte à l’Empire et, après un interlude où le pouvoir passa aux mains d’un usurpateur, le trône impérial revint à Darius, un autre rejeton de la famille royale (les Achéménides).

 

Darius tombe malade

 

Darius organisa l’Empire en vingt « satrapies » et résolut d’étendre son pouvoir jusqu’en Europe du sud-est. De fait, il allait conduire ses armées jusqu’au-delà du Bosphore et même jusqu’au-delà du Danube ! Pendant sa dernière campagne contre les Scythes, l’empereur tomba malade. L’armée Perse n’eut sans doute pas échappé à l’encerclement et au massacre sans la loyauté du contingent de Grecs d’Ionie qui combattaient pour Darius et gardaient la tête de pont sur le Danube. Darius et les Grecs ioniens tirèrent des conclusions erronées de cette campagne. Darius en conclut qu’à l’avenir il pourrait toujours compter sur la fidélité inébranlable des Grecs ioniens et les Grecs ioniens, qui avaient vu les Perses se faire étriller par les Scythes, en conclurent que le jour était proche où eux-mêmes pourraient, sans risque de châtiment et avec de raisonnables chances de victoire, se révolter contre leur maître perse.

De Millet, la plus grande ville des Ioniens, une ambassade vint en Grèce continentale faire la tournée des compatriotes installés dans les divers Etats grecs et solliciter une aide militaire. Les Spartiates, prudents diplomates, après quelques hésitations refusèrent. Les Athéniens, impulsifs, apportèrent une contribution de vingt navires à la cause de l’indépendance pour leurs frères d’Orient. Quant à la ville d’Erétrie, sur la grande île d’Eubée, elle envoya cinq navires.

 

Au début, la rébellion des Ioniens connut le succès. Les Grecs marchèrent vers l’intérieur, ravagèrent Sardes, l’ancienne capitale de Crésus devenue résidence d’un satrape. Mais les représailles ne se firent point attendre. La flotte grecque fut mise en pièces à la bataille de Lade, en 494 avant JC. Millet fut détruite par les Perses, ses habitants massacrés ou emmenés en esclavage. Les Athéniens accueillirent la nouvelle avec effroi. Ils soupçonnaient - et ils n’avaient pas tort - qu’il fallait s’attendre à pire. Darius, qui n’avait pas oublié les navires mis à la disposition des Ioniens, préparait en effet une expédition punitive contre la Grèce continentale. Son armada, aux ordres de son propre gendre, fit voile en 492 avant JC., serrant au plus près le littoral Nord de la mer Egée (Sur la Méditerranée, dans l’Antiquité, les capitaines préféraient, quand c’était possible, ne pas perdre la côte de vue). Mais une tempête endommagea gravement la flotte perse au large du promontoire formé par le mont Athos, de sorte que Darius fut contraint à une nouvelle tentative.

Une opération dissuasive

 

Une autre flotte partit donc, avec d’autres chefs, et par l’itinéraire de Naxos traversa l’Egée centrale. Erétrie, la plus faible des deux villes à châtier, fut prise en un rien de temps et rasée. Puis, les Perses débarquèrent sur la côte Nord-Ouest de l’Attique, dans la plaine de Marathon, d’où une route, contournant le mont Pentelicus par le Sud, menait droit à Athènes. Mais une armée athénienne vint s’opposer au débarquement et, au terme d’une glorieuse bataille, mit les Perses en déroute sur la plaine même. Ceux des Perses qui avaient survécu ou n’avaient pas été engagé reprirent la mer, contournèrent le cap Sounion dans le but d’attaquer Athènes en venant du golfe Saronique. Mais l’armée athénienne victorieuse revint à toute allure de Marathon et elle était là, prête à la lutte, lorsqu’arrivèrent les Perses. Ceux-ci trouvèrent plus judicieux de ne pas tenter un deuxième débarquement…

Xerxès mène

une expédition punitive

 

Lorsqu’il mourut, en 486 avant JC., Darius avait mis le point final à sa vengeance contre Erétrie, mais pas à son courroux contre Athènes. Bien au contraire, dans l’optique des Perses, Athènes, qui avait aidé Erétrie, s’était chargée d’un nouveau crime. La faute demandait le châtiment et l’expédition punitive passa aux mains du fils et successeur de Darius, Xerxès. En 480 avant JC., dix ans après l’ultime campagne de son père, Xerxès passait l’Hellespont avec une armée dont l’effectif allait devenir légendaire et traversa la Thrace pour entrer en Grèce septentrionale.

 

Cinglant le long du littoral nord de la mer Egée, la-même où la marine de Darius avait été jadis décimée par la tempête, la flotte perse suivit un itinéraire parallèle à celui des forces terrestres. Mais avant de se mettre n marche, Xerxès avait fait percer un canal à l’endroit le plus étroit de la péninsule d’Athos ; un travail qui dura trois années. Son armada put donc éviter de doubler le cap, s’évitant ainsi bien des dangers.

 

A cette occasion, Sparte avait bien voulu se laisser convaincre de participer à l’effort de guerre qui unissait les autres Grecs. L’un de ses rois, à la tête d’un détachement délibérément sacrifié et avec l’aide de tous les alliés sur lesquels il put mettre la main, offrit aux Thermopyles une glorieuse résistance tandis que, par ailleurs, une flotte grecque livrait un combat de retardement contre la flotte perse au large d’Artémision, le cap le plus septentrional de l’Eubée. Mais les Perses balayèrent tout devant eux et furent bientôt maîtres du Nord de la Grèce.

On avait évacué la population d’Athènes sur l’île de Salamine et sur quelques côtes du voisinage. Les Perses entrèrent donc dans Athènes et brûlèrent la citadelle, massacrant les rares défenseurs. Mais c’est à Salamine que se joua, sur mer, la bataille décisive. L’armada perse fut mise en fuite, avec des pertes énormes, et Xerxès, craignant peut-être les répercussions de sa défaite parmi les peuples de l’Est, dut bien subir l’humiliation d’une retraite qui conduisit le plus gros de son armée vers l’Hellespont, tandis que le général Mardonius restait en Grèce avec d’autres forces terrestres pour achever la conquête. Toutefois, dès l’année suivante, Mardonius se fit écraser à Platées et les survivants partirent sur les

traces de Xerxès, en direction de l’Asie.

 

Alors qu’on se battait à Platées, le bassin oriental de la mer Egée se trouvait devant une situation nouvelle. Les navires de Xerxès ayant échappé à l’hécatombe furent tirés à la côte à Mycale, sur le continent asiatique, et entourés d’un rempart, alors que les Grecs, dont la flotte avait suivi le mouvement à distance respectueuse, s’installaient sur la côte de Samos et regardaient faire l’ennemi. Mais ils prirent enfin courage, franchirent le détroit qui les séparait du continent, détruisirent à la fois le camp et la flotte des Perses. On peut supposer, sans grand risque d’erreur, que la victoire de Platées avait fait des merveilles pour le moral des troupes. Hérodote dit que les batailles de Platées et de Mycale eurent lieu le même jour mais, peut-être faut-il, sur ce plan, nous garder de le prendre trop à la lettre.

 

Mycale annonçait un autre triomphe des Grecs, cette fois sur les berges du fleuve Eurymedon, dans le Sud de l’Asie Mineure. Mais le Dieu Mars leur fit quand même grise mine quand fit long feu une expédition lancée pour aider une rébellion égyptienne contre le pouvoir perse. Il fallut attendre 449 avant JC. pour qu’il soit possible de conclure un accord par lequel la Perse reconnaissait l’indépendance des cités grecques dans le bassin oriental de la mer Egée.

la puissance sassanide

Les origines :

Dans le Fars, dès l’année 211, un vassal du roi parthe Artaban V, nommé Ardachir ou Artahshatr, profite de la lutte que se livrent le roi et son frère Vologèse VI, pour se constituer un « royaume », en soumettant les roitelets voisins. En 222, Ardachir est vainqueur de Vologèse et en 224, c’est au tour d’Artaban V, pourtant « équipé » d’une armée très nombreuse, d’être vaincu, près de Suze, à Hormizdaghan. Le roi trouve la mort dans la bataille. La lutte continue, et en 226, Ctésiphon est prise et Ardachir y est couronné roi des rois. Mais l’Arménie et le pays des Kouchans restent fidèles à la dynastie arsacide. En outre, le fils d’Artaban, s’est réfugié dans les montagnes et mène une résistance avec les restes de l’armée parthe jusqu’en 228.

 

Comme descendant de Darius, Ardachir revendique l’empire achéménide entier et il envoie des ambassadeurs à l’empereur Sévère pour lui donner l’ordre d’évacuer l’Asie Mineure, la Syrie et ce qui avait appartenu à l’empire achéménide. Il fait face à une coalition dirigée par le roi d’Arménie, l’arsacide Khosroes, conquiert la Bactriane et le Belouchistan et soumet les Kouchans mais l’empereur romain, Alexandre Sévère n’a pas apprécié les paroles des ambassadeurs et il marche avec ses légions contre le nouveau maître de la Perse. Il est vainqueur en 232 et il prend le surnom de Parthique et de Persique. L’armée romaine s’enfonce en Médie et en Mésène, mais l’attaque de Ctésiphon est un échec. Les Romains comprennent qu’ils ont un nouveau voisin belliqueux et se retirent. Ardashir cesse de revendiquer les provinces romaines romaines d’Orient. Mais Rome est entrée dans la période délicate qu’on appelle anarchie militaire et les empereurs ne restent pas longtemps sur le trône. Ardashir s’installe à Ctésiphon, fait reconstruire la cité de Séleucie du Tigre. En 238, Les Sassanides profitent du faible nombre des légions romaines pour investir la Syrie et Sapor ou Shapur, le fils et successeur d’Ardachir, prend la cité d’Hatra, alliée des Romains et la détruit en 240.

 

Cette année là, Sapor succède à Ardachir sur le trône. Le nouveau roi se tourne vers l’Est met à sac la capitale d’été kouchane, Begram puis annexe le riche royaume des Kouchans, à la limite de l’Inde et de l’Afghanistan. Sapor s’empare de Peshawar, occupe la vallée de l’Indus et traverse l’Hindou Kouch. La campagne se poursuit par la conquête de la Bactriane, l’Oxus est atteint La dynastie kouchane du grand Kanishka est déposée. En 243, quelques empereurs romains plus tard, Gordien III intervient en Orient quand Sapor, rompant la trève maintenue depuis Alexandre Sévère, envahit la Mésopotamie et menace la Syrie. La campagne est victorieuse pour les Romains qui reprennent Carrhae et remportent une nette victoire à Rhesaina, s’emparent de Nisibis mais Sapor les arrête en 244 à Misikhé sur l’Euphrate, capture un grand nombre de prisonniers et oblige Gordien III à la retraite. L’Arménie et la Mésopotamie sont reprises par les Sassanides.

 

L’empereur Gordien meurt des suites d’une chute de cheval, près de l’Euphrate et son préfet du prétoire, Julius Philippus dit Philippe l’Arabe, lui succède. Rome renonce à sa suzeraineté sur le royaume d’Arménie ainsi qu’en Mésopotamie, laissant les mains libres au roi des rois. L’accord conclu entre les deux puissances stipule que les prisonniers romains sont libérés contre le versement d’un rançon de 500 000 aurei, et qu’un tribut annuel sera versé, mais Rome conserve ses conquêtes jusqu’à Anatha. Cette victoire conforte la position de Sapor auprès de ses vassaux. Profitant de la paix avec son ennemi romain, Sapor consolide son pouvoir et « punit » les rebelles qui refusent sa suprématie, ainsi en 250, il fait campagne dans le Khorassan. En 252, Sapor occupe l’Arménie, élimine son roi Khosroes et place son fils Hormizd sur le trône. C’est un motif de guerre pour Rome qui rassemble ses légions en Syrie mais Sapor agit rapidement et avec l’aide de l’Arménie, remporte une victoire contre les légions à Barbalissos sur l’Euphrate. Il ravage la Syrie entière et un fonctionnaire syrien, Mariades prend le pouvoir à Antioche et lui fait allégeance. En 254, Sapor prend cette ville et la détruit, ses habitants sont déportés en Perse où ils participent à la création de nouvelles cités. Sapor assiège la cité de Doura Europos sur l’Euphrate en 256 et la prend. La situation dans l’empire romain se dégradant suite aux invasions et à la guerre civile, le tribut n’est plus payé. Sapor menace l’Egypte et ses cavaliers avancent en Asie Mineure.

 

La campagne de Valérien 259 260 :

 

En 259, l’empereur Valérien s’embarque pour l’Orient avec une forte armée, repousse les Goths qui se sont répandus dans les détroits, reprend Byzance et reconquiert la Syrie. Puis il revient vers la Cappadoce chasser des partisans perses et la peste décime son armée. Sapor se replie vers le Haut Euphrate, aux environs d’Edesse qu’il assiège avec ses forces intactes ainsi que Carrhes. Valérien se décide à entrer en Mésopotamie pour protéger Edesse. L’armée sassanide remporte la victoire face aux légionnaires affaiblies et mal approvisionnées et capture l’empereur Valérien pendant des pourparlers ainsi que de très nombreux légionnaires, (70 000), qui vont bientôt construire le grand barrage de Sostra, sur le fleuve Karun, en Susiane.

La Syrie est soudain sans défense, l’armée sassanide la dévaste ainsi que la Cilicie et la Cappadoce. Les troupes impériales romaines ne se montrent pas. L’opposition  à cette occupation vient d’ailleurs. Un général romain « indépendant », nommé Kallistos ou Ballista réussit à attaquer les Perses qui assiègent Pompeleioupolis en venant par navires depuis la Cilicie, à éliminer plusieurs milliers d’ennemis et à capturer le harem royal. Sapor bat précipitamment en retraite et sur le chemin du retour, il subit des pertes sensibles du fait des attaques du gouverneur de Syrie-Phénicie, Septimius Odaenathus, Odénath de Palmyre (ancienne Tadmor, la cité des palmiers). Ce dernier prend ses distances avec l’empire romain et mène la contre-offensive. Avec ses chameliers, il combat efficacement les cavaliers sassanides par des coups de mains et leur reprend une partie du butin. Il réunit les débris des légions romaines et peut être quelques partisans des derniers Arsacides à ses troupes palmyréniennes et chasse les troupes sassanides de Syrie. Puis il franchit l’Euphrate, délivre la cité d’Edesse qui a résisté efficacement et en  262, reprend aux Perses, les cités de Carrhae, de Doura Europos et de Nisibis. Il semble que l’Arménie échappe à l’autorité des Sassanides. Puis il prend l’offensive et marche sur Ctésiphon. Il ravage la région, et dans une deuxième expédition, bat les Perses devant les murs de la cité. Sapor semble passer le reste de son règne à combattre Palmyre où Odénath assassiné est remplacé par sa femme Bat-Zabbaï, Zénobie en grec, qui fonde un éphémère empire d’Orient et semble plus favorable à la Perse. Aurélien est vainqueur de la princesse Zénobie que Sapor n’a pas soutenu, il remporte quelques victoires face aux Sassanides et négocie un traité de paix avec Sapor.

 

La situation en Gaule, en Bretagne et en Dacie, puis l’invasion du Nord de l’Italie par les Alamans, empêche Aurélien et son successeur Probus de faire la guerre aux Sassanides ce qui rend le règne de Bahram Ier ou Varham 1er « paisible ». Mais son successeur, Bahram II ou Vahram II, qui règne depuis 276 se heurte en 282 à Carus, le nouvel empereur qui veut venger la mort de Valérien. L’invasion de l’Arménie est suivie de celle de la Mésopotamie, et Ctésiphon comme Séleucie sont occupées. Carus atteint le Tigre lorsqu’il est assassiné, ou foudroyé dans sa tente, mais le traité de paix confirme la cession de ces deux provinces à Rome. En effet, en même temps que  les légions entraient en territoire sassanide, une grave insurrection a éclaté à l’Est. Le vice-roi du Séistan, le propre frère du roi des rois, veut s’emparer du trône et a le soutien du prince kouchan Vasudeva II. L’armée romaine veut rentrer et retraite dans la province d’Asie. Dioclétien signe un traité de paix en 287 avec Bahram II. En 293, Narses, le fils de Sapor 1er, détrône son petit neveu Bahram III et restaure l’unité de l’empire. Il pratique une politique hostile à Rome et entre en campagne en direction de Carrhes et ses cavaliers occupent rapidement l’Arménie, L’Osroene et la Syrie jusqu’à Antioche. Galère, le César de Dioclétien revient en toute hâte du Danube et tente de l’arrêter en Mésopotamie en 297 mais la victoire reste aux Sassanides près de Calinicum. Narses évince le roi Tiridate III d’Arménie que Dioclétien a mis en place. Mais ce dernier envoie des contingents illyriens et sarmates en renfort en Orient et Narses est vaincu et blessé sur l’Araxe. Caius Galerius Valerius Maximianus, Galère, envahit la Mésopotamie, prend Nisibis et entre dans Ctésiphon. En 298, Narses doit accepter la perte des provinces mésopotamiennes, celle de 5 provinces de la rive gauche du Tigre et un protectorat sur l’Arménie au traité de Nisibis. De nouveaux territoires constituant la Petite Arménie sont perdus. Dioclétien fait construire un limes fortifié pour barrer les routes du désert de Syrie. Incapable de juguler la menace kouchane, Narses marie son fils Hormizd II à une princesse kouchane pour obtenir une attitude bienveillante de sa famille.

Le règne de Sapor II le Grand :

 

Le fils posthume d’Hormizd II, Sapor II, monte sur le trône vers 309, c’est alors un enfant et une longue régence voit sa mère et les Grands de l’Empire gouverner. C’est une période de paix avec Rome qui connaît la longue guerre civile se terminant par le triomphe de Constantin. Le royaume kouchan profite d’un certain dynamisme pour gagner des territoires .Une fois aux commandes, la première campagne du roi des rois est destinée aux provinces orientales. La puissance Kouchane est écrasée, le territoire est rattaché à l’empire. Une fois tranquillisé de ce côté, Sapor II veut effacer ces traités de paix qui amputent l’Empire sassanide de nombreuses provinces occidentales. Les hostilités envers l’empire de Constantin commencent vers 337 et l’objectif de Sapor est la prise des grandes forteresses en Mésopotamie romaine, Nisibis, Singara et Amida. L’empereur Constantin meurt à Nicomédie avant de lancer sa campagne .Sapor lance trois offensives en vain contre Nisibis et si les combats contre Constance II sont favorables la décision ne vient pas. La grande bataille de Singara en 348 est violente mais indécise, les légionnaires ont l’avantage mais la poursuite et l’attaque désordonnées du camp perse permettent aux cavaliers sassanides d’annuler le gain de la bataille. Puis la stratégie romaine devient plutôt défensive, on construit des forts avec Nisibis comme centre principal. Cette cité est assiégée trois fois par Sapor mais les défenses tiennent jusqu’en 360. Sapor II prend peu à peu le dessus. C’est vers 350 qu’une nouvelle invasion survient à l’Est, ce sont des Huns Blancs appelés « Chionites Hephtalites ». Ces combats sont suffisamment âpres pour que les négociations s’engagent et aboutissent à l’accord suivant : le Shah fournit des terres où les envahisseurs pourront s’installer tandis que Grumbates, leur roi, fournira des troupes au roi des rois pour lutter contre les Romains. Alors Sapor peut se consacrer à son principal ennemi qui tente d’obtenir un règlement pacifique mais en vain. Alors que Constance est mobilisé sur le Danube, Sapor décide une vigoureuse campagne en territoire romain, concrétisée par la reprise de l’Arménie, l’invasion de la Syrie et la prise, au bout de 73 jours de siège, de la cité romaine d’Amida, sur le Haut Tigre, vers 359. Ce retard et les pertes significatives, on parle de 30 000 vétérans, détermine la fin précipitée de la campagne. En 360, l’armée romaine envahit l’Arménie mais se retire, frappée par la famine. L’empereur Constance demande à Julien des renforts que celui ci refuse.     

 

Mais en 363, c’est au tour de l’empereur Julien de faire une campagne contre les Sassanides. Il rassemble une armée de 60 000 hommes et bien pourvu en navires de guerre et de transport, il bénéficie du soutien du roi d’Arménie Archak II. Julien conduit une armée en suivant l’Euphrate et une seconde armée conduite par Archak fait diversion dans le district de Chiliocome, au nord de la Mésopotamie. Les Romains prennent les fortifications ennemies le long de l’Euphrate tandis que Sapor refuse le combat. En juin, Julien remporte la victoire de Maranga où les cataphractes et les clibanaires sassanides sont repoussés avec de lourdes pertes. Sapor demande la paix qui est refusée et se replie derrière les fortifications de Ctésiphon. Julien peu équipé en engins de siège, se retire et suit le Tigre en comptant attirer l’armée perse hors des murs pour l’attaquer dans la plaine. L’armée sassanide se tient à son rôle de harcèlement de l’ennemi et l’armée romaine ne peut tenir et doit se replier vers l’Assyrie. Quelques jours plus tard, les Sassanides tuent Julien d’un coup de lance au cours d’une escarmouche contre son arrière garde, ce dernier s’est précipité pour rassembler ses troupes sans mettre sa cuirasse. Sapor impose à son successeur Jovien, un traité de paix très favorable pour les Sassanides qui restitue les provinces de la rive gauche du Tigre, la suzeraineté sur l’Arménie et une partie de la Mésopotamie. Ce traité de 363, inaugure la plus longue période de paix entre les deux puissances ennemies, il prévoie aussi la défense des passes du Caucase, les Sassanides élèvent des fortifications et installent des garnisons dont l’entretien est financé en partie par Rome.

Sapor a alors les mains libres pour intervenir en Arménie, d’abord au Nord vers l’Azerbaïdjan, où Archak réussit à lui infliger des pertes mais bientôt au Sud ou une trahison fait pénétrer les Sassanides dans son royaume et peu à peu les nobles arméniens abandonnent leur roi qui ne sait résister aux invites de Sapor, mi menaçant, mi enjôleur. Une fois entre ses mains, Archak est enfermé au Khouzistan, au « Château de l’Oubli » où après une longue captivité, il se donne la mort. Aussitôt Sapor envoie une armée prendre le contrôle de l’Arménie. La résistance de la veuve d’Archak, réfugiée dans la forteresse d’Atakert, permet aux nobles Arméniens de se ressaisir, tandis que le fils d’Archak, Pap est mis à l’abri chez les Romains. A la demandes des nobles arméniens, l’empereur  Valens autorise Pap à rentrer en Arménie mais ne lui accorde pas le soutien de troupes romaines pour éviter de relancer la guerre en Orient  quand les Goths sont menaçants sur le Danube. Sapor furieux envahit l’Arménie et la ravage, puis il place des garnisons dans tous les lieux fortifiés. Pap est contraint à la fuite, la reine mère est capturée ainsi que le trésor royal. Rome finit par réagir et l’empereur Valens envoie Arinthaeus à la tête d’une armée attaquer les garnisons perses qui sont bientôt chassées et Pap peut retrouver son trône vers 369. Mais Valens n’est pas prêt à la guerre pour l’Arménie et il abandonne Pap. La fin du long règne de Sapor est marquée par des persécutions envers les chrétiens tout à fait suspects depuis  l’empereur Constantin. Vers 377, Sapor doit faire campagne pour arrêter les Huns et les repousser dans le Caucase. Quand il meurt, l’empire sassanide est puissant, nettement plus étendu qu’à son avènement.

 

En 379, son frère Ardachir II lui succède très âgé, après une carrière de gouverneur de l’Adiabène. La lutte entre le trône et les nobles prend davantage d’ampleur et affaiblit la monarchie. Après un  règne écourté par ces grands féodaux (379 – 383), Sapor III monte sur le trône et l’absence de combat avec Rome se justifie par les invasions et usurpations qui menacent les Romains et par l’agitation que les Huns Hephtalites entretiennent à l’Est. En 390, un traité est signé entre Théodose 1er et Bahram IV Kermansham qui établit la paix entre les deux puissances. L’Arménie est partagée entre les deux empires, l’est revient aux sassanides tandis que l’ouest est sous domination romaine. Son frère Yazdgard Ier Ulathim règne dès 399 et se montre tolérant avec les chrétiens et les juifs ce que les Romains apprécient. Les Huns Hephtalites ont pris la place des Kouchans et forment un état puissant de part et d’autre de l’Indû-Kûch, la guerre reprend vers 415. En 419 la destruction d’un temple de Zoroastre et le refus de l’évêque Abdas de le reconstruire provoque des persécutions contre la communauté chrétienne. A la mort de Yazdgard  en 421, la compétition est très vive entre ses trois fils.

 

Bahram V Ghûr triomphe avec l’aide du prince de Hira, son père nourricier, et d’une troupe de cavaliers arabes et aussi de cavaliers perses. Il arrête l’expansion des tribus hepthalites de l’Est et très vite se heurte à la nouvelle Rome. A la suite des persécutions contre les chrétiens lancées par son père, ces derniers fuient en territoire byzantin. Bahram les réclame et il essuie un refus de Théodose. Ceci provoque une nouvelle guerre de 421 à 422 où les Romains d’Orient remportent des victoires, font de nombreux prisonniers et avancent jusqu’en Azarène et ravagent cette province. Puis ils font le siège de Nisibis. Bahram envoie la majorité de ses troupes sur cette ville et malgré leur nombre, les Sassanides sont battus. Bahram demande la paix qui est signée en 422 et prévoit pour 100 ans la liberté de culte accordée par Bahram aux chrétiens et réciproquement les zorastriens peuvent pratiquer en territoire byzantin. Bahram repousse une attaque des Huns Hephtalites en 427 et étend son influence dans ce secteur. En 428, en Arménie, il dépose le roi Ardaches IV et en fait une province de l’empire.

 

Yazdgard (Yezdegerd) II lui succède en 438, d’abord conciliant sur le plan religieux, il se montre un zélé zoroastrien dans les années 450  et décide de convertir l’Arménie au mazdéisme alors que les Hephtalites menacent à l’Est. Pendant qu’il est occupé de ce côté, c’est la révolte générale en Arménie et les troupes sassanides sont battues. Yazdgard à la tête de son armée attaque l’Arménie que Constantinople ne peut soutenir, en pourparler avec les Huns. Son commandant Mihr-Narseh remporte une coûteuse victoire à la bataille d’Avaraïr appelée aussi Vartanants, le 2 juin 451, où le chef arménien Vartan meurt au combat. Yazdgard élimine les insurgés et déporte les chefs des grandes familles en Iran. Mais les pertes subies, la « guérilla » que livre les Arméniens et la menace des Hephtalites à l’Est, l’empêchent d’imposer le mazdéisme.

 

Son fils aîné Hormizd III, lui succède en 457, il était précédemment roi de la Sacastène, mais il subit l’attaque de son frère Peroz et la guerre civile dure pendant deux années, leur mère Denagh règne en leur absence à Ctésiphon. Hormizd est vaincu et fait prisonnier à Reyy en 459, il y laisse la vie. Peroz est couronné la même année et il doit immédiatement protéger ses frontières du Nord et de l’Est. Il réussit à maintenir la paix avec l’Empire Byzantin et ce dernier le soutient en lui versant  de l’or. Il est appelé par l’invasion des Hephtalites dans le Tokaristan. Mais sa campagne tourne court, il est vaincu et prisonnier. Il doit payer une forte rançon et laisser son fils Kavadh en otage le temps de rassembler l’argent, provenant peut être de l’empereur Zenon. Un fois son fils libéré, Peroz après avoir assaini ses finances, décide d’attaquer les Hephtalites, il « se perd avec son armée » dans le désert oriental puis il est vaincu et tué en 484. L’empire sassanide est envahi et pillé pendant deux ans. Un tribut est payé à l’empire Hun. Un noble de Karen, Zarmihr rétablit la situation et facilite l’avènement de Valash ou Balash, l’un des frères de Peroz.

 

Ce dernier règne 4 ans mais Zarmihr reste omnipotent. La révolte de Zareh, le frère de Valash est jugulée. Le roi est destitué en 488, aveuglé et remplacé par le fils de Peroz, Kavadh 1er ou Qobad, qui hérite d’une situation calamiteuse. La situation économique est sombre, et il faut payer le tribut aux Hephtalites avec lesquels il a de bonnes relations. L’or de Constantinople est sollicité mais l’empereur Anastase réclame en compensation la cité de Nisibis. Kavadh entend exercer son pouvoir et il élimine Zarmihr. La paix est rétablie avec les Arméniens rebelles et leur chef Vahan. Un mouvement « révolutionnaire » secoue l’empire, initié par Mazdak, il prône l’égalité primitive, la mise en commun des biens et des femmes. Le roi Kavadh se rallie à cette doctrine, peut être pour briser la noblesse. Les troubles s’étendent et les Arméniens sont menaçants. Un complot organisé par le haut clergé et des nobles partisans de Zarmihr, détrône le roi et le jette en prison, au Château de l’Oubli, en 496 et le remplace par son frère Zamasp.

 

Mais il est de retour sur le trône vers 500 et il entreprend de consolider le pouvoir royal et conduit une sévère répression des mazdakites responsables de pillages. Cela lui apporte le soutien du clergé. Les Hephtalites qui ont aidé le roi à reconquérir son trône, lui réclament des subsides qu’il ne peut leur fournir. Kavadh demande une aide financière aux Byzantins et l’empereur Anastase refuse. En 502, Kavadh lui fait la guerre, envahit la Mésopotamie avec des Hephtalites et des Arabes du Hira, enlève diverses forteresses et enfin, capture Amida après un siège acharné. Les Byzantins réagissent faiblement car les Huns ravagent les Balkans, mais ils réussissent à stabiliser les positions en dépit des désaccords entre leurs généraux. Kavadh est distrait de cette guerre par une invasion hephtalite par les portes Caspiennes et il accepte une trêve de 7 années avec les Byzantins. Pendant ce temps, Anastase convoque ses généraux et identifie la position clé de la défense, à proximité de la frontière. Il choisit le site de Dara et entreprend la construction d’une forteresse massive. Malgré cela, la trêve dure 20 années pendant lesquelles, la lutte contre les Huns se poursuit. La reprise des combats vient du refus de l’empereur Justin d’accepter la demande d’adoption et de garantir la succession que Kavadh présente pour son fils Khosroes. La guerre commence bien pour Kavadh qui inflige des revers aux Byzantins en Arménie et en Haute Mésopotamie. Mais Justinien succède à Justin en 527 et réorganise la défense en construisant des ouvrages défensifs majeurs sur le front oriental et en nommant un nouveau commandant : Bélisaire. Pendant ce temps les troubles provoqués par le mouvement mazdakite se développent. Kavadh s’appuie sur les zoroastriens et les chrétiens pour condamner le mouvement, les chefs sont éliminés. Dès 530, Kavadh est vaincu en Arménie et Bélisaire triomphe de l’armée sassanide devant sa base de Dara avec 20 000 soldats contre 40 000 ennemis. Mais en 531, Bélisaire doit suivre ses soldats qui « réclament une offensive » et son armée de 20 000 soldats en partie cavaliers est défaite à son tour  à Callinicum sur l’Euphrate par une force sassanide composée uniquement de 15 000 cavaliers mais les pertes sassanides sont telles que la retraite continue. Une paix perpétuelle est signée en 532 par le nouveau souverain sassanide, Khosroes ou Khosro Ier. Justinien qui veut conquérir l’Afrique du nord et la Sicile, accepte de verser 11 000 livres d’or et de retirer ses troupes de Dara. Que s’est il passé ?

Le règne de Khosroes Ier :

 

Khosroes Anuchiravan (à l’âme immortelle), monte sur le trône malgré l’opposition de son frère aîné Kawûs, au moment de l’épreuve de force entre les nobles et le peuple et il sort plus puissant qu’aucun de ses prédécesseurs, de cette longue lutte. Il corrige les désordres causés par les mazdakites et réforme l’armée en donnant aux quatre divisions de l’empire un commandement séparé et leurs propres troupes. A côté des paysans lourdement armés pour les campagnes, une milice est créée avec d’autres paysans plus légèrement équipés. Les prisonniers sont déportés en Iran et soumis à un « service militaire » obligatoire, tels les Alains, les Khazars qui sont entrés jusqu’en Arménie. Pour protéger les frontières, des tribus barbares sont installées et représentent une défense extérieure vis à vis des nomades. De puissantes fortifications sont édifiées le long des passes de Derbend et une muraille verrouille les passages au Sud Ouest de la Mer Caspienne. Les hostilités reprennent avec Byzance pour un litige entre l’État ghassanide tributaire des Romains et le roi d’Hira, vassal de Khosroes. Khosroes envahit la Syrie, prend Antioche et la brûle et sa population est déportée près de Ctésiphon. Un armistice est signé en 545 mais la paix attend 562 et elle est prévue pour durer 50 ans. En 540, Khosroes refuse de payer le tribut habituel aux Hephtalites, mais ces derniers ne peuvent forcer l’application de l’accord. Une vingtaine d’années plus tard, alliés aux Turcs, les Sassanides écrasent les Hephtalites dont le territoire est partagé entre les coalisés, ce qui fixe la frontière orientale de l’empire sur l’Oxus, les Hephtalites sont éliminés. La frontière Nord tient face aux Huns et dans le Sud, appelé par les Himyarites pour lutter contre les Ethiopiens, l’empire sassanide avance jusqu’au Yémen qui est annexé en 571. Byzance s’inquiète de ce renouveau de la puissance sassanide et de son expansion, et déploie une activité diplomatique intense pour former une coalition. Mais des troubles en Arménie montrent la supériorité militaire sassanide. La Mésopotamie est envahie et dévastée. Khosroes meurt quand les négociation s’engagent. Ainsi se termine le long règne qui marque l’apogée de la monarchie sassanide.

 

Hormizd IV lui succède en 579 et veut maintenir la suprématie du trône sur la noblesse et le clergé. Mais il est bientôt en difficulté et s’appuie sur les chrétiens ce qui heurte les zoroastriens tandis que l’active diplomatie byzantine l’oblige à combattre sur trois fronts. Le général Vahram Tchûbin, vainqueur des Turcs dans l’Est et des Huns du Nord, est plus malchanceux contre les Byzantins. Le roi le sanctionne pour ces échecs et Vahram se révolte. Le roi est capturé et mutilé puis jeté en prison. Il est remplacé par son fils Khosroes II. Vahram est issu d’une des plus grandes familles de la noblesse arsacide et soutenu par son armée, s’empare de Ctésiphon et se proclame roi des rois. Khosroes se réfugie auprès de l’empereur Maurice. Ce dernier lui fournit des troupes pour renverser Vahram qui disparaît vite et reconquérir le trône. Cette aide n’est pas gratuite, Dara, Maïpherqat sont cédées ainsi que la majeure partie de l’Arménie. Quelques années plus tard, Khosroes II profite de l’assassinat de l’empereur Maurice pour attaquer Byzance, il  reprend l’Arménie et Edesse, traverse la Cappadoce, prend Césarée et Chalcedoine et atteint le Bosphore en 610. En 611, ses troupes s’emparent de Damas puis de Jérusalem qui est pillée en 614. En 616, l’armée occupe Gaza, entre en Egypte, prend Alexandrie, remonte le Nil et atteint l’Ethiopie. L’armée sassanide prend Ancyre et assiège Constantinople. L’empire sassanide est au plus haut tandis que l’empire Byzantin semble très vulnérable et ne résiste guère en raison de la pression des Avars et des Slaves sur d’autres fronts.

 

Mais en 622, Heraclius, le nouvel empereur Byzantin prépare la riposte. Les Byzantins reprennent l’offensive, chassent l’ennemi de l’Asie Mineure et remportent des victoires en Arménie contre le commandant en chef de l’armée sassanide Schahr-Barâz. Le Pont et la Cappadoce sont évacués. Heraclius obtient une trêve avec les Avars et il pénètre en Médie et dans l’ Azerbaïdjan puis il se coordonne avec les Khazars, ses alliés et se dirige vers la vallée du Tigre, remporte une victoire décisive à Ninive en 627 puis assiège Ctésiphon. Khosroes fuit mais il est assassiné par les siens quand il refuse de signer la paix avec Heraclius. Les conquêtes en Afrique et en Anatolie sont perdues. Son fils Kavadh demande la paix aux Byzantins. C’est en juillet 629, que les Accords d’Arrabissos sont conclus. Pendant quatorze ans, une dizaine de rois va se succéder sur le trône, membres de la famille royales ou usurpateurs, parmi ces souverains deux femmes, Bûrândûkht et Azarmedûkht, filles de Khosroes II. Enfin, un prince sassanide est découvert à Istakhr où il se cachait et couronné dans cette ville sous le nom de Yazdgard III. Avec le général Rostam, il reprend Ctésiphon mais un danger nouveau pointe du Sud.  

 

                   La fin de l’empire sassanide :

 

Sous le califat d’Abou Bakr, le successeur immédiat de Mahomet, la volonté de réunir tous les Arabes entraîne les cavaliers musulmans dans la steppe syrienne. La cité de Hira, la capitale des Lakhmides, est prise en 633 et de ce point de départ, les incursions en Mésopotamie se multiplient. Yazdgard riposte et remporte en octobre 634, la bataille d’Al-Jisr ou du Pont, à proximité de la cité de Hira. Il s’agit de l’exploitation d’une situation favorable par Bahman, le chef de l’armée perse face à Mothanna qui conduit la cavalerie arabe et suit l’armée ennemie en traversant l’Euphrate sur un pont fait de bateaux. Dès que la cavalerie arabe a franchi le fleuve, elle ne trouve pas de place pour se déployer et subit une charge d’éléphants qui les refoule dans le fleuve sur 9 000 cavaliers seulement 3 000 peuvent se regrouper, pour le reste, un tiers est mort au combat, un autre tiers s’est noyé et le dernier tiers a pris la fuite. Le lendemain, Bahman ne peut poursuivre les vaincus car il doit partir pour Ctésiphon où une révolte a éclaté. Après la victoire des Arabes contre les Byzantins à Yarmouk en 636, la Syrie est occupée et Omar, le nouveau calife, peut redéployer ses troupes pour mener l’offensive contre Yazdgard. En 637,  le Shah veut reprendre la cité de Hira, son général Rostam Farrokzad commandant une armée de 100 000 hommes, traverse l’Euphrate et livre bataille à Kadisiyya, près de la ville moderne d’Hilla en Irak. Il rencontre Sa`d ibn Abī Waqqās à la tête de 30 000 cavaliers arabes  comprenant des renforts venus de Syrie. Le terrain steppique est favorable aux musulmans. L’armée sassanide domine son adversaire pendant les deux premiers jours et en particulier les cavaliers arabes souffrent des charges d’éléphants. Mais la bataille dure quatre jours et bascule quand les cavaliers arabes attaquent les éléphants avec des flèches et des javelots et que ces derniers fuient en écrasant les troupes sassanides. Profitant de ces ouvertures dans les rangs perses, un assaut est donné sur le général Rostam. Il est capturé et décapité. C’est la fuite chez les Perses qui subissent de très lourdes pertes, on évoque le nombre de 70 000 tués. Dans la foulée Ctésiphon est assiégée mais elle vient d’être évacuée. Les vainqueurs mettent la main sur d’importantes richesses et remportent une nouvelle victoire à Jaloula, Yazgard et sa cour se réfugient dans le Zagros et le roi envoie des parlementaires pour négocier la cession du territoire situé à l’ouest du Tigre. Les Arabes refusent et le roi tente sauver son empire et recrute de nouvelles troupes. Il est à nouveau vaincu à Jaloula, puis à Qasr-e Shirin et Masabadhan, la Haute Mésopotamie est perdue tandis que l’Arménie est occupée. Une nouvelle bataille a lieu en 642, celle de Nahavand (ou Nihawend ou Nehavend). Cette fois encore la supériorité numérique des Sassanides est écrasante, mais cette armée est encerclée et prise au piège dans une vallée étroite et perd près de 100 000 soldats. Yazgard s’enfuit à Merv, c’est la fin de l’empire sassanide. En 643, un nouveau combat est perdu à Reyy puis c’est à Stakhr que Yazgard perd la Perside et se réfugie au Khorassan où il n’est qu’un roi en fuite comme Darius III après la bataille de Gaugameles. Il finit par être abandonné et épuisé, il demande dans un moulin, asile pour la nuit. Il est assassiné pendant son sommeil en 651.              

 

 
L’armée sassanide :

La principale force de cette armée est la cavalerie lourde. Composée de nobles, elle est cuirassée, bien protégée par des plaques de fer et particulièrement bien entraînée. La monture est également protégée. Sapor II est intervenu pour que la cavalerie soit plus minutieusement protégée. Ainsi ils n’étaient exposés aux flèches que par de toutes petites ouvertures nécessaires à la vue par exemple. Ils utilisent la lance, mais aussi l’arc, l’épée, la hache de bataille et la masse. Les archers de cavalerie sont capables de tirer en arrière pendant leur retraite. L’élite de cette cavalerie est nommée les Immortels comme chez les Achéménides et les Arméniens sont aussi de bons cavaliers. Une partie de cette cavalerie sassanide est légèrement armée, elle sert d’éclaireurs et se recrute principalement chez les mercenaires Kouchans, Khazars ou même Hephtalites. Même s’il existe des armées sassanides entirement montées, la cavalerie représente en moyenne le tiers de l’armée. L’infanterie comprend des archers, des frondeurs et des javeliniers, ainsi que des fantassins lourds, armés de lances ou d’épée, dont la Sogdiane fournit de bonnes unités. Les archers tiraient une grande quantité de flèches derrière un rideau de boucliers. L’armée sassanide emploie davantage d’éléphants que ses prédécesseurs les Parthes. Ilsi soutiennent les cavaliers et viennent de l’Inde. Une autre évolution par rapport à leurs prédécesseurs se manifeste dans la poliorcétique (art des sièges) où les scorpions et balistes romains sont imités et en défense  des liquides bouillants sont versés sur les assaillants

 

La découverte des Parthes et l’archéologie d’époque parthe en Mésopotamie et en Iran

Par Roberta VENCO RICCIARDI

 

La période parthe, en général étroitement liée à l’époque séleucide, a longtemps été connue principalement par les informations fournies par les sources classiques et par les monnaies qui, à partir du XVIIIe siècle, ont été classées, et qui ont posé les fondements de l’historiographie de cette période, l’étude des monuments de cette époque a été longtemps négligée en Iran, probablement en raison du fait que ceux-ci ne pouvaient soutenir la comparaison esthétique avec les restes achéménides et sassanides. Il en était de même en Mésopotamie car les vestiges parthes étaient peu visibles sur le terrain et, de plus, généralement moins intéressants que les périodes de la tradition biblique, caractérisées par des monuments en pierre ou en brique cuite d’excellente qualité et fournissant des briques et des tablettes inscrites.

 

Cependant, les monuments   parthes   ont   été documentés dès la fin du XVIIe siècle par le Français Grelot qui accompagnait M. Chardin. En particulier, celui-ci a laissé du relief de Mithridate II à Béhistoun un croquis  d’une   remarquable   importance dans la mesure où ce bas-relief a été fortement endommagé par une grande inscription du XVIIIe siècle.

 

LES RECHERCHES AU XIXe siècle

A part les relevés d’inscriptions parthes et sassanides qui ont servi de base pour le déchiffrement du moyen-perse et du pehlvi, M. Ker Porter a réalisé au début du XIXe siècle de très beaux et très fidèles dessins de monuments parthes et sassanides.

C’est à partir des années 1840 que les explorations et la documentation des sites et des monuments se sont intensifiées. M. Layard, avant d’entreprendre des fouilles en Assyrie, a longtemps voyagé dans toute la Mésopotamie et l’Iran, en particulier dans les montagnes des Bakhtiari. Il nous a laissé des comptes rendus captivants sur les gens et les endroits les plus difficiles à atteindre, tout en découvrant et en enregistrant les monuments et les sites anciens qu’il rencontrait. Dans la Mésopotamie septentrionale, il a, à plusieurs reprises, visité Hatra dont il a fourni une description passionnante. Hatra, bâtie en pierre et exceptionnellement conservée pendant cette période, a été plusieurs fois visitée par des architectes et des amateurs d’antiquités (MM. Ainsworth, Ross, Ferguson).

La Mésopotamie centrale et méridionale est occasionnellement documentée pour la période parthe, cette fois-ci par des fouilles, à Babylone, mais surtout à Ourouk-Warka, où M. Loftus a mis au jour des fragments de décor architectural en stuc et des tombes avec mobilier.

Pour l’Iran, c’est l’œuvre de MM. Flandin et Coste qui a fourni de précieuses informations sur les sites parthes, principalement les reliefs rupestres, en particulier ceux d’Elymaïde, découverts par M. Bode en 1841.

L’œuvre de G. Rawlinson, The Sixth Gréat Oriental Monarchy, publiée en 1873, cherche à réhabiliter historiquement l’empire des parthes. Il résume de manière utile les recherches sur les antiquités parthes au XIXe siècle, tout en considérant les œuvres d’art et, en particulier, les reliefs rupestres grossiers, maladroits (« coarse, clumsy », p. 306). Il en conclut : « Les Parthes paraissent rarement avoir eu une idée d’un art purement esthétique » (« Of purely aesthetic art thé Parthians appear scarcely to have had an idea », p. 388). Cette opinion était relativement répandue, même plus tard, au XXe siècle, l’art parthe étant considéré comme une version barbarisée et dégénérée de l’art hellénistique. Cependant, Rawlinson estime en même temps que les grands résultats de l’architecture sassanide ont leurs racines dans l’architecture de Hatra.

À la fin du XIXe siècle, nous aurons la première documentation photographique grâce à l’œuvre très belle et riche des Dieulafoy, les premiers fouilleurs français du grand site de Suse qui avait déjà fait l’objet de recherches de M. Loftus dans les années cinquante. Ces premières fouilles à Suse ont été catastrophiques pour les couches les plus tardives de la ville, car les niveaux supérieurs ont été presque intégralement détruits. Et ce n’est que beaucoup plus tard, à partir du milieu du XXe siècle, que de nouvelles recherches contribueront à faire connaître les périodes les plus tardives.

 

LA PREMIÈRE MOITIÉ DU XXe S.

C’est à la fin du XIXe et surtout avec le XXe siècle qu’une véritable recherche archéologique s’est engagée, en particulier dans la région occidentale de l’empire parthe, grâce à la découverte et à la fouille soigneuse par une mission allemande de la ville parthe d’Assour, dont les vestiges recouvraient ceux de l’ancienne capitale assyrienne (qui était le vrai but de la mission allemande). Dans le même temps, cette mission a procédé à la prospection, au relevé et à la documentation graphique et photographique du grand site de Hatra.

En Mésopotamie du Sud, des exemples d’architecture tardive ont été mis au jour à Nippour.

Mais c’est à partir des années 1920-1930 que les Parthes entrent dans l’histoire de la recherche archéologique, en particulier pour ce qui concerne la partie occidentale de leur empire, et l’on assiste à un grand élan de fouille et des recherches archéologiques de la Mésopotamie septentrionale à la Mésopotamie méridionale. Ce sont d’abord les recherches à Doura-Europos qui se sont développées à partir de la découverte fortuite des peintures du temple de Bel, puis celles de Séleucie du Tigre, dont les trouvailles appartiennent pour une grande partie à l’époque parthe. Mentionnons également la publication de la ville parthe d’Assour (1933), les fouilles de Babylone, et la découverte du temple de Gareus à Ourouk-Warka.

En Iran, la situation archéologique est en moindre mesure liée aux fouilles extensives, en harmonie avec le type de monuments du territoire. Des premières décennies du XXe siècle, datent la découverte et les recherches sur le grand palais parthe et sassanide du Kuh-i-Khwaja dans le Séistan, par A. Stein puis par E. Herzfeld.

Ces derniers sont parmi les figures les plus significatives de la recherche archéologique pendant la première moitié du XXe siècle. L’un comme l’autre ont exploré les territoires les plus divers, l’un de l’Asie centrale et de l’Inde à la Mésopotamie, l’autre se consacrant plutôt à la Mésopotamie et surtout à l’Iran. Ces savants explorateurs ont contribué de manière fondamentale à la connaissance de ces régions grâce à leur énergie, leur intérêt, leur ouverture d’esprit et leurs qualités scientifiques. C’est, par exemple, A. Stein qui a fait connaître la découverte occasionnelle de la statue de Shami et qui a étudié le petit sanctuaire d’Elymaïde d’où elle provenait.

 

 

De ces années date également le début des recherches à Nisa, qui ont été poursuivies plus systématiquement après la Seconde Guerre mondiale, et, plus récemment, la prospection du territoire et une enquête sur le sanctuaire de Mansour Depe.

En 1935, M. Rostovtzeff publiait son article fondamental « Dura and the Problem of Parthian Art », qui peut être considéré comme la mise au point du concept d’art parthe, avec la mise en relation des arts figuratifs des régions s’étendant de Palmyre à l’Elymaïde et l’identification des canons stylistiques qui caractérisent cet art. Cette publication a donné lieu à d’innombrables discussions et disputes qui n’ont pris fin qu’en 1960, avec la publication fondamentale de D. Schlumberger, « Descen­dants non méditerranéens de l’art grec ». Dans cet article tout aussi célèbre, le regard s’étend jusqu’aux frontières indo-iraniennes, la définition de l’art parthe se trouve renouvelée, et l’accent est posé sur l’impact de l’hellénisme dans cette partie du monde et sur les différentes réponses qui lui ont été apportées selon les traditions de chacune des régions concernées.

La fin des années trente est la période la plus innovatrice pour la connaissance de l’art parthe, avec la parution du Survey of Persian Art. On y trouve en particulier une étude de M. Reuther qui reste aujour­d’hui encore fondamentale, présentant une remarquable analyse et une belle synthèse des données alors connues sur l’architecture parthe.

 

LA DEUXIEME MOITIÉ DU XXe siècle

La période des « pionniers de l’archéologie parthe » se termine avec la guerre. Celle qui s’ouvre ensuite est caractérisée par la poursuite des recherches dans les sites déjà connus. On observe alors une certaine amélioration des techniques et une progression de nos connaissances sur la période, ébauchée en grands tableaux généraux au cours des années précédentes.

En Mésopotamie, le seul grand site qui ait fait, pour la première fois, l’objet de fouilles, est la ville de Hatra, en Irak du Nord. Ces fouilles ont été conduites par l’administration des antiquités irakiennes à partir de 1951. Dans les années suivantes, d’autres sites mineurs de la région septentrionale et centrale de l’Irak ont été explorés, mais le tableau général n’a guère été modifié.

Si l’on exclut les grands sites d’ancienne tradition archéologique, la Mésopotamie centrale et méridionale est beaucoup moins étudiée que la partie septentrionale, et seuls quelques sites peuvent être cités. Dans les dernières années, peu avant la guerre du Golfe, c’est la découverte de la résidence d’Abou Qpubour qui présente un exemple parfait et régulier de la maison à iwan. Ce genre de grande demeure, considéré comme typique de la période parthe, est dans ce cas particulièrement intéressant, car il se trouve dans la même région que la capitale parthe, qui demeure à présent inconnue. Plus au sud, on signale la découverte par des archéologues irakiens de grandes nécropoles, près de Najaf, où l’on a retrouvé des matériaux céramiques et en verre de bonne qualité, partiellement atypiques et datant probablement de l’époque parthe tardive. Cette découverte présente un grand intérêt du fait qu’elle nous fournit des informations sur le peuplement de la zone d’Hira, capitale des Arabes lakhmides, et qu’elle nous ouvre de nouveaux horizons sur les relations culturelles entre les différents centres de la Mésopotamie d’époque parthe.

Dans le domaine de la recherche archéologique, la véritable nouveauté de cette période n’est pas seulement la découverte ou l’exploration d’un ou plusieurs sites, qui servent à mieux éclaircir un problème particulier, mais plutôt la réalisation d’une série de prospections archéologiques du territoire qui, à partir des années soixante, ont couvert une grande partie de la région centrale et méridionale de la Mésopotamie. C’est le mérite de R. Mac-Adams, en particulier, d’avoir remarquablement enrichi notre connaissance de la période parthe en élargissant de manière substantielle notre vision sur les questions de l’exploitation du territoire, du peuplement et de la dynamique de l’occupation. Aujourd’hui, même la partie septentrionale de la Mésopotamie est concernée, et la même technique est appliquée à l’intérieur de grands sites tels que Ourouk-Warka (U. Finkbeiner), afin d’évaluer l’extension et les différentes caractéristiques de l’occupation pendant les périodes séleucide, parthe et sassanide.

En Iran, la situation archéologique pour la période parthe est beaucoup plus dispersée en raison de l’importante extension de la zone, et surtout de sa division en plusieurs régions aux réalités

      

 

Culturelles totalement différentes. A l’exception de Suse, on n’y trouve aucune grande fouille en extension comme celles qui caractérisent l’histoire archéologique de la Mésopotamie. À partir des années soixante, la fouille de sites déjà connus tels que Qaleh-i Yazdigird, Masjid-i Soleyman ou Bard-e Néchandé, et la reprise des travaux à Kuh-i Kwaja, Shahr-i Qpumis ou Tureng Tepe, apportent des éclairages ponctuels sur une réalité multiforme. Le tableau jusqu’à présent relativement pauvre de l’Iran parthe s’en trouve remarquablement complété, en mettant en évidence les différences locales actuellement difficiles à synthétiser dans un cadre unitaire. De plus, on assiste à une reprise des recherches sur des sites déjà connus, tels que celui de Khorheh, présenté par Herzfeld comme un temple périptère d’époque séleucide, et que les recherches archéologiques récentes permettent d’identifier comme un bâtiment d’époque parthe.

À partir des années soixante-dix, de nombreuses prospections archéologiques ont été effectuées dans différentes régions afin d’obtenir une couverture archéologique de tout le territoire, faisant naître des problèmes intéressants et offrant des nouvelles perspectives de recherche. Ainsi, par exemple, les résultats de la prospection en Susiane placent sous une lumière plus forte et diversifiée la réalité de la grande métropole de Suse.

Il est évident que l’histoire de l’Iran parthe reste encore à étudier et à préciser. Il est en outre clair que si la Mésopotamie parthe, à quelques exceptions près, offre un tableau relativement cohérent malgré des différences locales, l’Iran de la même période semble marqué par des données essentiellement isolées, et caractérisé par une indépendance des différentes régions que l’on peut sans doute mettre en relation avec la structure peu centralisée de l’empire. Seules des recherches intensives pourront permettre d’insérer ces données éparses dans un cadre historique global.

Problèmes de déchiffrement

Pour la période de près de cinq cents ans que dura l’empire des Parthes, nous avons seulement un petit nombre de documents administratifs sur parchemin, environ deux mille ostraca (tessons inscrits) relatifs aux livraisons de vin dans l’une des propriétés du roi des rois, et une poignée d’inscriptions officielles [...].

Mais, pour peu nombreux que soient les documents, ils imposent une lourde tâche aux philologues, linguistes, paléographes et historiens ; presque chacun d’eux exige avant d’être lu un laborieux travail de déchiffrement [...].

On peut prendre pour exemple un ensemble de documents provenant d’un entrepôt de vin à Mihrdâtkart, et datant du 1er siècle av. J.-C. Ils sont connus sous le nom d’ »ostraca de Misa » et nous aurons à en repalier ultérieurement. Voici, transcrit en alphabet latin, le texte de l’un de ces docu­ments : « BHWTH ZNH MN pryptykn MN KRM’ ‘wzbry ZYLYD PHT’ Hm XXII HYTY srwsyk W mytry mdwbr ZY MN’rg [...] HN’Lt SNT II C X X III III » ; ce qui peut être traduit comme suit :

« Dans cette jarre, provenant de Phriapatikan, du vignoble tribuaire qui est à la disposition du satrape, vin : 22 mari (c’est la mesure de capacité). Apporté par Srochak et Mihr, intendants du vignoble de la région de Yg[...] (le nom est mutilé). Apporté pour l’an 216 (de l’ère arsacide, soit 32 av. J.-C.). »

En quelle langue ce document est-il rédigé ? Dans la translitération, tous les mots en capitales sont araméens, et seuls les noms de lieux, de personnes et les titres (« intendants du vignoble ») sont du perse en caractères araméens. Néanmoins, le document est perse. Cela ressort non seulement des noms, mais également du fait que le verbe araméen (HN’L) possède le « complément phonétique » perse indiquant la personne et le nombre.

Ce déroutant système d’écriture – qui fait penser à un message en code – dut son développement au fait que les scribes perses de cette époque, suivant la tradition des chancelleries achéménides, usaient fréquemment de mots araméens, voire de phrases entières, devenues pour eux des formules toutes faites. Les textes de ce genre sont dits hétérographiques, et le lecteur est constamment appelé à décider si tel groupe de lettres doit être lu comme un hétérogramme (comme un mot araméen) ou comme un open spelling (c’est-à-dire comme un mot perse épelé) et si tel document est à lire en araméen ou en perse. Il est clair que le sens du texte diffère selon le choix que l’on fait.

Voici, à titre d’exemple, deux lectures différentes d’un même document de Misa. La première est celle du savant allemand E. Altheim, qui décida que le texte était araméen et en donna l’interprétation suivante : « Eutychios. De la part du maître nous t’ap­porterons, et il recevra 206. » La seconde lecture est due aux soviétiques I. M. Dyakonov et A. A. Livchits, à qui revient l’honneur d’avoir déchiffré l’ensemble des comptes de Nisa : « Dans cette jarre, du vignoble tributaire nommé Hindukan, vin : 16 mari. »

 

Le mystère parthe


Par Pierre LERICHE

 

 

 

 

Aux deux premiers siècles de notre ère, le monde était partagé entre quatre empires : romain, parthe, kouchan et chinois. L’histoire et la civilisation des empires romain et chinois nous sont relativement bien connues. L’empire des Grands Kouchans, pratiquement ignoré il y a encore peu de temps, sort peu à peu de l’ombre grâce à des découvertes archéologiques majeures, et sa chronologie dynastique est enfin pratiquement assurée. En revanche, le monde des Parthes, dont l’existence est pourtant connue depuis l’Antiquité, nous échappe chaque fois qu’on croit le saisir, et reste encore en grande partie inaccessible. Les recherches pourtant nombreuses n’ont souvent donné que des résultats décevants ou difficiles à Interpréter, et nombre de questions attendent encore d’être résolues, que ce soit dans le domaine de l’histoire ou dans celui de la civilisation.

 

Pourtant, le rôle historique de   l’empire   parthe   a   été d’une   grande   importance. Durant    près de quatre siècles, il a dominé tout le plateau iranien, une partie de l’Asie centrale et la Mésopotamie. Il a ainsi constitué une sorte de pont entre le monde méditerranéen, l’Asie centrale et la Chine. Sur ses voies commerciales, circulaient les marchandises les plus précieuses et les influences culturelles entre Orient et Occident. Et dans cette aire immense où se sont rencontrées les cultures sémitiques iraniennes et grecques, s’est élaborée une civilisation particulière et un art qui a fortement influencé l’art gréco-romain dans son évolution vers l’art byzantin et a donné naissance à l’art sassanide.

 

UNE IMAGE LONGTEMPS NÉGATIVE

Lorsqu’on évoque l’empire parthe, l’image qui vient généralement à l’esprit est celle d’un empire guerrier, ennemi permanent de Rome. Une image directement héritée des sources antiques à laquelle les historiens ont longtemps adhéré par une pente naturelle.

Pour imposer leur existence, les Parthes ont combattu à l’est les Gréco-Bactriens, les nomades et les Kouchans et, à l’ouest, durant plus de trois siècles, Rome, qui avait remplacé les Séleucides en Syrie, et qui leur barrait l’accès à la Méditerranée. Ils avaient infligé à cette dernière plusieurs défaites graves, et parfois avaient mis en danger sa stabilité. L’image des Parthes que nous ont léguée les historiens de l’empire romain est donc généralement entachée de partialité. C’est souvent celle du « danger parthe », d’un peuple agressif, redoutable dans l’art de la guerre avec ses cataphractaires et clibanaires cuirassés combattant avec de très longues lances en lourdes charges de cavalerie, mais aussi d’un peuple perfide qu’illustre le thème de « la flèche du parthe » tirée par un cavalier faisant mine de fuir. C’est aussi, de la cuirasse de Prima Porta à la colonne Trajane, celle du vaincu reconnaissant la supériorité du peuple romain.

Sur le plan de la civilisation, le développement des recherches archéologiques a permis de reconnaître l’existence d’un art parthe. Mais les produits de cet art ont longtemps été considérés comme une barbarisation de l’art gréco-romain par des populations orientales incapables de comprendre les canons de leur modèle. Un art décadent en quelque sorte, surtout si on le compare à celui du monde gréco-romain, son rival, ou du monde sassanide, son successeur.

Toutes ces images, bien entendu, appartiennent au passé et la formulation même de cet état de la question indique assez que l’on a tendance aujourd’hui à s’en distancier. Ces manières de penser étaient l’expression du siècle qui vient de se refermer, mais leurs traces subsistent parfois encore dans le discours de certains historiens de l’écrit, de l’image ou du terrain contemporains.

 

 

 

 

LE PROBLÈME DES SOURCES

Le problème réside dans le fait que l’essentiel de notre documentation écrite sur les Parthes provient des historiens et géographes de l’empire romain. Les débuts de l’État parthe nous sont ainsi connus par des fragments d’historiens tels que Justin, Strabon, reproduisant des passages d’Apollodore d’Artémita, et Arrien (Parthica). Par la suite, lorsque les Parthes entrent en contact direct avec Rome, ils sont en rivalité permanente sur le sort de l’Arménie et se posent en successeurs des Achéménides. Ainsi Artaban II (11-39 de notre ère) envoie-t-il à Tibère ses ambassadeurs « réclamer en même temps les anciennes frontières des Perses et des Macédoniens, menaçant d’envahir ce qu’avait possédé Cyrus d’abord, Alexandre ensuite » (Tacite, Ann. VI, 31). Ceci fait de la question parthe un thème récurrent qui occupe une place importante chez tous les historiens de l’empire romain. Il en résulte que ce qu’on connaît le mieux sur les Parthes est l’histoire politique de la dynastie régnante des Arsacides, en particulier à partir du milieu du Ier siècle av J.-C.

Face aux sources romaines, la seule documentation écrite que nous aient léguée les Parthes sur eux-mêmes se résume à un abondant monnayage qui constitue pour nous une mine précieuse d’informations, quelques fragments de texte en moyen perse, la rédaction de l’Avesta, le livre sacré des Iraniens, et quelques centaines d’ostraca (tessons inscrits). Et ce problème est aggravé par le fait que la lecture de l’écriture parthe peut se faire à plusieurs niveaux, ce qui débouche sur des interprétations totalement différentes les unes des autres.

Dans le domaine de l’art, le problème est le même. L’art parthe n’a jamais connu l’abondance de production de l’art gréco-romain, et le monde iranien s’est jusqu’ici montré relativement avare de sites qui puissent être reconnus comme appartenant en propre à l’art parthe. Si bien que c’est essentiellement à partir des données fournies par des sites de la périphérie de l’empire qu’on a pu reconnaître les traits particuliers de ce qu’on appelle « l’art parthe ».

 

LES DONNÉES HISTORIQUES

L’empire parthe s’est créé, non pas d’un seul coup comme l’empire achéménide ou celui d’Alexandre, mais progressivement comme l’empire romain en profitant de l’affaiblissement des Séleucides. Il n’en est pas moins l’un de ceux de l’Antiquité qui ont eu la plus importante longévité (près de cinq siècles).

Les sources romaines nous apportent un certain nombre d’éclairages sur le monde parthe. On y perçoit le rôle très important du fait dynastique, puisque les rois sont toujours pris dans la seule famille des descendants d’Arsace, le fondateur de l’État parthe, et les rivalités internes aboutissant à des massacres, comme ceux perpétrés par le sanguinaire Phraate IV. Mais on y constate également le poids considérable de la grande noblesse dont Suréna, le vainqueur de Crassus, est l’exemple le plus marquant, au point que sa puissance inquiète Orode II qui le fait assassiner. Et l’on peut ainsi suivre les étapes de l’affaiblissement du pouvoir jusqu’à son renversement par des nobles de Perside, qui fondent la dynastie sassanide.

Cependant, l’histoire des Parthes ne peut se résumer à la seule exploitation d’une information aussi romanocentrée et, dans  bien  des domaines, elle comporte encore d’importantes zones   d’ombre.   C’est ainsi qu’on ne sait pratiquement rien des débuts de l’histoire des Parthes en   Parthie   même,   de leur fuite dans la steppe devant la grande offensive d’Antiochos III à la fin du IIIe siècle, de leur retour, de la reconstitution du royaume parthe et des étapes de sa consolidation.     De même, si l’on est informé des événements qui se sont déroulés dans les régions occidentales de l’empire, on ne   sait   pratiquement rien de ceux qui ont eu pour théâtre  la partie orientale de l’empire des Parthes, des relations des Parthes avec les royaumes gréco-bactrien, kouchan ou indien, et tout  reste   à  écrire   sur  l’origine   des royaumes parthes de l’Inde et sur les relations  de  ceux-ci  avec les  Parthes  de l’ouest.

En ce qui concerne la société parthe, nous sommes prisonniers, encore une fois, des sources romaines et, même si le point de vue de l’historien n’est pas hostile, celui-ci ne peut appréhender à sa juste signification la structure de cette société radicalement différente de celle de l’empire romain. Ainsi Justin (L. 41-42) et, en partie, Plutarque (Crassus) nous parlent d’une société comportant un très petit nombre d’hommes libres dominant une masse de population faite d’esclaves. Bien entendu, cette présentation ne peut être prise au pied de la lettre, et l’on doit retenir ici que les auteurs grecs et romains ne pouvaient employer, pour se faire comprendre par leur public, que des mots recouvrant des catégories institutionnelles ou sociales connues « 1 ». Il est clair que ces mots ne correspondaient pas à la réalité de la société parthe qui comportait plusieurs strates et dans laquelle les relations personnelles avaient un poids très fort, à l’image des sociétés nomades de la steppe ou des sociétés féodales de l’Europe médiévale.

De très nombreuses autres questions restent encore sans réponse, comme celle qui concerne le grand commerce international qui traversait l’empire. On connaît l’importance de ce commerce entre Rome, l’Inde et la Chine à travers l’empire parthe et l’on dispose même d’une liste des Stations de la route royale des Parthes de la frontière romaine à l’Inde que nous a laissée Isidore de Charax. Mais on ignore quels en étaient les acteurs, les produits et les moyens de transport.

 

 

 

« 1 » Tels que virtus, auctoritas, libertas, servus ou doulos (esclave),pelatès (serviteur), oiketès (domestique).

 

 

 

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Quant aux relations des Parthes avec les populations qui leur étaient soumises, elles ne nous apparaissent que de manière fragmentaire et souvent contradictoire. On sait, par exemple, que les Parthes ont éprouvé des difficultés avec les Juifs de Babylonie et qu’ils se sont alors appuyés sur les Grecs de Séleucie du Tigre. Les Arsacides, en effet, se paraient du titre de « philhellènes ». Or, non seulement on ignore encore le contenu exact de cet adjectif, mais on sait par Polybe (X, 27-31) qu’Arsace II n’a pas hésité à faire massacrer la population de la ville grecque de Syrinx lors de l’offensive du Séleucide Antiochos III à la fin du IIIe siècle av J.-C.

Devant cette carence des sources écrites, la réponse aux questions que nous nous posons ne peut provenir que de l’activité archéologique.

 

LA CIVILISATION ET L’ART

Les préjugés à l’égard des Parthes ont été si forts qu’il a fallu attendre le début du XXe siècle et que se fasse jour l’idée que la civilisation parthe ait pu jouer un rôle dans l’évolution de la civilisation gréco-romaine aux premiers siècles de notre ère.

 

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Dans le domaine de l’histoire des religions, c’est F. Cumont qui a, le premier, mis en relief l’influence de l’iranisme sur le développement des cultes orientaux dans l’empire romain, et le fait que celle-ci s’est produite à partir du monde soumis aux Parthes ou dans les régions qui en étaient proches. Malheureusement, nombre d’interrogations n’ont encore pu trouver de réponse et l’on a du mal à cerner les caractères de la vie religieuse des Parthes ou à déterminer le rôle que ceux-ci ont joué, par exemple, dans le développement du culte du dieu iranien Mithra, qui a connu un si large succès dans l’empire romain.

La découverte de l’existence d’un « art parthe » est un phénomène relativement récent qui tient au développement de la recherche archéologique. C’est, en effet, grâce à des découvertes fortuites (Shami) et surtout à la fouille ou à l’étude, avant la Deuxième Guerre mondiale, de sites d’époque parthe en Mésopotamie (Hatra, Assour, Doura-Europos, Séleucie du Tigre), en Iran extérieur (Kuh-i-Khwadja) et en Asie centrale (Nisa au Turkménistan) que des monuments et des œuvres d’art qui présentaient certains traits communs sont apparus (voir les articles de R. Venco-Ricciardi et S. Downey). Et c’est le grand mérite de M. I. Rostovtzeff qui, s’appuyant sur ses propres travaux à Doura-Europos et sur ceux de F. Cumont, A. Foucher, H. Ingholt et d’autres, a montré qu’une seule culture combinée à la permanence et à la diversité des traditions locales unissait les régions de Syrie orientale, de Mésopotamie et de Susiane (Shami). Il a alors dégagé les caractéristiques de ce qu’il a appelé « l’art parthe » hellénisant et mésopotamien qui recherche la transcendance à travers la frontalité de son iconographie et qui se met en place aux Ier-IIIe siècles. Et c’est en grande partie à travers cet art que se serait produite la fusion entre les arts de l’Orient ancien et celui de la Grèce, il aurait ainsi constitué le lien entre l’art classique et celui de l’époque byzantine.

Trente ans plus tard, D. Schlumberger prenant en compte les découvertes d’Asie centrale (Aï Khanoum, Khaltchayan), d’Iran (terrasses sacrées du Zagros) de Syrie (Palmyre) et d’Anatolie orientale a démontré de manière convaincante que cet art parthe s’inscrit dans un mouvement plus ample et sur une aire beaucoup plus étendue, bien au-delà des limites politiques de l’empire parthe. Il s’agit d’un « art gréco-iranien » que l’on peut reconnaître des frontières de l’Egypte jusqu’à l’Asie centrale et à l’Inde, d’où est né l’art parthe, et qui a également donné naissance à l’art dynastique de Commagène (Nimroud Dagh), à l’art kouchan et à l’art gréco-bouddhique. Ce qui explique l’étonnant air de familiarité entre les réalisations artistiques de Pal­myre, de Hatra, de Surkh Kotal ou du Gandhâra, pourtant éloignées de plusieurs milliers de kilomètres.

Il reste toutefois quelques points importants qui n’ont toujours pas été résolus, comme celui du passage de l’art grec à l’art gréco-iranien, ou celui de l’existence d’un art parthe ailleurs que sur les marges occidentales. Il faudrait pour cela fouiller les grands sites parthes d’Iran : les niveaux supérieurs de Suse dans les rares secteurs qui ont échappé aux fouilles vigoureuses entamées il y a plus d’un siècle, Ecbatane la grande cité de Médie, dont l’exploration commence seulement, Hécatompyle (« la cité aux cent portes »), la première capitale impériale parthe en Hyrcanie (Damghan) qui reste encore pratiquement intouchée, ou encore la « Nouvelle Nisa », dont on ne sait pratiquement rien.

En attendant que s’ouvrent de tels chantiers de grande ampleur, les nouvelles données fournies par les fouilles plus modestes mais récentes de Tureng-Tepe, Qaleh-i-Yazdegerd, Kourrah, Abou Qpubour, Séleucie du Tigre, Hatra, Assour, Doura-Europos ont procuré ou procurent régulièrement des matériaux nouveaux. Les résultats obtenus sont très différents d’un site à l’autre. Ils permettent de toucher du doigt cette grande diversité de cultures et de traditions qui régnait dans l’empire parthe où les particularismes étaient très vivaces et où on ne perçoit pas de volonté de créer un art dynastique à l’image, par exemple, de l’empire achéménide ou, plus tard, de l’empire sassanide. Ces résultats nouveaux permettent aujourd’hui d’enrichir de manière substantielle, comme on le verra dans ce dossier, le tableau de cette société et de cette civilisation trop longtemps ignorée ou négligée et qui peu à peu reprend sa place dans l’histoire de la naissance de ce monde nouveau des premiers siècles de notre ère dont sont issues les grandes religions et la culture du monde dans lequel nous vivons.

L’INSCRIPTION DE KARTIR À NAQSH-I RAJAB


Kartir, prêtre en chef de l’empire tôt de Sasanian, a installé l’état d’église de Zoroastrian. En cette troisième inscription de siècle il déclare la position orthodoxe concernant la vie après la mort, le ciel, et l’enfer.



(1) I, Kartir, suis connu dans l’empire pour le righteousness et l’éminence, et connu de (2) ont été de bons service et bonne volonté au Yazads et aux seigneurs. Plus loin I à la salle de Yazads ce aussi (3) promise ainsi, celui, si par l’aide du Yazads I, Kartir, pour la vie sur (4) le rang le plus élevé étaient faits pour regarder alors également par moi plus loin à la salle partie du ciel (5) et l’enfer les dispositifs essentiels serait décrit (ou proclamé ou agrandi) dans l’intéret, aussi, de ces services divins comme dans l’empire ils sont exécutés, pour ces derniers également. (6) autre, de quelque sorte ils puissent être, qui devaient être décrits par moi par devenir plus bien fondé, et qui (7) ainsi, comme j’avais promis au Yazads. Promouvez même ainsi par moi ceux qui ont été établis, comme par moi il (était être fait pour) (8) ciel et enfer, parce que l’orthodoxie et le heterodoxy de ces services également (dedans) leurs dispositifs essentiels (9) (à être) ont été décrits.

Maintenant pour moi alors, quand par l’aide du Yazads ceci également a été établi, (10) à la salle partie ceci a été décrit, puis () le Yazads d’un service bien meilleur et veut ainsi (11) m’ont deviennent. Et pour ma propre âme je suis devenu provident et silencieux. (12) et également sur ces offres et services qui dans l’empire sont assurés beaucoup de (13) plus bien fondé ayez-moi deviennent. Et le whosoever voit cette inscription (14) et la lit, celle-là pour Yazads et les seigneurs et sa propre âme directement (15) et droit le laissent soient. Et au delà de ceci, aussi, dans les offres et les services et la religion de Mazdayasnian, (16) qui est maintenant exécutée pour la vie, laissez-le devenir plus bien fondé.

Maintenant encore (17) matière ; pas chacun peut publier une commande à la volonté. Laissez lui soyez connu ce que j’ai décidé : (18) il y a un ciel et il y a un enfer. Et celui qui est un welldoer ira directement au ciel. (19) et celui qui est un sinner sera moulé vers le bas à l’enfer. Et celui qui est un welldoer et après que (20) welldoing constamment des courses, celle-ci (dedans) ceci bonne renommée os-dotée de corps et la prospérité (21) atteigne et également (dedans) cette orthodoxie os-dotée d’esprit (il) rattrapent, (22) car I, Kartir, ont atteint. Maintenant j’ai écrit cette inscription à cette fin, cette (23) depuis que pour moi, Kartir, de de yore en avant par des règles et seigneurs beaucoup de feux (24) avec (leurs) magi par des contrats impériaux ont été institués et moi la grande gloire de mon propre (25) nommé sur les contrats et les documents impériaux représente écrite, que celui qui dans les documents de temps du futur (26) ou les contrats impériaux ou d’autres inscriptions peut voir, qui un (27) devrais savoir, que je suis Kartir, qui (dessous) Shahpuhr, roi des rois, Kartir (28) le Magupat [ Magus-maître ] et Ehrpat a été autorisé ; et sous Hormizd, le roi des rois, et du Varahran, le roi (29) des rois, fils de Shahpuhr, Kartir, Magupat d’Ahura Mazda a été autorisé ; et sous Varahran, (30) [ roi de ] des rois, fils de Varahran, Kartir, Âme-sauveur de Varahran et de Magupat d’Ahura Mazda ont été autorisés.

(31) écrit par Buhtak, scribe de Kartir, seigneur.

LE PANTHEON MESOPOTAMIEN



Les dieux mésopotamiens (dingir en sumérien, ilu en akkadien) étaient extrêmement nombreux. Mais, au final, seul un petit nombre avait une importance réelle, vu que par syncrétisme certains dieux avaient « absorbé » les caractéristiques d’autres divinités. En effet, les dieux sont « universels » : le dieu d’un panthéon étranger peut être accepté dans le panthéon mésopotamien. A l’origine, une divinité est originaire d’une ville précise, où elle a généralement son temple principal. Mais au cours du temps et avec le syncrétisme, le système se complique, les divinités ayant des attributions similaires devenant une seule et même entité (on a ainsi plusieurs Ishtar dans différentes cités).

Les dieux étaient organisés selon un système hiérarchisé qui est la reproduction du système humain : il y a un chef suprême descendant d’une lignée de grands dieux, qui est entouré de sa famille, qui compose le groupe des dieux les plus importants. Ce panthéon change avec le temps, au gré des évolutions politiques notamment (Marduk devient le plus important des dieux avec l’émergence de sa ville, Babylone).

Si certains dieux ont étés particulièrement vénérés, et que l’on a quelquefois tendu vers l’hénothéisme (un dieu est plus important que les autres), ce qui est une conséquence logique de la hiérarchisation, le polythéisme est toujours resté la règle. Certains personnages avaient leur dieu protecteur personnel, qu’il vénéraient particulièrement (comme Nabonide avec Sîn).

Les dieux mésopotamiens étaient représentés sous forme humaine (anthropomorphisme). Ils sont des êtres supérieurs, doués de grands pouvoirs. Mais ils sont assez « humains » sur le plan du caractère, et les mythes mésopotamiens laissent transparaître leurs défauts. Les principaux dieux étaient associés à des nombres (marquant leur importance, leur expérience), des astres. Ils avaient des attributs personnels représentants leurs fonctions, et certains avaient même un animal qui leur était associé.

Les dieux ont créé les hommess pour qu’ils soient leurs serviteurs. Ce service est assuré par le culte rendu dans le temples, qui sont les résidences des divinités (E-), dont la présence est assurée par la présence de leur statue dans la cella. Par leurs offrandes, produites par leur travail, les hommes accomplissent le rôle qui leur a été assigné par les dieux.

Les dieux ont tout pouvoir sur les hommes. Ils peuvent leur accorder leur aide, leur soutient (c’est pour cela qu’on fait des prières, des hymnes à leur gloire), tandis qu’en cas de mauvais agissement, de non-respect du culte, ils punissent.


Divinité

Epoux / épouse

Ville et temple principal

Nombre

Symbole

Animal

Anu

Antu

Uruk, Eanna

60

Tiare à cornes

Taureau du Ciel

Enlil

Ninlil

Nippur, Ekur

50

Tiare à cornes, tablettes de la destiné

 

Ea

Damkina

Eridu, Eengurra

40

Tiare, sceptre à tête de mouton

Poisson-chèvre, tortue

Marduk

Zarpanitum

Babylone, Esagil

10

Bêche

Dragon-serpent

Assur

Ishtar ou Ninlil

Assur, Esharra

 

Tiare en forme de montagne, sceptre

 

Ishtar

Dumuzi

Uruk, Eanna

15

Etoile

Lion

Adad

Shala

 

 

Foudre

Taureau

Ninurta

Ba’u / Gula

Nippur, Eshumesa

 

Charrue

 

Nabû

Tashmetum

Borsippa, Ekur

 

Calame et tablette

Dragon-ailé

Sîn

Ningal

Ur et Harrân, Ekishnugal

30

Croissant de Lune

Taureau

Shamash

Aia

Sippar, Ebabbar

20

Disque solaire

 

Nergal

Ereshkigal

Kish, Ekishibba

 

Sceptre à tête de lion, cimeterre

Lion

Gula

Pabilsag / Ninurta

Isin, Egalmah

 

 

Chien

Les principaux dieux et déesses de la religion mésopotamienne


La religion mésopotamienne au Ier siècle est un héritage des Sumériens, qui ont « légué » leurs dieux à leurs successeurs sur le territoire, ceux-ci les adoptant tels quel. Malgré l’importance des dieux nationaux d’Assyrie et de Babylone, Assur et Marduk (pour voir leur description, cliquer ici), leur culte ne faiblit jamais.

LA TRIADE

Il s’agit des trois dieux les plus importants, hérités du panthéon sumérien, Anu, Enlil et Ea.

AN / ANU

Anu est le plus grand dieu sumérien. Son nom originel, An, signifie « l’En-haut », nous dirons « le Ciel ». Il est le plus ancien de tous les dieux, leur père à tous. Il est au départ le souverain de tous les dieux, mais il se fait remplacer plus tard par le plus brillant de ses fils, Enlil. Mais il gardera son importance en tant que doyen des dieux. Il est de ce fait le patron de la famille, en tant que patriarche des dieux, et ses descendants seront les Annunaki et les Igigi. Anu habitait au Ciel, et présidait l’assemblée de dieux, et aura de ce fait été la première représentation de la royauté divine.
Son temple principal est l’Eanna (le « temple du Ciel »), situé à Uruk.

ENLIL

 

Enlil est le fils de An (le Ciel), et de Ki (le Terre). Son nom akkadien est le même que le sumérien, et signifie « Seigneur de l’atmosphère ». Il succède à son père pour devenir le souverain du panthéon mésopotamien (dans la théologie ce changement se produit vers le milieu du IIIè millénaire), le souverain du Ciel et de la Terre (puisqu’il est né de l’union des deux). Il est le dieu qui décide qui doit gouverner sur Terre, il est la Justice, qui châtie ou récompense les hommes en fonction de leurs actes. Il est le maître de tous les humains, ses humbles serviteurs. Enlil possède les tables de la destinée, et de ce fait décide donc de la destinée de tous les hommes. Il préside l’assemblée des dieux, dans sa cité de Nippur, et est celui qui les dirige, qui leur donne des ordres, parole sacrée incontestable (bien qu’elle ne soit pas toujours dans le vrai, comme le montrent certaines légendes). Il est véritablement le roi des dieux, secondé par son visir Nushku, et nous permet de nous représenter la notion de souveraineté chez les Mésopotamiens. Enlil était donc le deu le plus important pour les sumériens, et aussi le créateur des hommes. Il fut plus tard remplacé par Marduk, comme il avait lui-même remplacé Anu, comme souverain des dieux.
Son temple était l’Ekur (le « temple de la Montagne »), situé dans la ville sainte de Nippur, où siégeait l’assemblée des dieux. Ceci conféra à cette ville un caractère sacré qui lui permit longtemps d’être épargnée par les souverains mésopotamiens en dépit de sa faiblesse politique.

Lien : Enlil et Ninlil

ENKI / EA

 

Ea est le fils d’Anu et de Nammu (la Mer). Son nom sumérien était Enki. Il est le seigneur des abîmes, de l’eau douce souterraine, et dirige le cours des eaux terrestres. Maître des eaux, il est donc un dieu de la fertilité. Même s’il n’a jamais gouverné les dieux, il fait partie de la triade suprême grâce à son extraordinaire intelligence, sa ruse, qui faisaient de lieu le dieu capable de résoudre tous les problèmes, celui qui avait la solution à tout. Il est le meilleur des conseillers d’Enlil, bien qu’il puisse dans certains cas favoriser ses intérêts avant ceux des autres. C’est lui qui a eu l’idée de créer l’Homme, et il est de ce fait son protecteur, qui fait tout pour le défendre : il est connu sous le nom sumérien de Nudimmud, « celui qui a crée l’image », le dieu-créateur. Il a aussi inventé de nombreuses techniques (comme l’agriculture), qu’il a enseigné à ceux-ci pour leur améliorer leur conditions de vie. Ea est le dieu de la sagesse, et aussi le détenteur des ME, pouvoirs divins qui permet la civilisation, empêche le chaos). Il est de plus l’un des patrons de l’exorcisme. Ea a favorisé l’arrivée de son fils Marduk sur le trône des dieux.
Son temple était l’E.engurra, situé à Eridu.

Liens : Enki et l’ordre du mondeEnki et NinhursagInanna et Enki

 

LES AUTRES DIEUX MAJEURS

Les trois premiers dieux qui suivent, Ishtar, Shamash et Sîn furent considérés comme la « seconde triade ». Ils sont donc les dieux les plus importants après les trois précédents.

NANNA / SÎN

 

Sîn (Nanna en sumérien) est le dieu de la Lune. Sa parèdre est Ningal, avec laquelle il a eu Ishtar, Shamash et Adad. Il est lui-même le fils d’Enlil et de Ninlil. Son père viole sa mère, et fut de ce fait envoyé aux Enfers avec elle et leur enfant en condamnation de cet acte, et ils y restèrent durant l’enfance de Sîn. Il occupe une position intermédiaire entre les dieux anciens (Enlil) et jeunes (Ishtar). Le dieu-Lune fut très vénéré tout comme Shamash de par le caractère sacré de son astre, dont la récularité et la capacité à renaître chaque mois fascinaient les Mésopotamiens. Il est le maître du Temps, et aussi un dieu de la fertilité. Il protège les êtres vivants de l’obscurité de la nuit.
Ses deux principaux lieux de culte étaient Ur (où fut aussi bâtie en son honneur la fameuse ziggurat de la cité), dans le Sud, et Harran, dans le Nord, deux villes qui étaient de ce fait mystérieusement liées. Le temple de Sîn se nommait dans ces deux cités Ekishnugal.

Liens : Hymne à Sîn

INANNA / ISHTAR

 

Ishtar (Inanna, « la Dame du Ciel », en sumérien), est la déesse le plus vénérée par les Mésopotamiens. Chaque grande ville lui dédiait un ou plusieurs temples qui étaient tous très visités. Le syncrétisme lui a donné plusieurs attributs. Elle est tantôt la fille de Anu et de Ki, tantôt la fille de Nanna (Sîn) et de sa parèdre Ningal. Au départ, Inanna était la déesse de l’amour des Sumériens. Ishtar a repris ces caractéristiques pour devenir la déesse de la discorde et de la guerre des akkadiens, et elle a de plus été assimilée à la divinité babylonienne Delebat, la planète Vénus. Ishtar était donc la déesse de l’amour et de la guerre, phénomènes passionnels, violents chacun à leur manière. Ishtar a au cours de l’histoire religieuse mésopotamienne peu à peu absorbé toutes les autres diviités féminines, notamment la déesse sumérienne, Ninhurshag, et était ainsi devenue la déesse de la fécondité, de la fertilité, héritée de la « déesse-mère » des temps les plus anciens. Elle a ensuite transmis ces traits à la déesse phénicienne Ashtarté, puis à Aphrodite/Vénus chez les Grecs et les Romains. Ishtar était le seul personnage féminin a occuper une place importante dans la religion mésopotamienne, et le fait qu’elle ait accaparé les attributs de la plupart des déesses sumériennes et akkadiennes est à la fois la cause et la conséquence de cela.
Ses lieux de cultes sont nombreux du fait du syncrétisme. On ne peut donc pas lui attribuer un temple principal, car chacun de ses bâtiments étaient généralement dédiés à une de ses fonctions. On retiendra cependant l’Eanna, à Uruk, qui est l’un des plus anciens lieux de culte d’Inanna. Mais elle a ensuite eu d’autres temples majeurs, qui ont pu être attribués à d’autres divinités féminines avant que Ishtar ne prenne leur place et leurs attributs. On connaît ainsi Ishtar de Ninive, Ishtar d’Arbélès, ou encore Ishtar de Kish. Ishtar était une déesse très vénérée, et de ce fait c’est elle qui comptait le plus de temples dédiés à sa gloire. On connaît aussi un grand nombre de récits dont elle est l’héroïne, et où elle affirme son caractère fort et intrasigeant.

Liens : Inanna et EnkiLa descente d’Inanna/Ishtar aux EnfersHymne à Ishtar

UTU / SHAMASH

 

Shamash était le dieu du Soleil. Sa forme sumérienne était Utu. Il est le fils de Sîn (la Lune) et de sa parèdre Ningal, donc le frère d’Ishtar et d’Adad. Dans les représentations, Shamash peut être montré escaladant une montagne symbolisant les monts de l’Est, d’où le Soleil arrive chaque matin. Il est le dieu de la justice, celui qui donne au roi la capacité de régner sur leur pays selon le principe de Justice et Equité. Il protège les hommes de l’obscurité, et les illumine de sa lumière. Lorsque Hammurabi rédigera son « Code », il le légitimera en attribuant la provenance des sentences à ce dieu. Sous les Assyriens, Shamash sera un des dieux qui décidera si le roi doit entrer en guerre, car c’est lui qui sait quand la justice divine doit s’appliquer. Il est aussi le dieu des oracles et de la divination. Il est aidé dans sa tâche par deux divinités, Kittu et Mesharu, la Vérité et l’Intégrité.
Son temple principal était l’Ebabbar (le « temple blanc ») de Sippar. On trouvait aussi un autre de ses temples portant le même nom à Larsa.

Liens : Hymne à Shamash

NINURTA / NINGIRSU

 

Ninurta tuant Azag

Ningirsu (« Seigneur de Girsu ») et Ninurta (« Seigneur de la terre »), sont deux noms sumériens pour le même dieu. Il est, comme l’indique le second terme, le dieu de l’agriculture, dont l’attribut est la charrue. Ninurta est le fils d’Enlil et de Ninlil (pour les Assyriens, le fils d’Assur et d’Ishtar). Sa parèdre est Gula, la déesse de la médecine. Ninurta fut très vénéré à certaines époques, notamment à la fin du IIIè millénaire, où il fut proclamé sauveur du pays mésopotamien, ainsi qu’un millénaire plus tard, en Assyrie, sous Tukulki-Ninurta I, qui en fit son dieu principal aux côtés de son père Enlil. Il est le héros courageux et déterminé d’une épopée où il sauve les dieux en tuant le démon Azag.
Ningirsu résidait à Girsu, et était le patron de la région alentour (donc de la ville de Lagash). Son temple était l’Eninnu. Un autre de ses lieux de culte était l’Esumesa de Nippur (Ninurta étant une divinité originaire de Nippur).

Liens : Ninurta et Azag

NABÛ

Nabû est le fils de Marduk et de Zarpanitum. Il est le dieu de l’écriture, des sciences et des arts. A l’époque Néo-assyrienne, il acquit une grande importance, sans doute pour l’opposer à son père Marduk. A l’époque Néo-babylonienne, il tendit à devenir le premier des dieux du panthéon mésopotamien, certains milieux lui faisant prendre la place de son père malgré l’opposition du clergé babylonien. Nabuchodonosor lui-même combla son temple d’autant de présents que l’Esagil. Nabû était le dieu de la sagesse et de la médecine, et aussi des sciences occultes. Comme Enlil, il dispose des tablettes de la destinée et décide donc de la durée de la vie des hommes.
Nabû disposait de temples dans les grandes villes assyriennes et même d’une ziggurat à Dur-Sharrukîn. Mais il était avant tout le dieu tutélaire de Borsippa, et résidait dans l’Ezida, le « temple pur ».

ISHKUR / ADAD

 

Adad est le dieu akkadien des phénomènes climatiques tels que le régime de la pluie, et surtout l’orage (son symbole est la foudre), et la tempête. Son pendant sumérien était Ishkur, qui occupait les mêmes fonctions (surtout la pluie). Il est le fils de Anu et de Ki, sa parèdre est Shalla. Grâce à ses fonctions, il assure la bonne conduite des récoltes, malgré les malheurs qu’il peut causer en contrepartie. Il a eu une certaine importance, bien qu’inférieure à celle des dieux précédents. Il est associé à des dieux étrangers tels que le canaanite Hadad, le hurrite Teshub et le phénicien Baal, voire le syrien Dagan. Il était de ce fait assez populaire en Syrie (il avait un temple important à Alep).

ERESHKIGAL ET NERGAL

 

Ereshkigal

Nergal ,en sumérien, « autorité de la Grande Ville (des Enfers) », est, comme son nom l’indique, le maître des Enfers, le royaume des morts. On peut aussi le retrouver sous le nom d’Erra, héros d’une Epopée. Il est aussi dieu de la mort. Il est le fils d’Enlil et de Ninlil. Sa parèdre, la reine des Enfers, était Ereshkigal, en sumérien « la dame de la Grande Ville », jumelle maléfique d’Ea, fille de Anu et Nammu. Elle était à l’époque sumérienne la seule maîtresse du monde souterrain (elle est alors la parèdre de Gugalamma), et Nergal est devenu son mari simplement à l’époque akkadienne, comme l’atteste une légende expliquant comment il a d’abord été son ennemi avant de la séduire et de l’épouser pour prendre le trône des Enfers. Ereshkigal était la déesse de l’obscurité, de la mort, le juge du monde souterrain.
Ils étaient tous deux vénérés dans leur temple principal, l’Ekishibba, situé dans la ville de Kish.

Liens : Ereshkigal et NergalL’Epopée d’Erra

GULA

 

Gula est la déesse de la Guérison. Elle est la fille d’Anu, parèdre de Pabilsag, rapproché de Ninurta (ce qui fait que Gula a aussi été identifiée avec la femme de celui-ci, Ba’u). Dans les représentations, Gula est accompagnée d’un chien. Elle est la déesse protectrice des médecins. Elle connaît les moyens de guérir les gens, mais peut aussi causer la maladie en cas de faute commise. Ses deux fils sont eux aussi associés à la médecine : il s’agit de Dabu et de Ninazu.
Elle est la déesse tutélaire d’Isin, où son temple est l’Egalmah. Mais de nombreux temples lui sont consacrés dans la plupart des grandes villes de Mésopotamie, Babylone, Borsippa et Assur en comptant trois chacune. Gula a bénéficié d’un culte fervent, et de ce fait elle a été la seule déesse à ne pas avoir été « absorbée » par Ishtar.

 

DIVINITES SECONDAIRES

 

Anshar et Kishar

Couple ancestral. Dans l’Epopée de la Création, ce sont les parents d’Anu. Leurs noms signifient respectivement « Ciel universel » et « Terre universelle ». Anshar sera identifié au dieu Assur.

Antu

Ancienne divinité, mère d’An / Anu d’après certains mythes.

Apsu

Divinité babylonienne primordiale, époux de Tiamat, mis à mort par Ea dans l’Epopée de la Création. Ce terme sert aussi depuis l’époque sumérienne à désigner la masse d’eau douce située sous la Terre (dans l’Abîme), d’où proviennent les eaux terrestres. C’est là où réside le dieu Ea.

Arurru

Déesse présidant à la reproduction des êtres humains.

Asalluhi

Dieu sumérien, fils d’Enki. Sous son autre nom Asari, il est le dieu de la ville de Ku’ar. En tant que divinité de l’exorcisme, il sera absorbé par Marduk.

Ashnan

Déesse sumérienne des céréales, soeur de Lahar.

Dabu

Dieu de la guérison.

Dagan

Divinité originaire de Syrie. Son nom signifie peut-être « grain ». Il s’agit d’une divinité de la végétation dont le culte s’est ensuite répandu en Mésopotamie, où il aura un rôle secondaire. Il est en revanche très important en Syrie du Nord. Sa parèdre dans cette région est Bêlet mâtim (la « Dame du Pays »). En Mésopotamie, il est rapproché de Adad, et il a la même parèdre, Shala. En Assyrie, il devient même une divinité des Enfers. Dans la Bible, il apparaît sous le nom de Dagon, le dieu des Philistins.

Damkina / Damgalnuna

Parèdre du dieu Enki / Ea, mère de Marduk. Elle est sans doute une ancienne déesse- mère. Comme Ishtar, son animal est le Lion.

Dumuzi / Tammuz

Dieu-berger, protecteur des pasteurs. Il est sans doute un ancien roi d’Uruk qui a été divinisé. Il est l’époux de la déesse Inanna / Ishtar. Dans la Descente aux Enfers de cette dernière, il subit son courroux, et se retrouve à passer la moitié de l’année sous Terre. Il devient alors une divinité chtonienne. Il deviendra Adonis chez les Phéniciens et les Grecs.

Enkimdu

Dieu sumérien des agriculteurs, de l’irrigation et des cultures.

Gugalamma

Epoux d’Ereshkigal à l’époque sumérienne.

Isimu / Ushmu

Dieu assistant d’Enki.

Ki

Dans la mythologie sumérienne, c’est la Terre, fille de Nammu. Avec An (le Ciel), elle enfante les Annunaki, dont Enlil et Enki. PLus tard identifiée à Ninhursag / Ninmah.

Kulla

Dieu ayant un rôle dans la construction.

Lahar

Dieu du bétail, frère d’Ashnan.

Martu

Aussi connu sous le nom d’Ammuru. C’est le dieu des peuples qui portent ses noms, les Martu ou Ammorites. Identifié à ces nomades qui ravagèrent un temps la Mésopotamie, il est identifié à la tempête. Sa parèdre est Bêlet-Seri, la « Dame du Désert », aussi appelée Ashratu.

Misharu

La « Justice », et le dieu qui en a la charge.

Mushdamma

Dieu de la construction des édifices.

Nammu

Déesse primordiale, qui existe depuis le début. C’est la déesse des eaux profondes, d’où elle a engendré le Ciel (An) et la Terre (Ki).

Namtar

Le « destin » (le mot signifie « décisions »). C’est aussi le nom du dieu qui y préside.

Nanshe

Déesse protectrice de Lagash. Elle joue un rôle dans la divination, plus particulièrement l’oniromancie. Elle est aussi associée à l’écriture. Elle est la fille d’Enki / Ea, parèdre de Nindare.

Nidaba

Déesse des accouchements.

Ninazu

Dieu ayant une fonction dans la guérison, la médecine.

Ningal / Nikkal

Déesse de la Lune, parèdre de Nanna / Sîn, ave lequel elle partage l’Ekishnugal d’Ur et d’Harrân. Elle est la mère d’Ishtar, de Shamash et d’Adad.

Ningiszzida

Dieu sumérien associée à la végétation, originaire de Lagash, parèdre de Geshtinanna. Il est aidé par un message, Alla.

Ninhursag / Ninmah

Déesse sumérienne dont les noms signifient respectivement « Dame de la Montagne » et « Auguste Dame ». Elle a aussi d’autres noms. C’est la fille d’An. Elle est la déesse-mère par excellence. Elle sera identifiée à Ninlil, Ninki (épouse d’Enki dans certains textes). Sous la direction d’Enki, elle participe à la création des Hommes dans un texte sumérien tardif. Sous l’appelation Nintur, elle est la déesse des accouchements.

Ninisinna

Déesse de la prostitution.

Ninkasi

Déesse de la boisson, surtout de la bière (son nom signifie d’ailleurs « Dame de la bière »), boisson préférée des Mésopotamiens. Elle est la fille d’Enki et de Ninhursag.

Ninkilim

Déesse des souris et de la vermine des champs.

Ninlil

Parèdre d’Enlil, fille d’Haya et de Nisaba. De son viol par celui-ci naîtra Nanna / Sîn. Puis elle enfantera par la suite Ninsar et Ninkur. Elle est la déesse de Tummal, un district de Nippur. Elle sera rapprochée de Ninhursag / Ninmah.

Ninmug

Déesse protectrice des artisans, présidant le travail du bois et du métal.

Ninsar

Fille d’Enki et de Damkina. Son nom signifie « Dame des légumineuses ». Avec son père, elle aura une fille, Ninkur.

Nisaba

Déesse de la végétation destinée à l’alimentation humaine (son nom signifierait « Dame de la répartition du grain »). Elle est aussi la déesse de la comptabilité (activité en rapport avec les rations alimentaires), et de l’arpenatge. Elle est la fille d’Anu. Avec son parèdre Haya, elle a eu pour fille Ninlil.

Nushku

Dieu la lumière (son emblème est d’ailleurs la lampe). Dans certains textes, il apparaît comme le fils et vizir d’Enlil. Son fils est Gibil, le dieu du feu.

Shala

Epouse d’Adad, ou de Dagan (ces deux dieux étant assez similaires). Son emblème est l’épi d’orge. Elle est probablement une déesse de la végétation.

Shumuqan

Dieu des animaux sauvages.

Tashmetum

Déesse babylonienne, parèdre de Nabû.

Tiamat

Déesse primordiale babylonienne, épouse d’Apsû. D’après l’Epopée de la Création, elle est la divinité des eaux salées souterraines (son nom signifie « Mer »), et mère des premiers dieux, dont Anu. Voulant venger le meurtre de son mari par Ea, elle forme une armée de monstres chargés de tuer les dieux. Mais elle est vaincue par Marduk, qui utilise son corps pur créer le Monde.

Uttu

Déesse du filage, et par là aussi des vêtements.

Zababa

Dieu sumérien de la guerre.

Zarpanitum

Déesse babylonienne, parèdre de Marduk (avec lequel elle partage l’Esagil), et mère de Nabû.

 

Bibliographie :

F.Joannès (dir.), Dictionnaire de la civilisation mésopotamienne, Robert Laffont, 2001

J.Bottéro, La plus vieille religion, en Mésopotamie, Gallimard, Folio Histoire, 1998

 

LES CENTRES RELIGIEUX MESOPOTAMIENS

 

LISTE DES CENTRES RELIGIEUX MESOPOTAMIENS

 

Arbéles

Quatrième centre urbain important d’Assyrie, Arbélès n’eut jamais une grande place politique sous l’Empire assyrien. Elle fut néanmoins un lieu de culte important, et sa divinité, Ishtar d’Arbélès, bénéficiait d’une certaine popularité en Assyrie.

 

Assur

Capitale traditonnelle de l’Assyrie, car plus vieille ville du pays, Assur était le siège du dieu national Assur, et abritait de ce fait l’Esharra (ou l’Ehursangalkurkura), son temple principal. Pour compléter le culte du dieu, le temple de l’Akitû, la fête du Nouvel An, fut bâti plus loin dans la ville comme à Babylone, relié au temple principal par une voie processionnelle. Mais le culte de ce dieu ne parvint jamais à franchir les limites du pays malgré les efforts de ses puissants souverains. Le centre religieux principal d’Assyrie abritait aussi un temple dédié à la déesse Ishtar, qui fut de tout temps particulièrement vénérée dans ce pays, ainsi qu’un autre, consacré à deux dieux, Sîn et Shamash.

 

Babylone

Babylone (« la porte du dieu ») est la capitale religieuse de toute la Mésopotamie après l’époque akkadienne, et elle le restera jusqu’à la fin de sa civilisation. Cette ville a eu une aura que peu ont eu par la suite, et son rayonnement est tel qu’elle fut la seule cité mésopotamienne a hanter jusqu’à nos jours l’imaginaire populaire. Elle imposa son dieu tutélaire Marduk comme le plus grand de tous à la fin du IIè millénaire, ce qui faisait de son temple l’Esagil, et de sa ziggurat, Etemenanki, le centre du monde pour les Mésopotamiens. C’est là que se déroulait la fête du Nouvel An, à laquelle était consacré le temple de l’Akitû, situé hors de la première enceinte de la ville. Du reste, cette ville comptait à l’intérieur de ses murailles une quarantaine de temples dédiés aux dieux principaux du panthéon mésopotamien. Son quartier sacré était l’Eridu, qui avait prit ce nom à l’ancienne ville sainte de Sumer. Plus que la capitale religieuse du pays, c’était son cntre culturel et intellectuel.

 

Borsippa

Ville de Nabû, fils de Marduk, dieu de l’écriture, des sciences et des arts. Le culte de son dieu s’étendit parallèlement à celui de son père, avant même de le dépasser. Nabû fut ainsi, malgré l’opposition du clergé de Babylone, très conservateur et attaché à son dieu, le dieu principal de la Mésopotamie durant les dernières années de la civilisation. Son temple était l’Ezida, le « temple pur ».

 

Eridu

Cité d’Ea, voisine d’Ur, une douzaine de kilomètres seulement les séparant. Son dieu, père de Marduk, et considéré comme le plus intelligent et rusé du panthéon mésopotamien, fut très considéré, et ce de tout temps, ce qui fit de la ville un lieu de culte important. Sa résidence terrestre était l’E.Apsû (ou Engur), le « temple de l’eau douce ».

 

Harran

Même si cette ville n’était pas située en Mésopotamie (elle se trouve actuellement en Turquie, près de la frontière avec la Syrie), elle fut un lieu de culte important pour les habitants du pays des deux fleuves, sous l’influence des Assyriens surtout, ses prêtres faisant partie de la famille royale du pays. Jamais Harran n’eut une quelconque importance dans la politique mésopotamienne. Elle était un lieu de culte du dieu-lune Sîn, comme Ur, avec laquelle elle était liée de ce fait. Le temple principal, consacré à ce dieu, était l’Ehulhul.

 

Kalakh (ou Kalkhu)

Comme les autres cités assyriennes hormis Assur, Kalakh n’avait pas de dieu tutélaire particulier. Mais parce qu’elle fut la capitale politique de l’Assyrie pendant plus d’un siècle, avant l’avènement des Sargonides, elle devint aussi un centre religieux important. La divinité la plus vénérée dans la ville était Ningirsu/Ninurta, auquel une ziggurat était même dédiée. On trouvait aussi des temples d’autres divinités importantes en Assyrie, Ishtar et Nabû.

 

Lagash

Une des plus anciennes villes deBasse Mésopotamie, déjà lieu de culte aux époques préhistoriques. Son temple majeur est consacré à Anu. C’est une des plus importantes des anciennes Cités-Etat de Sumer, qui avait notamment à cette époque sous sa coupe la ville voisine de Girsu, que l’on confondit longtemps avec elle, cité de Ningirsu (« le seigneur de Girsu »), le dieu local, résidant dans l’un des temples de la ville, l’Eninnu.

 

Ninive

Avec Assur, l’une des plus anciennes cités d’Assyrie, dont le plan a été d’après la tradition dessiné dans le Ciel par les étoiles. Cette ville est un très ancien lieu de culte remontant aux plus hautes époques. Lorsque Sennacherib en fera sa capitale, il voudra l’élever au-dessus de toutes les villes saintes du Sud, notamment Babylone. Mais comme les grandes cités du pays, son importance fut surtout politique, ainsi qu’intellectuelle et culturelle, seuls domaines de la pensée dans lesquels elle pouvait rivaliser avec Babylone, et non religieuse. La divinité la plus importante vénérée dans cette ville était Ishtar de Ninive, pour laquelle une ziggurat avait été élevée.

 

Nippur

Nippur était le siège d’Enlil, le premier des dieux sous les Sumériens et les Akkadiens. Cette ville fut de ce fait le centre religieux principal de Sumer, car il s’agissait de la cité du maître du monde, qui décide du sort de tous les gouverneurs (les rois) du pays. La ville fut de ce fait toujours respectée en tant que sacrée, malgré son rôle politique très faible. Lieu de pélerinage très important, elle put vivre dans l’opulence grâce aux bénéfices que lui rapportait le culte d’Enlil dans son temple, l’Ekur, le « temple de la Montagne ». C’était le lieu où étaient supposées se dérouler les « assemblées des dieux », sous l’égide de leur souverain.

 

Sippar

Sippar est la ville de Utu/Shamash, le dieu du Soleil et de la Justice. Elle se situe dans les alentours de Babylone. Parce que son dieu fut l’objet d’un culte important durant toute l’histoir mésopotamienne, son temple l’Ebabbar eut une certaine importance. Cependant, la ville en tant qu’entité politique n’eut qu’une influence faible.

 

Ur

L’une des villes les plus importantes dans les hautes époques (celles des Cités-Etat) de l’histoire mésopotamienne, notamment avec la brillante IIIè Dynastie. Ce fut autrefois un port maritime. Du point de vue religieux, la cité était le siège du dieu Nanna/Sîn, auquel était dédié la grande ziggurat dont les ruines subsistent encore, et un temple, l’Ekishnugal. Le fait qu’elle partageait ce culte avec Harran créa un lien religieux entre ces deux cité, l’une étant en quelque sorte le pendant de l’autre. La ville disposait de plus, entre autres, de deux temples consacrés à Ishtar.

 

Uruk

Une autre des anciennes Cités-Etat, le berceau de l’écriture selon la tradition mésopotamienne (qui ne paraît pas contestable). Elle est née de la fusion des villes de Kullab et d’Eanna aux époques archaïques selon la tradition. Uruk est l’un des centres religieux les plus anciens de Basse-Mésopotamie. Son temple le plus important, l’un des plus riches de la région, était l’Eanna (du même nom que l’ancienne cité où il se trouvait), le « temple du Ciel », le siège du dieu sumérien d’Anu, ancien patron de Kullab, qui le partageait avec sa hétaïre Inanna/Ishtar, vénérée à Eanna, l’un des plus anciens lieux de cultes mésopotamiens

L’Empire séleucide

 L’installation de la dynastie

L’effritement de l’empire

Le sursaut

La décomposition dynastique

L’installation de la dynastie      

 

Le fondateur de la dynastie est un solide officier d’Alexandre le Grand et dirige la cavalerie des hétaires. Nommé commandant suprême de l’armée à la mort d’Alexandre,  Séleucos ne reçoit aucune province et il participe au complot contre le régent Perdiccas. Il obtient dans le nouveau partage de l’Empire d’Alexandre en – 321, la satrapie de Babylone, c’est à dire la Mésopotamie et l’Orient. Séleucos conquiert Babylone, mais en – 316, Antigonos Monophtalmos (le Borgne) le chasse de ses terres et il vient se réfugier chez Ptolémée.

Une nouvelle coalition est formée contre Antigonos qui semble capable de reconstituer l’empire à son profit. Après la victoire de Ptolémée et Séleucos à Gaza en – 311, face à Démétrios Poliorcète, le fils d’Antigonos, la paix revient. Séleucos rentre à Babylone, rétablit l’autorité macédonienne dans les provinces iraniennes et d’Asie Centrale en particulier il fait la conquête de la Bactriane. Il subit une nouvelle attaque d’Antigone en Babylonie qu’il repousse et l’oblige à lui reconnaître la maîtrise de toutes les satrapies orientales. En – 305, il n’ y a plus de successeurs possibles dans la famille d’Alexandre, aussi, comme Antigone, Ptolémée, Cassandre et Lysimaque, Séleucos prend le titre royal.

 

 

 

Carte de l’empire Séleucide vers – 300 (du site : xenohistorian)

Couleurs : l’empire est en jaune, la limite de l’empire d’Alexandre est le trait rouge.

Le domaine des Ptolémée est vert, celui de Lysimaque est violet, celui de Cassandre est rose

 

Dans la Vallée de l’Indus, il se heurte à Chandragupta. La guerre entre les Diadoques a repris. Séleucos traite avec Chandragupta. Il lui cède l’Arachosie (la région de Kandahar) et les Paropamisades (le pays de Kaboul), la Gédrosie (l’actuel Balouchistan) et un « morceau » de l’Ariane (la région d’Hérat), contracte un mariage pour sa fille avec un prince indien et obtient 500 éléphants de combat. La reprise de la guerre en Grèce, réactive la coalition contre Antigonos, Séleucos participe à cette guerre avec ses éléphants et soutient Lysimaque en Anatolie contre Démétrios en – 302. L’année suivante, Antigone et son fils sont vaincus à Ipsos en Phrygie et après la disparition d’Antigone, un nouveau partage a lieu, Séleucos obtient la Syrie et devient Séleucos Nicator (le Victorieux). Démétrios qui a refait ses forces, s’allie avec Séleucos et lui donne sa fille Stratonice en mariage. En – 298, il s’empare de la Cilicie que Séleucos lui reprend en – 294. Vers – 290, une nouvelle alliance rassemble Ptolémée, Lysimaque, Séleucos et Pyrrhus contre Démétrios qui redevient menaçant en Grèce et que Séleucos fait prisonnier en – 286. Lysimaque agrandit son royaume de Thrace et d’Asie Mineure par la conquête de la Macédoine en – 285. Séleucos, à la tête d’une puissante armée, attaque l’Asie Mineure en – 281, il est vainqueur de Lysimaque et l’élimine à la bataille du Couropédion. Maître de l’Asie Mineure, il envisage de s’emparer du trône vacant de Macédoine quand Ptolémée Keraunos l’élimine en – 281.

L’empire séleucide ne sera jamais aussi grand que sous ce roi, de la mer Egée aux frontières de l’Inde. Séleucos soucieux de développer l’héllénisme en Asie, améliore le réseau routier et fonde de nombreuses cités et en particulier ces 4 grandes :

- Antioche sur l’Oronte (du nom de son père Antiochos)

- Séleucie du Tigre

- Apamée (du nom de son épouse, Apama, fille du noble bactrien Spitaménès)

- Laodicée (du nom de sa mère, Laodice)

 

Carte de l’Anatolie antique (Wikipedia)

 

L’effritement de l’empire

 

Antiochos 1er Sôter , lui succède en – 281. Il est vainqueur des Galates en – 275 qu’il installe en Galatie, au centre de l’Anatolie. Mais il ne peut empêcher la Bythinie de devenir un royaume indépendant sous le règne de Nicomède 1er. De la même façon, la Katpatuka, (le pays des chevaux de race) ancienne région de la capitale hittite Hattusa, devient le royaume de Cappadoce et son satrape Ariarathès ceint la couronne royale. Et Pergame devient aussi un royaume sous la direction d’Eumène 1er. Le besoin de débouchés sur la mer depuis la Syrie fait de la Cœlé-Syrie (Liban actuel), l’enjeu de plusieurs guerres de Syrie avec le Lagide. La première (- 276 – 272), est avantageuse pour Ptolémée II Philadelphe qui est victorieux du Séleucide. Antiochos perd Milet, la Cilicie occidentale et la Phénicie. Le territoire séleucide en Anatolie est limité à la Troade, l’Eolide, la Carie et la Lydie, séparées de la Cilicie et de la Syrie par la Phrygie et la Psidie. Ce règne marque un premier recul pour la dynastie Séleucide. Il meurt en – 261 à la bataille de Sardes.

L’empire séleucide va perdre beaucoup de territoires sous le règne de son fils Antiochos II Théos. Il délivre les habitants de Milet de leur tyran Timarque, tandis que le gouverneur grec de la Bactriane, Diodote, se rend indépendant en – 250. Ensuite la Parthie (actuel Khorassan) où Arsace fonde en – 247 la dynastie des Parthes Arsacides, et l’Hyrcanie échappent au Séleucide. Il mène la 2ème guerre de Syrie, contre l’Egypte avec l’alliance du roi de Macédoine, Antigone Ier Gonatas, et peut ainsi reprendre l’essentiel des terres perdues par son père dans la précédente guerre de Syrie. Il épouse Bérénice, la fille du pharaon Ptolémée II Philadelphe mais sa première femme Laodice, qu’il a répudiée, le fait empoisonner puis élimine Bérénice et ses enfants.

Séleucos II Kallinikos (Le Beau Vainqueur), succède à son père en – 246. La Syrie est envahie par l’armée de Ptolémée III Evergète, lors de la guerre de Laodice (3ème guerre de Syrie). L’armée égyptienne avance jusqu’au Tigre et annexe la Syrie du Nord avec le port de Séleucie de Piérie et capture les cités du Sud de l’Asie Mineure jusqu’à Ephèse. Après la reprise d’Antioche par le Séleucide, la paix consacre la perte de la Cilicie et de la Pamphylie. Le frère de Seleucos, Antiochos Hierax (l’épervier), se révolte, le bat à la bataille d’Ancyre avec ses mercenaires galates, vers – 239 et s’empare de l’Asie Mineure, entre – 241 et – 230.

Mais son conflit avec le roi de Pergame, Attale 1er, lui fait perdre la majorité de ses possessions vers – 228. Vers – 232, Seleucos est décidé à redresser la situation dans l’Est de l’Empire. Les Parthes, comme les Scythes devant Darius, se replient devant son armée et cherchent refuge chez les Saces. L’armée séleucide s’avance jusqu’à l’Iaxarte (Syr d’Arya). Puis Arsace faisant alliance avec le roi de Bactriane, remporte une ample victoire sur Seleucos qui fait la paix avec le Parthe. Une nouvelle fois, Seleucos est battu par les Parthes, dirigés par leur nouveau roi Tiridate. Malgré son surnom, Seleucos II est régulièrement vaincu.

Le sursaut

Avec le souverain suivant,  Antiochos III Megas, qui lui succède en – 223, la situation change. Dès le début de son règne, les satrapes de Médie et de Perside se soulèvent contre lui. Les Parthes alliés aux Bactriens, menacent la Médie. En Asie Mineure, Achaios se révolte contre le roi avec le soutien du Pharaon. C’est la 4ème guerre de Syrie contre l’Egypte. Entre 219 et 217, cette guerre pour le contrôle du sud de la Syrie est à l’avantage du Séleucide. Il parvient à reprendre Séleucie de Piérie, ainsi que la Cœlé-Syrie et la Palestine. Mais en 217, les Egyptiens ont rassemblé une armée comprenant des mercenaires grecs et de nombreux paysans égyptiens. A Raphia, la bataille est perdue car Antiochos s’est lancé à la poursuite de l’aile gauche lagide où il pense qu’est Pharaon, pendant ce temps son armée est défaite. Ptolémée IV reprend ses possessions en Syrie mais laisse Séleucie de Piérie. Entre – 216 et – 214, Antiochos élimine Achaios et ainsi reprend le contrôle de l’Asie Mineure orientale.

Antiochos reconstitue une imposante armée d’environ 100 000 fantassins et 20 000 cavaliers et se lance vers l’Est. Après avoir écrasé les satrapes  révoltés, il s’engage dans une « surveillance » de la région qui dure 8 ans. Passant par la Cappadoce, il rejoint l’Arménie où le roi Xerxès se reconnaît comme son vassal et épouse Cléôpatre, la sœur du Séleucide. Puis il « visite » l’Iran et commence une campagne contre les Parthes. Leur roi Arsace III recule et se soumet en apportant un tribut. En – 209, Antiochos s’avance vers la Bactriane où le roi Euthydème oppose une vigoureuse résistance, tout se termine par un accord scellé par le mariage de Démétrius, le fils d’Euthydème avec la fille d’Antiochus. Enfin, ce dernier franchit l’Indû-kûch et, dans la vallée du Kaboul, rencontre le roi Maurya, conclut avec lui un traité qui lui apporte 150 éléphants. Vers – 205, le Séleucide mène une campagne dans la région du golfe Persique où il combat diverses populations arabes.

Il s’allie avec Philippe V de Macédoine contre l’Egypte et profite de la disparition de Ptolémée IV et du jeune âge du nouveau Pharaon pour déclencher la 5ème guerre de Syrie. Mais le général Scopas commandant l’armée égyptienne profite qu’il est occupé par la guerre qu’Attale lui fait pour envahir la Palestine et soumettre la Judée. Antiochos en termine avec Attale et conclut ce conflit par la victoire décisive du Pannion en – 200. La Palestine est conquise jusqu’à Jérusalem et la Syrie est libérée. Cette opération ne plaît guère au Sénat romain ennemi et vainqueur de Philippe V. Antiochos acquiert la suprématie maritime en s’emparant de la cité d’Ephèse et de la Cilicie et Pamphylie égyptiennes puis s’engage dans les détroits que la Macédoine a abandonnés après la bataille de Cynoscéphales, et ainsi, en – 196, pénètre en Chersonèse de Thrace, occupe Sestos et Madytos. Rome avertit solennellement le roi qu’il ne doit pas intervenir dans les cités libres d’Asie ni conduire une guerre en Europe, mais ils évacuent la Grèce en – 194. Rhodes et Pergame sont inquiètes. Antiochos fait la paix avec le jeune Pharaon Ptolémée V Epiphanes et accueille Hannibal en fuite.

Attiré par les Etoliens, en – 192, il débarque avec une faible armée en Grèce pour venir « au secours de l’indépendance grecque », mais les Etoliens ont déformé la réalité. Peu de Grecs sont favorables à cette expédition. Il réussit à attirer les Béotiens mais la Macédoine est alliée aux Romains. Il occupe l’Eubée puis les Thermopyles et reste singulièrement inactif. Les Romains envoient des troupes et avec les Macédoniens libèrent les cités conquises et convergent vers les Thermopyles où Antiochos s’est fortifié. Mais faute d’avoir prévu un plan pour la retraite, quand les Romains forcent ses retranchements, Antiochos est réduit à fuir avec 500 soldats sur les 10 000 qui ont débarqué. Les Romains aidés par Pergame et Rhodes acquièrent la maîtrise de la Mer Egée en remportant trois batailles navales entre – 191 et – 190. L’armée romaine commandée par les frères Scipio peut débarquer dans la région de Troie et Antiochos cherche à négocier. Mais les Romains exigent l’abandon des territoires au delà de l’Halys ainsi que le remboursement de tous les frais de guerre. Alors Antiochos décide d’affronter les légions en – 189.

Près de Smyrne, à Magnésie du Sipyle, l’armée du Séleucide est deux fois plus nombreuse que la coalition de Romains et de Grecs qui l’attaque. Antiochos est placé à l’aile droite et attaque avec la cavalerie lourde une aile droite romaine qui en est dépourvue. Il avance vers le camp romain mais il est arrêté par le tribun M. Aemilius, qui en sort avec ses troupes et par les cavaliers qu’Attale lui envoie en soutien. Sur l’aile gauche, la cavalerie romaine attaque l’aile ennemie qui panique en raison de l’échec de l’attaque des chars à faux, les auxiliaires fuient, les unités de cataphractes sont disloquées et la panique gagne la phalange. Sur l’aile droite les légionnaires avancent vers le camp séleucide et Antiochos fuit. Ni la phalange, ni les éléphants ne peuvent arrêter les légionnaires qui font un carnage des ennemis réfugiés dans le camp. Les pertes sont considérables, le chiffre de 50 000 tués ou prisonniers est annoncé. Antiochos demande instamment la paix.

Cette désastreuse bataille est suivie d’un traité qui affaiblit durablement l’empire. Le traité d’Apamée stipule en effet que son territoire est limité à l’Halys, la flotte et les éléphants de guerre sont livrés à Rome. Antiochos s’engage à ne plus avoir d’éléphants et sa flotte sera limitée à une dizaine de navires. Rome n’annexant aucun territoire, c’est Pergame qui est le principal bénéficiaire de l’opération. De plus, une indemnité de guerre de 15 000 talents est exigible pendant 12 ans. La recherche de fonds pour payer ces très lourdes indemnités, est directement responsable de la mort du roi qui venant piller, de nuit, un temple de Bel à Elymaïs, est massacré avec sa troupe par les habitants en – 187.

Seleucus IV Philopator (qui aime son père) lui succède et ce royaume comprend encore la Syrie, la Cilicie, la Palestine, la Mésopotamie et une partie de l’Iran. Le paiement des lourdes indemnités de guerre aux Romains sera une charge pénible pendant tout son règne. Il s’allie avec Persée, le roi de Macédoine et Rhodes contre Rome. Il envoie son ministre Héliodore à Jérusalem pour mettre la main sur le trésor du temple. Le roi doit envoyer son fils Démétrios, en otage à Rome en remplacement de son frère, le futur Antiochos IV. Au retour de sa mission, le ministre Héliodore élimine le roi en – 175. Le frère du roi, Antiochos, de retour de Rome, rétablit la situation avec le soutien d’Eumène et d’Attale, élimine Héliodore et devient le roi Antiochos IV Epiphane (l’Illustre).

En – 170, une nouvelle guerre éclate entre la Syrie et l’Egypte qui veut récupérer la Syrie Lagide perdue depuis la défaite du Pannion en – 200. Dans une première campagne, Antiochos, à la tête d’une armée de 25 000 hommes, capture la cité de Péluse, investit Alexandrie sans pouvoir la saisir. Au cours d’une seconde campagne, il envahit l’Egypte, pille les temples, pousse jusqu’à Memphis, tandis que ses troupes envahissent Chypre. Il se saisit de la personne du Pharaon et prend le titre de roi d’Egypte. Mais en – 168, à Eleusis, près d’Alexandrie qu’il est sur le point de prendre, l’ambassadeur romain C. Popillius Laenas exige qu’il quitte l’Egypte ainsi que Chypre. Antiochos qui n’a jamais heurté les intérêts romains, obéît. Mais il va affaiblir cet empire de façon durable par une politique qui va lui aliéner ces peuples qui forment une mosaïque. En – 167, il intervient à Jérusalem, rétablit le grand prêtre Ménélaus et la garnison. Sa politique brutale d’hellénisation des Hébreux et la consécration du temple de Jérusalem à Zeus déclenc    he la révolte hasmonéenne. Antiochos envoie son armée y compris ses éléphants dans les collines où sont installés les partisans et subit défaite après défaite, de lourdes pertes. En – 165, Jérusalem est reprise par les Macchabées ce qui marque un inconstestable succès mais ces conflits vont perdurer jusqu’à l’indépendance des Hébreux vers – 141, accordée par Démétrios II Nicator. Antiochos, soucieux de restaurer la grandeur séleucide, se tourne vers la partie de son empire où Rome ne peut se sentir concernée : l’Iran. Tout commence par une brillante parade organisée à Daphné près d’Antioche, sorte de réplique du triomphe de Paul Emile après la victoire de Pydna. Antiochos connaît des succès en Arménie et en Médie mais il meurt en Perside vers – 164.

La décomposition dynastique

Son fils n’a que 9 ans, il est couronné roi de Syrie  sous le nom d’Antiochos V Eupator (né d’un bon père), tandis que son cousin Démétrios, fils de Séleucos IV, retenu comme otage à Rome, n’obtient pas l’autorisation de revenir en Syrie, le Sénat préférant traiter avec un enfant, et s’enfuit d’Italie. En – 162, il débarque, fait disparaître Antiochos V et s’empare du trône, devenant Démétrios Ier Sôter. C’est le début d’une suite de meurtres liés aux conflits dynastiques. Démétrios va gagner le surnom de Sôter en raison d’un campagne en Babylonie où il chasse deux tyrans locaux,  Timarque et Héraclide. Mais il subit la guerre des Macchabées tandis que les Parthes, sous la direction de Mithidate 1er, libèrent les provinces iraniennes. Démétrios soutient Oropherne, le compétiteur d’ Ariarathe pour le trône d’Arménie. Malgré ses efforts, Démétrios reste suspect aux yeux des Romains. En – 153, Attale II suscite un usurpateur, pseudo-fils d’Antiochos IV, Alexandre Balas, soutenu par le pharaon Ptolémée VI Philometor, le roi de Cappadoce Ariarathe et avec l’aval de Rome, qui débarque avec des troupes à Ptolémais, rassembles des mercenaires et des troupes syriennes ralliées. Démétrios livre bataille à ce concurrent mais il est vaincu et meurt en combattant en 150. Ainsi Alexandre 1er Balas devient roi de Syrie. Il épouse Cléopâtre Théa, la fille de Ptolémée VI et se montre conciliant avec l’Egypte. Pendant ce temps, les Parthes avancent en Mésopotamie.

En – 147, Démétrios II Nicator, le fils de Démétrios Ier Sôter, intervient en Cilicie puis entre en Syrie. Ptolémée VI envahit la Cœlé-Syrie et il se détourne d’Alexandre Balas et soutient Démétrios Nicator dans sa lutte et tous deux battent Alexandre Balas sur l’Oronte, ce dernier disparaît en – 145 ainsi que Ptolémée VI. Démétrios II  épouse Cléopâtre Théa et reste maître du royaume séleucide, mais il doit faire face au fils d’Alexandre Balas en – 144 et au protecteur de cet enfant, un officier d’Alexandre Balas, Tryphon qui revendique le titre royal. Le chef des Macchabées, Jonathan profite des difficultés du roi pour étendre son pouvoir mais il est capturé par Tryphon. Une invasion parthe dirigée par Mithridate 1er, oblige Démétrios à faire la guerre et celui ci est fait prisonnier vers – 140. Il épouse peu de temps après Rodogune, la fille de Mithridate 1er. Son frère Antiochos VII Sidète veut restaurer l’autorité de l’Etat. Il est vainqueur de Triphon en – 138, le chasse en Phénicie et l’assiège dans Dôra. Antiochos VII reconquiert la Babylonie et la Médie sur les Parthes vers – 130. Mais les négociations avec leur nouveau roi Phraate II échouent en raison des exigences excessives d’Antiochos VII. Aussi Phraate II libère Démétrios II et en – 129, Antiochos trouve la mort au combat. L’accueil de Démétrios dans son royaume est peu favorable et son expédition en Egypte à la demande de sa belle mère, Cléopâtre II opposée à son frère et époux Ptolémée VIII échoue. Le Pharaon suscite un usurpateur, Alexandre II Zabinas, pseudo-fils d’Antiochos VII. Soutenu par l’Egypte, Zabinas vainc Démétrios II en – 126 et l’élimine puis gouverne la Syrie jusqu’en – 122 quand il est abandonné par Ptolémée VIII et renversé par Antiochos VIII Philometor, le fils de Démétrios II Nicator et de Cléopâtre Théa.

Antiochos VIII, aussi appelé Grypos, est menacé par sa mère qui veut favoriser ses enfants issus de son mariage avec Antiochos VII et il se débarrasse d’elle en – 121. Alors la Syrie vit 8 années de paix. Mais son demi-frère Antiochos IX Decyzique Philopator entre en compétition avec lui pour le trône de Syrie. Grypos s’allie avec Ptolémée VIII tandis que Antiochos IX lui enlève la Cœlésyrie en – 114. Pendant ce temps les Parthes continuent leur progression vers l’Euphrate. Le conflit entre les deux Antiochos se prolonge jusqu’en  - 96, date de la mort brutale d’ Antiochos VIII. Mais ses 5 fils revendiquent en ordre dispersé le trône. La division affecte le royaume. L’un règne en Syrie quand l’autre est maître de la Cilicie. Dans cette succession rapide de souverains, Démétrios III Sôter (- 95 – 88) est fait prisonnier par les Parthes en – 88 et une faction fait appel au roi d’Arménie, Tigrane qui est le maître entre – 83 et – 69, ne règne pas directement mais perçoit les revenus des ports de Séleucie et de Laodicée lui permettant de financer les guerres de Mithridate. C’est une longue période calme pour la Syrie mais Tigrane est vaincu par le général romain Licinius Lucullus.  Antiochos XIII Asiaticus, le fils d’Antiochos X, réclame son héritage et s’installe à Antioche sous la protection des Romains. Une nouvelle contestation vient de Philippe II descendant d’Antiochos IX Ce dernier meurt dans une émeute tandis qu’Antiochos XIII est prisonnier de Sampsigeramos (dynaste régnant sur l’Emésène) qui le libère vers – 65 – 64. Mais le général Pompée ne veut pas reconnaître ses droits et ce dernier roi périt de la main de Sampsigeramos et la Syrie devient une province romaine

 

MESOPOTAMIE L’empire de Sargon


L’armée sumérienne

                       

Pays entre les fleuves, la Mésopotamie est une vaste plaine constituée par le bassin du Tigre et de l’Euphrate. Dès le IV ème millénaire, les Sumériens ont inventé l’écriture, et sont organisés en cités Etat, dirigées par des rois. Entre ceux-ci, tels celui d’Ur, et celui de Lagash, la guerre est permanente. Les conflits existent aussi avec les Elamites à l’Est. L’évolution des troupes est rapide. D’abord simples gardes puis milices au service des dirigeants, utilisant des armes de pierre, elles sont équipées d’armes de bronze peu après – 3000, et ces armes sont alors plus diversifiées : casques, armures, haches, dagues et chars.

La rivalité entre Lagash et Ur n’est pas isolée. D’autres villes, aussi, se comportent de temps en temps comme des ennemis et la situation globale ressemble à un système de coalitions changeantes et d’alliances de courte durée entre ces villes. Kish, Umma et Mari, éloignée sur le moyen Euphrate sont connues depuis une époque aussi ancienne que celle d’Eannatoum. La plupart des combats sont des batailles d’infanterie lourde, bien que sont cités les chars de guerre tirés par des onagres (ânes sauvages). C’est la première fois dans l’histoire qu’apparaissent les chars de guerre, conçus comme arme de choc. L’infanterie combat en une sorte de phalange en colonne de 6 files de 10 hommes sans compter les officiers. Par simple virage, cette colonne devient une ligne de bataille de 10 hommes sur 6 rangs. Ces rivalités sont renforcées par le heurt entre Sumériens au sud et Sémites au nord.

 

armée sumérienne

 

 

Au 27 ème siècle av JC, les plus anciens rois connus sont Mebaragesi de Kish et Mes-kalam-doug de la cité d’Ur. Mes-anni-pada fonde la 1 ère dynastie d’Ur vers -2575. Cette cité semble la plus puissante dans ces premiers temps historiques. Vers -2500, Eannatoum un des « patesi », (vicaire du dieu principal) de Lagash, soumet la cité d’Oumma, puis renverse la dynastie d’Ur. Ses successeurs laissent le pouvoir au clergé qui opprime le peuple. La cité de Kish lui impose son hégémonie. Au 24 ème siècle av JC, Ouroukaniga, un simple fonctionnaire, renverse le régime clérical de Lagash et rejette le joug de Kish. Affaiblie, Lagash est détruite par Lougal-zaggisi, roi d’Uruk, qui soumet Kish, et fonde le premier empire Sumérien.

La fragilité de leur situation géographique, tant au plan de la défense que des ressources, oblige les Sumériens à construire le « Muriq-Tidnim », mur entre le Tigre et l’Euphrate pour arrêter les Amorrites et à innover. Les vallées fluviales ne recèlent pas de cuivre, mais ils en trouvent dans les montagnes de l’est et du nord, ainsi que d’Oman. Dès – 4000, les Sumériens en obtiennent à partir du minerai de fer et, vers -3500, ils fabriquent des objets en bronze. Akkad est un autre producteur d’armes de cette époque.

Sargon l’Ancien

Au 24 ème siècle, venant de la partie nord de la Babylonie, Sargon l’Ancien renverse l’empire Sumérien, soumet toutes les cités de basse Mésopotamie, vers – 2340, il détruit l’ancienne ville de Babylone et fonde la dynastie d’Akkad. Les armes légères des Akkadiens dominent le lourd équipement des Sumériens. Il étend son empire vers le nord, domine Mari et la capitale des Elamites, Suse. Ses armées entrent en Syrie et en Cappadoce. Au cours de son règne, vers -2370 à -2314, Sargon instaure le premier véritable empire de l’histoire, en étendant son contrôle au Croissant Fertile, de l’Élam, à l’est de Sumer, à la côte méditerranéenne.

 

 

La Mésopotamie au 3e millénaire

 

Les successeurs de Sargon, menacés par des révoltes intérieures, affrontent les assauts des montagnards du Zagros, les Goutis et les Loulloubis. Vers -2230, sous le règne de Naram-sin, les invasions des Goutis se succèdent, et sous son successeur Sharkali-Sharri, les peuples sujets (Sumériens et Elamites) se rebellent, la capitale Agadé s’effondre et les Goutis et les Amorrites anéantissent l’empire Akkadien. Il faut un siècle pour qu’ils soient chassés de Mésopotamie par Outouhégal, roi d’Uruk. Le 22ème siècle av JC connaît une profonde décadence. Sumer est moins affecté par les Goutis que le Nord. Ur et Lagash y redeviennent prospères dans une relative indépendance. Goudéa de Lagash fait figure de puissant souverain.

 

 

Goudea de Lagash

 

Vers -2110, Our-nammou fonde un nouvel empire d’Ur qui réunit Sumer, la Babylonie, l’Elam et la vallée des fleuves jusqu’à Mari et Assur. La Mésopotamie est unifiée. Mais un siècle plus tard, Ur est détruite par les Elamites alliés aux Syriens.

 

Le 1er empire assyrien, fondé par Sargon 1er au 19ème siècle, lutte contre ses voisins,Hittites et le Mitanni et progresse vers le golfe Persique et la Méditerranée.

Au 19ème siècle, les Amorrites pénètrent en Mésopotamie et Soumou-Aboum fonde la 1ère dynastie de Babylone. Hammourabi, un de ses successeurs, anéantit le premier royaume Assyrien, conquiert Sumer, Akkad et Larsa vers -1763, détruit le royaume de Mari vers -1760 et étend l’Empire babylonien vers le nord de la Syrie. Dès son successeur, Samsou-Iluna, les riverains du golfe Persique (Les Pays de la Mer) se rendent indépendants. Samsouditana, vers -1620, leur impose à nouveau l’autorité de Babylone.

Vers -1595, un raid du roi des Hittites, Mursili 1er, surprend Samsouditana et anéantit la dynastie amorrite. De nombreux guerriers sont morts, les femmes et les enfants emportés en esclavage. Le pays est dans un état tel qu’une dynastie kassite (originaire des montagnes du Zagros central) s’installe à Babylone et y règne pendant 4 siècles. Ils y introduisent le cheval. La rivalité est vive avec les Assyriens qui se libèrent de la tutelle babylonienne au 14 ème siècle. Vers -1220, le roi Kachtiliach IV est fait prisonnier par les Assyriens qui contrôlent Babylone. Affaiblie par ces attaques, la dynastie Kassite est renversée par les Elamites conduits par Shutruk-Nahunté 1er, qui prennent Babylone vers 1160.

 

 

L’armée sumérienne

 

C’est à Sumer qu’apparaissent les premiers Etats et leurs armées. Au 3ème millénaire, l’infanterie lourde, composée de rangs serrés, est la base de l’armée. Ces guerriers portent un casque couvrant, parfois en métal, un large bouclier et une lance ou une hache, une masse d’arme, une épée, un poignard. Cet équipement est propice au combat rapproché, mais la troupe est peu mobile. Sous le règne de Sargon et l’empire d’Akkad, l’armement comprend en outre l’arc composite d’une portée de plus de 300 mètres, la javeline, la hache et la fronde. L’infanterie légère tient une grande place, maniant l’incontournable lance à pointe de bronze qui pése de 150 grammes à une livre.

Préhistoire de la civilisation orientale


Jean Perrot

Directeur de recherche honoraire au CNRS Correspondant de l’Institut

 

La genèse de la civilisation orientale comporte deux grandes phases. La première, entre 10 000 et 5 000 av. J.-C., relève de la préhistoire récente. Caractérisée par des phénomènes dits de « néolithisation », elle concerne l’ensemble de l’Asie du Sud-Ouest. La seconde phase, du Ve au milieu du IIIe millénaire av. J.-C., intéresse davantage le nord du golfe Arabo-Persique : la Susiane et la Mésopotamie. Cette phase est marquée par des phénomènes dits « d’urbanisation » qui nous font entrer dans ce qu’il est convenu d’appeler la protohistoire. Jean Perrot, auteur notamment de Et ils sortirent du Paradis… Carnets d’un archéologue en Orient (De Fallois-1997), analyse pour nous ci-dessous la première de ces périodes.

On entend par « civilisation » un état supérieur du développement des sociétés, caractérisé par un ensemble de phénomènes économiques, sociaux, moraux, idéologiques… Cet état est l’aboutissement d’un processus qui s’est étalé sur des millénaires. On l’observe pour la première fois au Proche et Moyen-Orient, entre le Xe et le IIIe millénaires av. J.-C. D’autres civilisations sont nées de manière indépendante mais, plus tard, en Inde, en Chine, en Amérique centrale. Dans la saga de l’humanité, les grands chapitres de l’histoire avant l’histoire ont été présentés sous les titres de « nouvel âge de la pierre », de « premier âge des métaux »… Aujourd’hui les préhistoriens sont à même d’aborder ces événements d’un point de vue plus rationnel, celui de la modification du rapport de l’homme avec son milieu naturel. Le questionnement porte sur les divers aspects du changement : technologique, économique, social, culturel, voire psychologique ; sur ses modalités et ses causes.

Une précocité due à un concours de circonstances

Celles-ci tiennent à la fois à l’homme, au niveau de développement qui, dans cette région, est alors le sien, et à ses facultés d’adaptation ; elles tiennent aussi à la géographie, à l’abondance et à la spécificité des ressources naturelles, ainsi qu’à un environnement favorable qui le devient plus encore à partir de 8 000 av. J.-C., grâce à une variation positive des conditions climatiques. Les chasseurs-cueilleurs du paléolithique supérieur avaient cherché à se fixer là où les ressources naturelles abondaient. En Europe centrale, il y a 25 000 ans, les chasseurs de mammouths de Pavlov et de Dolni Vestonice avaient construit des abris ; leurs techniques s’étaient perfectionnées. Au Levant, au XIIe millénaire, les « Natoufiens » du Carmel et de Galilée s’étaient comportés de même. Le brutal épisode sec et froid du Dryas récent, entre 11 000 et 10 000 av. J.-C., les avait renvoyés à la mobilité. Au IXe millénaire av. J.-C., avec le retour généralisé des précipitations et de la chaleur, les phénomènes de sédentarisation se manifestent à nouveau et s’étendent au Proche et au Moyen-Orient. La permanence des établissements entraîne une exploitation intensive des espèces végétales et animales qui se trouvent dans leur voisinage. Parmi les espèces végétales, des fruits et des baies sauvages, des légumineuses (pois, lentilles) et des graminées (blé, orge, avoine, seigle). Celles-ci sont la clef du développement des civilisations ; sous un faible volume et de conservation aisée, elles possèdent une haute valeur énergétique. Le blé et l’orge ne poussent à l’état sauvage qu’en Orient ; on les y trouve aujourd’hui encore sur les hauteurs du Levant et dans les piémonts du Taurus et du Zagros (le blé entre 500 et 1 000 mètres, l’orge avec une distribution plus large). Parmi les espèces animales qui vont jouer aussi un rôle important se trouvent, dans la zone à végétation arborée – les hauteurs du Liban, le flanc des chaînes du Taurus et du Zagros –, le sanglier et la chèvre qui se nourrit de feuillages ; dans la steppe herbeuse – aux marges du grand désert syro-arabe ainsi que sur les plateaux anatolien et iranien –, des ruminants comme la gazelle et le mouton, ce dernier particulièrement vulnérable du fait de sa grégarité ; le mouton ne se trouve pas au Levant, seulement plus à l’est, au-delà du moyen Euphrate et jusque dans les steppes de l’Asie centrale. Avec ces avantages naturels, l’Asie du Sud-Ouest, qui a retrouvé dès la fin du Xe millénaire des conditions climatiques proches de celles qu’elle connaît actuellement, entre, vers 8 000 av. J.-C., dans une phase « d’optimum climatique » qui va perdurer jusqu’au Ve millénaire ; c’est dire que pendant trois mille ans cette région va bénéficier de conditions exceptionnellement favorables, avec des pluies d’été et des hivers doux. La steppe herbeuse s’étend et la forêt à feuilles caduques, avec des arbres comme le chêne, couvre les hauteurs du Liban, du Taurus et du Zagros.

La part de l’homme dans le processus de néolithisation

La population s’accroît, l’archéologie en témoigne. Certains préhistoriens estiment que, dans une telle conjoncture, la pression démographique a pu être le moteur du changement. D’autres rejettent tout déterminisme géographique, économique ou démographique. Ainsi, pour Jacques Cauvin, les hommes du Levant auraient connu dès le Xe millénaire av. J.-C. une « mutation mentale », un « ébranlement idéologique » qui les aurait amenés à conceptualiser le surnaturel et le divin sous la forme d’un dieu Taureau et d’une déesse-mère. Cette « révolution », dont témoignerait l’apparition de nouveaux symboles, serait à l’origine, directe ou indirecte, de l’agriculture et des changements qui vont suivre. La difficulté de cette « option théorique », telle que la présente son auteur, est qu’elle ne trouve guère d’appui sur le plan archéologique. Les données dont nous disposons suggèrent plutôt que la motivation de l’homme dans le déclenchement et le déroulement des processus de néolithisation, et plus précisément ceux de la domestication des plantes et des animaux, n’est pas à chercher ailleurs que dans la sublimation de ses instincts ou, d’un point de vue moins optimiste, dans son désir jamais assouvi de s’approprier ce qui l’entoure. Dans les conditions permissives qu’a connues l’Orient à partir de 8 000 av. J.-C., l’intervention humaine a été décisive ; mais il a suffi d’une poussée faible, comme celle qui ouvre un cadenas à chiffres lorsque sa mystérieuse combinaison est correctement alignée. La pression démographique aidant, les contraintes d’une nature accueillante ont été aisément surmontées.

 

Les processus de domestication des plantes et des animaux : des moments relativement brefs, mais d’une cruciale importance

Ces processus sont p cadre de vie sédentaire, mais ils ne sont pas synchrones. Le passage de la cueillette des graminées à la culture des céréales, celui de la chasse à l’élevage ne se sont pas développés dans les mêmes lieux et selon les mêmes modalités. La fixation des chasseurs-cueilleurs, leur attachement à un territoire ont sans doute rendu plus attentive leur observation des plantes et des animaux qui les entouraient, jusqu’à les conduire, de manière indépendante, à la découverte de principes et d’idées allant dans le sens d’un accroissement du profit qu’ils pourraient tirer de leur environnement. Un déclic s’est produit, dans chaque cas, avec la formulation de projets ; qui dit projet dit action ; l’invention des techniques a suivi. Dans la première moitié du VIIIe millénaire et en fonction des ressources propres à chaque région, les processus de domestication ont conduit au Levant aux premières formes de l’agriculture ; plus à l’est, aux premières formes de l’élevage.

Au Levant, l’intérêt des chasseurs-cueilleurs installés dès la fin du Xe millénaire av. J.-C. dans les oasis de la vallée du Jourdain, la dépression de Damas et la vallée du moyen Euphrate, semble s’être porté sur les céréales ; de manière empirique, ils ont pu chercher, en semant des grains, à densifier des champs naturels ou à les rapprocher de leurs habitations. Ces opérations ne constituent pas encore à proprement parler une forme d’agriculture ; mais le hasard des manipulations a pu conduire à des sélections fortuites dont le succès, reconnu, a incité à une action programmée. Dans le même temps, dans les vallées du Taurus et du Zagros, les chasseurs-cueilleurs qui s’étaient établis dès le IXe millénaire av. J.-C. dans la zone à forêt claire se sont intéressés davantage aux animaux. La consommation plus grande qu’ils font de légumineuses (pois, lentilles) est peut-être une indication d’une moindre abondance des céréales ; mais surtout, ils ont accès, dans la steppe herbeuse où ils vont chasser, à des troupeaux de moutons sauvages, d’approche facile. Des animaux jeunes, aisément capturés, ont pu être rapportés vers les habitations, d’abord pour le plaisir de la compagnie et du jeu ; lorsque ces animaux ont survécu et sont parvenus, en captivité, à l’âge de la reproduction, les avantages d’une appropriation organisée sont vite apparus. Au-delà des soins de leur entretien, on a veillé à la reproduction de ces animaux déjà familiarisés ; ainsi est née une forme de proto-élevage. Bientôt la nécessité de nourrir, et plus commodément dans son habitat naturel, un troupeau plus nombreux, mais déjà contrôlable par quelques bergers, poussera hommes et bêtes vers la steppe herbeuse ; ainsi est inaugurée une forme primaire de pastoralisme qui s’appuie sur les sédentaires pour son approvisionnement en céréales.

Vers 7 500 av. J.-C., les moutons apparaissent massivement aux frontières orientales du Levant sur les sites du moyen Euphrate ; ils descendent, avec la steppe qui s’étend au sud, vers la région de Damas, puis sur le plateau jordanien ; avant la fin du VIIIe millénaire, ils seront dans la région de Pétra. Ce mouvement des premiers éleveurs s’accompagne de contacts et d’échanges – viande contre céréales – avec les premiers agriculteurs du Levant méditerranéen, contacts qui se développeront jusqu’à une véritable symbiose ; la fusion des stratégies alimentaires donnera naissance à un nouveau système économique, agro-pastoral, d’un formidable dynamisme grâce à sa grande souplesse d’adaptation à tous les milieux naturels par modulation de ses composantes. Ainsi libérés des contraintes de la nature, les hommes peuvent désormais s’installer dans les lieux de leur choix, jusque dans des zones semi-arides où, jusque-là, ils n’avaient connu que des campements. À partir de 7 000 av. J.-C., les phénomènes de néolithisation s’étendent à l’ensemble du Proche et du Moyen-Orient ; au-delà, vers l’Europe orientale ; un peu plus tard, vers l’Égypte.

Des transformations de l’économie et du mode de vie mises en évidence par l’archéologie

L’usage généralisé de la poterie au cours du VIIe millénaire est peut-être lié à l’apparition du lait, produit secondaire de la domestication animale ; un autre produit secondaire est la laine. Les techniques de la domestication du mouton sont étendues à d’autres espèces ; à la chèvre, au porc, aux bovidés. Sur le plan social, la nouvelle économie entraîne une organisation différente des espaces habités ; le village éclate pour faire place à ceux des animaux que désormais il abrite. La diversité des pratiques agricoles et pastorales conduit à une répartition des tâches à l’intérieur de chaque groupe, mais sans que l’on puisse déjà parler de spécialisation des fonctions ; la population croît en nombre ; les établissements se multiplient et s’étendent mais la structure sociale demeure égalitaire, sans distinction notable de statut ou de richesse. Des constructions exceptionnelles – terrassements – ont exigé parfois un effort collectif ; des bâtiments non destinés à un usage domestique répondent au besoin des sociétés de tout lieu et de tout temps de transmettre aux jeunes générations le savoir et les connaissances, les mythes et les rites, indispensables à la cohésion du groupe et à sa survie. Certaines constructions récemment découvertes dans le Taurus oriental, riches en symboles animaliers, gravés ou sculptés, évoquent la tradition des grottes « ornées » du paléolithique supérieur d’Europe occidentale, théâtre supposé de rites d’initiation. L’imaginaire collectif évolue avec les changements de paysage, les déplacements et les échanges qu’entraîne le nouveau mode de vie. L’horizon s’élargit et avec lui l’explication que chaque groupe se donne du monde qui l’entoure, et de sa place propre dans ce monde. À une conscience mythique de structure stationnaire, solidaire d’un horizon limité, succède une conscience de mouvement. L’impression naît pour nous que quelque chose se passe, qui va prendre de l’importance par la suite et qui conduira, deux millénaires plus tard, à la conscience historique et à un comportement religieux ; pour l’instant, sur l’horizon du Ve millénaire av. J.-C., les mythes ne font pas encore référence à des dieux et des déesses.

Les fondements de la civilisation orientale sont désormais établis. Avec le Ve millénaire av. J.-C., nous abordons la phase de transition dite protohistorique. Le climat change, les hivers sont plus marqués, les précipitations diminuent, mais la subsistance des hommes de l’Asie du Sud-Ouest dépend à présent de leur technologie. Toutefois, ce ne sera guère qu’en Mésopotamie et en Susiane, régions riches en eau, que le développement socioculturel se poursuivra désormais dans toute sa vigueur et sa diversité.L’abondance des ressources naturelles, la fertilité du sol et la capacité des agriculteurs à produire des surplus, ainsi que le développement des échanges et la recherche des objets de prestige, accéléreront la spécialisation des fonctions artisanales et autres, la stratification et la hiérarchisation de sociétés plus nombreuses. Les tensions internes, qui s’aggravent, renforceront les contraintes de la morale sociale tandis que se développera une éthique collective. C’est dans ce contexte qu’émergeront les concepts du surnaturel et du divin, la religion se constituant sous sa forme archaïque ; vers 3 000 av. J.-C., la représentation de la divinité prendra forme humaine. Parallèlement, les problèmes de gestion et d’administration auront conduit à l’invention de la comptabilité, puis de l’écriture dont l’évolution trouvera son aboutissement avec les premiers textes littéraires, vers 2 500 av. J.-C., en même temps que, sur le plan politique, se sera constituée la cité-État.

 

Jean Perrot

Avril 2001

L’Iran sous les Qâjar (1779-1925)


Yann Richard

Les Qâjar, dynastie d’origine tribale, régnèrent sur l’Iran de la fin du XVIIIe siècle à l’avènement de Rezâ Pahlavi. Quelles furent les caractéristiques et le fonctionnement de ce royaume, confronté depuis le XIXe siècle aux ambitions territoriales des grandes puissances ? Pour répondre à ces questions, nous avons demandé à Yann Richard de nous retracer son histoire et les circonstances qui conduisirent à son effondrement, au lendemain de la première guerre mondiale.

Origines de la dynastie et prise du pouvoir

Les Qâjâr – nom voulant dire en turc « qui marche rapidement » – sont une tribu d’éleveurs nomades turcophones anciennement installés au nord de la Perse, dans la région d’Astarâbâd. Ils acquirent au service des Safavides (1501-1722) une importance militaire notable. Après la chute de cette dynastie, lors des guerres intérieures qui déchirèrent la Perse au XVIIIe siècle, les Qâjâr furent des alliés importants pour les princes qui cherchaient à établir leur domination sur le nord du pays. Âqâ Mohammad Khân, un prince né vers 1734, qui avait été émasculé dans son enfance par un ennemi pour le neutraliser, fut gardé comme otage à Chiraz par Karim Khân Zand, le vakil, qui utilisa ses conseils et son influence. Il s’échappa à la mort de son « protecteur » en 1779 et se rendit bientôt maître de tout le nord de la Perse jusqu’à Ispahan. Il fit de Téhéran, petite bourgade au pied de la montagne, sa capitale en 1786. C’est là qu’il se fit couronner dix ans plus tard, après avoir conquis la Géorgie. Lorsqu’il fut assassiné en 1797 – par deux esclaves condamnés à mort –, laissant le pouvoir à son neveu Fath-‘Ali Shâh, l’Iran était redevenu une entité politique sur laquelle régnait une puissante dynastie.

Fragilité de sa légitimité

Les Safavides avaient revendiqué une prétendue descendance des Imams et avaient été en tout cas marqués dès leur origine par un soufisme chi’ite millénariste, dont ils tiraient un charisme particulier face aux prétentions d’autorité universelle du clergé chiite. En effet, dans cette famille de l’islam, aucun pouvoir dans ce bas monde n’a de légitimité, sinon conféré par le seul souverain légitime, l’Imam absent, dont les croyants attendent le retour. En contrepartie, les ulémas, en tant qu’interprètes de la volonté de l’imam et des traditions des imams précédents, sont plus que de simples prieurs de mosquée ou professeurs de religion ; ils sont les véritables héritiers de l’autorité prophétique temporelle et spirituelle.

Après la chute de Nader Shah, un conquérant turkmène qui domina la Perse de 1736 à 1747 et avait tenté de rétablir le sunnisme – ou du moins d’établir une égalité de droit entre sunnites et chiites –, la domination chiite sur le territoire iranien était revenue en force ; le seul moyen pour les Qajar de ne pas entrer en conflit avec le clergé était de lui manifester un grand respect. Dans certains cas, l’alliance du clergé et de la monarchie semblait consolider l’autorité de chacun. Mais plus tard, lorsque les ingérences étrangères et les liens de plus en plus contraignants de la monarchie avec les Russes et les Anglais commençaient à faire douter de la solidarité entre le souverain et le peuple, le clergé a joué la carte des revendications populaires, qui firent voler en éclat le concept du pouvoir traditionnel. Il est difficile de parler de pouvoir absolu pour une monarchie liée par des traditions tribales et des règles religieuses. On peut cependant considérer qu’au début du XXe siècle, le grand gagnant de la dissension entre le pouvoir monarchique et le pouvoir religieux était bien le peuple iranien qui entrevit le rôle qu’il pouvait jouer dans une constitution parlementaire.

Style de gouvernement

En installant leur capitale à Téhéran, les rois Qâjâr gardaient un accès relativement proche à leur territoire traditionnel de la plaine Caspienne. S’ils craignaient le sud du pays, où les campagnes militaires de Âqâ Mohammad Khân avaient été particulièrement cruelles, ils voyageaient volontiers dans le nord, où ils partaient en expéditions militaires ou cynégétiques. L’été leur rappelait les coutumes de transhumance et ils n’étaient alors vraiment heureux que sous la tente. Le gouvernement se déplaçait généralement avec eux, un peu comme lorsque les rois de France passaient de château en château.

Les Qâjâr étaient turcophones : entre eux, à la cour, ils parlaient turc, même si la langue administrative et culturelle dominante était le persan. Certains principes de fiscalité – comme le nom des années fiscales – étaient hérités de l’administration mongole. La titulature revendiquait symboliquement l’héritage des anciens empereurs de la Perse antique – Shâhanshah, littéralement. « Roi des rois » – et celui d’une société islamique traditionnelle. Le roi était d’abord le protecteur de l’islam et des croyants. Son prestige s’étendait sur les territoires non dominés politiquement par son gouvernement, où vivaient des communautés chiites, comme au Liban, dans le sud de la Mésopotamie, à Bahreïn ou en Inde…

Les frontières du pouvoir n’ont jamais été clairement définies : les revenus des provinces étaient affermés à des gouverneurs qui achetaient souvent leur charge par des présents – pishkesh – et qui avaient toute liberté pour pressurer fiscalement les populations : ils gardaient le surplus, à charge de reverser au trésor royal les sommes convenues à l’avance. La justice était rendue, jusqu’aux premières réformes des années 1860, uniquement par des religieux, laissant au monarque le droit régalien de faire mettre à exécution ou non les condamnés à la peine capitale. Chaque gouverneur avait sa propre garde armée. Parfois des clercs puissants localement avaient leurs hommes armés.

Une sorte de conscription permettait de lever des troupes dans les villages, selon des barèmes fixés en fonction des répartitions fiscales. Les soldats restaient à la charge du village pendant la durée de leur service. En réalité ils se payaient fréquemment sur les populations chaque fois qu’avait lieu un mouvement de troupe. Malgré des efforts pour moderniser la formation militaire à l’imitation des réformes militaires ottomanes – notamment à l’aide d’instructeurs français dans les années 1830 – les forces armées de l’État Qâjâr sont restées déficientes jusqu’à la fin de la dynastie. Ce sont des corps d’armée formés et commandés par des officiers étrangers – brigade cosaque dirigée par des Russes en 1883 ou gendarmerie dirigée par des Suédois en 1911 – qui constituèrent les éléments les plus crédibles de la nouvelle armée unique, formée à partir de 1921.

Jusqu’au début du XXe siècle, le trésor royal, alimenté par les taxes reversées par les gouverneurs, n’était pas distingué des biens personnels du monarque. Les dépenses inconsidérées de ce dernier pouvaient servir le bien commun, mais rien ne pouvait en vérifier la bonne utilisation. Ainsi, les trois voyages en Europe de Nâseroddin Shâh occasionnèrent des dépenses considérables, qui furent en partie couvertes par des emprunts et par la vente de secteurs entiers de l’économie iranienne à des sociétés européennes. Les frustrations des réformateurs ont abouti à la Révolution constitutionaliste, qui donnait notamment au Parlement, élu au suffrage universel masculin, le droit de contrôler tous les emprunts étrangers.

Les grands événements de la période

La première moitié du XIXe siècle a été marquée par les deux règnes de Fath-‘Ali Shâh (1797-1834) et de Mohammad-Shâh (1834-1848). Le premier, qui eut plusieurs dizaines d’épouses et de concubines, laissa une descendance pléthorique qui fut, après une génération, une des causes de la décadence de cette dynastie. Le deuxième, qui prit un vizir soufi – Mirzâ Aghasi – laissa le souvenir d’un souverain tolérant et faible. Ces deux règnes furent marqués par deux traumatismes, les deux défaites devant l’empire tsariste et, à l’intérieur, la rébellion du Bâb.

Traumatismes des guerres russes

Le premier contact entre l’Iran Qâjâr et les nations européennes a eu pour enjeu l’accès à l’Inde, un élément extérieur à la Perse. Napoléon souhaitait en effet, à l’instar d’Alexandre, établir une voie terrestre à travers le Proche Orient et la Perse pour empêcher les Britanniques de s’établir en maîtres dans le sous-continent. L’alliance franco-persane aurait pu aboutir en raison de la menace russe au Caucase, dont Fath-‘Ali Shâh voulait se préserver en trouvant un soutien militaire extérieur. Le traité franco-persan de Finkenstein (1807) fut suivi presque immédiatement par celui que Napoléon signa avec le tsar à Tilsit, laissant implicitement Téhéran aux Anglais, qui y envoyèrent depuis le golfe Persique une ambassade impressionnante. L’influence française n’était pas morte pour autant, puisque le prince héritier ‘Abbâs Mirzâ, résidant à Tabriz, faisait appel à des officiers français pour moderniser l’armée. La langue française commençait du reste à devenir l’idiome principal des échanges entre la Perse et le monde extérieur et le restera un siècle et demi.

L’avance russe au Caucase correspondait à une période d’expansionnisme russe des deux côtés de la mer Caspienne en Asie centrale et en Arménie et Géorgie. Elle fut l’occasion de guerres conduisant au traité du Golestan (1813) puis de Torkmantchaï (1828). L’Iran abandonnait ses possessions caucasiennes et accordait aux sujets du Tsar – suivis bientôt par les ressortissants des autres pays européens – les droits capitulaires, c’est-à-dire l’extraterritorialité juridique et fiscale. Désormais, tout conflit entre un musulman iranien et un étranger sur le sol iranien devait être porté devant une juridiction consulaire où n’intervenait qu’un représentant du ministère iranien des affaires étrangères. C’était le début d’un longue période de pénétration et d’ingérence européenne. Cependant, pas plus en Perse qu’en Turquie ottomane, une colonisation directe n’a jamais eu lieu ; ce qui préservait un sentiment de souveraineté et d’identité.

Les guerres russes furent suivies d’un conflit avec les Anglais au sujet de la souveraineté sur Herat. Il s’agissait pour les Britanniques de tenir leur empire indien à l’écart de toute ingérence russe en maintenant une zone neutre, notamment l’Afghanistan, mieux protégée que la Perse. Les Iraniens durent reconnaître leur nouveau recul lors du traité de Paris signé avec les Anglais (1857).

Traumatisme de la révolte du Bab

Aux lieux saints de Mésopotamie où il continuait ses études religieuses, Seyyed Mohammad-‘Ali, un jeune théologien né à Chiraz en 1819, fréquenta les milieux d’une école chiite tournée vers la mystique, les sheykhi. À une époque de profonde désillusion politique et sociale – après les guerres du XVIIIe siècle et les deux échecs successifs contre les Russes – un besoin diffus de salut millénariste se faisait jour parmi les Iraniens. On approchait des mille ans après l’Occultation du Douzième Imam, et les chiites, qui attendent son retour glorieux, étaient prêts à se tourner vers un signe libérateur. Mohammad-‘Ali crut ainsi discerner en lui-même une telle vocation : il se présenta bientôt comme le « portail » – bâb – conduisant à l’Imam, avant d’avouer plus tard qu’il était l’Imam en personne. Sa prédication eut un certain succès parmi les ulémas, mais plus encore dans les masses rurales qui cherchaient à se libérer du joug oppressant de la monarchie et du clergé traditionnel. Le diplomate français Gobineau, qui arriva en Iran quelques années après l’écrasement de la révolte et l’exécution du Bâb (1850), donne, dans Les religions et les philosophies dans l’Asie Centrale, un tableau détaillé des violences entraînées par cette révolte.

Le clergé chiite, ébranlé par la naissance d’un schisme d’une telle ampleur, mit longtemps à se remettre de la défection de certains de ses membres les plus éminents et organisa systématiquement la lutte contre toute dissension. Il pourchassa sans pitié une religion syncrétiste et non-violente née des restes de la prédication du Bâb, le bahâ’isme, qui est encore aujourd’hui – avec environ trois cent mille adeptes en Iran – la plus forte minorité non musulmane du pays.

La virulence du bâbisme, qui avait des causes sociales, se perpétua jusqu’au début du XXe siècle dans certains mouvements politiques radicaux, parfois dissimulé sous le manteau clérical malgré sa virulence contre l’absolutisme royal et l’obscurantisme des mollahs. Les religieux continuèrent à dénoncer les athées, franc-maçons, libertins et autres imitateurs de l’Occident ; autant de tendances réelles ou imaginées qui sapaient l’ordre traditionnel et contribuaient au mouvement de réformes politiques.

Grand règne de Nâseroddin Shah

En régnant de 1848 à 1896, Nâseroddin Shâh eut le règne le plus long de tous les souverains iraniens. Servi au départ par un habile ministre sorti d’un milieu humble, Amir Kabir, il limogea très tôt ce vizir devenu encombrant (1850) et le fit plus tard assassiner à Kashan. Nâseroddin Shâh gouverna en autocrate, parfois éclairé par d’intelligents conseillers. Son règne fut marqué par une avancée profonde, économique et culturelle, des Européens. Pour subvenir à ses fantaisies, notamment à trois voyages coûteux en Europe en 1873, 1878 et 1889, il n’hésita pas à vendre des pans entiers des richesses nationales à des sociétés étrangères : en 1872 il accorde ainsi au baron de Reuter – un Britannique fondateur de l’agence de presse qui porte son nom – le monopole des chemins de fer, des mines, de l’irrigation, de la banque, et divers projets industriels et agricoles. En 1890, il vend à un autre Britannique, Talbot, le monopole du commerce et de la manufacture des tabacs, soulevant l’indignation et la révolte. Le clergé chiite appuya fortement le refus populaire d’une nouvelle ingérence européenne et obligea le pouvoir royal à reculer en rachetant le monopole ; ce qui voulait dire de nouvelles dettes et un assujettissement plus grand encore aux Russes et aux Anglais bailleurs de fonds.

Esprit intelligent et cultivé malgré ses manières d’autocrate oriental, Nâseroddin Shâh fut un homme de son temps. Il encouragea l’acquisition des sciences modernes, accueillit les étrangers dans sa capitale, importa des techniques modernes comme la photographie, réforma l’État en créant des ministères. Il s’informait régulièrement des relations internationales et même s’il entra en conflit avec quelques réformateurs célèbres – tels Mirzâ Malkom Khân ou Seyyed Jamâloddin – il permit l’évolution de la Perse vers des formes politiques parlementaristes.

Révolution et guerre mondiale

Environ dix ans après l’assassinat de Nâseroddin Shâh, son fils Mozaffaroddin Shâh – roi âgé et malade – dut concéder le fameux rescrit d’août 1906 qui convoquait un Parlement. En quelques mois, la Perse devint une monarchie parlementaire, dotée d’une constitution où le suffrage universel masculin commençait à mobiliser de larges couches de la population urbaine. Il fallut plus de trois ans de luttes parfois sanglantes pour que la Constitution reste définitivement en place et que le deuxième Parlement se réunisse (1909-1911). Les éléments radicaux, influencés par la social-démocratie russe et européenne, avaient en réalité déjà laissé la direction politique à des élites liées à l’Europe et contrôlées par le clergé. Le jeune Ahmad Shâh, dernier souverain de la dynastie, homme timoré et cupide – qui régna de 1909 à 1925 – ne fit rien d’efficace pour reprendre en main le pouvoir et limiter les ingérences étrangères.

La première guerre mondiale permit d’aller plus loin en suscitant un sentiment de rejet violent des Russes et des Anglais, deux puissances qui s’étaient partagé la Perse en deux zones d’influence respectives, séparées par une large bande neutre. Leur ingérence, qui détourna la Révolution de son idéal démocratique, renforça par contre le nationalisme. D’importants mouvement militaires et des batailles eurent lieu sur le territoire persan, surtout au nord-ouest, entre la Russie et l’Empire ottoman. Au cours de la période de contrôle du gouvernement persan par les alliés, les Iraniens devinrent germanophiles et turcophiles. Les tentatives anglaises, notamment en 1919, pour mettre définitivement la main sur la Perse en profitant de l’éclipse russe, furent mises en échec par un sursaut patriotique.

Finalement la dynastie Qâjâr fut balayée, avec l’aide anglaise, par l’alliance d’un puissant militaire, Rezâ Pahlavi, secondé pendant trois mois par un journaliste anglophile, Seyyed Ziyâoddin Tabataba’i. Devenu par étape ministre de la Guerre puis Premier ministre, Reza Pahlavi se fit proclamer shâh en 1925, fondant une dynastie qui dura un peu plus d’un demi-siècle. Il tenta de moderniser le pays par des méthodes autoritaires qui aboutirent parfois à retarder le véritable éveil de la population aux réformes. Il eut moins de succès que son homologue turc, Kemal Ataturk, pour lequel il éprouvait une grande admiration.

L’image que les Pahlavi ont cherché à donner des Qâjâr est celle d’une dynastie corrompue, décadente, qui livra le pays aux intérêts étrangers. Cette critique injuste tend notamment à occulter les nombreuses réformes qui furent commencées sous les Qâjâr, même si elles ne furent vraiment achevées que sous les Pahlavi, comme l’établissement d’un code civil, la réforme de l’armée nationale, l’organisation d’un système fiscal moderne et l’harmonisation administrative d’un pays profondément divisé par l’histoire et la culture.

Rencontre avec l’Occident, décadence d’une dynastie

On retiendra que la dynastie Qâjâr a permis à la Perse de s’ouvrir à l’extérieur : elle y fut contrainte par les ingérences – principalement russes et britanniques – mais elle s’y donna généreusement en envoyant vers l’Europe des étudiants, des diplomates et même les souverains entourés de leur cour. Les objections traditionnelles empêchant les chiites d’entrer en contact avec les chrétiens tombaient progressivement. L’influence de la religion fut largement balancée en Perse par des courants hostiles à l’islam, inspirés de philosophies humanistes et rationalistes, et par les idées laïques importées d’Europe.

L’enrichissement paradoxal de la Perse, qui avait été livrée au pillage des monopoles étrangers par des souverains peu respectueux des intérêts de la nation, vint du pétrole découvert à la fin du XIXe siècle mais réellement exploité à partir de 1908. L’accaparement, jusqu’en 1951, des ressources pétrolières par les Anglais, brida les facteurs de développement économique et technologique que cette richesse aurait pu apporter, laissant à l’État – en réalité à nouveau au monarque – une rente démesurée qui ne fit qu’éloigner la monarchie du peuple iranien.

Dans le domaine culturel, les historiens notent l’apparition sous les Qâjâr d’idées nouvelles, du désir de réforme et de l’influence occidentale. Les formes traditionnelles de la peinture furent profondément renouvelées. Quoique moins durable et originale que l’architecture safavide, l’architecture fut florissante, enrichie de couleurs nouvelles – notamment le jaune dans les briques émaillées – et de prestigieux monuments tels la mosquée Sepahsâlâr et le palais Golestan à Téhéran. Par son vêtement, sa culture traditionnelle, son langage fleuri, son goût pour le mélange culturel, l’homme de l’époque Qâjâr respectait mieux l’identité persane que l’homme en mal d’occidentalisation, superficielle et excessive de la période Pahlavi. Hélas, la faiblesse politique de la dynastie Qâjâr n’a pu maintenir cet idéal, rejeté plus tard comme ridicule. Après un demi-siècle d’occidentalisation forcenée, la révolution « islamique » de 1979 voit le rejet – un peu trop violent – de l’homme en costume cravate, au profit du clerc enturbanné. Celui-ci s’accompagne du retour quelque peu nostalgique des formes extérieures de la culture Qâjâr, à nouveau saluée officiellement pour réhabiliter ce que les Pahlavi avaient piétiné.

Rois Achemenides (3)

Xerxès Ier     

Xerxès Ier (ou Assuérus Ier, Perse: خشایارشا, Khšāyāršā, Vieux-persan: Xšayāršā), né vers -519, mort en -465, « Grand Roi » perse, membre de la dynastie des Achéménides. Manéthon l’appelle Xerxês le Grand et lui compte vingt et un ans de règne (Africanus, Eusebius),

Règne

Roi de Perse de -485 à -465, il est désigné par son père de préférence à Artobarzanès, son frère aîné. Par sa mère, Atossa, fille de Cyrus le Grand, il était le descendant direct du fondateur de l’Empire achéménide.

À la mort de son père, Darius, il participe à des campagnes en Égypte (-484) et à Babylone (-482).

Il relance ensuite à nouveau le projet d’une campagne militaire dirigée contre la Grèce. Il soumet l’Égypte révoltée, puis reprend les desseins de son père contre la Grèce (-480) : il fait des levées en masse, parvient à rassembler une immense armée pour l’époque[1], équipe en même temps une flotte de plus de 1 200 voiles, destinée à longer le littoral de la mer Egée, jette un pont de bateaux sur l’Hellespont pour franchir ce détroit et dans sa folie fait, dit-on, fouetter la mer pour la punir d’avoir rompu ce pont.

Il perce l’isthme qui unissait le mont Athos au continent pour donner passage à sa flotte (dans la région d’Ouranopoli), reçoit la soumission de la Macédoine et de la Thessalie, est arrêté durant sept jours devant les Thermopyles que défend Léonidas et ne les franchit qu’après avoir perdu 20 000 hommes. Il prend Thèbes, Platée, Thespies, entre sans résistance dans Athènes, qu’il livre aux flammes, mais voit sa flotte anéantie, par Thémistocle à Salamine (-480).

Il regagne l’Asie et laisse le commandement de ses troupes à Mardonios. L’année suivante, ses troupes sont encore battues à Platée et à Mycale. Il se retire à Suse et ne participe plus aux combats ultérieurs. Il entame une politique de grands travaux.

Les dernières années de son règne sont peu connues. Il est assassiné en -465 dans un complot dirigé par son ministre Artaban. Son fils Artaxerxès lui succède.

Xerxès Ier est assimilé par les historiens contemporains à l’Assuérus de la Bible, où il apparaît dans les livres d’Esther et d’Esdras.

La campagne de Xerxès

Six ans après la mort de son père Darius, Xerxes lance une offensive sur la Grèce pour se venger d’Athènes, connu sous le nom de deuxième guerre médique.

Son armée (plusieurs millions selon les anciens, plus vraisemblablement 250 000 hommes) passa l’hiver en Asie Mineure pour ensuite se diriger vers l’Hellespont. Arrivé en Thrace, il dirige son armée vers le sud.

Il fait face à l’alliance des cités grecques dans le défilé des Thermopyles mais parvient à maintenir l’offensive et mène en -480 le sac d’Athènes. C’est près des côtes athéniennes, dans le détroit de Salamine, qu’il connait sa première déconvenue.

Devant l’imposante flotte perse, les navires grecs simulent une retraite amenant l’armée de Xerxès dans le détroit de Salamine. Les navires qui empruntèrent ce chenal furent détruits par les navires grecs, plus maniables[2].

Artaxerxès Ier

Artaxerxès Ier Makrocheir « Longue- Main » (en perse, Artaxšacā اردشیر یکم Ardeshir, en grec Aρταξέρξης Artaxérxês, 465-424), Manéthon l’appelle Artaxerxês et lui compte quarante et un ans de règne (Africanus). Il est le fils de Xerxès Ier et de la reine Amestris. Il est aussi surnommé μακρόχειρ « Makrocheir », en latin Longimanus « Longue Mains », d’après la légende parce que sa main droite était plus longue que sa gauche.

Au début de son règne il fait assassiner Artaban, ministre et assassin de son père, certains de ses frères, après la révolte de l’un d’entre eux, le satrape de Bactriane, pour s’assurer le pouvoir. Comme son père, il doit faire face à une révolte de l’Égypte, de -465 à -460. Inaros, roi Libyen de Cyrène (peut-être fils de Psammétique III) et son commandant Amyrthée, regroupe les forces nationalistes éparses dans le delta du Nil et se déclare roi (-459/-456).

Athènes lui envoie une escadre pour l’aider à affronter les Perses. En -456, Artaxerxès Ier l’emporte malgré tout. Le corps expéditionnaire athénien, retranché sur une île du Nil, est massacré vers -454 tandis qu’une flotte de renfort est anéantie. Puis il remplace son frère Achaiménès par Arsamès à la tête de la satrapie d’Égypte.

En -450, Artaxerxès Ier est battu par l’Athénien Cimon qui reprend Chypre et en -449/-448, il est contraint de signer la paix avec les Grecs : la paix de Callias, qui met fin aux guerres Médiques. Par ce traité les Perses renoncent aux cités grecques d’Ionie. La signature de cette paix reste cependant contestée par les spécialistes. Pendant une génération, le calme revient dans l’Empire. Artaxerxès Ier accueille l’Athénien Thémistocle qui était le vainqueur de la bataille de Salamine, après avoir été exilé, victime d’ostracisme.

Il autorise les Juifs Esdras (ou Ezra) et plus tard Néhémie à rentrer à Jérusalem. Il donne à Esdras une lettre de décret lui donnant ordre de prendre en charge les affaires civiles et ecclésiastiques de la nation juive. Une copie de ce décret peut être trouvée dans Esdras 7:13-28. Celui-ci aurait quitté Babylone, dans le premier mois de la septième année de règne d’Artaxerxès Ier (~ -457), à la tête des Juifs qui comprenait des Prêtres et des Lévites. Ils arrivèrent à Jérusalem, au premier jour du cinquième mois de la septième année (du calendrier Hébreu). Certains historiens estiment que cet évènement s’est déroulé plutôt sous le règne d’Artaxerxès II.

 

Xerxès II

Xersès II, mort vers -424, (En perse Xšayāršā ou Chschayaŗschā), Manéthon l’appelle Xerxês et lui compte deux mois de règne (Africanus, Eusebius). Il est roi des Perses Achéménides pendant quarante-cinq jours. Il est le fils d’Artaxerxès Ier et de la reine Damaspia. Il est assassiné par son demi-frère Sogdianos. La plupart des chronologies ne compte pas ce roi vu son court règne.

C’est un personnage historique obscur connu principalement par les écrits de Ctésias de Cnide (médecin Grec d’Artaxerxès II, historien de la Perse et de l’Inde, mort v. -398). Il aurait été le seul fils légitime d’Artaxerxès Ier et de la Reine Damaspia. Il est connu pour avoir servi comme prince héritier, mais il n’est apparemment seulement reconnu à ce titre qu’en Perse et en Élam. La dernière inscription citant Artaxerxès Ier vivant peut être datée du 24 décembre -424.

Xerxès II monte apparemment sur le trône, mais deux de ses frères illégitimes le revendique aussi. Le premier est Sogdianos, fils d’une concubine, Alogyne (ou Alogune) et le second est Darius II. Ils étaient tous les deux mariés avec leur demi-sœur Parysatis, fille d’Andia de Babylone.

Une première inscription d’Ochus (Darius II) peut être daté du 10 janvier -423. Il était déjà à cette époque satrape d’Hyrcanie et il est rapidement reconnue par les Mèdes, la Babylonie et l’Égypte. Sogdianos à son tour sera tué quelques mois plus tard. Darius II devenant le seul dirigeant de l’Empire Perse.

Généalogie

 

Sogdianos

Sogdianos (ou Sekyndianos ou en perse Sogdyậna, 424-423), Manéthon l’appelle Sogdianus et lui compte sept mois de règne (Africanus, Eusebius) est roi des Perses Achéménides six mois et demi. Il est le fils d’Artaxerxès Ier et Alogyne (ou Alogune) une concubine. Après avoir assassiné en -424 son demi-frère, Xerxès II, il le remplace sur le trône. Son succès est de courte durée. Un autre de ses demi-frères, le satrape d’Hyrcanie Ochos (ou Darius II), le fils d’Artaxerxès Ier se soulève contre lui avec l’aide de ses troupes babyloniennes. Ochos parvient à isoler son demi-frère, qui doit se rendre. Il le fait assassiner par Arbarios, commandant de la cavalerie.

Sogdianos n’a pas le temps de venir en Égypte pour devenir pharaon, de ce fait il n’est rapporté dans aucune source égyptienne. C’est un personnage historique obscur, qui est connu principalement que par les écrits de Ctésias de Cnide (médecin grec d’Artaxerxès II, historien de la Perse et de l’Inde, mort v. -398). Il épouse sa demi-sœur Parysatis, fille d’Artaxerxès Ier et d’Andia de Babylone. Il n’y a pas de titulature égyptienne pour ce roi.

Ochos devient roi sous le nom de règne Darius II.

Darius II

Darius II (ou Ochos ou Nothos, en Perse Dārayavahusch ou Dārayavausch, 423-404), Manéthon l’appelle Dareiôs ou Deuterôs ou Darius fils de Xerxês et lui compte dix-neuf ans de règne (Africanus, Eusebius), est le fils d’Artaxerxès Ier. Il est souvent surnommée Nothus du grec νοθος, qui signifie « bâtard ». Nous savons très peu de chose au sujet du règne de Darius II si ce n’est qu’il est ensanglanté par de nombreux assassinats. Il monte sur le trône après avoir assassiné son demi-frère Sogdianos, lui-même assassin du roi légitime, Xerxès II, en -424. Une première inscription d’Ochus (Darius II) peut être datée au 10 janvier 423. Il était déjà à cette époque Satrape d’Hyrcanie et il est rapidement reconnue par les Mèdes, la Babylonie et l’Égypte.

Sous son règne, la Perse cherche à profiter des conséquences de la guerre du Péloponnèse, il intervient dans celle-ci par l’intermédiaire des satrapes Pharnabaze et Tissapherne, qui soutienne Athènes, puis Sparte. En -412, Sparte signe le traité de Milet abandonnant les villes d’Ionie aux Perses en échange de quoi l’or de Darius II sert à l’entretien de la flotte spartiate.En -411 et -405, des soulèvements de Princes locaux à Tanis, avec à leur tête Amyrthée soutenus par les cités Grecques et tout particulièrement Sparte, vont mettre fin à la paisible occupation Perse en Égypte. Xénophon (Philosophe et historien Grec, v.426-v.355) mentionne une rébellion des Mèdes en -409. Il aura aussi à faire face en -409 au soulèvement de la Médie et de la Lydie. En -408, il envoie son fils Cyrus le Jeune en Asie Mineure pour mater fermement la révolte.

Darius II meurt à Babylone et sa mort met en concurrence ses deux fils, prétendants au trône, Artaxerxès II Mnemon et Cyrus le Jeune, ce dernier étant le favori de sa mère. Dans les extraits de Ctésias de Cnide (médecin Grec d’Artaxerxès II, historien de la Perse et de l’Inde, mort v.398), qui présente Darius II comme un souverain assez faible, dominé par sa femme Parysatis, (qui est aussi sa demi-sœur), certaines intrigues de harem sont enregistrées, dans lesquelles Darius II aurait joué un rôle douteux.Il épouse sa demi-sœur Parysatis et a quatre enfants :

  • Deux fils, Artaxerxès II Mnemon né en 456 et Cyrus le Jeune qui meurt le 3 septembre 401.
  • Deux filles, Ostanes et Amestris née vers 425, qui épouse son frère Artaxerxès II Mnemon

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Artaxerxès II

Artaxerxès II Mnémon, (en grec ρταξέρξης , « qui a de la mémoire », en persan : Ardaschīr, Ŗtachschaçā), est roi de Perse de -404 à -358, soit le plus long règne d’un souverain de la famille des Achéménides. Il est aussi brièvement pharaon d’Égypte avant que celle ci ne se révolte en -404 / -402.

Généalogie

Nommé Arsicas dans sa jeunesse, Artaxerxès est le fils aîné de Darius II et de sa demi-sœur Parysatis. Cette dernière semble intriguer pour que son fils cadet, Cyrus le Jeune, accède au trône mais Darius II impose Artaxerxès et éloigne Cyrus en faisant de lui le satrape de Lydie, Phrygie et Cappadoce. Selon Plutarque[1], Cyrus fomente un complot contre son frère dès -404, à la mort de Darius, alors qu’Artaxerxès va être sacré par les prêtres à Pasargadès. Xénophon note pour sa part qu’il s’agit d’une calomnie. Quoi qu’il en soit, Artaxerxès épargne Cyrus suite aux suppliques de Parysatis qui, toute sa vie, conservera une forte influence sur son fils aîné.

Cyrus se prépare alors à la révolte et engage de nombreux mercenaires grecs, sans doute plus de 10 000, dirigés par le Spartiate Cléarque. La défaite et la mort de Cyrus à Counaxa (-401), et le massacre des chefs grecs par le satrape Tissapherne, sauve le trône d’Artaxerxès II tandis que les mercenaires restants regagnent difficilement la Grèce, dirigés par Xénophon.

Règne


Le règne d’Artaxerxès II est celui du lent déclin de l’empire achéménide. Il perd l’Égypte (-404) et la côte syro-phénicienne est confronté à un dynaste de Chypre, Évagoras, qui réussit provisoirement à faire l’unité de l’île. Il faut plus de 10 ans pour le réduire (-381) et encore doit-on lui laisser la possession de Salamine.

La fin du règne d’Artaxerxès II se passe dans le chaos puisque l’aîné de ses fils, Darius, est exécuté après un complot contre lui. Le nouveau prince héritier devient Ariaspes qui était très populaire auprès de la cour. Cependant les conspirateurs, qui comprenaient Artaxerxès III, le troisième fils du roi et l’un des commandants de la garde royale nommé Tiribaze (ou Tiribazus), accusent Ariaspes de trahison ce qui pousse ce dernier au suicide. Les espoirs du roi s’orientent alors sur son quatrième fils, Arsame qui est lui aussi assassiné. Quand à Tissapherne, qui l’aida contre son frère Cyrus le Jeune, il épouse une des filles d’Artaxerxès II et s’attaque ensuite aux villes d’Ionie. Il entre en guerre avec Sparte mais il est battu, sur les bords du Pactole en -395 par le roi Agésilas II (-398/-360). C’est le prétexte qu’attendait la reine Parysatis pour venger son fils Cyrus le Jeune. Elle accuse Tissapherne de trahison et il est exécuté à Colosses, en Phrygie, en -395.

Avec la Grèce, Artaxerxès réussit à se poser en arbitre entre Sparte et Athènes, en partie grâce aux énormes sommes d’argent corrupteur déversées sur les cités grecques. En -386 est signée la paix du roi, ou paix d’Antalcidas, qui assure à la Perse le contrôle des villes d’Asie Mineure. En -365 Artaxerxès est confronté à une révolte générale des satrapes d’Asie Mineure, pourtant déjà largement autonomes comme Mausole en Carie. En fait la mort de Cyrus a affermi le trône du Grand Roi, selon l’expression de l’époque, mais l’intrusion de ce dernier dans les affaires de la Grèce est la conséquence des incessantes rivalités internes aux cités grecques non celle de sa puissance propre. Durant tout son règne l’immense état est menacé de dislocation et s’il échappe à cette situation c’est avant tout par la division de ses adversaires.

Artaxerxès au cours de son long règne fut aussi un grand constructeur. Beaucoup de richesses ont été consacrés à des projets de construction. Il a restauré le palais de Darius Ier, à Suse et aussi des fortifications, dont une imposante redoute, à l’angle sud de l’enceinte et a donné au palais d’Ecbatane une nouvelle apadana (salle du trône) et des sculptures. Il ne semble pas avoir beaucoup construit à Persépolis.

Sa famille

Les sources sont très diverses quant à ses épouses. Certaines en donne 350 avec 115 fils ce qui parait complètement démesuré. Parmi celle-ci il y aurait eu une femme grecque de Phocée nommé Aspasie (ou Aspasia, à ne pas confondre avec la concubine de Périclès). Il aurait aussi aimé un jeune eunuque du nom de Tiridate, qui est décédé très jeune. Sa mort aurait causé un énorme chagrin à Artaxerxès qui aurait imposé un deuil dans tout l’Empire en sa mémoire. Il lui est attesté comme épouse sa sœur Amestris avec qui il a peut-être deux fils, Darius et Arsame. Puis Stateira, fille d’Hydarnes III d’Arménie, qui lui donne cinq enfant :

 

Artaxerxès III

Artaxerxès III Ochos est roi de Perse de la dynastie des Achéménides et roi d’Égypte de la seconde domination perse (XXXIe dynastie), mort en -338.

Il est le quatrième fils d’Artaxerxès II Mnémon et parvient au pouvoir en -358, à la mort de son père, après le décès dramatique de ses frères aînés.

Règne


L’une de ses premières actions est d’ailleurs de faire tuer tous ses frères survivants afin de s’assurer la totalité du pouvoir. Ce souverain énergique et impitoyable va restaurer provisoirement la puissance de l’empire achéménide passablement amenuisée sous le long règne de son père.

Dans un premier temps, de -358 à -350 environ, il mate la rébellion des divers satrapes d’Asie Mineure qui s’étaient taillé des principautés quasi-indépendantes à partir de -365. Ainsi en -354 ses troupes battent les deux mercenaires Grecs Mentor et Memnon de Rhodes et chassent le satrape Artabaze en Macédoine.

Il échoue une première fois contre l’Égypte et le pharaon Nectanébo II en -351. Cet échec entraine une révolte de Chypre, la Phénicie mais qui échoue du fait de la trahison du roi de Sidon. En -343 il lance une nouvelle offensive contre Nectanébo avec l’aide de Mentor de Rhodes (qui maintenant combat pour le souverain perse depuis -346). Nectanébo, malgré l’aide de mercenaires grecs, est battu et doit se réfugier en Haute-Égypte ou il résiste encore deux ans.

Adversaire attentif et inquiet des progrès de la Macédoine, il aide Périnthe et Byzance assiégées par Philippe II de Macédoine et fait alliance avec Athènes. Mais en -338, il est assassiné par son ministre, l’eunuque égyptien Bagoas, qui le remplace provisoirement par Arsès puis par Darius III, ce qui plonge l’empire dans une grave crise laquelle détruit les aspects positifs du règne d’Artaxerxès III.

Sa mort

Un jour de chaleur extrême, Bagoas lui propose une tranche de fruit et, pour le rassurer, se coupe lui-même une tranche et la mange. Confiant, Artaxerxès accepte à son tour et meurt empoisonné. Une seule face du couteau était enduite de poison…

Arsès

Arsès ou Artaxerxès IV (en perse Artaxšacā ou Aršaka ou Aršāma ou Arxes ou Oarses), est un souverain de la dynastie perse achéménide de -338/-336. Manéthon l’appelle Arsês et on lui compte trois ans de règne (selon Sextus Julius Africanus). Il est le plus jeune fils d’Artaxerxès III Okhos et de la reine Atossa. Il n’est connu dans les sources grecques que sous le nom d’Arsès, ce qui semble être son vrai nom, mais des documents retrouvés à Samarie signalent qu’il avait pris le nom royal d’Artaxerxès IV.

Il est porté sur le trône par l’eunuque Bagoas, le puissant ministre (ou général) de Perse, après l’assassinat de son père et la plupart de sa famille. Il n’est pas prouvé aujourd’hui qu’Arsès n’ait rien à voir dans ce meurtre. Bagoas, qui cherchait à garder sa fonction, voyait en remplaçant Artaxerxès III par son fils, plus facile à contrôler, le moyen d’avoir tous les pouvoirs.

Arsès et Bogoas n’ont pas un contrôle total de l’Égypte, un indigène, Khababach s’étant fait reconnaître comme Pharaon en Haute-Égypte. Celui-ci est soutenu par une grande partie du peuple opprimé du pays, mais il n’a jamais été semble-t-il au delà de son propre nome.

L’autre souci important pour les Perses pendant le court règne de ce roi fantoche, sont les hostilités sur les frontières occidentales avec la Macédoine de Philippe II (-359/-336) d’abord, puis de son fils Alexandre le Grand (-336/-323) ensuite.

Arsès, n’a jamais vraiment gouverné durant les deux années de son règne, alors que Bagoas agit comme s’il était sur le trône. Finalement, mécontent de cet état de chose et peut-être influencé par les nobles de la cour royale, qui généralement méprisaient Bagoas, Arsès planifie le meurtre de Bagoas. Mais le ministre, qui à vent de l’attentat, prend les devants et réussi à empoisonner Arsès. Il porte ensuite sur le trône un cousin d’Arsès, Darius III Codoman, dont le premier acte sera de se débarrasser de ce dangereux ministre.

Il n’y a pas de titulature égyptienne concernant Arxès.

Darius III

 

Darius III Codoman (-380/-330) est roi de Perse de -336 à sa mort en -330. Vaincu par Alexandre le Grand, il est le dernier roi de la dynastie achéménide.

Origines de son règne

Darius est membre d’une branche collatérale de la dynastie des Achéménides, étant le fils d’Arsamès et de Sisygambis et le petit-fils d’Ostanès, lui même fils de Darius II et frère d’Artaxerxès II. Il accède au trône à la suite des crimes de l’eunuque Bagoas qui assassine, en -338, Artaxerxès III puis le fils de celui-ci, Arsès, en -336. Il envisage rapidement un sort identique pour Darius, sans doute moins docile que prévu, mais celui-ci anticipe son empoisonnement en faisant lui-même boire à Bagoas la coupe fatale que celui-ci lui a destiné. Considéré par les Perses comme un guerrier d’élite[1], Darius semble appuyé par une grande partie de l’aristocratie et de l’armée. Une tradition antique, en vigueur chez les Macédoniens, prétend que Darius aurait été l’un des esclaves de Bagoas[2].

Darius, bien qu’auparavant satrape d’Arménie, a encore peu d’expérience politique. Il parvient toutefois à faire de la Phénicie une satrapie et à ramener l’ordre en Égypte. Il tente d’imposer la domination perse dans un empire de plus en plus miné par les ambitions des satrapes et menacé par l’expansionnisme macédonien.

Lutte contre Alexandre

Le règne de Darius est exclusivement marqué par la lutte contre les Macédoniens. Dès -336, Philippe II envoie un corps expéditionnaire en Asie Mineure mais son assassinat retarde les projets d’invasion. Lorsqu’Alexandre traverse l’Hellespont au printemps -334, Darius ne prend pas tout de suite la mesure de l’événement ; il laisse aux satrapes et à Memnon de Rhodes, le chef des mercenaires grecs, le soin d’arrêter l’armée macédonienne. Mal préparés, ceux-ci sont battus à la bataille du Granique en mai -334.

Darius concentre alors une nouvelle armée en Babylonie et fait, en Syrie, sa jonction avec les mercenaires grecs. Darius, qui commande en personne, est vaincu à la bataille d’Issos (entre les monts Taurus et la mer) le 1er novembre -333. Non sans avoir tenté de résister à l’assaut de la cavalerie lourde macédonienne, il prend la fuite, laissant son char et ses attributs royaux (son arc, son bouclier et son manteau), ce qui constitue un véritable déshonneur selon les codes de la royauté achéménide. Surtout, Darius abandonne la famille royale à son sort : sa mère, son épouse Stateira et leurs enfants sont en effet capturés par Alexandre.

Ne pouvant empêcher Alexandre de conquérir la Phénicie et l’Égypte, il a le temps de former une nouvelle armée en intégrant, cette fois-ci, nombre de contingents des satrapies orientales (dont quelques éléphants de guerre). Il prend soin de choisir un terrain favorable à son innombrable cavalerie et à ses chars à faux, mais il est définitivement vaincu à la bataille de Gaugamèles le 1er octobre -331. Il prend la fuite vers les montagnes de Médie mais, abandonné par tous ses fidèles, il est assassiné par Nabarzane et le satrape Bessos qui se proclame roi de Perse en juillet -330 sous le nom d’Artaxerxès V.

Darius est enseveli par Alexandre, avec d’immenses honneurs, dans la nécropole royale de Persépolis. Le Macédonien se considère, en effet, comme son légitime successeur et épouse sa fille Stateira lors des noces de Suse en -324. Alexandre prend donc logiquement sa suite dans les chroniques impériales.

Postérité

Une tradition historique tend à dépeindre Darius en roi dont la lâcheté n’aurait d’égal que le piètre talent de stratège. On peut d’emblée nuancer ce propos en arguant de la faiblesse même de l’empire perse face à l’expansionnisme macédonien. Darius montre, par ailleurs, un certain talent militaire en parvenant à se placer sur les arrières de l’armée macédonienne avant la bataille d’Issos.

Il convient surtout de souligner l’inadaptation de la tactique militaire perse sur le champ de bataille. Selon un code très ritualisé, Darius se tient juché sur son char au centre de l’armée, de manière hiératique et majestueuse, protégé par le bataillon des 10 000 Immortels et la garde équestre des Parents du Roi. Il ne peut, paralysé dans un dispositif figé, véritablement résister à la charge de la cavalerie des Compagnons, comme le montre bien la Mosaïque d’Alexandre. Malgré l’esprit chevaleresque de ses cavaliers, Darius ne dispose pas d’une armée et d’un commandement capable de faire face à la force d’impact de l’armée macédonienne.

Rois Achemenides (2)

Cambyse est le fils de Cyrus II. Hérodote (III, 1) rapporte trois traditions concernant sa mère. Cyrus, après la conquête de la Palestine, avait des vues sur l’Égypte. Conseillé par un mage égyptien, il exigea du pharaon Amasis qu’il lui envoyât une de ses filles. En fait, Amasis envoya Nitètis, une fille du précédent pharaon, Apriès. D’après la tradition égyptienne, Nitètis épousa Cyrus et donna naissance à Cambyse. D’après la tradition perse, Nitètis épousa Cambyse. Enfin, une autre tradition rapporte que Cassandane était la mère de Cambyse, et que celle-ci fut tellement jalouse de Nitètis que son fils lui jura de la venger.

Cambyse épouse ses demi-sœurs, Atossa et Méroé et sa sœur Roxane, il n’a pas d’enfant connu.

La conquête de l’Égypte

Lorsque Cambyse dirige son armée vers l’Égypte en -525, le pays est dans une situation critique. Amasis est mort l’année précédente, Psammétique III lui a succédé. Deux alliés de poids lui ont fait défaut : Polycrate de Samos, le maître tout puissant des Cyclades a rejoint Cambyse, ainsi que Phanès d’Halicarnasse, un important mercenaire, chef des troupes cariennes du pharaon, et ayant une grande connaissance de l’Égypte, en particulier des voies d’accès.

Après avoir conquis Gaza au passage, qui servira de tête de pont à toutes les campagnes vers l’Égypte, l’armée perse traverse le Sinaï avec l’aide des tribus arabes. L’armée égyptienne s’est massée à Péluse, porte d’entrée de l’Égypte. Après un long siège, les Égyptiens sont obligés de se retirer à Memphis, où ils sont de nouveau assiégés. La ville finit par tomber, Psammétique III est capturé et Cambyse pénètre en vainqueur dans la capitale.

Comme Cyrus avec l’empire des Mèdes, Cambyse reprit à son compte les conquêtes en cours de l’Égypte vers la Libye et la Cyrénaïque, et vers l’Éthiopie. La Libye et Cyrène se soumirent sans combattre, par contre la campagne vers l’Éthiopie fut un échec. Les troupes phéniciennes de l’armée perse refusèrent de s’attaquer à Carthage, et l’expansion de l’empire perse sous Cambyse s’arrêta là.

Une fois maître du pays, Cambyse se fit couronner pharaon de la Haute et Basse-Égypte. La tradition, rapportée principalement par les Grecs, fait de Cambyse un homme au bord de la folie, tyrannique et cruel. On lui reproche la destruction de nombreux temples et idoles sacrées, le massacre d’une grande partie de l’élite, aussi bien égyptienne que perse, le meurtre du taureau Apis, dont il aurait fait flageller le cadavre, etc. Il est clair que les Égyptiens ont été particulièrement choqués des débordements et des pillages de l’armée perse, mais il ne semble pas qu’il y ait eu une volonté de destruction systématique des temples. Des fouilles ont permis de retrouver dans le Sérapéum de Memphis la momie de l’Apis mort pendant le règne de Cambyse ; elle est accompagnée des inscriptions traditionnelles du pharaon perse, indiquant que Cambyse a participé au culte de l’Apis comme tout autre pharaon. Par ailleurs, la cruauté de certains châtiments sous son règne sont en fait assez typiques des mœurs des souverains perses ; le plus connu d’entre eux fut le supplice du juge Sisamnès.

La mort de Cambyse

En -522, Cambyse II apprend l’usurpation du trône par son frère Bardiya. Alors qu’il rentre en hâte vers la Perse, il meurt au début de l’été d’une gangrène à la suite d’une blessure à la cuisse contractée en Syrie. Selon Hérodote, il serait mort à Ecbatane[1].

 

 

Bardiya

Bardiya (-5?? – -525 ou -522), fils de Cyrus II, de la dynastie des achéménides, Grand Roi de l’empire perse pendant quelques mois en -522, à moins qu’il ne fût assassiné avant et qu’un usurpateur ait pris sa place à la tête de l’empire. Il est également connu sous les noms grecs de Smerdis, Mergis, Mardos, Tanyoxarkès.

Le problème « Bardiya »

L’histoire de Bardiya est une des grandes énigmes de l’histoire de l’empire perse. Bien qu’il fût l’aîné, Cyrus ne le désigna pas comme héritier, lui préférant Cambyse; il reçut en contre-partie une grande satrapie d’Asie centrale. Tout au long du règne de Cambyse, des incidents eurent lieu entre les deux frères, attestés par Hérodote, illustrant ainsi une certaine rivalité.

Les seuls éléments dont on est à peu près sûr concernant la succession de Cambyse en -522 sont les suivants:

  • en mars -522, Bardiya ou son usurpateur Gaumata se soulève en Perse contre Cambyse, alors que celui-ci est en Égypte;
  • au début de l’été -522, Cambyse meurt en Syrie, alors qu’il se dirige vers la Perse;
  • en juillet -522, Bardiya/Gaumata est déclaré Grand Roi de l’empire Perse;
  • le règne de Bardiya/Gaumata a profondément mécontenté l’aristocratie perse;
  • Bardiya/Gaumata a été assassiné par une coalition de généraux le 29 septembre -522, l’un des leurs, Darius lui succédant sur le trône.

Darius a-t-il vaincu un usurpateur… [

Le problème est de savoir si un usurpateur s’est fait passer pour Bardiya, ou bien si c’est vraiment Bardiya qui a pris la succession de Cambyse.

La tradition la plus connue, rapportée par Hérodote et tous les auteurs grecs, ainsi que par Darius lui-même, est que Bardiya avait été assassiné en secret, soit sur ordre de Cambyse, soit par le mage Gaumata. Celui-ci, grâce à une grande ressemblance avec Bardiya, aurait réussi à se faire passer pour lui et à prendre la succession de Cambyse, avant même la mort de celui-ci, probablement supporté par l’aristocratie perse. Diverses versions de cette histoire ont été rapportées, dans lesquelles c’est le frère du mage qui accède au trône.

Dans l’inscription que Darius a fait graver sur la falaise de Behistun, on peut lire:

« Ce royaume que Gaumata le Mage ravit à Cambyse, ce royaume appartenait depuis l’origine à notre lignée: puis Gaumata le Mage ravit aussi bien la Perse, la Médie que les autres pays, il en fit sa propre possession, il en devint Roi. [...] il n’y eut personne, ni un Perse, ni un Mède ni quiconque de notre lignée qui pût ravir le royaume à Gaumata le Mage. Le peuple le craignait fort. Il exécutait beaucoup de gens qui auparavant avait connu Bardiya. Voilà pourquoi il tuait des gens: « qu’ils ne sachent pas que je ne suis pas Bardiya, le fils de Cyrus! ». Personne n’osait rien dire sur Gaumata le Mage jusqu’à ce que j’arrive. Alors, j’ai imploré Ahura-Mazda, Ahura-Mazda m’a apporté son soutien: le dixième jour du mois de Bagayadi, avec un petit nombre d’hommes, je tuai Gaumata le Mage et ceux qui étaient ses principaux partisans: je le tuai à Sikayauvati, une place forte en Médie, dans la région de Nisaya. Je lui ravis le royaume, par la puissance d’Ahura-Mazda, je devins roi, Ahura-Mazda me remit le royaume. »

Une coalition de sept généraux perses décida donc de renverser l’usurpateur. Bénéficiant de complicités à l’intérieur du palais, ils purent atteindre les quartiers royaux; après avoir tué les eunuques de la garde rapprochée du Grand Roi, ils pénétrèrent dans sa chambre et l’assassinèrent dans son lit.

… ou bien Darius est-il un usurpateur ?

Mais il faut se méfier de ces inscriptions, que Darius utilisait comme outil de propagande. De même que Cambyse avait tout intérêt de faire passer Amasis pour un pharaon illégitime après l’avoir renversé pour se faire lui-même accepter comme pharaon, Darius aurait pu, si le vrai Bardiya était effectivement monté sur le trône, le faire passer pour un usurpateur. En épousant par la suite des filles de Cyrus, il continuait la dynastie achéménide après s’être posé comme son protecteur.

Le débat est loin d’être clos, car on ne dispose pas de témoignages directs de l’époque hormis celui de Darius, Hérodote ayant rapporté sa version plus d’un siècle après les faits.

Au cours de l’année qui suit, un autre pseudo-Bardiya, nommé Vahyazdāta a lutté contre la Perse de Darius Ier, dans l’est de l’Empire et a rencontré un certain succès. Mais il finit par être vaincu, fait prisonnier et exécuté (Béhistoun Inscr. ~ 40 cas). Ce Vahyazdāta est peut-être identique avec le roi d’une tribu perse, Maraphis (ou Maraphian) qui se présente en tant que successeur dans la liste des rois perses donnée par Eschyle (Pers. 778). Selon Hérodote ( ~ 79 Ctes. Pers. 15 ), le décès du faux Bardiya a été célébrée chaque année en Perse par une fête appelée « L’assassinat du mage » (ou Magiophani) au cours de laquelle aucun mage n’était autorisé à se montrer.

Darius Ier

Darius Ier († -486; en vieux-persan Dārayawuš, en grec ancien Δαρεος / Dareios), dit Darius le Grand, est un grand roi de l’Empire perse ; il appartient à la dynastie des Achéménides.

Darius est né vers -550. Il est le fils d’Hystaspès, et le petit-fils d’Arsamès. Dans son inscription à Behistoun, Darius se présente comme descendant en droite ligne d’Achéménès, mais il s’agit sans doute, contrairement à ce qu’il affirme, d’une branche qui n’a pas produit de rois jusqu’à lui.

Darius porte les titres auliques de « porte-carquois » de Cyrus II, puis de « porte-lance » de Cambyse II lors de la conquête de l’Égypte. Il épouse une des filles de Gobryas, l’un des sept conjurés, qui lui donne trois fils dont Artobarzanès l’aîné, et Ariabignès.

 

L’accession au pouvoir

Le règne de Bardiya a provoqué le mécontentement de l’aristocratie perse, au point que le général Otanès décide de le renverser quelque mois seulement après son avènement en -522. Il rassemble autour de lui cinq autres conjurés, dont Gobryas qui finit par faire appel à Darius, auquel il est lié par un échange de mariages (Gobryas a épousé une sœur de Darius).

Le coup d’État est présenté par Hérodote comme l’œuvre d’un petit groupe, se glissant discrètement dans le palais et assassinant Bardiya dans son lit, mais Darius dans l’inscription de Behistoun se présente comme « chef d’une armée de Mèdes et de Perses ». Il est plus probable que le renversement de Bardiya a fait l’objet de batailles militaires, les insurgés le poursuivant et l’exécutant dans une place forte où il s’était réfugié.

Hérodote (III, 80-83) écrit que les débats sur la succession de Bardiya tournent autour de trois options : l’isonomie, l’oligarchie et la monarchie, celle-ci étant proposée par Darius, mais cette discussion semble refléter des considérations du monde Grec de l’époque, et non nécessairement celles des Perses. Après qu’il a choisi de continuer la monarchie, et comme il n’y a pas d’héritier direct, toujours selon Hérodote (III, 86-87) les conjurés se rassemblent à l’aube et décident que le premier dont le cheval hennira devant le soleil levant sera roi ; le palefrenier de Darius fait sentir à son cheval l’odeur d’une jument, ce qui le fait hennir. Là encore, il est plus probable que Darius a fini par faire l’objet d’un consensus entre les conjurés, après qu’Otanès se fut retiré de la discussion.

Selon la coutume qui voulait que le nouveau roi épousât les femmes de son prédécesseur, mais également pour renforcer ses liens avec la branche régnante des Achéménides, Darius épouse deux des filles de Cyrus II, Atossa, veuve de Cambyse II et de Bardiya/Smerdis, et Artystonè, une de ses petites-filles, Parmys, ainsi que Phaidimè, veuve de Bardiya/Smerdis mais également fille d’Otanès. Plus tard il épouse Phratagounè, fille de son frère Artanès.

 

Les révoltes des provinces

La prise du pouvoir par Darius provoque immédiatement des révoltes en Élam, rapidement écrasée, et en Babylonie, plus difficilement maîtrisée. Alors qu’il se trouve à Babylone, la plupart des autres provinces se soulèvent : la Perse, l’Élam à nouveau, la Médie, l’Assyrie, l’Égypte, la Parthie, l’Arménie, la Margiane, la Sattagydie, et les Saces. Darius se vante d’avoir vaincu tous ces rebelles en l’espace d’une seule année, ce qui paraît peu crédible. Les batailles sont menées sur plusieurs fronts simultanément par les généraux de l’armée de Darius, celui-ci dirigeant les opérations depuis Babylone, puis depuis la Médie. L’ordre est finalement rétabli dans l’empire à la fin de l’année -521, à l’exception de l’Arménie ; l’Élam se révoltera encore en -519, puis les Saces. Les chefs rebelles et leurs suites sont systématiquement suppliciés et exécutés.

Ces révoltes montrent que la légitimité de Darius ne faisait pas l’unanimité, puisque même la Perse se souleva sous la conduite d’un prince se présentant comme le vrai Bardiya. Elles révèlent aussi à quel point l’empire perse n’était politiquement et administrativement pas stable, au point d’éclater à la première succession difficile. Enfin, le poids des tributs et la crainte des noblesses locales de perdre leurs prérogatives face aux dirigeants perses ont joué un rôle non négligeable. Par contre, ces soulèvements ne semblent pas avoir été populaires, ce qui conforte l’image d’une domination perse plutôt bien acceptée par les populations locales.

Réorganisation de l’Empire

Darius revoit complètement le système des satrapies, établies par Cyrus. Le tribut de chaque satrapie est fixé par le pouvoir central, et non plus pas le satrape car c’était une des raisons des révoltes du début du règne. Seule la satrapie de Perse est exemptée de tribut. Dans chaque satrapie, la justice est rendue selon les traditions locales ; en Égypte, Darius commande une compilation de tous les textes de loi jusqu’à Amasis. Si chaque satrapie conserve son administration propre, le pouvoir achéménide reste très présent et intervient fréquemment. De même que les Perses n’ont pas diffusé leurs lois, ils n’imposent pas non plus leur langue : c’est l’araméen, lingua franca d’une grande partie de l’empire, qui est utilisée pour les communications entre les satrapies et le pouvoir central, les ordres étant ensuite traduits en langue locale.

Le roi bâtisseur [

Après l’écrasement des révoltes, Darius entreprend la construction d’un monument destiné à proclamer sa légitimité, un immense bas-relief sur la falaise de Behistoun. On y voit Darius en Grand Roi écrasant Gaumata, et les neufs rois menteurs enchaînés. Le bas-relief est encadré d’un texte traduit en trois langues, vieux-persan, élamite et babylonien, racontant le renversement de Gaumata, la répression des rois menteurs, et donnant toutes les justifications sur la légitimité de Darius, comme sa lignée et le soutien reçu d’Ahura Mazda.

Darius démarre d’importants travaux de construction à Suse. Si la ville avait été une capitale pour ses prédécesseurs Cyrus et Cambyse, ils n’y avaient fait aucun travaux notables et Suse avait conservé son aspect de capitale élamite. Sur l’impulsion de Darius, c’est toute la ville qui est remodelée : des nouvelles fortifications sont élevées, et on construit des terrasses, un apadana, un palais, des maisons, une porte monumentale. Il est probable que les travaux se sont poursuivis pendant tout le règne de Darius et au-delà, car on note l’emploi d’artisans ioniens et cariens déportés après la révolte de l’Ionie ; le plan d’ensemble a cependant certainement été dessiné au début du règne de Darius. Les chantiers s’étendaient sur 70 hectares, dont 12 hectares pour la seule terrasse des palais ; comme à Persépolis, d’immenses terrasses furent construites pour accueillir les palais.

Darius décide de construire une nouvelle capitale : ce sera Parsa (Persépolis en grec). Comme à Suse, les palais seront construits sur une immense terrasse fortifiée de 125 000 m². On peut dater du règne de Darius : le Trésor, le palais de Darius, le grand escalier sud (remplacé par l’escalier ouest sous Xerxès) et possiblement le Triptylon. Mais comme à Suse, il est probable que l’ensemble du site a été conçu sous Darius, et que ses successeurs ne feront généralement que poursuivre sa vision.

En Égypte, Darius fait remettre en état le canal des pharaons reliant la Mer Rouge à Bubastis, dans le delta du Nil, entrepris sous Nékao II. Un temple d’Hibis est construit en son nom dans l’oasis de Kharga, et celui de Nekheb fut reconstruit. À Babylone, on note un palais construit pour Darius. À Jérusalem, alerté par le gouverneur qui s’inquiétait de la ferveur autour de la reconstruction du temple, Darius ordonne la poursuite des travaux, pour lesquels il fait un don. L’immense réseau des routes et postes royales, entrepris sous Cyrus, est poursuivi pour relier l’ensemble des satrapies.

Les conquêtes

Les conquêtes de Darius vont se porter vers l’ouest de l’empire; elles apparaissent comme un effort de consolidation et de sécurisation des frontières héritées de Cyrus et Cambyse, plutôt que comme une volonté d’expansion.

Le premier territoire conquis, vers -519, est Samos, qui n’intègre cependant pas l’empire mais est confiée au tyran Syloson, obligé de Darius. C’est la première incursion des Perses dans la mer Égée.

En -513, suite à une guerre civile à Cyrène, la plus grande partie de la Libye est soumise.

L’expédition en Scythie

Également en -513, Darius prend en personne la tête d’une expédition vers la Scythie, dont l’objectif final reste incertain. Selon Hérodote (IV, 87), elle rassemblait 700 000 hommes, accompagnés de 600 navires, les effectifs étant principalement fournis par les cités de l’Hellespont. La flotte se dirige vers le Danube, tandis que Darius soumet une partie de la Thrace et les Gètes. Rejoignant la flotte à l’embouchure du Danube, l’armée s’enfonce en territoire scythe, mais les populations locales, très diverses, résistent tout en refusant l’affrontement ouvert. Darius est finalement obligé de battre en retraite, le Danube marquant ainsi une frontière définitive de l’empire perse. Sur le chemin du retour, la conquête de la Thrace est achevée. Devant la menace, la Macédoine se soumet sans combat et devient un protectorat.

La révolte de l’Ionie

En -500, suite à l’appel à l’aide de tyrans de Naxos chassés par leur peuple, le tyran de Milet, Aristagoras propose au satrape Artaphernès de prendre Naxos, et de là, les Cyclades et l’Eubée. L’expédition est approuvée par Darius, mais des dissensions dans le commandement la font échouer, et pour éviter le châtiment du Grand Roi, Aristagoras se rebelle, déclare l’Ionie indépendante et impose l’isonomie. Il obtient le soutien d’Athènes, qui envoie 25 navires. La première attaque a lieu en -499 contre Sardes, qui est incendiée mais l’acropole reste imprenable ; les rebelles subissent une lourde défaite près d’Éphèse, et Athènes retire son soutien. Cependant, le soulèvement se propage dans toute la région, de Byzance à la Carie et à Chypre. Après quelques premiers succès contre l’armée perse, le rapport de force s’inverse et les cités retombent aux mains des Perses l’une après l’autre. Aristagoras meurt dans un combat contre les Thraces. La flotte ionienne est finalement vaincue à Ladè en -494, et Milet tombe. Les Perses se montrent impitoyables envers les vaincus.

En -493, Darius envoie son gendre Mardonios en Asie Mineure, d’où il intègre la Macédoine à l’empire, ainsi que les Bryges et Thasos.

La mer Égée

La conquête de la Grèce se prépare dès -491, pour laquelle toutes les cités d’Asie Mineure sont mises à contribution ; le premier objectif semble être la capture des îles de la mer Égée : Naxos tombe en -490, puis Délos, Karystos, et l’Eubée. La domination perse sur la mer Égée est ainsi complète. La deuxième partie sera rapidement interrompue : les Perses débarquent dans la plaine de Marathon, où ils sont écrasés par les Grecs coalisés menés par les Athéniens, et doivent battre en retraite. Le peu d’insistance des Perses montre que l’objectif principal de cette expédition était bien la mer Égée et non la Grèce continentale.

L’empire perse a alors atteint son extension maximale.

La mort de Darius

Hérodote (VII, 1,4) raconte que Darius se met aussitôt à préparer une nouvelle expédition contre la Grèce, qu’il mènerait personnellement, mais il est interrompu par une insurrection en Égypte en -486. Alors qu’il s’apprête à intervenir, Darius meurt de maladie, en novembre -486. Il est inhumé dans un tombeau rupestre qu’il avait fait construire de son vivant, à Naqsh-e Rostam.

Son fils Xerxès lui succède à la tête de l’Empire.

Rois Achemenides (1)


 

Cyrus II

Cyrus II (559 à 529 av. J.-C.), dit Cyrus le Grand, est le fondateur de l’Empire perse, successeur de l’Empire mède. Il appartient à la dynastie des Achéménides.

Légendes de naissance

La naissance de Cyrus (vieux-persan 𐎢[1], Kūruš[2], « soleil ») fait l’objet de légendes orales qui entourent traditionnellement en Mésopotamie les figures de fondateurs, à l’instar de Sargon d’Akkad.

Selon Hérodote (I, 107-130), Cyrus II est le fils de Cambyse Ier, fils du roi perse Cyrus Ier, et de Mandane, fille du roi mède Astyage. Or Astyage a vu en rêve que son petit-fils deviendrait roi à sa place : il ordonne à Harpage, l’un de ses parents, de faire disparaître l’enfant. Harpage, ne voulant pas en être le meurtrier, le confie à Mithridatès, bouvier royal de la cour mède. La femme de celui-ci, qui vient de perdre un enfant mort-né, le convainc de ne pas exposer le bébé aux bêtes fauves, mais de le garder et de l’élever comme leur enfant. Mithridatès substitue donc à Cyrus son fils mort-né, dont il abandonne le corps dans la montagne, paré des habits du prince. La ruse est découverte lorsque Cyrus a dix ans : lors d’un jeu dans lequel il tient le rôle de roi, il a sévèrement puni le fils d’Artembarès, dignitaire mède. Celui-ci le dénonce à Astyage, qui reconnaît son petit-fils. Pour se venger d’avoir été trahi, le roi sert à Harpage les restes de son propre fils lors d’un festin. Puis, les mages ayant assuré qu’il n’a plus à redouter, Cyrus ayant porté le nom de roi, il renvoie le garçon auprès de ses parents véritables.

Selon une autre version, rapportée par Justin (I, 4, 10), Cyrus bébé, abandonné par Mithridatès dans la montagne, est recueilli par une chienne qui le nourrit et le défend contre les bêtes sauvages. Enfin, une troisième version, probablement recueillie par Ctésias et rapportée par Nicolas de Damas, veut que le père de Cyrus ait été un dénommé Atradatès, de l’ethnie méprisée des Mardes, brigand de son état — et sa mère, une gardeuse de chèvres. « Donné » à l’échanson royal Artembarès, Cyrus finit par en être adopté et par en hériter la charge.

Si l’on écarte les éléments mythiques, il semble certain que Cyrus II est l’héritier de la dynastie achéménide des rois d’Anshan, qu’on a localisé dans la plaine de Marvdasht, dans le Fars.

La constitution de l’Empire perse

La guerre médo-perse

Vers 553, une guerre éclate entre Astyage et Cyrus. Les sources babyloniennes (le Songe de Nabonide et la Chronique de Nabonide) et grecques ne s’accordent pas sur la responsabilité du conflit. Si Hérodote présente la marche contre Ecbatane du fait de Cyrus, la Chronique indique qu’Astyage « mobilis[e] [son armée] et il march[e] contre Cyrus, roi d’Anshan, en vue de la conquête. » Toujours est-il qu’il s’ensuit une guerre médo-perse de plusieurs années.

Astyage a placé Harpage à la tête de l’armée mède : ce dernier trahit son souverain et exhorte l’armée à faire de même lors de la première bataille, qui voit une victoire des armées perses. Cependant, contrairement à ce que prétend Hérodote (I, 130), cette bataille ne suffit pas à emporter la décision. Selon Ctésias (utilisé par Diodore, IX, 23), Astyage renvoie alors ses officiers, en nomme de nouveau et prend lui-même en main la conduite de la guerre. Selon Nicolas de Damas et Polyen (VII, 6–9), les combats sont violents en Perse, particulièrement près de Pasargades. Cependant, Cyrus finit par retourner la situation et remporte la victoire. Il se lance alors dans la conquête de la Médie, et Ecbatane finit par tomber vers 550.

Cyrus épargne Astyage, qui conserve un train de vie princier, et se pose même comme son successeur : selon Ctésias et Xénophon, il épouse sa fille Amytis. L’Empire mède passe ainsi entièrement sous le contrôle perse.

La conquête de la Lydie

On ne connaît pas précisément les campagnes que mène Cyrus dans les années suivant sa victoire sur Astyage. Mais c’est probablement vers -547 que Crésus, roi de Lydie, attaque l’empire perse : selon Hérodote (I, 46),

« L’empire d’Astyage, fils de Cyaxare, détruit par Cyrus, fils de Cambyse et celui des Perses, qui prenait de jour en jour de nouveaux accroissements, lui firent mettre un terme à sa douleur (liée à la mort de son fils Atys). Il ne pensa plus qu’aux moyens de réprimer cette puissance avant qu’elle devînt plus formidable[3]. »


La volonté de conquête s’ajoute à ces motifs de prudence : Hérodote explique plus loin que « Crésus partit donc avec son armée pour la Cappadoce, afin d’ajouter ce pays à ses États (…) et par le désir de venger Astyage, son beau-frère » (I, 73). Le Lydien s’est préparé en interrogeant l’oracle de Delphes lequel, comme à son habitude, a fourni une réponse ambiguë, lui assurant que « s’il entreprenait la guerre contre les Perses, il détruirait un grand empire » (I, 53), et lui conseillant de rerchercher « l’amitié des États de la Grèce qu’il aurait reconnus pour les plus puissants » (ibid.). Aussitôt, Crésus avait noué un traité d’alliance avec Sparte.

La contre-attaque de l’armée perse ne se fait pas attendre. Lorsque Cyrus arrive en Cappadoce, il propose à Crésus de devenir satrape de Lydie, autrement dit d’accepter la domination perse, mais celui-ci refuse. Crésus est confiant, car il a passé des alliances non seulement avec Sparte mais aussi avec l’Égypte d’Amasis et Babylone — mais celle-ci n’intervient finalement pas dans le conflit. De son côté, Cyrus a demandé aux cités grecques d’Ionie de faire défection, mais sans succès (Hérodote, I, 76).

Après la bataille du Halys en Cappadoce, Crésus, qui ne s’avoue pas vaincu, fait marche arrière. L’hiver étant venu, il démobilise son armée et espère pouvoir profiter de la mauvaise saison pour mettre sur pied une armée encore plus puissante. Contre toute attente, Cyrus lance son offensive en plein hiver ; après de nombreuses batailles, il finit par forcer Crésus à se réfugier dans sa citadelle de Sardes. Au quatorzième jour du siège, la ville tombe (probablement en -546).

Comme pour Astyage, Cyrus laisse la vie sauve à Crésus, lui attribuant les revenus d’une ville de la côte pour maintenir son train de vie. Les cités grecques d’Asie Mineure refusent quant à elles de se rendre, mais des révoltes à Babylone et en Asie centrale obligent Cyrus à rentrer en urgence à Ecbatane. Il confie la charge de lever les tributs à un Lydien, Paktyès ; celui-ci se révolte, rassemble les Lydiens et marche sur Sardes. Cyrus dépêche son général Mazarès régler l’affaire ; il finit par capturer Paktyès, et met complètement l’armée lydienne sous commandement perse. Mazarès commence à conquérir une à une les cités grecques ; puis, à la mort du général, Cyrus envoie Harpage achever la conquête, qui dure quatre ans.

La conquête de l’Asie centrale

Après son départ de Sardes, Cyrus se dirige vers la partie orientale de son empire ; malgré l’acte d’allégeance des peuples d’Asie centrale après le renversement d’Astyage, plusieurs tribus se sont en effet soulevées. On ne connaît pas la chronologie des nouvelles conquêtes que Cyrus accomplit, mais lorsqu’il marche sur Babylone en 540 se sont ajoutés à son empire la Parthie, la Drangiane, l’Arie, la Chorasmie, la Bactriane, la Sogdiane, le Gandhara, la Scythie, la Sattagydie, l’Arachosie et le Makran.

La conquête de Babylone [modifier]

Le royaume néo-babylonien de Nabonide est le second grand rival de l’Empire perse constitué par Cyrus. De fait, les hostilités avec Babylone ont certainement commencé au cours des années 540 ; à la fin de cette décennie, la guerre ouverte éclate. Bénéficiant du soutien d’Ugbaru, gouverneur babylonien du pays de Gutium[4], l’armée de Cyrus remporte une première victoire à Opis (10 octobre 539), puis à Sippar, et enfin assiège Babylone où s’est retranchée l’armée du roi Nabonide. La ville est puissamment fortifiée, et dispose de suffisamment de réserves pour soutenir un long siège. Les Perses détournent alors le cours de l’Euphrate pour permettre à une petite troupe sous la conduite d’Ugbaru de s’emparer des citadelles, alors que les Babyloniens célèbrent une grande fête religieuse. Quatre jours plus tard, le 12 octobre 539, Cyrus fait son entrée dans la ville. Là encore, Nabonide est épargné.

Selon deux textes cunéiformes, le cylindre de Cyrus et le panégyrique de Cyrus, Nabonide était un roi impie, qui avait abandonné le culte de Mardouk : Cyrus au contraire ramène les idoles chassées dans les temples de Babylone, et entreprend de grands travaux de restauration des remparts, des temples et des bâtiments civils. En fait, il est plus probable que Cyrus se soit accaparé les réalisations de Nabonide, celui-ci étant connu comme un roi bâtisseur.

L’Ancien Testament raconte comment Cyrus autorise les Judéens exilés à Babylone à rentrer à Jérusalem, et donne l’ordre de reconstruire le Temple détruit lors de la prise de la ville par Nabuchodonosor. Présenté comme le protégé de Mardouk par le Cylindre, Cyrus devient l’oint de Yahvé dans le Livre d’Isaïe : « Ainsi parle l’Éternel à son oint, à Cyrus, qu’il tient par la main, pour terrasser les nations devant lui, et pour relâcher la ceinture des rois, pour lui ouvrir les portes, afin qu’elles ne soient plus fermées[5]. » (45:1–3).

Mais la Judée a été considérablement appauvrie dans l’intervalle, et seule la fondation du Temple peut avoir lieu sous le règne de Cyrus. La Judée ne redevient pas un royaume indépendant, mais une province de l’Empire perse, qui sert les intentions stratégiques de Cyrus face à l’Égypte. Toute la région conquise fut réunie en une seule et immense satrapie réunissant Babylone, la Syrie, et la Palestine.

Après sa prise de Babylone, Cyrus a publié une déclaration, inscrite sur un cylindre d’argile connu sous le nom de cylindre de Cyrus, et contenant une description de ses victoires et actes compatissants, aussi bien qu’une documentation de sa lignée royale. Il a été découvert en 1879 à Babylone, et est aujourd’hui conservé au British Museum. Bien que le cylindre reflète une longue tradition mésopotamienne selon laquelle, dès le IIIe millénaire av. J.-C., des rois tels qu’Urukagina ont commencé leurs règnes par des déclarations des réformes, le cylindre de Cyrus est largement mentionné comme la « première charte des droits de l’homme ». En 1971, l’ONU l’a traduit dans toutes ses langues officielles. Le cylindre décrète les thèmes normaux de la règle persane : tolérance religieuse, abolition de l’esclavage, liberté du choix de profession et expansion de l’empire.

Édit de Cyrus le Grand

« Je suis Cyrus, roi du Monde, grand roi, puissant souverain, roi de Babylone, roi de la terre d’Akkad et de Sumer, roi des quatre points cardinaux, fils de Cambyse, grand roi d’Anshan, petit-fils de Cyrus, grand roi, roi d’Anshan, fondateur d’une lignée royale, celui dont Bel et Nabou chérissent le règne, celui dont le règne réjouit leur cœur. Lorsque j’entrai dans Babylone avec l’esprit le mieux disposé, j’installai mon pouvoir dans le palais royal au milieu de la plus complète satisfaction et d’un regain de joie. Marduk, dieu suprême, fut à l’origine de l’attachement des Babyloniens à ma personne. Chaque jour je n’oubliais pas de lui rendre grâce. Mon armée s’installa sans difficulté au milieu même de Babylone. Je ne laissai aucun de mes soldats semer la terreur sur la terre d’Akkad et de Sumer. Je gardai à l’esprit les besoins de Babylone et de ses nombreux lieux de culte pour leur assurer une vie paisible. Je supprimai le joug malséant qui pesait sur les Babyloniens. Je redonnai vie à leurs habitations laissées à l’abandon. Je mis un terme à leur malheur. Considérant mes actes, Marduk, suprême souverain, se réjouit, accordant sa bénédiction à ma personne ainsi qu’à celle de mon fils Cambyse, chair de ma chair, ainsi qu’à mon armée; et pour notre part, nous rendîmes grâce à sa glorieuse divinité. Tous les rois sédentaires assis sur leur trône partout à travers le monde, de la mer supérieure à la mer inférieure, et tous les rois nomades de la terre occidentale, tous me payaient un impôt important et baisaient mon pied dans ma ville de Babylone. Je restaurai et confortai partout les divinités dont les cultes avaient été abandonnés sous la domination des Tigris, dans les villes d’Ashur et Suse, à Agade, Eshnuna, Zamban, Meurnu, Der, et jusque sur la terre de Gutium. Je rassemblai tous les habitants et relevai leurs maisons. Conformément au souhait de Marduk, le Dieu Puissant, je laissai sans les inquiéter demeurer dans leurs temples les divinités de Sumer et d’Akkad que Nabonide, causant alors la fureur du dieu des dieux, avait fait entrer dans Babylone. Puisse chacun des dieux dont j’ai conforté le culte intercéder quotidiennement en ma faveur auprès de Bel et de Nabou, pour prolonger mes jours; et puissent-ils parler de moi en ces termes: « Fasse que Cyrus, le roi pieux et son fils Cambyse… « 

La fin du règne et la mort de Cyrus

La fin de la vie de Cyrus est mal connue on sait seulement qu’il poursuit sa marche vers l’Est et domine tout le pays entre la mer Caspienne et l’Inde. Hérodote (historien grec, v.484-v.425) rapporte (en précisant qu’il existe plusieurs versions de sa mort) qu’il aurait été tué lors d’une bataille contre Tomyris, reine des Massagètes. Pour venger la mort de son fils, celle-ci aurait décapité le cadavre et plongé la tête dans une outre de sang, afin d’assouvir la soif sanguinaire de Cyrus[6]. En fait les circonstances exactes de sa mort sont inconnues. À Suse, en -528, Cambyse II succède à son père Cyrus II (Hérodote, I, 208)et fait ramener son corps à Pasargades. Une tradition fait du tombeau de Pasargades qu’il aurait fait construire de son vivant (Ctésias §8), celui où il repose . Le monument est encore visible aujourd’hui. Vue satellite de la tombe sur WikiMapia

Bilan du règne

L’ancienne capitale Mède Ecbatane reste une des résidences régulières des Grands Rois Achéménides, car elle présente une importance stratégique certaine pour qui veut contrôler l’Asie centrale. Cyrus II réussit à fonder un empire cohérent par ses conquêtes, mais aussi par la diplomatie, la tolérance en matière religieuse et politique et l’intégration des coutumes de chaque peuple vaincu. On lui attribue l’institution de l’Araméen comme langue administrative officielle et sa diffusion dans tout l’Empire.

Sa famille

Il épouse : Neithiyti une Princesse d’Égypte, fille du Pharaon Apriès (-589/-570), qui lui donne deux filles, Atossa et Artystone, qui épousent toutes les deux leur demi-frère le Roi Darius Ier (-522-1/-486). Puis il épouse Cassandane, fille de Pharnaspès (Sokhrès) et d’Atossa d’Anshan (La fille de Cyrus Ier), qui lui donne une fille, Roxane qui épousera son frère, Cambyse, et un autre fils Bardiya. Enfin, selon Ctésias de Cnide (Médecin Grec d’Artaxerxès II, historien de la Perse et de l’Inde, mort v.-398) et Xénophon (Philosophe et historien Grec, v.-426/v.-355) il épouse Amytis II, Princesse de Médie, fille du Roi des Mèdes Astyage et de la Reine Aryenis (Donc sa tante ?), qui lui donne une fille, Méroé qui épousera son demi-frère, Cambyse.

Cambyse II

Cambyse II, en grec ancien Καμϐύσης / Kambysês († -522), grand roi achéménide de l’empire Perse de -529 à sa mort en -522, est surtout connu pour avoir conquis l’Égypte.

Cyrus avait désigné Cambyse comme son héritier bien avant sa mort, au détriment de son fils aîné Bardiya, ce qui entraîna par la suite une certaine rivalité entre les deux frères. Les premières années du règne de Cambyse après son accession au trône en -529 sont mal connues ; on sait seulement qu’il acheva la conquête des pays d’outre-Euphrate en s’emparant de la Phénicie et de Chypre. Ces deux forces maritimes permirent à l’armée perse de se munir d’une flotte très puissante.

Qizilbash


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Un Qizilbash (turc : Kızılbaş, azéri : Qızılbaş, persan : قزلباش Qezelbāsh, signifiant « tête rouge ») est un disciple de l’ordre soufi chiite des Safavides[1]. Ils portèrent leur dirigeant, Ismail au pouvoir et aidèrent ainsi à fonder la dynastie safavide[1]. Leur nom trouve son origine dans le couvre-chef qu’ils portent, un bonnet de couleur rouge avec douze plis en référence aux 12 imams du chiisme duodécimain. Ce bonnet est connu sous le nom de Tāj-e Heydar en persan, en référence à leur maître soufi, Heydar (Tāj signifie « couronne » en persan et est aussi utilisé pour les couvre-chefs, permettant ainsi aux soufis de montrer leur appartenance à un ordre particulier). On appelle aussi Kizilbaş certains groupes alévis en Turquie.

Origines

La confrérie Safavieh a été créé par le cheikh Safi al-Din Ardabili (1252-1334), originaire d’Ardabil, au nord de l’Iran. Cette confrérie était à l’origine un mouvement soufi (mouvement mystique dont les dirigeants étaient héréditaires). Il existe différentes théories sur l’origine de cette confrérie. La confrérie serait née du rassemblement des confréries Akhiyya (turc : Ahilik), Qalandariyya (turc : Kalenderiye), et Zahidiyya selon Bayat Fuzuli ; selon Abdülbaki Gölpinarli, elle serait issue de la confrérie Halwatiyya (turc : Halvetiye). D’après Abdülbaki Gölpinarli, l’ordre a pu pratiquer la taqiya (turc : takiyye) (dissimulation selon les principes chiites) pour être considéré comme sunnite par des observateurs extérieurs. Les Safavieh étaient alors une sorte d’autorité spirituelle mystique et héréditaire. Au XVe siècle, Les Safavieh se réclament ouvertement du chiisme et ont développé une théologie militante qui voulait la suprématie du chiisme à la force des armes. Ces safavides militants disaient être les descendants du 7e imam, Musa al-Kazim[2].

Les Qizilbash descendent de la confrérie Safavieh et désignent à l’origine une confédération de sept tribus des marches turcomanes au nord de l’Iran, unis par leur croyance dans la doctrine chiite safavide, dérivée de la doctrine Safavieh.

Certaines théories ont été avancées par des chercheurs pour relier les Qizilbash à certains ordres secrets militants beaucoup plus anciens; Abdülbaki Gölpinarli, un chercheur turc, voit en eux les « descendants spirituels des Khurammites » [3].

Croyances

Les tribus Qizilbash considéraient leurs sheikhs, particulièrement à partir de Heydar et de son fils Ismail comme des personnages divins, et étaient donc considérés par les chiites duodécimains orthodoxes. Il est clair que Ismail Ier se présentaient à ses partisans non seulement comme un représentant de l’Imam occulté mais comme l’Imam caché lui-même, clamant par là sa propre divinité[4]. Les Qizilbash allaient alors se battre sans armure, confiant dans le fait qu’ils ne seraient pas blessés, ajoutant de plus Isma’il waliyyu’llah à la Chahada islamique.

Ceci est peut-être dû au fait que les Qizilbash connaissaient en fait assez peu la doctrine du chiisme duodécimain. Quand Tabriz fut prise en 1501 par exemple, les chefs Qizilbash n’avaient avec eux aucun livre traitant du chiisme duodécimain et que le livre du fameux Allama Al-Hilli [4] fut pris dans la bibliothèque de la ville afin de fournir des éléments sur la nouvelle religion d’état. Aucun ouléma chiite n’a participé à la formation des politiques religieuses pendant les premières périodes de l’état safavide. Cependant, les doctrines ghulāt furent abandonnées et les oulémas chiites duodécimains résidant en Irak et à Bahreïn furent amenés dans le pays en nombre croissant. Initialement, ls oulémas ne faisaient que peu de remarques sur les incohérences religieuses du monarque, mais ils ont réussi à faire adopter une version plus stricte du chiisme au cours du siècle suivant.

Organisation et terminologie

Les Qizilbash devaient en effet obédience à leur chef qui était leur murshid-e kamil (« directeur spirituel suprême), puis après l’établissement d’un royaume, comme padshah (« roi »), modifiant ainsi la relation religieuse entre un guide et ses partisans en relation politique entre un souverain et ses sujets. Conséquemment, tout acte de désobéissance d’un soufi Qizilbash contre son grand maître spirituel pouvait être considéré comme un « acte de trahison envers le roi et un crime contre l’état » ( en persan:na-sufigari, conduite impropre d’un soufi); comme lorsque Shah Abbas Ier fit mettre a mort des Qizilbash en 1614[5].

La terminologie qizilbash comporte deux types de partisans :

  • Qizilbash : soldat «spirituel» au service du shah
  • Chahseven : par opposition, soldat associé de manière « matérielle » au shah (signifie en turc qui aime le Chah).

Les tribus qizilbashs étaient nomades ou semi-nomades. À la tête de chaque tribu se trouvait un khan. Pour devenir khan, un bey devait remporter une victoire militaire.C’était parmi les khans que le souverain prenait ses gouverneurs généraux (Beylerbeyi). Ses gouverneurs (Hakim) avaient en charge des provinces et districts qu’ils recevaient en fief (Tayyul).

Restant en tribus avant d’obéir au souverain, les qizilbashs recevaient les ordres de leurs chefs qui selon leur importance avaient rang de Bey, Sultan ou Khan (aussi appelés Amirs). Le chef de l’armée Khanlar Khani (le khan des khans), était généralement le gouverneur de Tabriz.

En temps de guerre, les khans étaient tenus d’apporter au shah le concours de leur tribu. En temps de paix ils alimentaient avec leurs gens le corps des qurtchus, commandé par un Qurtchubashi, garde royale dont l’effectif ne dépassa jamais les six mille hommes.Le Mührüdar était le Garde du sceau royal.Le Khalifa était le représentant du shah comme Titulaire de l’administration de la justice parmi les qizilbashs

Les Khans, réunis, formaient ce qu’on appelait le conseil de Ali Ali Divani car le shah à leurs yeux était le descendant de Ali donc le successeur du prophète et par conséquent le chef spirituel terrestre. Le shah était tenu de prendre conseil pour tout ce qui concernait l’association shahseven. Ali Divani voulait dire aussi le grand conseil.Dans ce conseil était présent le maître des cérémonies de la cour, Yasavul Sohbet.

Tadjiks et Turkmènes

Parmi les Qizilbash, les tribus turkmènes originaires de l’est de l’Anatolie et d’Azerbaïdjan qui ont aidé Shah Ismail à prendre le pouvoir étaient de loin les plus importantes en nombre et en influence. C’est pour cette raison que le nom Qizilbash leur est parfois donné[6]. Voici la liste des sept tribus qizilbash originelles :

D’autres tribus, dont les Bahārlu, Warsāk, ou Bayāt étaient occasionnellement listées parmi les sept grands uymaqs.

Certains des noms précédant possèdent le suffixe -lu indiquant la provenance en turc, comme Shāmlu ou Bahārlu. D’autres noms sont ceux de vieilles tribus oghouzes comme Afshār, Dulghadir, ou Bayāt ; tels qu’ils ont été mentionnés par l’historien médiéval Ouïghour Mahmoud Al-Kāshgharī. Le nom de la tribu Ustādjlu est quant à lui d’origine inconnue et indique sûrement une origine non turque.

Les tribus iraniennes non-turques ou non-turcophones parmi les Qizilbash étaient appelées Tājiks (signifiant non-turcs ou iraniens) par les Turkmènes et incluaient[6][8]:

La rivalité entre les clans turcs et les nobles persans était un problème majeur dans le royaume safavide et a causé de nombreux problèmes. Comme V. Minorsky le souligne, la friction entre ces deux groupes étaient inévitable parce que les Turkmènes « ne faisaient pas partie de la tradition nationale persane ». Shah Ismail a essayé de résoudre le problème en nommant des vakils persans commandants des tribus Qizilbash. Cependant, les Turkmènes ont considéré ce geste comme une insulte et ont mis à mort trois des cinq persans nommés à ce poste – un acte qui a par la suite amené à l’écartement des Turkmènes par Shah Abbas Ier[9].

Histoire

Les débuts

Au XIVe siècle, Ardabil était le centre d’une organisation destinée à garder les chefs safavides en contact avec ses murids (maîtres spirituels) sur les territoires qui sont maintenant l’Azerbaïdjan, l’Irak et l’est de l’Anatolie. L’organisation était contrôlée à travers le poste de khalifat al-khulafa’i qui nommait des représentants (khalifa) dans les régions où la propagande safavide était active. Le Khalifa avait à son tour des subordoonnés appelés pira. Leur présence dans l’est de l’Anatolie représentait une menace sérieuse pour les Ottomans, car ils encourageaient la population chiite d’Asie mineure à se révolter contre le sultan.

En 1499, Ismail, le jeune chef de l’ordre safavide, a quitté Lanjan pour Ardabil afin de réclamer le pouvoir. Pendant l’été 1500, près de 7 000 de ses partisans originaires des tribus turcomanes d’Anatolie, de Syrie et d’Irak -appelés ensemble les Qizilbash- se sont joints à lui afin de le soutenir. À la tête de ces troupes, il commence par mener une campagne punitive contre le Shirvanshah (souverain du Shirvan), il cherchait alors la revenge pour la mort de son père Heydar et de son grand-père au Shirvan. Après avoir battu le Shirvanshah Farrokh Yassar, il se déplace au sud vers l’Azerbaïdjan où ses 7 000 guerriers Qizilbash battent une force de 30 000 Aq Qoyunlu sous les ordres d’Alwand Mirza[10] puis prennent Tabriz; marquant ainsi la fondation de l’État Safavide.

Au cours de la première décennie du XVIe siècle, les Qizilbash étendent le pouvoir safavide au reste de la Perse, jusqu’à Bagdad et l’Irak, auparavant sous le contrôle des Aq Qoyunlu.

En 1510, Shah Ismail envoie un grand contingent de Qizilbash en Transoxiane afin de soutenir le souverain Timouride Bâbur, en guerre contre les Ouzbeks. Les Qizilbash battent les Ouzbeks, tuent leur chef Muhammad Shaybânî, et sécurisent Samarcande pour le compte de Babur, qui en est expulsé en 1511 et se tourne alors vers l’Inde du Nord. Cependant, en 1512, une armée entière de Qizilbash est anéantie par les Ouzbeks après que les qizilbash turcomans se soient révoltés contre leur vakil d’origine persane et leur commandant, Amir Nadjm [11]. Cette lourde défaite marque la fin de l’expansion et de l’influence safavide en Transoxiane et les frontières du nord-est de l’Iran restent vulnérables aux invasions nomades.

Bataille de Chaldoran

Pendant ce temps, la da’wa (propagande) safavide continue dans les territoires ottomans – avec beaucoup de succès. La conversion de tribus turcomanes dans l’est de l’Anatolie et en Irak est encore plus inquiétante pour les ottomans, ainsi que le recrutement de combattants expérimentés et craints dans l’armée safavide grandissante. Afin d’arrêter la propagande safavide, Bayezid II déporte de grands nombres d’habitants chiites d’Asie mineure jusqu’en Morée. Cependant, en 1507, Shah Ismail et le Qizilbash prennent de grandes parties du Kurdistan, en battant les forces régionales ottomanes. Seulement deux ans après en Asie centrale, les Qizilbash battent les ouzbeks à Merv, tuent leur chef Muhammad Shaybânî et détruisent sa dynastie. Sa tête est envoyée au sultan ottoman en guise d’avertissement.

En 1511, une révolte chiite éclate dans les Khanqah alévis et est brutalement réprimée par les Ottomans: 40 000 personnes sont massacrées sur ordre du sultan. Shah Ismail essaie en retour de tourner le chaos dans l’empire ottoman à son avantage et envahit l’Anatolie. Les Qizilbash battent une importante armée ottomane sous les ordres de Koca Sinan Pacha. Choqué par cette lourde défaite, le sultan Selim Ier (nouveau souverain de l’empire) décide d’envahir la Perse avec une armée de 200 000 ottomans et de faire face aux Qizibash sur leur propre terrain. De plus, il ordonne la persécution du chiisme et le massacre de tous ses adhérents dans l’empire ottoman[12].

Le 20 août 1514 (1er Rajab 920 A.H.), les deux armées se rencontrent à Chaldoran en Azerbaïdjan. Les ottomans sont en surnombre à environ deux contre un (trois contre un selon certaines sources) et possédaient une artillerie et des pistolets. Les Qizibash ont alors subi une lourde défaite[13], et de nombreux amirs qizilbash de haut rang ainsi que trois personnages d’importance parmi les oulémas sont tués.

La défaite détruit la croyance en l’invicibilité de Shah Ismail et en son statut divin. La relation entre le murshid-e kāmil (guide parfait) et ses murids (partisans) est alors brisée.

Les Qizilbash et les Moghols

Après la bataille de Chaldoran, pendant presque dix années, des factions Qizilbash rivales se battent pour le contrôle du royaume. En 1524, le Shah Tahmasp Ier, gouverneur de Herat, succède à son père Ismail. Il était alors sous la tutelle du puissant amir Qizilbash Ali Beg Rumlu (appelé « Div Soltan ») qui était donc le souverain de facto du royaume Safavide[14]. Cependant, Tahmasp réussit à reprendre son autorité sur l’état et sur les Qizilbash.

En 1554, Humâyûn, le second empereur Moghol, est confronté à des difficultés internes dans le jeune empire moghol et fait face à une opposition des princes Timourides et Djaghataïdes. Il part alors pour trouver refuge auprès de Tahmasp qu’il rencontre à Soltaniyeh [15].

Pendant le règne de Shah Tahmasp, les Qizilbash prennent part à une série de guerres sur deux fronts et – avec le peu de ressources qu’ils ont – réussissent à défendre leur royaume contre les Ouzbeks à l’est et contre les Ottomans à l’ouest. Avec le traité d’Amasya signé en 1555, la paix entre les Ottomans et les Safavides est faite pour toute la durée du règne de Tahmasp[16]

Humâyûn repartira de Perse en 1554 et Chah Tahmasp l’aidera à reconquérir son royaume – usurpé par Sher Shâh Sûrî – en lui prêtant une armée de 10 000 qizilbashs et d’une vingtaine de canons, commandé par Budaq Khan Qadjar. Cette armée lui permettra de prendre Kandahâr et Kaboul, puis de continuer sa reconquête de l’empire moghol.

Ce corps de Qizilbashs restera au service des Moghols à partir de ce moment, certains qizilbash atteignant même des postes de commandement dans les armées des moghols ; comme le montre le cas de Bayram Khan (1497-1561, appartenant au clan Baharlu des Qara Qoyunlu Turkmènes), qui sert tout d’abord Shah Ismail et est ensuite envoyé par Tahmasp avec Humâyûn vers l’Inde. La reconquête de l’Inde par Akbar est attribuée à la stratégie et à la sagacité de Bayram Khan, qui portera le titre de khan-e khanan puis sera fait vakil al soltana (premier ministre) par Akbar[17]. Il aidera à consolider le pouvoir des moghols sur leur empire, en recrutant de nombreux immigrants persans tout en essayant de neutraliser les tensions entre les différentes factions des nobles de l’empire[18]. Par la suite, des clans qizilbash resteront installés dans toute la région sous domination de l’empire moghol, mais n’auront pas un accès au pouvoir direct car Akbar considérait que les « Ouzbeks et les Qizilbash ont l’habitude de détroner leurs rois. »[19]

« Persianisation » du mouvement Qizilbash

Les rivalités tribales des Turkmènes (particulièrement chez les Qizilbash, qui sont souvent gouverneurs de provinces), la tentative des nobles perses de mettre fin à la domination turkmène et les conflits incessants pendant les dix années qui ont suivi la mort de Tahmasp ont beaucoup affaibili l’État Safavide et rendu leur royaume vulnérable aux ennemis extérieurs. Les Ottomans conquièrent alors l’Azerbaïdjan, et les Ouzbeks conquièrent le Khorasan, dont Balkh et Herat.

L’arrivée au pouvoir de Shah Abbas en 1588 marque un changement de cap dans l’attitude du pouvoir central face aux tribus turkmènes en Perse. Les évènements du passé – dont les luttes après la mort de son père Muhammad Khudabanda – le déterminent à mettre fin à la domination des tribus qizilbash sur le pays. Afin de les affaiblir (ils étaient alors l’élite militaire de l’Empire), il fonde une armée composée de ghulams (esclaves) descendants d’Arméniens ou de Géorgiens. Cette nouvelle armée serait fidèle à la personne du Shah et plus aux chefs de clans[10].

La réorganisation de l’armée met donc fin au règne indépendant des tribus qizilbash dans les provinces safavides, et permet donc de centraliser encore l’administration de ces dernières.

Les Ghulams ont été nommés à des postes de haut rang à la cour, et à la fin du règne de Shah Abbas, « un-cinquième des amirs étaient des ghulams. »[6]. Vers 1598, un arménien originaire de Géorgie, Allāhverdi Khān, avait atteint le poste de commandant en chef des forces armées safavides[20]. Les postes de vakil et d’amir al-umarā sont tombés en désuétude et ont été remplacés par le poste de Sepahsālār (en persan : سپهسالار), maître de l’armée, commandant en chef de toutes les forces armées (Qizilbash et non-Qizilbash), qui était généralement attribué à un noble persan.

Nadîr Shâh et la chute des Safavides

Le déclin des Safavides commence véritablement après la mort de Shah Abbas. Ce déclin résulte de plusieurs facteurs : souverains faibles, interférence de la politique du harem avec la politique d’État, mauvaise administration des terres de l’État et taxes excessives ainsi que faiblesse croissante des armées (à la fois l’armée qizilbash et l’armée des ghulams). De plus, la politique religieuse des oulémas chiites persécutant les sunnites (particulièrement les sunnites d’Afghanistan) est un autre des éléments déclencheur de la chute des Safavides. C’est ce déclin et ce mécontentement qui poussera des tribus afghanes dirigées par Mahmoud Ghilzai à se soulever puis à gagner une série de victoires sur la frontière occidentale en 1722, les menant rapidement jusqu’à la capitale et mettant un terme à la dynastie à l’État Safavide.

Shah Tahmasp II face à cette invasion, fait appel à Nadir Khan, un qizilbash du clan Qirqlu de la tribu Afshar, qui a gagné une réputation en tant que chef de tribu après des raids et des pillages dans le Khorasan[21]. Nadir Khan se mettra au service du Shah et prendra le nom de Tahmasp Qoli (esclave de Tahmasp) puis battra de manière décisive les afghans à la bataille de Damghan en 1729, marquant le retour des Safavides à la tête de l’Iran. Nadir remet alors Tahmasp II sur le trône. Celui-ci perd la la Géorgie et l’Arménie au profit des ottomans, ce qui met Nadir Khan en colère, qui le destitue, met Abbas III, le fils de huit mois de Tahmasp, sur le trône et se déclare régent. Il installe sa capitale à Mashhad et commence alors une période de conquête et un retour à l’armée tribale composée de qizilbash. Au bout de quelques années, Nadir Khan se fait couronner Shah sous le nom de Nâdir Shâh et mène une politique de conquêtes qui le feront considérer comme le Napoléon iranien. Ces conquêtes le mènent en Afghanistan, puis jusqu’à Delhi, qu’il mettra à sac, rapportant alors un fabuleux butin[22], dont le célèbre trône du paon.

Il essaiera d’imposer le sunnisme à l’Iran. C’est à cette époque qu’une partie des Qizilbash s’installeront en Afghanistan et en Inde lors des conquêtes de Nadir Shah.

Legs des Qizilbash

Afghanistan

Les Qizilbash en Afghanistan vivent dans les zones urbaines comme Kaboul, Herat ou Kandahar, ainsi que dans certains villages du Hazarajat (aujourd’hui Bamiyan). Ils sont des descendants des troupes laissées dans la région par Nâdir Châh durant sa campagne indienne en 1738. Les Qizilbash ont occupé des postes importants dans les gouvernementaux dans le passé et comptent aujourd’hui de nombreux membres qui sont commercants. Depuis la création de l’Afghanistan, ils constituent un groupe important et qui influence politiquement la société. Leur nombre est estimé à 50 000 individus[23]. Ils parlent l’Afshar (un dialecte de l’azéri ) ou le Dari et sont en majorité des musulmans chiites. Sir Mountstuart Elphinstone décrit les Qizilbash de Kabul au début du XIXe siècle comme une « colonie de turcs parlant le persan et, pour certains d’enter eux, le turc »[24]. Décrits comme instruits et influents, il apparaitrait qu’ils aient abandonné leur langue turque originelle en faveur du Persan, devenant ainsi des « turcs persianisés »[25]

L’influence du mouvement Qizilbash dans le gouvernement a créé du ressentiment parmi les clans Pachtounes, particulièrement après que les Qizilbash se soient ouvertement alliés avec les britanniques durant la première guerre anglo-afghane (1838-1842). Au cours du massacre des minorités chiites d’Afghanistan perpétré par Abdur Rahman Khan, les Qizilbash ont été déclaré « ennemis de l’état » et ont été persécutés et chassés par le gouvernement et la majorité sunnite[23]

Iran

Les Qizilbash ont eu une place importante dans le succès de l’empire safavide, fournissant des soldats et participant à la vie économique, artistique et littéraire. De plus, de nombreux Qizilbash sont aussi devenus des Ayatollahs ou des Mujtahids (intellectuels chiites), influençant les masses religieuses de l’Iran dans leurs pratiques religieuses et leurs croyances.

Inde et Pakistan

Pendant la reconquête de l’Inde par Humâyûn, les qizilbashs l’ayant accompagné sont ensuite restés dans les régions dépendant de l’empire Moghol. Leurs descendants sont aujourd’hui estimés à 3 000 personnes au Pakistan. Leurs descendants faisaient partie de la noblesse indienne comme le célébre Sir Fateh Ali Khan Qizilbash de Nawabganj (1862-1923)[26], et l’un d’entre eux, Agha Muhammad Yahya Khan Qizilbash (1917-1980), qui a été le président du Pakistan de 1969 à 1971.

Turquie

Articles détaillés : Alévisme et Bektachis.

Certains Alévis et Bektachis modernes sont toujours appelées Qizilbash.

« Il a été rapporté que, parmi les Turcs Ottomans, les kizilbaş sont devenus une sorte de terme dérogatoire qui peut être appliqué à des groupes qui ne sont pas nécessairement associés avec les Kizilbash d’Asie centrale. En Turquie, on fait souvent référence aux Bektachis avec le terme Kizilbaşi. »[27]

Les Alévis trouveraient leur origine dans les populations qizilbash ayant été converties au début du mouvement qizilbash, comme le montrent certaines de leur croyances[28].

Syrie

Le legs des Qizilbash de Syrie vient du fait que de nombreux Alévis en Syrie sont d’origine Qizilbash. La population d’origine Qizilbash en Syrie parle un dialecte de l’azéri et leur nombre était estimé à 30 000 dans les années 1960[29].

Qizilbash célèbres

  • Commandants militaires :
    • Husein Khan Shamlu
    • Muhammed Khan Ustadjlu
    • Imamqulu Khan Ziyadoglu Qadjar
  • Diplomates :
    • Huseyin Ali Bey Bayat
    • Oruç Bey Bayat
  • Historiens :
    • Hasan Bey Rumlu
    • Iskender Munshi Bey Turkmen
  • Écrivain et Peintre :
    • Sadiq Bey Afshar
  • Poètes :
    • Ashık Qurbani : Grand barde d’Azerbaïdjan, Qurbani est considéré comme le premier ashık. Il sera l’un des premiers à prendre part à la cause qizilbash. Ses poèmes racontent la société de l’époque et les querelles entre les chefs qizilbashs. Il sera prisonnier des Ottomans avant d’être libéré par les qizilbashs. Dans ses poèmes, on peut sentir un attachement très vif à Chah Ismail :

« Qurbani se sacrifiait pour la personne du chah
Le
derviche sait ce qu’est une vie misérable
Mon seigneur a regardé le rivage et l’a jeté au plus profond
Durant soixante-dix ans l’
ange Gabriel m’a ébloui, ô Maitre ! »

·          

    • Pir Sultan Abdal: c’était un abdal et un grand poète. Le gouverneur de la ville de Sivas, Hizir pasha, l’a fait pendre car on l’a accusé de soutenir les séfévides. Pir Sultan n’était pas seulement un abdal comme les autres, tranquillement assis dans son tekke (couvent), il était avec le peuple et voyait les souffrances du peuple.

Ses poèmes reflètent la société de l’époque avec tous ces soucis :

« Que je brûle de l’amour divin
Je ne retournerai pas de mon chemin
Si je quitte mon chemin, je serais désœuvré
Je ne retournerai pas de mon chemin
Si les
cadis et les muftis donnent la sentence
Si on me pend, voici la corde
Si on m’égorge, voici la dague
Je ne retournerai pas de mon chemin. »

·          

    • Yusif Bey Ustadjlu
    • Murshidqulu Shamlu

 

Particularités

Les noms qizilbashs

Une des caractéristiques spécifiques aux qizilbashs était leur nom. L’appartenance à la noblesse ajoutait à ces noms un caractère officiel. En plus de leur nom propre s’ajoutait le surnom, le titre, le clan et enfin la tribu à laquelle ils appartenaient.

La majorité de ces noms date de l’époque de chah Abbas :

  • Qasim Sultan Aymanlu Afshar
  • Ahmad Sultan Shamlu
  • Deli Muhammed Khan Chemseddinlü Dzulqadir
  • Mehemmed Khan Sarisulak Ustadjlu
  • Ughurlu Sultan Bayat
  • Dönmez Sultan Çepni

Les prénoms se terminaient en général par les suffixes « Qulu » et « verdi » qui respectivement veulent dire en turc esclave de et a donné.

Le Tutorat (Atabey)

Dans le système étatique Qizilbash, l’éducation des princes était donnée aux Khans. Ce système permettait au prince de voir autre chose que le palais royal et la cour.

Qurultay

Chez les turco-mongols de Gengis khan et Tamerlan, le qurultay était le point de départ pour les conquêtes. Les qizilbashs continueront cette tradition en y ajoutant le couronnement des chahs. Cette réunion des armées servait aussi à régler les comptes et distribuer des titres honorifiques.

  • Le qurultay d’Erzincan en 1500 sous Chah Ismail.
  • Le qurultay de Muğan en 1607 sous Chah Abbas.
  • Le petit qurultay en 1731 sous Nadir Chah.
  • Le grand qurultay de Muğan en 1736 sous Nadir Chah pour son

couronnement.

Yarlık

Quand les Qizilbashs gagnaient une bataille, ils nommaient l’endroit où elle s’était déroulée, Yarlık.Puis, le soir, sous la tente du chah une grande fête était organisée et des ashıks venaient divertir l’assemblée composée de khan, sultan et de bey.

Yarlık signifie en turc « qui appartient à l’aimée ».

La musique avait une place très importante chez les qizilbashs et c’était une tradition très ancienne. Les bardes, appelés « ashık« , n’étaient pas là juste pour divertir, ils participaient aussi aux batailles. Chah Ismail avait même crée un contingent d’ashık.

Notes et références

  1. (en) Vincent J. Cornell, Voices of Islam, Greenwood Publishing Group, 2007 (ISBN 0275987329), p. 225
  2. (en) The Safavids, Richard Hooker, 1996 (consulté le 28/08/2006)
  3. Roger M. Savory (réf. Abdülbaki Gölpinarli), Encyclopaedia of Islam, « Kizil-Bash », Online Édition 2005
  4. (en) Moojan Momen, An Introduction to Shi’i Islam, Yale Univ. Press, 1985, (ISBN 0-300-03499-7), p. 397
  5. Roger M. Savory, « Le poste de khalifat al-khulafa sous les Safavides », in JOAS, lxxxv, 1965, p. 501
  6. Tadhkirat al-muluk: A manual of safavid administration, traduit par V. Minorsky, Pub. Gibb Memorial Trust, Londres, 1980, ISBN 0-906094-12-7
  7. (en) Maziar Behrooz, Histoire des Safavides (consulté le 29 août 2006)
  8. (en) Roger M. Savory, « The consolidation of Safawid power in Persia », in Studies in the History of Safawid Iran, London, 1987, III, pp. 87-88
  9. (en) Roger M. Savory in Islamic Studies: Journal of the Central Institute of Islamic Research, « The significance of the political murder of Mirza Salman », Karachi, 1964
  10. Roger M. Savory, Encyclopaedia of Islam, Safavides, Online Édition, 2005
  11. (en) Roger M. Savory, « The significance of the political murder of Mirza Salman », in Studies on the history of Safawid Iran, xv, pp. 186-187
  12. (en) H.A.R. Gibb & H. Bowen, Islamic society and the West (« La Société Islamique et l’Occident »), i/2, Oxford, 1957, p. 189
  13. M.J. McCaffrey, Encyclopaedia Iranica, « Čālderān », v, pp. 656-8, (LIEN vers PDF)
  14. (en) Roger M. Savory in Encyclopaedia Iranica, « Div Soltan », Online Édition, 2005, (LIEN)
  15. Wheeler M. Thackston, « Homayun Padshah » in Encyclopaedia Iranica.
  16. (en) M. Köhbach in Encyclopaedia Iranica, « Peace of Amasya », v, p. 928, Online Edition, (LIEN)
  17. N.H Ansari « Bayram Khan » in Encyclopaedia Iranica, p.4
  18. (en) F. Lehmann, « Akbar I » in Encyclopaedia Iranica, p.708.
  19. Abul Fazl ‘Allami, A’in-e Akbari, LIEN
  20. (en) C. Fleischer, « Allāhverdi Khān » in Encyclopaedia Iranica, pp. 891-892, (LIEN)
  21. (en) J.R Perry, « Afsharids », Encyclopaedia Iranica, p.587 LIEN
  22. (en)Country Studies Iran, US Library of Congress.
  23. Country Studies Afghanistan, US Library of Congress, consulté le (29 août 2006)
  24. Mountstuart Elphinstone, An Account of the Kingdom of Caubul, pp. 320-321
  25. Henry Yule, Hobson-Jobson, London, 1886, p. 380
  26. Famille Nawabganj
  27. J.W. Crowfoot, « Survivals among the Kappadokian Kizilbash (Bektash) », Journal of the Anthropological Institute of Great Britain and Ireland, 30., 1900, pp. 305-20
  28. Paul A. Blaum, « Turkey’s Alevi Enigma: A Comprehensive Overview », International Journal of Kurdish Studies, Janvier 2003 LIEN
  29. Rapport Ethnologue sur la langue azérie.

Voir aussi

Bibliographie

  • Roger Savory, Iran Under the Safavids, Cambridge University Press, 1980, ISBN 0-521-22483-7.
  • Charles Melville (éd.), Safavid Persia : History And Politics Of An Islamic Society, Tauris, Londres, 1996, ISGN 1860640869, 256 pgs
  • Irène Mélikoff, Hadji Bektach : un mythe et ses avatars : genèse et évolution du soufisme populaire en Turquie, Leiden, Boston:Brill, 1998, ISBN 90-04-10954-4
  • Irène Mélikoff, Sur les traces du soufisme turc : recherches sur l’Islam populaire en Anatolie, Istanbul, Éditions Isis, 1992, ISBN 975-428-047-9
  • Lucien Louis BELLAN, Chah Abbas le Grand, 1932
  • (tr) Baki Öz, Osmanli’da Alevi ayaklanmalari, Istanbul : Ant yayinlari, 1992.
  • Yves Bomati et Houchang Nahavandi, Shah Abbas, empereur de Perse, 1587-1629, éd. Perrin 1998 (Prix Eugène Colas, Académie française)

Articles connexes

L’Empire perse, grandeur, pouvoir et organisation


Rémy Boucharlat

L’Antiquité grecque nous a laissé l’idée d’un empire oriental figé pendant un siècle et demi, despotique, décadent, qu’Alexandre n’eut qu’à cueillir comme un fruit mûr ; ses auteurs, qui par ailleurs nous ont transmis quantité d’informations importantes – à traiter avec critique – sont bien à l’origine de la coupure que l’historiographie occidentale a créée entre le vieux monde oriental finissant, dont les rois assyriens et néo-babyloniens étaient les derniers feux éclatants, et le nouveau monde civilisé, celui de la Grèce, qui venait le revivifier. Pour rétablir la vérité et mieux comprendre l’organisation et la puissance de l’Empire perse – dans son épaisseur chronologique (550-330 avant J.-C.) –, nous nous sommes adressés à Rémy Boucharlat.

Empire perse. Trop souvent, on confond cet immense empire avec l’Iran d’aujourd’hui alors que le plateau iranien n’était que la région d’origine des Iraniens, dont la tribu des Perses – et que Suse, au pied des montagnes et déjà dans la plaine mésopotamienne, et l’antique Babylone ont été, depuis Cyrus jusqu’à la fin, parmi les capitales officielles des rois achéménides.

Cyrus, fondateur de cet empire mais déjà organisateur, et Darius Ier, qui parachève son œuvre à la fin du VIe siècle avant J.-C., trouvent grâce aux yeux des Grecs. Leurs successeurs, en revanche, qu’ils qualifient de débauchés, sanguinaires et piètres administrateurs, ont pourtant régné sur un empire qu’Alexandre le Grand trouvera en excellente santé, au point d’en conserver maints aspects politiques et économiques et de se glisser dans l’habit du dernier Grand Roi, Darius III.

Sans rien retirer au génie politique et militaire du Macédonien, de sa chance aussi – il a manqué être tué à la bataille du Granique –, il est possible de brosser aujourd’hui un autre tableau de l’Empire perse. C’est un pouvoir au comportement assez nouveau en Orient qui devait marquer profondément toutes les régions du monde oriental, de l’Égypte à l’Indus et de l’Asie Mineure à l’Asie centrale, dans un mouvement sans révolution que la conquête gréco-macédonienne devait amplifier, mais aussi réorienter.

De la Perse à l’empire du monde

À lire la Cyropédie de Xénophon, le jeune Cyrus, fils d’un roitelet perse et, par sa mère, petit-fils d’Astyage, le puissant roi des Mèdes vainqueurs des Assyriens, un demi-siècle auparavant, aurait émergé comme maître du monde oriental à partir de son petit territoire perdu dans les montagnes d’Iran. Sans doute les sources sont maigres sur ce roi de Parsa, au-delà ou à côté du pays des Élamites qu’Assurbanipal est venu écraser en 646, répandant le sel sur la terre pour que rien ne repousse. Pourtant, en un siècle, le royaume élamite renaît, se maintient et entretient avec ces nouveaux venus iraniens des relations apparemment pacifiques, ces derniers s’établissant parfois, jusqu’aux environs de Suse, entre cette région et celle des montagnes du Fars où sera érigée plus tard Persépolis. Par les Élamites, et aussi par d’autres moyens, ces Perses prennent la mesure de l’Orient, qui est le champ de vastes échanges de la Méditerranée au Tigre, de l’Asie Mineure au Levant et jusqu’à l’Égypte. Cyrus, comme ses prédécesseurs, connaît l’Orient ancien. Dans des circonstances qui restent peu claires, vers 559, il décide d’étendre la domination des Perses. La conquête du royaume des Mèdes est une première étape qui l’emmène bien loin, en Asie Mineure, chez de puissants voisins de ceux-ci, les Lydiens de Sardes sur lesquels règne Crésus. Vainqueur en 546, Cyrus se tourne alors vers l’est du monde iranien et, suffisamment fort, défie Nabonide de Babylone, qui se trouve lui-même en conflit avec son élite religieuse. Lorsque Cyrus entre dans la vieille cité, accueilli comme un libérateur – c’est lui qui le dit dans un texte fameux gravé sur un cylindre de terre cuite – il est le maître, déjà organisateur. C’est à ce moment que se place l’épisode bien connu qui a fait la réputation de magnanimité de Cyrus : il offre aux Israélites déportés un demi-siècle auparavant de regagner leur pays et de le faire fructifier.

Après Cyrus, son fils Cambyse ajoutera l’Égypte à l’empire, puis Darius l’étendra vers l’est et, temporairement, vers la Thrace à l’ouest. Sa tentative de mettre au pas les cités de Grèce continentale échouera, comme le savent tous les écoliers d’Europe, à Marathon en 490 ; de même, son fils Xerxès sera vaincu sur mer à Salamine dix ans plus tard. Qu’importe, les rois emploieront d’autres stratégies pour neutraliser le danger grec, corruption ou liens commerciaux à travers les cités du Levant. Les successeurs de Darius ne seront pas inactifs, mettant au pas des régions en rébellion ou reconquérant l’Égypte au milieu du IVe siècle, mais surtout développant l’économie de leur empire.

« Le pouvoir est là où est le roi »

Dans ce cadre géographique, d’une ampleur que l’Orient n’a jamais connue, le pouvoir perse organise : la diversité des régimes politiques est prise en compte ; royaumes, cités-États, villes libres, selon l’attitude des dirigeants, conservent leur administration ou sont directement gérés par un satrape ; toutes les régions reçoivent des garnisons. Les élites comprennent vite leur intérêt et entrent dans le système socio-politique ; libres à elles d’adhérer ou non à la culture de la classe dominante. La stèle funéraire de Saqqarah découverte en 1994 en fournit un magnifique exemple. Elle est réalisée en Égypte, les textes sont en langue égyptienne – hiéroglyphiques et démotique – mais, sur le registre inférieur, le personnage, fils d’une Égyptienne et d’un Perse, est représenté à la perse, couché, portant diadème, levant une coupe. De la même façon, de hauts dignitaires d’Asie Mineure se font représenter dans leurs tombeaux, d’architecture locale, avec certains traits perses. À Gulnar en Cilicie, un personnage a fait sculpter un monument avec deux bas-reliefs qui représentent un défilé de personnages à la manière des gardes des bas-reliefs de Persépolis.

Dans cette interaction entre le centre et à la périphérie, parfois à trois mille kilomètres de là, le pouvoir politique joue un rôle très actif ; le roi se déplace, visite ses « pays » ou « peuples », il se montre et reçoit hommage et tributs ou cadeaux ; lui-même offre. Malgré tout, en dehors des expéditions militaires et de quelques grands voyages, la cour se tient principalement dans un périmètre que marquent Ecbatane la Mède dans les montagnes du Zagros au nord-est, Persépolis, création de Darius, à l’est, Babylone la Mésopotamienne, au sud-est, et entre les deux, Suse, capitale de l’Élam. Toutes quatre en effet, capitales multimillénaires ou récentes, sont des symboles forts. Où est le centre du pouvoir alors ? « Le pouvoir est là où est le roi », comme l’écrit P. Briant. Par conséquent, se déplace avec lui tout ce qui est nécessaire à la cour et à l’administration de l’empire, en un mouvement soigneusement organisé, des mois à l’avance, avec envoi d’émissaires, constitution de dépôts de nourriture – nous avons à ce propos le témoignage de centaines de tablettes comptables à Persépolis –, organisation du prélèvement qui sera demandé à la population locale et, on peut l’imaginer, organisation des comités d’accueil. Ces visites royales, ces « entrées » a roi, s’il peut gérer en se déplaçant, a établi des capitales, centres administratifs et politiques certainement, mais aussi lieux d’apparat. C’est surtout ce dernier aspect que nous connaissons à Persépolis et Suse qui, bien que fort différentes, remplissaient toutes deux les mêmes fonctions : être la marque visible de la puissance royale – imposante, non pas guerrière, mais sereine et harmonieuse – réunissant des pays divers. À Suse comme à Persépolis, les visiteurs, dignitaires, émissaires des régions, envoyés étrangers voient devant eux la masse imposante des palais érigés sur une terrasse de douze hectares, haute de quatorze mètres à Persépolis, dix-huit mètres à Suse. L’accès à l’intérieur est strictement réglementé ; la disposition des bâtiments et le système de circulation sont parfaitement organisés. C’est pourquoi les palais de Suse et de Persépolis – distants de six cents kilomètres et installés dans des régions géographiques contrastées, au centre de cultures bien différentes – partagent des caractéristiques communes.

Des capitales qui témoignent de la puissance royale

Par un escalier monumental à Persépolis ou par une chaussée franchissant un vallon à Suse, le visiteur traverse une porte monumentale, gardée par des sculptures de monstres à Persépolis ; à Suse aussi sans doute, mais là, au revers de la porte, se dressait une statue – ou plus probablement deux – de Darius, haute de trois mètres, aujourd’hui au musée de Téhéran. Réalisée en Égypte, elle a été rapportée à Suse par Xerxès. Sur la statue du roi représenté à l’égyptienne mais en costume perse, les inscriptions sont trilingues : accadien, élamite, vieux perse – avec, en plus, des textes hiéroglyphiques et, sur la base, des représentations dans des cartouches des peuples de l’empire que « l’homme perse a conquis », nommés en hiéroglyphes.

Le visiteur ne pénétrera pas dans le palais proprement dit qui comporte des appartements royaux, des magasins et sans doute des parties administratives, mais seulement dans l’apadana, gigantesque salle à trente-six colonnes hautes de plus de vingt mètres, mesurant cinquante-neuf mètres de côté et flanquée de trois portiques et de tours d’angle.

À l’apadana de Persépolis, surélevée par une terrasse de deux mètres, les murs de soutènement, comme ceux des escaliers monumentaux à double volée, portent les fameux bas-reliefs achéménides. Les uns sont des files de gardes tenant une lance, les autres des défilés de porteurs de tributs, tous identifiables par leur vêtement et leur coiffure, ainsi que par les objets qu’ils vont présenter au roi : vases précieux, étoffes, animaux – caprinés, chevaux, dromadaires, chameaux… On a voulu y voir l’image de la présentation annuelle des tributs et cadeaux au roi, cérémonie dont nous n’avons pas en fait de trace, mais qui avait probablement lieu en plusieurs fois, et aussi bien dans les capitales qu’au moment des visites du roi dans ses pays. Les reliefs sont bien plus une représentation symbolique, un message idéologique : sérénité et force du pouvoir, paix politique, diversité et richesse de l’empire.

D’autres parties des palais de Persépolis ont un caractère officiel, mais étaient peut-être réservées à certains groupes, la cour ou l’armée. La partie sud de la terrasse porte des palais royaux et une immense trésorerie où étaient emmagasinés des objets utilitaires ou d’apparat, sans doute des vivres – dont du vin en abondance – pour les besoins de la cour lors de ses séjours, mais aussi pour être distribués aux soldats, ouvriers, ou encore être mis en place dans les stations installées sur les nombreuses routes de la région et au-delà. C’est ce que nous apprennent les tablettes de terre cuite inscrites en élamite – documents comptables – retrouvées dans cette trésorerie et surtout archivées dans une tour. Elles se comptent par milliers et ne représentent pourtant qu’une infime partie de la production écrite de l’administration. Le reste est à découvrir, peut-être, notamment dans les bâtiments, construits au pied de la terrasse, qui couvrent plusieurs hectares de la cité royale.

Les interrogations sur la religion subsistent

Dans les différentes régions de l’empire, les sanctuaires locaux sont nombreux et correspondent aux religions pratiquées dans chacune d’elles. En revanche, dans le pays perse, pas de temples connus ni de statues, ce qui correspond au récit d’Hérodote. Pourtant, on sait que la vieille religion élamite est encore pratiquée, et des prêtres sont affectés aux temples. Les rois révèrent Ahura Mazda, le grand dieu, ce qui incite à les qualifier de zoroastriens ; mais, des croyances et des rites, nous ne savons presque rien, et il serait dangereux d’appliquer aux Perses ce que nous savons du zoroastrisme iranien qui, au IIIe siècle de notre ère seulement, deviendra religion d’État et sera codifié. De plus, ce que nous apprennent quelques inscriptions royales concerne le roi, peut-être les nobles, mais qu’en est-il de la religion du peuple ? De même, les tombeaux rupestres de Persépolis et de la falaise toute proche de Naqsh-i Rustam sont ceux des rois et de leur famille ; ils se faisaient apparemment inhumer, alors que le zoroastrisme que nous connaissons interdit l’enterrement, car la chair souille les éléments naturels, et prescrit l’exposition des cadavres aux oiseaux de proie et la collecte des ossements propres. À l’exception de la sépulture d’un noble déposé avec ses bijoux dans un sarcophage de bronze à Suse, aucune tombe plus ordinaire d’époque achéménide ne nous est connue. Aussi, avant de parler de zoroastrisme, rappelons-nous que les villes et les villages iraniens de cette époque restent à découvrir.

La question des tombes illustre bien l’un des problèmes majeurs de l’archéologie au cœur de l’empire, où les vestiges sont limités aux réalisations royales, tandis que tout ce qui concerne l’activité économique et sociale des villes et des villages nous échappe totalement. Le déséquilibre de nos connaissances se retrouve entre le centre et les provinces périphériques, dont certaines nous sont mieux connues que le berceau des Perses. Ce sont là des problèmes majeurs de l’histoire et de l’archéologie de l’époque achéménide.

 

Qadjar -7

MOHAMMAD ALI SHAH (1907-1909)

 

Le couronnement (1907)

Le Shah, le Parlement et la Constitution

La Révolution Constitutionnaliste – phase II

La destitution (1909)

La tentative de reprise du pouvoir (1911)

 

 

 

 

Le Couronnement (1907)

Le 09 janvier 1907 – date jugée propice par les astrologues – le Prince Héritier Mohammad Ali Mirza Kadjar est couronné Shah de Perse.

Pour la première fois, le couronnement a lieu à Téhéran. D’ordinaire, la mort du Shah surprenait le Prince Héritier à Tabriz. Mais Mohammad Ali Mirza Kadjar vivait et résidait à Téhéran, ne fût-ce que pour pouvoir assurer l’interim pendant les nombreux voyages de son père Mozaffar ed-Dinh Shah.

La cérémonie est marquée d’un faste tout-à-fait particulier. Deux raisons peuvent être invoquées pour cela. D’abord, Mohammad Ali Shah pensait qu’il fallait restaurer le prestige de l’Empereur après les événements qui ont marqué la fin du règne précédent: si le Shah devait gouverner avec un Parlement, autant montrer d’emblée son pouvoir et sa puissance. Ensuite, Mohammad Ali Shah était un monarchiste convaincu: jamais, il n’a vraiment accepté ces histoires de Constitution et de Parlement. Dans sa jeunesse, à Tabriz, il avait eu un précepteur russe réactionnaire, et il rêve maintenant de rétablir le pouvoir impérial dans toute son intégrité.

Bref, le nouveau Shah – alors âgé de 35 ans – s’assied ce jour-là sur le Trône du Paon. Il porte des petites lunettes en or. Il scintille de joyaux: sur les deux côtés de sa pointine s’étalent cinq rangées de ferrets à gros diamants. Le sabre impérial, dormant sur ses genoux, est lui aussi constellé de diamants.

Le soir tombé, la ville s’illumine. Les marchands laissent leurs échoppes ouvertes, des pitres et des bateleurs donnent des spectales, et un impérial feu d’artifice couronne la cérémonie.

Quelques jours plus tard, tombe la Fête du Sacrifice (en l’honneur d’Abraham, NDLR): un chameau est égorgé, et distribué à la foule nombreuse. Ce jour-là, Mohammad Ali Shah – très respectueux des valeurs de la Dynastie – nomme son Prince Héritier: Soltan Ahmad Mirza Kadjar, alors âgé de 6 ans.

Le Shah, le Parlement et la Constitution

Contraint et forcé, Mohammad Ali Shah Kadjar signe le 11 février 1907 la promesse de constitution faite par son père, Mozaffar ed-Dinh Shah Kadjar

La première erreur de Mohammad Ali Shah sera de faire revenir l’ancien Premier Ministre de son père, Amine Soltan, de son exil en Europe. Tabriz s’embrase, et Téhéran l’assassine…

En outre, le Prince Salar ed-Dowleh, frère cadet de Mohammad Ali Shah, essaie de profiter des troubles pour conquérir le trône…Il sera vite lâché par les anglais, et emprisonné par l’armée du Shah.

Mohammad Ali Shah sera, au début, rassuré par les pétitions de principe des grandes puissances occidentales – favorables au maintient d’un régime absolutiste à Téhéran.

Il fera donc tout ce qu’il peut pour abroger la Constitution et dissoudre le Parlement.

Pour se protéger des constitutionnalistes radicaux, il s’était trouvé un allié de choix en la personne du Sheikh Fazlollâh Nuri.

Cependant, la douche froide allait tomber le 31 août 1907. Ce jour-là, l’Angleterre et la Russie – prétendûment alliés du Shah et défenseurs de son pouvoir – signaient un monstreux accord qui partageait la Perse en 3 zones: une zone d’influence russe au nord, une zone d’influence anglaise au sud, et une zone neutre au milieu [ carte ]. Les russes entraient en force et perpétraient des brutalités inouies en Azerbaijan, tandis que les anglais organisaient dans leur zone une police mercenaire encadrée par des officiers britanniques et des sous-officiers indiens. L’autorité de Téhéran n’est alors plus que symbolique…

Le nationalistes libéraux de Perse cessent ipso facto de considérer les Anglais comme des défenseurs de la liberté et de la démocratie. Le Shah, ulcéré, entame de son côté un processus de normalisation des relations avec le Parlement. Il signe la Constitution et son Complément le 28 octobre 1907 et se présente en personne au Parlement pour jurer de rester fidèle à ces textes. Il forme un cabinet, présidé par Nasser el-Molk, aristocrate Persan ayant étudié à Oxford et donc a priori pro-anglais.

Cependant, à Tabriz, la rébellion s’amplifie et les manifestants crient plus fort que jamais pour demander la destitution du Shah. La révolution Jeune-Turc venait alors de débuter, qui allait ébranler l’Empire Ottoman voisin. Ce mouvemlent donne des ailes aux manifestants de Tabriz. Au meme moment, le Parlement, galvanisé par la signature de la Constitution, prépare des lois limitant les privilèges de la famille Kadjare et envisage la création d’une armée nationale ainsi que de milices pour se défendre contre un éventuel coup d’Etat.

Mohammad Ali Shah reprend donc de plus belle ses projets de destruction du Parlement et de la Constitution…

La Révolution Constitutionnaliste – phase II

Le 12 décembre 1917, le Shah congédie Nasser el-Molk et il fait rassembler, deux jours plus tard, une manifestation acharnée et hétéroclite devant le Parlement . On offre beaucoup d’alcool aux manifestants, et les événements sont violents. Les députés résistent et tiennent bon…finalement, la foule se dispersera.

Le Shah revient au Parlement le 16 décembre, et jure à nouveau de respecter la Constitution. En échange de cette promesse, les députés s’engagent à ne pas voter la destitution du Shah.

Les choses s’enveniment en février 1908: un terroriste, qui en voulait au Prince Zell os-Soltan, blesse le Shah. Tous les ponts sont rompus entre le Shah et son Parlement…

Le Shah exige alors une révision de la Constitution qui lui donnerait des pouvoirs exécutifs très forts, en particulier sur le plan militaire et rendrait le gouvernement responsable devant lui seul.

Et, le 23 juin 1908, le Shah dissout le Parlement. Un modjahédine lance une grenade vers la garnison des cosaques. Le colonel russe investit Téhéran avec ses troupes prend l’initiative de bombarder le bâtiment, pour en chasser les parlementaires qui refusaient de s’en aller. Le Parlement est pris et pillé par les troupes russes.

Le Parlement éliminé, le Shah retrouve le pouvoir absolu. Il gouverne dorénavant par décrets. Cependant, son pouvoir réel est limité: Téhéran est aux mains des cosaques de Liakhov, qui prend ses ordres directement auprès de la légation russe.

Ce qui n’empêcha pas nombre d’anciens constitutionnalistes de retourner leur veste et de se découvrir des convictions monarchistes.

La destitution (1909)

Après la prise du Parlement, les partisans d’un retour à la Constitution reprennent la lutte. Ils s’emparent de Tabriz, et le drapeau rouge flotte sur le Bazar (marché) de la ville. Jusqu’au moment où le commandant Rahim Khan – chef des irréguliers du Shah – entreprend de violemment bombarder la ville. Il s’ensuit un long combat de rue et les insurgés seront finalement écrasés en juillet 1908.

A l’automne, les révolutionnaires reprennent la ville. Une armée royale de 1200 hommes et 12 canons, commandée par le général Eyn od-Dowleh, arrive aussitôt sous les murs de la ville. Simultanément, l’armée russe vient occuper l’azerbaijan. Mais les troupes loyalistes ne parviendront pas à reprendre Tabriz…

Russes et Anglais conseillent alors au Shah de négocier, de restaurer la Constitution et même d’instaurer un Conseil d’Etat. Le Shah se croit assez fort pour l’emporter à l’usure: il promet, promet encore, pour gagner du temps…En réalité, il campe sur ses positions.

Tabriz est assiégée, et l’hiver est rude. Cet exemple ne tarde pas à inspirer le reste du pays. Recht s’organise en ville libre, et ses habitants-soldats bloquent la route entre Téhéran et Qazvin: l’armée du Shah, qui assiège Tabriz, est privée d’approvisionnement.

Les russes, d’ailleurs, obligent l’armée impériale à lever le siège. Un des officiers du Shah,le Sepahdar Mohammad-Vali Sepahsalar Tonekaboni, se rallie à la Constitution et aide les insurgés de Recht à prendre Qazvin.

Pendant ce temps, les puissants Khans Bakthiars – enrichis par les contrats pétroliers – se sont réveillés. Le Grand Khan des Bakthiars, Sam Sam os-Saltaneh, et son frère Sardar Assad s’emparent d’Ispahan et font savoir qu’ils ne quitteront la ville qu’après avoir assuré à son peuple des droits constitutionnels !

La flotte anglaise intervient dans les ports du golfe persique, les russes commencent à avancer dangereusement, et les Ottomans multiplient les incursions en territoire Perse.

Devant cette situation, le Shah rétablit la Constitution le 10 mai 1909. Trop tard ! L’armée des Bakthiars et celle des insurgés du nord font leur jonction début juillet. Sardar Assad Bakthiar, que le Shah vient pourtant de nommer Ministre de l’Intérieur, rêve du trône et a fait inscrire mort au Kadjar  sur son sabre…

Le 16 juillet 1909, les constitutionnalistes prennent Téhéran. Mohammad Ali Shah se trouvait dans un palais d’été, sur les hauteurs de la ville, lorsqu’il apprit la nouvelle. L’heure n’est plus aux tergiversations: le Shah va demander asile, pour lui et pour sa suite, dans la résidence d’été de l’ambassadeur de Russie.

Les constitutionnalistes prennent la décision de respecter la légitimité dynastique et la Constitution. Le Shah abdiquera donc en faveur de son aîné, Soltan Ahmad Mirza, alors âgé de 11 ans. Dans la foulée, il nommera son second fils Mohammad Hassan Mirza au rang de Prince Héritier.

Ceci fait, Mohammad Ali Shah et sa famille se rendront en voiture automobile au port d’Enzeli. De là, ils gagneront Bakou, puis Odessa…

En attendant la majorité de Soltan Ahmad Shah, la Régence est proclamée. L’ancien Premier Ministre, Nasser el-Molk est nommé régent…

La tentative de reprise du pouvoir (1911)

Mohammad Ali Shah, depuis son exil à Odessa, regrette la Perse. Avec son frère cadet, Salar ed-Dowleh, ils décident donc de reprendre le pays…

En juillet 1911, ils débarquent sur la côte caspienne. Déguisé, le Shah cache des armes dans des caisses étiquetées « eau minérale »…

Aussitôt, le gouvernement de Téhéran décrète l’état de siège. Un cabinet d’union nationale est constitué dans la foulée, et une armée est envoyée contre les troupes de Mohammad Ali Shah. Après une première victoire en août 1911, les troupes gouvernementales finissent par définitivement repousser l’invasion le 05 septembre 1911. Mohammad Ali Shah retourne en exil à Odessa…

 

SOLTAN AHMAD SHAH KADJAR (1909-1925)



A.  Le Couronnement (1909)

B. La régence de Nasser el-Molk (1909-1914)

  1. La mission Shuster
  2. William Knox d’Arcy et le pétrole
  3. Ahmad Shah et les démocrates

C.  L’accession au pouvoir (1914)

D.  La Première Guerre Mondiale (1914-1918)

E. Les troubles

  1. La situation de la Perse en 1918
  2. L’accord Anglo-Perse de 1919
  3. L’accord Russo-Perse de 1921
  4. Le coup d’état de 1921

F. La destitution

 



A. Le Couronnement (1909)

Après la guerre civile de 1908-1909, Mohammad Ali Shah Kadjar se voit contraint et forcé d’abdiquer en faveur de son fils, Soltan Ahmad Mirza Kadjar.

Avant de partir en exil, Mohammad Ali Shah nommera abdiquera donc en faveur de son aîné, Soltan Ahmad Shah, et nommera son cadet, Mohammad Hassan Mirza, au rang de Prince Héritier. Tant la Consititution que la légitimité dynastique seront respectées…

Ce devoir accompli, Mohammad Ali Shah quitte Téhéran en voiture automobile. Il rejoint le port d’Enzeli, sur la Caspienne, d’où il gagnera Bakou, pour s’installer finalement à Odessa.

B. La régence de Nasser el-Molk (1909-1914)

Dès son investiture, le Régent confia au Sepahdar le soin de former un cabinet. Un peu plus tard, des élections furent organisées et le Deuxième Parlement put se réunir dès le 15 novembre 1909.

1.  La mission Shuster

Pour remettre de l’ordre dans les finances de l’Empire, on fit venir une mission américaine composée de 16 experts. A leur tête, se trouvait le financier Morgan W. Shuster. Shuster méprisait tant le désordre de l’administration traditionnelle que la corruption des élites. Il entreprit de tout rationnaliser, et obtint comme résultat de se mettre à dos tous les hauts fonctionnaires de l’Empire. En outre, les russes – qui visiblement n’ont pas envie du tout que la Perse se relève – réclament à corps et à cris sa démission. Shuster ne restera que quelques mois. Il écrira ensuite, en 1912, un livre qui fera grand bruit:  » The Strangling of Persia « . Il y explique comment les anglais d’une part (via la Banque Impériale de Perse), et les russes d’autre part s’étaient arrangés pour étrangler la Perse.

2.  William Knox d’Arcy et le pétrole

Les choses devaient s’empirer après 1908. En effet, auparavant, la Perse ne présentait qu’un intérêt géo-stratégique (accès à l’Océan Indien et aux frontières de l’Empire des Indes pour les russes, protection de ce même Empire des Indes pour les anglais).

Mais en 1908, William Knox d’Arcy trouve du pétrole. Dès ce moment, la Perse devient également un enjeu économique…Et les anglais ont le beau rôle: D’Arcy obtient une concession de 60 ans. En échange, il fournira au gouvernement de Perse une rente de 20 000 livres, des actions de la future société pour un montant équivalent, et 16% des bénéfices. Le 14 avril 1909 , D’arcy fonde la Anglo-Persian Oil Company (APOC), qui allait assurer l’exploitation commerciale du pétrole. A la veille du premier conflit mondial, sur l’instigation de Lord Winston Churchill, l’Amirauté Britannique prend le contrôle de l’APOC et acquiert 52.5% des actions de la société.

3.  Ahmad Shah et les démocrates

Le jeune Ahmad Shah – bien que toujours sous la tutelle du Régent – se rend bien compte de ce qui se passe. Il ne cache pas ses sympathies pro-démocrates. Il est suivi en cela par d’autres membres de la famille Kadjare. Le chef de file des démocrates était d’ailleurs le Prince Soleyman Mirza Eskandari-Kadjar (1862-1944) , socialiste germanophile.

Le Prince Soleyman Mirza Eskandari-Kadjar était si démocrate qu’il prônait carrément l’instauration d’une république en Perse. Ses opinions démocrates l’amenèrent d’ailleurs à se disputer avec ses cousins Ahmad Shah et Mohammad Ali Shah.

C.  L’accession au pouvoir (1914)

Le jeune Soltan Ahmad Shah, alors âgé de 16 ans, sera couronné en juillet 1914. De grandes festivités seront organisées pour l’événement.

Le nouveau souverain est un démocrate et un nationaliste convaincu. Cependant, son jeune âge, son éducation et son raffinement l’éloignent de l’arène politique, où il aurait dû affronter les ingérences étrangères, régler les problèmes d’endettement de l’Etat, brimer la rapacité et la corruption des élites, et composer avec le radicalisme de certains nationalistes.

Le jeune Ahmad Shah, démocrate et patriote au possible, a hérité d’une situation qu’il n’a pas choisie et que jamais il ne parviendra à redresser. L’Histoire lui en rendra, cependant, justice. Encore aujourd’hui, pour les Kadjars, il vaut mieux se présenter en Iran en tant qu’héritiers d’Ahmad Shah plutôt que comme descendants de Mohammad Ali Shah!

D.  La Première Guerre Mondiale (1914-1918)

En 1914, premier conflit mondial éclatait, et l’Empire Ottoman se jetait à corps perdu (c’est le cas de le dire!) dans la guerre…

La réaction de la Perse est teintée de sagesse et de simplicité: elle consiste en une déclaration de neutralité datée du 01 novembre 1914. Mais, si être neutre dans une si « drôle de guerre » constitue une attitude raisonnable, encore faut-il en avoir les moyens…Entre autres, il fallait pouvoir défendre le pays contre les incursions étrangères – quelles que soient leurs origines – ce qui ne sembait pas très réaliste à l’époque !

Le seul véritable corps d’armée professionnel et opérationnel était la Brigade des Cosaques du Shah…qui jamais n’aurait riposté contre une agression russe (en avait-elle, d’ailleurs, les moyens ?).

La seule force neutre et opérationnelle était constituée par la toute neuve gendarmerie, créée, entraînée et gérée par des officiers Suédois. C’était la seule force qui aurait pu rester, en toutes circonstances, loyale à Ahmad Shah et au gouvernement de Téhéran…Làs, la gendarmerie ne tardera pas à basculer dans le camp allemand.

Puisque la Perse ne peut assurer sa neutralité, les occidentaux la transformeront en champs de bataille…les anglais, pour faire contre-poids à la Brigade des Cosaques du Shah envoient le Général Sir Percy Sykes en Perse en 1916. Il y créera une force armée relativement puissante, les South Persia Rifles (SPR). Téhéran ne reconnaîtra jamais l’existence légale d’une telle force, bien que le gouvernement anglophile du Prince Farman-Farma l’eut appelée de tous ses voeux.

Pour tout arranger, Mirza Kuchek Khan – un clerc du Guilan qui avait participé à la Révolution Constitutionnaliste – lance en 1915 l’insurrection Jangali (en français, des forêts ). Ce mouvement est inclassable: panislamiste, nationaliste, populiste et empreint de communisme…Essentiellement, les Jangali réclamaient de nouvelles élections et le respect de la légitimité suprême du peuple. les Jangali investissaient les villes, sauvages hirsutes défiant les forces de l’ordre, puis retournaient se réfugier dans les arbres. Les anglais, ne pouvant pas tolérer cela plus que le pouvoir central, envoyèrent carrément…des avions pour bombarder les Jangali ! Il est vrai qu’ils commencaient à menacer Téhéran…Mais le mouvement, supporté par les Bolcheviques dès 1917, allait persister et se durcir, même après la guerre.

Bref, c’est la confusion totale en Perse: tout le monde se tire dessus; plus personne ne sait vraiment qui sont ses alliés et ses ennemis. Même le Parlement ne sait plus où il en est: il y a eu 13 Premiers Ministres entre 1913 et 1918 ! Et Ahmad Shah fait tout ce qu’il peut, mais ses moyens sont extrêmement limités…

 

Ahmad Shah en uniforme militaire pendant la première guerre mondiale

Paradoxalement, la Révolution d’Octobre – qui mena Lénine au pouvoir en Russie – allait aider à éclaircir les choses. L’armée russe, qui occupait le nord de l’Iran, de déchira et tout le monde repartit en Russie. Le Prince Héritier, Mohammad Hassan Mirza, en profita pour investir Tabriz, prendre le titre de Vice-Roi, et placer l’Azerbaijan entier sous son contrôle. Il placera des aussi des milices persanes dans tous les arsenaux et dépôts de munitions, évitant ainsi – de justesse – que l’Azerbaijan ne devienne République Soviétique !

Au lendemain de la guerre, le pouvoir central est plus affaibli que jamais. Le plus urgent est de mater – une fois pour toutes – la rébellion Jangali. Mais la Brigade des Cosaques du Shah s’est désintégrée avec la Révolution Russe. Le général Ironside – un Anglais – reprend en main ce régiment et part toutes voiles dehors vers le Guilan pour exploser les Jangali. La Brigade, ou ce qu’il en reste, est écrasée. Le général Ironside ne peut s’empêcher de remarquer l’officier – illettré – qui a organisé la retraite avec sang-froid et intelligence, Reza Khan. Dans moins de 10 ans, cet homme montera sur le trône…

Le mouvement Jangali finira par se désintégrer de lui-même, en 1920, au cours d’innombrables débats idéologiques entre communistes et pragmatiques, et sous l’influence de Lénine – qui voulait une fois pour toutes se désengager des affaires de la Perse. Mirza Kuchek Khan mourra de froid dans la montagne et sa tête sera rapportée à Téhéran comme preuve de la fin de l’insurrection.

E.  Les troubles

1.  La situation de la Perse en 1918

En 1918, la Perse n’est plus que l’ombre d’elle-même. Les Ottomans, ayant remplacé les russes au pied levé, occupent l’Azerbaijan. Les Britanniques contrôlent tant le Sud (grâce aux South Persia Rifles) que l’Est (grâce à l’East Persia Cordon). Le centre du pays est aux mains des potentats locaux. Le gouvernement central, dirigé par l’anglophile Vosuq od-Dowleh, ne contrôle en fait plus que la région de Téhéran.

Outre ses problèmes politiques, le pays est ruiné à cause d’une guerre qu’il ne voulait pas mener. La famine règne: les gens mangent les racines des arbres et certains furent même dénoncés pour avoir mangé…leurs propres enfants ! Cependant, en raison de l’inflation galopante, la dette extérieure de la Perse était devenue quantité négligeable.

2.   L’accord Anglo-Perse de 1919

La Russie ayant disparu, la grande question politique à venir était celle de l’indépendance de la Perse. Les Persans, frustrés de n’avoir pas pu présenter leurs revendications lors de la conclusion du Traité de Versailles, s’interrogeaient sur leur sort…L’anglophile Premier Ministre Vosuq od-Dowleh et l’Angleterre négocièrent à cet effet un Accord Anglo-Persan, dont les lignes directrices sont les suivantes:

  1.  Le gouvernement britannique affirme son respect catégorique de l’indépendance et de l’intégrité de la Perse.
  2. Le gouvernement britannique affrètera, aux frais de la Perse, tous les experts nécessaires dans les diverses branches de l’administration.
  3. Le gouvernement britannique fournira des officiers, munitions, (…). Une armée unifiée sera créée pour assurer l’ordre à l’intérieur et à l’extérieur des frontières de la Perse.
  4. Le gouvernement britannique accordera un prêt pour financer les réformes prévues aux articles 2 et 3.
  5. Le gouvernement britannique (…) favorisera les entreprises anglo-persanes visant à développer le chemin de fer et les routes.
  6. Les tarifs douaniers seront revus pour être plus conformes aux intérêts de la Perse.

Le Shah demanda, en échange de la signature de l’accord, un « soutien », i.e. une garantie de pension au cas où il serait renversé et une aide financière pour le voyage qu’il comptait entreprendre en Europe. Mentionnons aussi que, si un tel accord a pu être conclu, c’est parce qu’ « on » a payé les 3 négociateurs Perses (Vosuq od-Dowleh, Akbar Mirza « Sarem od-Dowleh » et Firuz Mirza « Nosrat od-Dowleh ») à raison de 500 000 tomans chacun, argent qui aurait apparemment plus servi à acheter le silence d’opposants…

Cet accord présentait de clairs avantages bilatéraux. D’une part, il aurait servi à financer la modernisation de la Perse. D’autre part, il aurait donné aux anglais un contrôle quasi-absolu sur l’évolution de la Perse.Il présentait également de clairs défauts: il faisait de facto de la Perse un protectorat anglais, et les anglais n’avaient pour leur part pas les moyens financiers de tenir leurs promesses. En outre, il allait à l’encontre de la charte fondatrice de la toute neuve Société des Nations, où les Alliés affirmaient se répartir équitablement les avantages de la victoire et respecter la souveraineté des peuples.

Mais cet accord faisait donc surtout de la Perse un protectorat Anglais…Trop triste fin pour une civilisation trois fois millénaire ! Ahmad Shah, lors de son voyage officiel à Londres en 1919, refusera donc de parler de cet accord – arguant qu’il n’a pas encore été ratifié par le Parlement. Les anglais ne lui pardonneront pas de ne pas avoir été le pantin espéré, ne lui pardonneront pas d’essayer de défendre la Perse en tant que telle, puissance souveraine, millénaire et – surtout – indépendante !

3.  L’accord Russo-Perse de 1921

Au début de 1921, le gouvernement de Téhéran négocie avec Lénine un accord particulièrement avantageux pour la Perse. Lénine est, en effet, prêt à annuler la dette de la Perse vis-à-vis de l’URSS, à restituer à la Perse la totalité de ses possessions en Azerbaijan (à l’exception des pêcheries de la Caspienne). En échange, il demande seulement la permission d’envoyer l’Armée Rouge en Perse si des troupre étrangères menacaient l’URSS à partir de ce pays…

Cet accord ne sera jamais signé, pour cause de révolution…

4.  Le coup d’état de 1921

Au matin du lundi 21 février 1921, les 2500 hommes de la Brigade des Cosaques entraient dans Téhéran. Il s’agit d’un coup d’état, dicté par l’Angleterre et mené par deux hommes: sur le plan miliaire, Reza Khan – le commandant illettré qui avait si bien assuré la retraite de la Brigade lors de la débacle contre les Jangali – commandait les opérations tandis que, sur le plan civil, le journaliste Seyyed Zia od-Dinh Tabataba’i s’assurait de gérer l’opinion publique.

Le palais de Sotan Ahmad Shah est encerclé. Le souverain n’a plus le choix: il nomme Tabataba’i au poste de Premier Ministre et Reza Khan devient responsable de l’armée. Tabataba’i est un anti-communiste primaire, doublé d’un revanchard envers l’Oligarchie Kadjare – qui avait souvent refusé ses offres de service par le passé. Ses premières mesures consistèrent, en bref, à écraser les communises et à emprisonner nombre de membres de la famille Kadjare, dont l’ancien Premier Ministre – le Prince Abd’ol Hossein Farman-Farma.

Soltan Ahmad Shah est furieux, et Reza Khan aussi. Reza Khan voulait en effet – et il pouvait y prétendre – devenir chef suprême de l’armée et Ministre de la Guerre. Mais Tabataba’i, dans sa folie revancharde et dans sa stupidité absolue, voulait à tout prix laisser les Anglais s’occuper du secteur militaire (en application du Traité de 1919).

Donc, Soltah Ahmad Shah et Reza Khan s’allient et révoquent Tabataba’i. Il a fait assez de tort comme cela, qu’il parte (ceci est ma vision personnelle et je défie quiconques de la contredire, NDLR) ! D’ailleurs, Ahmad Shah, qui a bien compris combien cet homme était nocif, obligera Tabataba’i à s’exiler en Suisse le 24 mai 1921…Il ne regagnera l’Iran qu’en 1943 !

Les Anglais sont évidemment déçus, puisque Tabataba’i était leur homme de main. Pourtant, le nouvel ambassadeur – Sir Percy Lorraine – décide d’être subtil. Il écrit, à son gouvernement :  » Nous devons être subtils (…) C’est pourquoi je refuse d’interférer dans la composition du nouveau cabinet. (…) Je refuse de donner un sou à la presse (…) Ma méthode est de laisser les forces naturelles agir, tout en faisant prendre conscience aux persans où sont leurs propres responsabilités et de les épauler (…) « . En 1923, l’ambassadeur laissera donc Soltan Ahmad Shah nommer Reza Khan Sardar Sepah au poste de Premier Ministre. Le Shah quitte alors la Perse pour un nécessaire voyage en Europe – trop de choses ne pouvaient plus attendre d’être discutées à Londres – et nomme son frère Mohammad Hassan Mirza au poste de Régent.

F.  La destitution (1925)

Homme simple et intègre, le Premier Ministre Reza Khan était poussé par une large fraction de l’opinion publique à créer…une République. Cette idée, étrange en 1914 sous le gouvernement du Prince Soleyman Mirza Ekandari-Kadjar, avait fait du chemin depuis !

Cependant, le haut clergé Shi’ite craignait l’instauration d’une république laique, de type Kémaliste, en Perse. Il freina donc de toutes ses forces, et poussa Reza Khan à s’installer sur le trône (oubliant, de ce fait, que ce sont les Kadjars qui ont revigoré ce même clergé, que ce sont les Kadjars qui ont créé les titres d’Ayatollah et d’Hodjat-ol-Eslam, que ce sont encore les Kadjars qui ont payé les tuiles d’or sur le toit du sanctuaire de Najaf,…).

En 1924, Ahmad Shah est à nouveau à Londres. Lors d’un dîner, il était censé remercier l’Angleterre pour tous les bienfaits qu’elle a procuré à la Perse. Il n’est pas d’accord, et il préfère se taire. On lui fait comprendre que les jours de sa dynastie sont comptés…

Au mois de novembre 1925, Reza Khan fait voter par le Parlement une motion renversant la dynastie Kadjare et le nommant Régent. Il est pourtant évident – d’un point de vue juridique – que le Parlement n’avait aucun pouvoir constituant et n’était donc strictement pas habilité à voter une telle motion. Pourtant… Le Régent en place – et légitime – Mohammad Hassan Mirza, sera surpris par l’annonce de cette nouvelle alors qu’il buvait le thé dans son palais. On ne lui laissera que quelques heures pour préparer ses bagages…

De Paris, Soltan Ahmad Shah réagira par le communiqué suivant:  » En ce moment tragique, où l’avenir de mon pays est mis en danger, toute ma pensée va vers mon peuple, auquel je tiens à adresser cette déclaration: Le Coup d’Etat que Reza Khan vient de commettre contre la Constitution et contre ma dynastie s’est effectué à la force des baïonnettes. Il atteint profondément les lois les plus sacrées, et fatalement conduirait mon peuple à de grandes calamités et à de grandes souffrances qu’il ne mérite pas. J’élève contre ce coup d’Etat une véhémente protestation. Je considère et considèrerai nuls et sans valeur tous les actes émanant à l’avenir de ce gouvernement et ceux qui seraient commis sous la domination d’un tel gouvernement. Je suis et je reste le souverain légitime (…) « .

Pourtant, aucun recours n’aboutira…Reza Khan se fera couronner en tant que Reza Shah Pahlavi en décembre 1925 (NDLR: Pahlavi n’était pas son « nom de famille », mais le nom de la langue parlée en Perse mille ans plus tôt).

L’Emir Kabir (Mirza Taghi Khan )

 

L’ascension

La reprise en main du pays

La guerre contre les Bâbis

Fondation d’un système postal moderne

Réformes militaires

La disgrâce et la mort de l’Emir Kabir

L’ascension

Le père de Mirza Taghi Khan était de très bonne famille, et on le prétendait même descendant du Prophète. Cependant, il était tombé dans la misère et il se fit embaucher comme cuisinier chez Ghaem-Magham, qui fut le Grand Vizir d’Abbas Mirza et le Premier Ministre de Mohammad Shah (Ghaem-Magham fut exécuté en 1835).

Le père de Mirza Taghi Khan parvint rapidement à se faire respecter pour son intelligence et à gagner la confiance de ses maîtres. De la sorte, il put offrir à son fils une brillante éducation et une place dans la Maison du Prince Héritier, Nasser ed-Dinh Mirza.

Bien que détaché auprès du Prince Bahman Mirza Kadjar, gouverneur célèbre d’Azerbaijan, Mirza Taghi Khan n’oubliera pas son ancien maître. C’est lui qui récoltera les fonds pour que Nasser ed-Dinh Mirza puisse lever une armée, se rendre à Téhéran, et se faire couronner Shah de Perse.

Après avoir coiffé la tiare, Nasser ed-Dinh Shah n’oubliera pas non plus son ancien serviteur et l’élèvera au rang de Premier Ministre. Un peu plus tard, Mirza Taghi Khan se verra nommé chef des armées – amir kabir. C’est sous ce titre qu’il reste connu, bien qu’il ait même été élevé au rang d’Atabegh (dignité suprème en Perse, juste en-dessous des princes du sang). Le Shah lui offrira également sa soeur en mariage…

Mais Mirza Taghi Khan mérite ces titres et ces honneurs, tant il est brillant et volontariste…

La reprise en main du pays

La première tâche de Mirza Taghi Khan sera de rétablir l’ordre civil, sérieusement perturbé pendant la période d’interrègne: on se tue en plein jour dans les rues de Téhéran, les courriers et les voyageurs n’arrivent plus à destination, les nomades ne paient plus l’impôt et refusent d’obéir aux ordres du gouvernement central,…Mirza Taghi Khan prend les choses en main, et administre un remède de cheval au pays. Par exemple, des brigands qui avaient détroussé des passants à Téhéran furent maconnés vifs dans un mur, et seule leur tête dépasse; on attacha ensuite une corde autour de leur cou, laquelle corde était reliée à un attelage de chevaux. On fit partir les chevaux au galop, et les voleurs furent décapités. Par de tels procédés, l’Emir Kabir ramena l’ordre en quelques mois seulement.

La guerre contre les Bâbis

Mollah Hossein Boucheyri, le plus grand disciple du Bâb, venait de remporter quelques victoires militaires lorsque Mirza Taghi Khan devint Premier Ministre. Immédiatement, l’Emir Kabir s’énerve, convoque les Khans du Mazanderan, et les somme de partir en guerre contre les bâbis. Ils se feront vaincre les uns après les autres…

Fou de rage, Mirza Taghi Khan envoie une armée au Mazanderan sous le commandement du Prince Mehdi Goli Mirza Kadjar. Cette armée écrase tout sur son passage et prend des mesures impitoyables contre tous les bâbis rencontrés en chemin.

Cependant, un soir que l’armée campait près de Daskesh, Mollah Hossein Boucheyri rassemble un commando et attaque le quartier général lui-même. Mehdi Goli Mirza parvient – de justesse – à s’enfuir, mais deux autres Princes Royaux et un Conseiller d’Etat y laissent leur vie…

Le Prince Mehdi Goli Mirza se réfugie sous les murs de Sari, où les messages courroucés de l’Emir Kabir, terribles de menaces, lui font plus peur que toute l’armée du Bâb: le Prince repart rapidement en campagne.

Il parvient à tuer Mollah Hossein Boucheyri au cours d’une escarmouche, et vient assiéger la citadelle des bâbis. Il promet la vie sauve aux 214 survivants s’ils se rendent et renient leur foi, ce qu’ils font. Mais, la citadelle investie, tous seront quand-même étendus par terre et éventrés.

L’Emir Kabir en a plus qu’assez de la rébellion et fait publiquement exécuter le Bâb à Tabriz quelques temps plus tard.

Les bâbis, galvanisés, élisent alors un second Bâb qui, depuis Bagdad, prédit la fin prochaine de l’Emir Kabir.

Fondation d’un système postal moderne

Le premier système postal de l’histoire de la Perse fut fondé par Cyrus le Grand au VIe siècle av. J.-C. Ce système avait peu à peu disparu, et rien n’était venu le remplacer.

Un essai de poste régionale moderne fut lancé par Abbas Mirza au début du XIXe siècle en Azerbaijan, mais il ne couvrait pas l’entièreté du pays.

Le 12 février 1851, l’Emir Kabir annonce la création d’un système postal national. Le texte du décret va comme suit:  » En vue d’harmoniser le système postal et d’y mettre de l’ordre, il a été décidé d’édifier des bureaux de postes à Téhéran et en province; tout marchand désireux de transmettre du courrier par la poste devra apporter ce courrier au bureau de poste et le laisser au postier le jour du départ du courrier. A l’arrivée du courrier, quiconques attend une lettre pourra venir la chercher, afin d’éviter tout retard. Néanmoins, à cause du maivais temps et de l’enneigement excessif [ NDLR : nous sommes en février et la Perse est un pays fort montagneux ], la mise en place de ce service est postposée jusqu’au 1er août, lorsque le temps sera redevenu meilleur.  » Un peu plus tard, Shafi Khan est nommé responsable des postes.

Le tarif pour le courrier intra-persan est fixé à 5 Shahis pour une lettre, et 1000 Dinars (ou 20 Shahis) pour 5 lettres ou plus contenues dans une même enveloppe.

Réformes militaires

Mirza Taghi Khan entreprendra également de réformer l’armée. Tout d’abord, il s’attaque au système de recrutement, fondé sur un système de quotas fournis par chaque village, chaque district, chaque tribu. Il crée également une Ecole Polytechnique, le Dar al-Founoum, ancêtre de l’université de Téhéran. Ses instructeurs comptaient de nombreux officiers étrangers, notamment fournis par l’Empire d’Autriche-Hongrie.

L’Emir Kabir passera, en outre, beaucoup de temps à inspecter les troupes. Souvent, il demandera aux soldats s’ils ont bien reçu leur solde. Dans le cas contraire, l’officier qui s’était permi de léser ses soldats était châtié d’une manière qui lui ôtait à jamais l’envie de recommencer.

La disgrâce et la mort de l’Emir Kabir

Le Fars, depuis l’accession des Kadjars au pouvoir, n’a cessé d’être un foyer de rébellions. Ses habitants avaient vu dans le bâbisme un nouveau prétexte pour marquer leur distance par rapport à la Cour de Téhéran: le Bâb était donc très populaire dans cette région.Au beau milieu de la guerre contre les bâbis, l’Emir Kabir avait donc convaincu le Shah de se rendre à Ispahan pour se rendre sympathique aux yeux de la population. Le cortège royal entre dans la ville, et l’Emir Kabir précède le Shah. Dans la foule, un curieux demande qui est le jeune homme juste derrière l’Emir Kabir…La réponse tombe dans l’oreille du Shah:  » C’est son beau-frère  » (NDLR: L’Emir Kabir était marié à la soeur du Shah et, de fait, était son beau-frère).

Après cet incident, le Shah commencera à prendre certaines distances par rapport à son ministre. L’Emir Kabir feint de ne pas comprendre, mais va quand-même demander la protection de l’ambassadeur de Russie. Qui la lui accorde: il envoie une troupe de cosaques dans la maison de l’Emir Kabir, et annonce publiquement qu’il le défendra envers et contre tous. Nasser ed-Dinh Shah, ulcéré, fait savoir à l’ambassade de Russie qu’il exige le retrait des cosaques de la maison de l’Emir Kabir – sans quoi, il ira en personne les déloger. L’ambassadeur cède. Sur le champs, l’Emir Kabir est alors envoyé en résidence surveillée à Fyn. Sa femme, la soeur du Shah, décide de l’accompagner afin qu’on n’attente pas à sa vie.A Téhéran, la Reine Mère Mahde Olia et l’Etemad-o-Saltaneh, un haut dignitaire de la Cour, s’activent pour obtenir la condamnation à mort de l’Emir Kabir. Par deux fois, le Shah signe le décret; par deux fois, il fait annuler la condamnation à mort. Un soir, après une longue entrevue avec l’Etemad-o-Saltaneh, le Shah signe un troisième décret. Le dignitaire, qui n’en peut plus d’attendre, fait immediatement dépécher deux bourreaux à Fyn, et prend le départ avec eux. Pendant ce temps, le Shah avait déjà changé d’avis…

Arrivé à Fyn, l’Etemad-o-Saltaneh apprend que l’Emir Kabir s’est rendu aux Bains. Ce qu’il n’avait plus fait, sur conseil de sa femme, depuis deux semaines…L’Etemad-o-Saltaneh entre dans la pièce et dit à l’Emir Kabir: « Seigneur, la volonté du Shah est que vous mouriez. Mais, par égard pour votre rang, il vous laisse le choix du supplice ». L’Emir Kabir n’y croit pas, il demande à voir le décret. L’Etemad-o-Saltaneh se fait pas prier…Le général dit alors, très calmement: « Très bien. Qu’on m’ouvre les veines ! ». Une tenture bouge, les bourreaux entrent dans la pièce. Mais le Ministre fait un geste de dénégation: il ne veut pas mourir par la main de ces valets. Il demande à l’Etemad-o-Saltaneh son poignard, et se tranche lui-même les veines sans hésitation. Aujourd’hui encore, on montre aux visiteurs des tâches rouges sur le sol des bains de Fyn, dont on prétend qu’il s’agit du sang de l’Emir Kabir…

Qadjar -6

VIII. Les voyages du Shah

1. Le pélerinage en terre Ottomane (1870-1871)

Jamais aucun Shah de Perse ne s’était déplacé en terre Ottomane en temps de paix. Nasser ed-Dinh Shah fut le premier à réaliser ce voyage.

Le 17 septembre 1870, Nasser ed-Dinh Shah part en pélerinage en Irak. Il est accueilli avec le plus haut respect par tous les Pachas de l’Empire Ottoman, réunis pour l’occasion. Escorté par une armée impressionnante, il accomplit le pélerinage de Kazemein (une petite ville au nord de Bagdad, où sont enterrés Musa ol-Kazem et Mohammad Javad, respectivement les 7e et 9e Imams Shi’ites ). Il alla également se recueillir sur la tombe d’Abu Hanifa (fondateur du rite Hanifite) à Bagdad. Le Shah se rendit alors à Karbala où il visita d’abord le sanctuaire de l’Imam Hosein (héros du shi’isme, massacré par les Omeyyades) . Ensuite, il fit le voyage de Najaf et y rendit hommage au sanctuaire d’Ali (le 4e Imam, gendre du Prophète). Rempli d’humilité, il refit alors ses pélérinages en sens inverse et rentra à Téhéran le 22 février 1871.

2. Le premier voyage du Shah en Europe (1873)

En avril 1873, Nasser ed-Dinh Shah décide de se rendre en Europe. D’une part, il tient à visiter l’Exposition Universelle; d’autre part, il veut rencontrer ses puissants alliés, Rois et Empereurs européens.

L’événement n’est pas anodin, puisqu’il s’agit du premier voyage d’un souverain persan en Europe.

Nasser ed-Dinh Shah Kadjar est recu avec un faste inégalé par Mac-Mahon (qui, pour rappel, était monarchiste): l’arc de triomphe est recouvert de tentures aux armes de la Perse, et le Lion-et-Soleil de la Perse sont représentés en sculpture à son sommet. Impressionné, le Shah offre son épée à Mac-Mahon en guise d’hommage.

3. Le deuxième voyage du Shah en Europe (1878)

Au printemps 1878, Nasser ed-Dinh Shah décide de se rendre une nouvelle fois en Europe, afin d’y apprendre les nouvelles lois en vigueur, lois destinées à développer les pays d’Europe et à assurer paix et prospérité à leurs habitants.

Il commence par visiter le Tsar Alexandre II à Saint-Petersbourg. Le premier juin, il arrive à Berlin, pour rencontrer le Kaiser Guillaume Ier. La prochaine étape est à Baden-Baden, deux jours plus tard. Une semaine plus tard, le Shah débarque à Paris, où il logera au Grang Hotel et rencontre à nouveau le Président Mac-Mahon. Il passera 22 jours à Paris.

Le Troisième voyage du Shah en Europe (1889)

En 1889, le Shah se rend pour la troisième et dernière fois en Europe. Il tient à visiter l’Exposition Universelle à Paris. Il sera d’ailleurs le seul souverain étranger à réhausser l’événement de sa présence. Il montera même en haut de la – toute neuve – Tour Eiffel…

Nasser ed-Dinh Shah, le développement de la Perse, l’Angleterre et la Russie

Dans la partie de monopoly mondial que se livrent l’Angleterre et la Russie au XIXe siècle, la Perse occupe une place stratégique. Elle est aux marches des deux Empires, conditionnant l’accès à l’Océan Indien pour les russes et assurant l’approvisionnement et la sécurité de l’Empire des Indes pour les anglais…

La clef de l’indépendance de la Perse passe par des finances solides et autonomes, pour que l’Empire puisse assumer lui-même sa modernisation. Ceci présuppose une réforme financière et fiscale, quasiment impossible. Mais il faut quand-même trouver des fonds…

Alors, Nasser ed-Dinh Shah tentera de monnayer les avantages accordés à l’une ou l’autre des puissances, tout en tentant de maintenir l’Angleterre et la Russie sur pied d’égalité. De la sorte, les deux Empires se regarderaient en chiens de faience, et laisseraient la Perse prospérer et de développer. Du moins, l’espérait-il…

Dès 1872, Nasser ed-Dinh Shah accorde une concession au Baron Julius de Reuter. Les russes font annuler la concession dès l’année suivante. Cette concession – destinée à doter la Perse de chemins de fer, de routes, de canaux et d’une Banque Nationale – sera finalement réaccordée en 1889.

Une autre société anglaise se vit confier le monopole d’émission de billets de banque en Perse, plus des missions bancaires usuelles (crédit, change,…), en 1890. Ainsi commenca la construction d’un système bancaire moderne en Perse. En échange, un sujet russe se voit accorder une concession pour une banque de crédits sur hypothèques immobilières….

En 1890 toujours, Nasser ed-Dinh Shah concède un monopole pour la vente et l’exportation du tabac à une société britannique. Le clergé déclare une telle concession impie, et le Shah se voit oblige de l’annuler. Pour payer les dédommagements, il devra contracter un emprunt de 500,000 livres auprès de la Banque Impériale de Perse, cause première de l’endettement de l’Etat Perse…

En ce qui concerne les chemins de fers, c’est le même genre de désastre. Une vingtaine de kms avaient été concédés – entre Téhéran et Shah-Abdol-Azim – à une société belge. Depuis lors, les russes avaient obtenu un droit de préemtion sur tout nouveau contrat de construction de chemin de fer en Perse. Résultat: plus de nouvelles voies ferrées…

Les routes ne sont pas en meilleur état. Les seules voies carrossables sont entre Téhéran, Qom et Qazvin. A la fin de son règne, Nasser ed-Dinh Shah accordera des concessions pour la construction de nouvelles routes, mais les travaux seront lents, trop lents…

Tout n’est cependant pas si sombre: Nasser ed-Dinh Shah parvient à faire équiper le pays d’un réseau télégraphique performant . Ce qui lui permet de mieux contrôler le pays.

Cette politique « funambule », qui finira par se retourner contre la Dynastie Kadjare, permet quand-même au pays de prospérer. Des écoles sont créées partout – tant catholiques ou juives que musulmanes -, les marchands font fortune et le clergé se voit largement subventionné. Résultat: les villes saintes du Shi’isme, Najaf et Kerbela, – pourtant situées en terre Ottomane – voient les toits de leurs mosquées recouverts de briques d’or par l’intervention du clergé de Perse.

L’assassinat de Nasser ed-Dinh Shah (1896)

A Constantinople, vivait un religieux pas comme les autres: Jamal ed-Dinh Asad-Abadi. Il avait voyagé en Europe (où il avait rencontré Renan), et avait cherché à transposer dans le monde musulman certains concepts occidentaux.

En 1886, Nasser ed-Dinh Shah avait invité ce personnage à Téhéran. Le souverain espérait qu’un tel religieux pourrait l’aider dans ses tentatives de réforme de la société persane. Mais Asad-Abadi préconisait des mesures bien trop radicales pour l’époque, notamment l’instauration d’un parlement et d’une monarchie constitutionnelle (20 ans plus tard, pourtant, le pays se dotera d’un tel régime). Le religieux se voit contraint de retourner à Constantinople en 1891.

En 1896, Mirza Reza Kermani – un habitant de Téhéran – avait eu à se plaindre de son gouverneur Karman Mirza Kadjar, le fils favori de Nasser ed-Dinh Shah. Mirza Reza Kermani, visiblement très fâché, s’en alla alors à Constantinople pour demander à Asad-Abadi la permission d’assassiner le gouverneur Kamran Mirza (i.e. qu’un tel crime soit absout par les autorités religieuses). La réponse du religieux fuse:  » Il est vain de s’attaquer au fruit: c’est l’arbre qu’il faut détruire « .

Au mois de mai 1896, le souverain effectua un pélerinage au sanctuaire de Shah-Abdol-Azim. Le Shah aimait les bains de foule, et refusait toute mesure de sécurité qui l’éloignerait de son peuple. Il traversa donc la foule, comme il l’avait toujours fait, et alla se recueillir. A ce moment, arrive Mirza Reza Kermani – porteur d’une pétition. Le Shah accepte d’examiner la demande. Tout en présentant le papier au souverain, Mirza Reza Kermani brandit un révolver et tira à bout portant sur le Shah. Immédiatement, l’assassin fut arrêté et on entoura le Shah d’un opaque corps de soldats afin que le peuple ne se rende pas compte de l’événement.

Tout le monde comprit immédiatement que Mirza Reza Kermani n’était qu’un instrument aux mains d’intérêts plus puissants. On accusa tantôt le Sultan Ottoman, tantôt Jamal ed-Dinh (le chef religieux était en effet devenu pan-islamiste, c’est-à-dire qu’il prônait la réunion de tous les musulmans sous l’autorité unique du Khalife, le Sultan Ottoman). Voici un extrait de l’interrogatoire de Mirza Reza Kermani:

Question: Vous n’avez pas mentionné les instructions que vous avez, dit-on, reçues de Constantinople.

Réponse: Je n’ai reçu aucune instruction particulière, mais les opinions du Seyyed Jamal ed-Dinh sont connues et on sait ce qu’il dit. Il dit que Nasser ed-Dinh Shah est un tyran et des choses comme ça !

Question: Et vous, comment en êtes vous arrivé à l’idée d’assassiner le Shah ?

Réponse: Il n’y a pas besoin de comment ! Du fait des chaînes dont j’ai souffert injustement, des coups que j’ai reçus au point que, pour en finir, je me suis ouvert le ventre. Moi, qui n’ai voulu servir que le bien commun, j’ai été enchaîné quatre ans et quatre mois…

Cependant, il était de notoriété publique que c’est contre le Prince Héritier que la haine de Mirza Reza Kermani s’était initialement déchaînée. L’interrogatoire se poursuit donc:

Question: (…) Pourquoi ne pas l’avoir tué lui (le Prince Héritier) et avoir assassiné le Shah à sa place ?

Réponse: J’ai pensé que si je tuais celui-là, Nasser ed-Dinh Shah, avec toute la puissance qui est la sienne, ferait exécuter des milliers de personnes. Il fallait donc abattre le tronc despotique lui-même, au lieu de s’en prendre aux branches. Voilà ce qui m’est venu à l’esprit, et voilà pourquoi j’ai agi.

Des funérailles somptueuses sont organisées peu après, et Nasser ed-Dinh Shah sera enterré dans le sanctuaire de Shah-Abdol-Azim, à l’endroit même où ce crime atroce avait été perpétré.

MOZAFFAR ED-DINH SHAH (1896 – 1907)

 

 

 

I. La succession de Nasser ed-Dinh Shah (1896)

II. Mozaffar ed-Dinh Shah et l’Europe

  1. Le voyage de 1897
  2. Le voyage de 1900
  3. Le voyage de 1902
  4. Le voyage de 1905

III. La modernisation de l’administration

IV. La Révolution Constitutionnaliste – Phase I

  1. La question du tabac – la concession Talbot (1890 – 1892)
  2. Les sociétés secrètes
  3. Les premières révoltes
  4. L’instauration du Parlement et de la Constitution (1906)

V. La mort de Mozaffar ed-Dinh Shah (1907)

                                               

I. La succession de Nasser ed-Dinh Shah (1896) [Arbre Généalogique]

Après l’assassinat de Nasser ed-Dinh Shah en 1896, les prétendants au trône se bousculent. Le Prince Héritier Mozaffar ed-Dinh Mirza est plutôt contesté, tant il apparaît faible et indécis dans son gouvernement de Tabriz.

Le plus sérieux d’entre les prétendants est certainement le Prince Soltan Mas’ud « Zell os-Soltan » Kadjar, l’aîné des fils du défunt Shah. Il est gouverneur d’Ispahan depuis 1874, et il dirige sa province de main de maître. De plus, le Sud et l’Ouest du pays sont acquis à sa cause. Zell os-Soltan est très riche et aime la modernité. De ce fait, il dispose d’une armée puissante et bien entraînée, et une guerre de succession tournerait probablement à son avantage…

Il y a aussi Kamran Mirza « Nai’eb os-Saltaneh », le fils préféré de Nasser ed-Dinh Shah, qui gouverne Téhéran. Mais ses méthodes lui ont valu l’inimitié du peuple…En outre, il se rangerait probablement du côté de Zell os-Soltan en cas de conflit.

L’Angleterre et la Russie ont rapidement compris qu’elles auraient beaucoup à perdre dans une guerre de successsion et que, finalement, ce serait tout bénéfice pour elles si un souverain indécis montait sur le trône. Le Prince Héritier Mozaffar ed-Dinh Mirza, encouragé par les occidentaux, se saisit donc des insignes de la royauté à Tabriz. Les consuls de Russie et de Grande-Bretagne présentent immédiatement leurs félicitations nouveau Shah.

Entendant cela, Zell os-Soltan décide d’être beau joueur: il envoie un télégramme de félicitation à Tabriz, ainsi que la somme (considérable pour l’époque) de 100,000 tomans. Puisque Zell os-Soltan lui-même ne conteste pas le nouveau souverain, personne n’osera plus mettre en doute la légitimité de Mozaffar ed-Dinh Shah.

II. Mozaffar ed-Dinh Shah et l’Europe

Mozaffar ed-Dinh Shah monte sur le trône à l’âge de 43 ans. Il est débonnaire et jeune. Il apprécie beaucoup l’Europe et la modernité. Il effectuera donc de nombreux voyages en Europe.

Malheureusement, les diplomates européens ne semblent pas avoir beaucoup d’estime pour le Shah, qu’ils surnomment « Mauvaise affaire » ed-Dinh Shah.

1. Le voyage de 1897

A peine monté sur le trône, Mozaffar ed-Dinh Shah s’empresse d’aller visiter l’Europe. Il commande un train spécial, et part en premier lieu vers Saint-Petersbourg. Il est reçu en grande pompe par la famille impériale russe.

Arrivé à Londres, le Shah reçoit un camouflet: on lui attribue l’Ordre de la Jarretière réservé aux étrangers et non pas celui, plus prestigieux, qui avait été accordé à feu son père par la Reine Victoria [Edouard VII s'opposait à la remise de cette décoration à un non-chrétien, NDLR].

le Shah continue son périple, emmenant sa Cour de capitales en villes d’eaux, et amasse un nombre considérable d’objets d’art (sabres, révolvers, pianos, bibelots, boîtes à musique, meubles, parures). Il s’intéresse également aux techniques nouvelles et, dès son retour, il créera la première imprimerie Impériale avec caractères en plomb; il fera également électrifier le Palais du Golestan.

2. Le voyage de 1900

En 1900, le Shah tient à réhausser de la présence l’Exposition Universelle de Paris. Il profitera de ce voyage pour ramener en Perse des automobiles et pour tenter d’acclimater des espèces végétales européennes en Perse (magnolia, kaki,…).

Le souverain profita de ce voyage pour prendre les eaux à Contrexéville et, de la sorte, soigner ses reins malades

3. Le voyage de 1902

En 1902, le Shah entame un troisième voyage en Europe. A cette époque, les relations russo-persanes sont plus cordiales que jamais: le Shah prononce, à Koursk, un discours où il déclare qu’une fidèle amitié doit à jamais unir la Russie et la Perse…

4. Le voyage de 1905

Le Shah voyagera encore en 1905. Il s’arrête longuement à Saint-Pétersbourg, et rencontre le Tsar à Tsarskoïé Sélo. Il est venu pour négocier un nouvel emprunt, qui permettrait de consolider son immense dette flottante. Hélas, les caisses du Tsar sont vides, et le Shah doit repartir les mains vides…

III. La modernisation de l’administration

Les voyages du Shah coûtent cher. Le Premier Ministre, Amine Soltan, parvient à négocier des prêts dans de bonnes conditions. Mais Amine Soltan sait qu’il ne pourra pas gérer le pays ad vitam aeternam sans une administration moderne et efficace. Il entame donc un programme complet de réformes administratives…

Il commence par l’administration des douanes – source très importante de revenus. Il en confie le contrôle et la direction à de hauts fonctionnaires belges. Ceux-ci créeront une administration à l’européenne. Cette administration – qui publiera d’ailleurs régulièrement des statistiques à partir de 1898 – jouera un rôle fondamental dans le développement de la Perse: toute l’administration iranienne contemporaine en est l’héritière, et elle a d’ailleurs conservé la terminologie française empruntée aux belges.

En 1905, arrive Joseph Naus – un haut fonctionnaire belge. Sa mission consiste à approfondir le processus de modernisation. Il entreprend de supprimer les passe-droits, la concussion, la vénalité et de surveiller les additions des percepteurs: bien vite, il se met la bourgeoisie et la noblesse à dos. Ces classes privilégiées sont prêtes à tout pour ne perdre aucun de leurs privilèges…Joseph Naus sera finalement renvoyé en février 1907 (soit après la mort de Mozaffar ed-Dinh Shah)

IV. La Révolution Constitutionnaliste – Phase I

1. La question du tabac – la concession Talbot (1890 – 1892)

En mars 1890, un monopole pour la vente et l’exportation du tabac est accordé à la société britannique Talbot. Mais les profits sont loin d’atteindre le niveau escompté, et la société est incapable de payer les royalties. Nasser ed-Dinh Shah, cependant refuse dans un premier temps d’annuler la concession. Le clergé monte alors au créneau, et déclare impur un tabac concédé à de non-musulmans: le Shah se voit contraint d’annuler la concession. C’est pour le clergé une grande victoire sur l’impérialisme occidental, et, pour le Shah, un désastre financier: il devra payer 500,000 livres de dédommagement, qu’il devra emprunter à la Banque Impériale de Perse.

2. Les sociétés secrètes

Suite à leur victoire de 1892 dans l’affaire du tabac, le clergé, les partisans de Jamal ed-Dinh (le religieux réformateur qui avait « inspiré » l’assassinat de Nasser ed-Dinh Shah), les modernistes, les Francs-Maçons (qui existent depuis les années 1860 en Perse),…se réunissent en sociétés semi-secrètes bapitsées officiellement « associations littéraires ». Tous ces groupes partagent un même vecteur de revendications: création d’une Assemblée Nationale et octroi d’une Constitution.

Rapidement, ces sociétés secrètes se développent dans tout le pays. Sauf en Azerbaijan, que le Prince Héritier Mohammad Ali Mirza gouverne d’une main de fer.

Il faut ici insister sur un point fondamental, à mon sens: le peuple de Perse ne reproche pas aux Empereurs Kadjars leurs abus tyranniques. Tant Mozaffar ed-Dinh Shah que Nasser ed-Dinh Shah ont assuré l’ordre sans réellement faire usage de brutalité. Leurs caprices non plus ne sont pas démesurés: ils se bornent à collectionner des oeuvres d’art et à se promener tantôt en Perse, tantôt en Europe. Non, ce que le peuple ne peut plus supporter, c’est la mainmise des étrangers – en particulier Anglais et Russes – sur le pays. Je pense sincerement que les Inaniens/Perses sont tres fiers de leur civilisation plusieurs fois millenaire et tiennent par dessus tout a garder leur « exception culturelle » et leur independance politique. Je me demande, a titre personnel, si ce sentiment (cette fois, envers les USA) n’a pas joué un rôle fondamental au moment de la Révolution Islamique, et ne constituerait pas encore un tres puissant levier aujourd’hui…

Toujours est-il que, le 28 mai 1904, ces sociétés organisent une grande réunion. Le public est hétéroclite, et presque toutes les couches de la société sont représentées. Le message général de l’ensemble des discours prononcés ce jour-là peut se résumer comme suit: ou bien la liberté et l’indépendance, ou bien le despotisme et l’asservissement aux puissances étrangères. En outre, les conjurés adoptent une charte, qui met l’accent sur la nécessité d’une constitution, sur la conformité de cette constitution aux principes islamiques et sur la nécessité d’éduquer le peuple à priori, afin que les choses se passent le mieux possible.

3. Les premières révoltes

En décembre 1905, le prix du sucre augmenta subitement. Ce qui provoqua émeutes et manifestations. Le gouverneur de Téhéran, un prince brutal nommé ‘Ala od-Dowleh, fit fouetter en public un commercant pieux et respecté pour l’obliger à baisser ses prix. En réaction, les marchands décident de fermer le Bazar et les fonctionnaires entament une grève générale…Tous exigent, en premier lieu, la démission du Premier Ministre Eyn od-Dowleh et la création d’une « Maison de la Justice ». En effet, même s’il existe un ministère de la justice civile (i.e. non-religieuse), aucune loi ne garantit les citoyens contre l’arbitraire…

Mozaffar ed-Dinh Shah ne voudrait à aucun prix envoyer les cosaques contre le foule et laisse faire…Le 12 janvier 1906, il promet la création d’une véritable cour de justice.

La situation s’améliore, puis se dégrade à nouveau en juin 1906: deux seyyeds (descendants du Prophète) sont tués par maladresse au cours d’une manifestation. Devant la fureur populaire, le gouvernement décrète la loi martiale. Téhéran tout entier se voit alors paralysé. Des milliers de personne, entre 15000 et 20000, selon les estimations, envahissent l’immense parc de la Légation Anglaise. Elles y passeront toutes leurs journées (heureusement, les anglais avaient eu la géniale intuition de faire construire – 6 mois plus tôt – des toilettes à la turque dans le parc). C’est donc le bordel: plus rien ne fonctionne, et le vaste jardin des anglais est transformé en terrain de pique-nique géant!

Mozaffar ed-Dinh Shah doit réagir. La balle est dans son camp, et il a suffisemment visité l’Europe pour savoir qu’il pourrait trouver son compte dans un régime constitutionnel. Le 5 août 1906, il promet donc une modification du régime: il y aura un Parlement, et les Délégués de la Nation auront un contrôle sur les dépenses du Palais et du gouvernement.

L’instauration du Parlement et de la Constitution (1906)

Le 05 août 1906, donc, à l’occasion de son anniversaire, le Shah signait une charte accordant une constitution au peuple de Perse. Un comité de juristes partit alors en toute hâte vers la Belgique. Ce pays et la Perse avaient, en effet, noués des liens très étroits à la fin du XIXe siècle: tout le système administratif de la Perse, par exemple, avait été fondé et géré par des belges. En outre, le régime de monarchie constitutionnelle prévalant en Belgique se rapprochait assez fort de ce qu’on recherchait en Perse…

La constitution s’inspirera donc largement du modèle belge. Le pouvoir du Shah émanera dorénavant de la Nation – même si la Nation en question se limite à une élite. En outre un complément (« motta-mem« ) sera ajouté à la Constitution le 07 octobre 1907. Ce complément établit clairement un droit de contrôle et de veto du clergé sur le pouvoir législatif: le Parlement ne peut, en aucun cas, passer de lois qui seraient contraires aux fondements du Shi’isme Duodécimain. Dans les faits, ce droit de veto ne sera pas exercé…

Le 18 août 1906, une commission de 300 membres se réunit pour rédiger la loi électorale. Cette loi, ratifiée le 9 septembre, présentait les caractéristiques suivantes. D’abord, la capitale était sur-représentée (60 députés sur 156). Ensuite, les sièges étaient répartis selon 6 catégories sociales:

  1. les membres de la Tribu Kadjar
  2. les religieux
  3. les nobles et les notables
  4. les commerçants
  5. les propriétaires terriens et les paysans
  6. les corporations d’artisans

Le vote sera à bulletins secrets et se verra restreint aux hommes âgés de plus de 25 ans.

Le 08 octobre 1906, le premier Parlement de Perse – appelé Majlis – est inauguré. Etant donné la loi électorale en vigueur, cette assemblée réunit surtout des notables et ne ressemble pas vraiment aux parlements que nous connaissons. Le Shah est très malade – il souffre d’albuminurie – et il peut à peine se tenir debout. Néanmoins, il tient à lire en personne le discours du trône !

V. La mort de Mozaffar ed-Dinh Shah (1907)

Le Shah souffrait depuis longtemps d’Albuminurie. Il s’éteint le 08 janvier 1907, à 53 ans, en fin de soirée. Il sera enterré – conformément à ses dernières volontés – à Karbala, la ville sainte du Shi’isme, en terre Ottomane (aujourd’hui en Irak).

Pour lui succéder, les prétendants sont sur les rangs [ arbre généalogique ]. Il y a Abu’l Fath Mirza « Salar od-Dowleh », grand propriétaire terrien très riche et fils du Shah, qui rêve du pouvoir. Malek Mansour Mirza « Shuja os-Saltaneh » , aîné de Salar od-Dowleh, riche propriétaire terrien également, et gouverneur éclairé de Shiraz serait probablement le plus à même de redresser la situation (ce qui n’est pas dans l’intérêt des occidentaux). Finalement, et puisque cela arrange les grandes puissances occidentales, l’ordre dynastique sera respecté et Mohammad Ali Shah – qui se trouvait alors à Téhéran – montera immédiatement sur le trône.

Qadjar -5

NASSER ED-DINH SHAH


(1848 – 1896)

 

 

Nassser ed-Dinh Shah en méditation dans le Palais du Golestan

 

I. La montée sur le trône et la régence de Mahde Ohlia (1848)

II. Troubles dans le Fars…encore et toujours (1848) !

III. La guerre contre les Bâbis (1848-1856) [le babisme]

1. Le Seyyed Yahya et l’épisode de Niriz

2.   Mehdi Goli Mirza et la guerre contre les bâbi

3.   L’exécution du Bâb

4.   L’exécution finale des bâbi

IV. La disgrâce et la mort de l’Emir Kabir

V. L’invasion de l’Afghanistan et la guerre Anglo-Persane (1856-1857)

VI. Réorganisations internes

VII. Réformes et modernisation de l’Empire

1. Réformes militaires

2.   Création d’un système postal moderne

3.   Organisation du travail du gouvernement

4.   Réformes civiles et judiciaires

VIII. Les voyages du Shah

1. Le pélerinage en terre Ottomane (1870-1871)

2.   Le premier voyage du Shah en Europe (1873)

3.   Le deuxième voyage du Shah en Europe (1878)

4.   Le Troisième voyage du Shah en Europe (1889)

IX. Nasser ed-Dinh Shah, le développement de la Perse, l’Angleterre et la Russie

X. L’assassinat de Nasser ed-Dinh Shah (1896)

 

La montée sur le Trône du Paon et la régence de Mahde Olia [arbre généalogique]

A la mort de Mohammad Shah, le Prince Héritier Nasser ed-Dinh Mirza se trouvait sur à Tabriz. Il consulta les astrologues, choisit un date favorable, et la cérémonie du couronnement eut lieu à Tabriz au soir du 12 septembre 1848. Le Prince Héritier a, en effet, su gagner la sympathie du peuple d’Azerbaijan grâce à l’influence du Vice-Gouverneur Mirza Taghi Khan .

Pour couper court aux éventuels prétendants, la Reine Mère, Mahde Olia, assure la régence en attendant que son fils revienne d’Azerbaijan: c’est la première fois dans l’histoire de la Perse qu’une femme exerce le pouvoir suprême ! (et cela devrait servir de lecon a l’Occident!)

 

Mahde Olia (au centre) – Nasser ed-Dinh Mirza (à gauche)

L’initiative de la Reine Mère s’est avérée judicieuse, puisque Molkara – le frère de Nasser ed-Dinh – tenta effectivement d’accéder au pouvoir. Il dut finalement s’exiler, sous la protection des Anglais, à Bagdad.

Le 18 septembre 1848, Nasser ed-Dinh Shah quitte Tabriz; il est accompagné d’une armée de 10,000 hommes et du Premier Ministre Nasser el-Molk. Il rentre en grande pompe à Téhéran le 19 octobre. Il pose la Couronne des Kayanides sur sa tête et s’assied sur le Trône du Paon. Mirza Taghi Khan, qui avait entre temps été nommé emir-e nezam (commandant de l’armée régulière), puis Grand Vizir, reçoit le titre d’Atabegh (titre très honorifique qui, à l’orgine, désignait les précepteurs des Princes de sang royal): toute décision administrative devra être confirmée par sa signature et son sceau. Mirza Taghi Khan sera connu dans l’Histoire sous le nom d’Emir Kabir.

La première tâche de Mirza Taghi Khan sera de rétablir l’ordre civil, sérieusement perturbé pendant la période d’interrègne: on se tue en plein jour dans les rues de Téhéran, les courriers et les voyageurs n’arrivent plus à destination, les nomades ne paient plus l’impôt et refusent d’obéir aux ordres du gouvernement central,…Mirza Taghi Khan prend les choses en main, et administre un remède de cheval au pays. Par exemple, des brigands qui avaient détroussé des passants à Téhéran furent maconnés vifs dans un mur, et seule leur tête dépasse; on attacha ensuite une corde autour de leur cou, laquelle corde était reliée à un attelage de chevaux. On fit partir les chevaux au galop, et les voleurs furent décapités. Par de tels procédés, l’Emir Kabir ramena l’ordre en quelques mois seulement.

II. Troubles dans le Fars…encore et toujours (1848) !

Comme d’habitude, chaque fois que le souverain décède, il y a des troubles dans le Fars (souvenez-vous de Mohammad Shah !). Cette fois, le Gouverneur de la province, Nezam od-Doulah, avait envoyé un belle somme d’argent à la Cour du nouveau Shah. Mirza Taghi Khan – farouche ennemi du Gouverneur – empêcha que le cadeau soit accepté et renvoya le messager à Chiraz. Entendant cela, les habitants du Fars entrèrent en rébellion. Ils furent aidés par Haji Mirza Ghavam el-Molk, qui s’en alla recruter 15,000 mercenaires parmi les tribus du Fars. Entre temps, Nezam od-Doulah avait demandé qu’on lui envoie 2 détachements de l’armée régulière et 16 pièces d’artillerie.

Les nobles de la région se rassemblèrent et envoyèrent le message suivant à Nezam od-Doulah:  » (…) Nous ne savons pas si le Shah de Perse considère encore Nezam od-Doulah comme notre gouverneur. La meilleure solution serait qu’il se rende à Téhéran et nous laisse seuls, de sorte que nous puissions obéir aux ordres du Shah. Si Nezam od-Doulah n’accède pas à notre demande, il sera la cible de nos tirs « . Nezam od-Doulah répondit évasivement, demandant d’abord trois mois de solde pour ses soldats et huit jours de délai. Ce qui fut accepté. Mais au bout de huit jours, Nezam od-Doulah n’était toujours pas parti, et la guerre civile éclata.

Alors, c’est le bordel! Les bâtiments du gouvernements se voient attaqués, mais les régiments de l’armée régulière se défendent avec bravoure et érigent des barricades sur les toits. Des brigands attaquent les entrepôts, mais les marchands parviennent à les repousser. Les soldats de l’armée régulière reprennent l’hotel de ville aux « snipers » de Chiraz à coups de canon et causent d’importants dégâts à l’édifice; les habitants érigent des barricades autour de tous les bâtiments officiels,…Alors, les doyens de la ville demandent à Aziz Khan – un militaire de haut rang – de venir négocier la paix avec eux. Ce dernier accepte, mais il est pris dans une embuscade. Il prend le dessus, et est sur le point de capturer les doyens de la ville. Cependant, Nezam od-Doulah croit son général en danger et ordonne à l’artillerie d’ouvrir le feu. Aziz Khan, au son des canons, court se réfugier derrière des barricades de l’armée régulière sans capturer personne.

Alors, Mirza Taghi Khan entendit ce qu’il se passait et envoya Amir Aslan Khan, le Page de la Cour, rétablir l’ordre. Mais, si la situation se calma quelque peu, il y eut encore pas mal de combats sporadiques. Alors, on envoya Ahmad Khan, le Chamberlan, s’occuper des troubles à Chiraz. Là, tout le monde se calma. Le Shah nomma alors son oncle, Bahram Mirza Mo’ezz od-Doulah, gouverneur du Fars. Ce dernier réduit au silence tous les rebelles de la province. Mo’ezz od-Doulah est alors remplacé par son frère, Firuz Mirza Nosrat od-Doulah.

 

 

 

III. La guerre contre les Bâbis [le babisme]

1. Le Seyyed Yahya et l’épisode de Niriz

En novembre 1848, le Seyyed Yahya se rend à Fasa, apparemment dans le but de prêcher le Coran. Il s’est rapidement avéré que les interventions du Seyyed Yahya visaient, en fait, à prêcher le bâbisme. Lorsque le gouverneur de la ville, Agha Mirza Mohammad, se rendit compte de cela, il fit expulser le Seyyed Yahya et envoya un rapport à Chiraz.

Le Seyyed Yahya, qui errait depuis quelques temps, arrive alors à Niriz. La ville est en proie à une rébellion contre son Gouverneur, Haji Zein ol-Abedin. Le Seyyed Yahya convertit rapidement les rebelles à sa cause, et decide alors de mener une guerre religieuse – financée par le racket – contre Haji Zein ol-Abedin. Le Gouverneur se prépare donc à la bataille, mais le Seyyed Yahya parvient à capturer ses enfants. Les rebelles investissent alors la ville – esperant continuer sur leur lancée et bientôt envahir la Perse entière – tandis que Zein ol-Abedin court se réfugier dans le village voisin de Qatru, et informe Nosrat od-Doulah (le gouverneur du Fars) des événements. Ce dernier écrit au Premier Ministre Nasser el-Molk, lui demandant d’envoyer d’urgence le général Mehr Ali Shuja el-Molk avec un régiment de cavalerie, ainsi que l’Ehtemad os-Saltaneh avec deux détachements de soldats Garagozloo. Pendant ce temps, Zein ol-Abedin avait reuni 2000 guerriers de la région afin de reprendre la ville. Les deux armées font leur jonction à une vingtaine de kms de Niriz. Le siège est mis. Au bout de 5 jours, le Seyyed Yahya écrit sur un bout de papier  » ce papier te protègera des balles « , et accroche ce papier à la ceinture de 300 soldats. Il les envoie effectuer une attaque nocturne. L’attaque échoue, ce qui mine le moral des assiégés. Après une autre bataille du même genre, le Seyyed Yahya commence à négocier. Il est recu avec les honneurs dans les tentes des assiégeants, passa une nuit comfortable, puis est exécuté le lendemain. Ses deux fils, encore trop jeunes, sont arrêtés et conduits chez leur grand-père.

2. Mehdi Goli Mirza et la guerre contre les bâbi

Mollah Hossein Boucheyri, le no 2 du Bâbisme, parvient à s’emparer d’une forteresse dans le Mazanderan. Bientôt, des foules se rassemblent autour du château pour entendre prêcher le Bâbisme. Ce qui irrite l’Emir Kabir, qui demande alors aux Khans du Mazanderan de partir en campagne contre les hérétiques. Mais les Bâbi remportent un grand nombre de victoires, ce qui énerve encore plus l’Emir Kabir.

Le général demande alors au Prince Mehdi Goli Mirza Kadjar – doté, pour l’occasion, de pouvoirs extraordinaires – de lever une armée et d’aller écraser les bâbis. Le Prince marche alors sur le château de Mollah Hossein Boucheyri et prend des mesures impitoyables contre tous les bâbis rencontrés en chemin. Un soir que le Prince loge dans le village de Daskesh, sa maison est prise d’assaut par les troupes de Mollah Hossein Boucheyri: deux Princes royaux et un conseiller d’Etat sont tués; Mehli Goli Mirza parvient à s’échapper in extremis – on l’a longtemps cru mort – et court se réfugier à Sari. La, les messages irrités que lui envoie l’Emir Kabir sont plus terribles de menaces que l’armée de Mollah Hossein Boucheyri toute entière: le Prince repart donc en campagne. Il tue Mollah Hossein Boucheyri lors d’une escarmouche, et vient assiéger son château. Beaucoup de bâbi meurent de faim, et on promet aux 214 survivants la vie sauve s’ils se rendent. Après avoir accepté la proposition, les 214 ex-survivants sont éventrés.

Au lendemain de cette victoire, des bâbis sont exécutés un peu partout dans le pays. Ce qui galvanise l’insurrection: les bâbis s’emparent de Zenjan, sous la conduite de Mollah Mohammad Ali. Ils sont assiégés et refusent de céder. Mollah Mohammad Ali, désespéré de voir mourir ses fidèles, se rend. A nouveau, les rebelles sont tous massacrés.

3. L’exécution du Bâb

Et l’Emir Kabir en a assez: l’incendie bâbi est en train de ravager le pays. Il lui faut la tête du Bâb. Ce dernier, qui avait été assigné à résidence à Chiraz, se voit transféré à Tabriz. Le Prince Hamzé Mirza, qui gouverne la ville, convoque le Bâb: dans la discussion, ce dernier tient tête aux Mollahs. Il devient, dès lors, évident qu’on ne pourra pas convaincre le Bâb de revenir à une conception plus traditionnelle de l’Islam. On décide donc de promener le Bâb, avec deux proches disciples, enchaînés dans les rues de Tabriz afin que les musulmans puissent les insulter. Un des disciples obtient sa grâce en crachant à la figure du Bâb et en le reniant. L’autre refuse de céder, malgré les suppliques de sa femme et de ses enfants. Alors, le Bâb et son disciples sont exécutés: on les pend aux remparts de la ville, et une troupe d’artificiers chrétiens est chargée de les fusiller. Le disciple est tué, mais la corde du Bâb casse. Ce dernier, après une spectaculaire chute, essaie de s’enfuir mais fonce droit sur le corps de soldats. D’un coup de sabre, le capitaine pourfend alors la tête du Bâb. Son corps sera promené dans la ville trois jours durant…

Les bâbi se choisissent un nouveau chef, qui s’en va prêcher dans tout le pays avant de se fixer à Bagdad – en territoire Ottoman. De la sorte, les bâbis se constituent en une puissants secte politique et religieuse, qui prédit la mort prochaine de l’Emir Kabir.

4. L’exécution finale des bâbi

Un beau jour de 1856, alors que Nasser ed-Dinh Shah se promenait à cheval, il rencontre trois de ses jardiniers, qui demandent à lui présenter une requête…Les jardiniers en question s’avèrent être des assassins bâbi: ils attrapent le souverain, essaient de le faire tomber de cheval, lui tirent dessus, le blessent…Les gardes royaux arrivent alors à toute allure, tuent un des jardiniers et capturent les deux autres

Le Premier Ministre, Mirza Agha Khan Nouri, décide alors de faire exécuter tous les bâbi. Tous les dignitaires, sur tout le territoire de la Perse, devront participer à cette opération. Les prisonniers sont d’abord, bien souvent, torturés. On les fait ensuite marcher jusqu’au lieu d’exécution. Les survivants y seront égorgés.

Le maire de Téhéran, Mahmoud Mirza, a recu la charge de garder Ghorret el-Ein. Il la traite avec respect, et elle est libre de circuler dans le harem à sa guise. Le Shah propose de la grâcier, si et seulement si elle renonce à sa foi. Mais Ghorret el-Ein est prête à mourir pour ses idées…Avant son exécution, elle prédit à Mahmoud Khan qu’il sera, lui aussi, exécuté sur ordre du souverain.

IV. La disgrâce et la mort de l’Emir Kabir

Le Fars, depuis l’accession des Kadjars au pouvoir, n’a cessé d’être un foyer de rébellions. Ses habitants avaient vu dans le bâbisme un nouveau prétexte pour marquer leur distance par rapport à la Cour de Téhéran: le Bâb était donc très populaire dans cette région.

Au beau milieu de la guerre contre les bâbis, l’Emir Kabir avait donc convaincu le Shah de se rendre à Ispahan pour tenter se rendre sympathique aux yeux de la population. Le cortège royal entre dans la ville, et l’Emir Kabir précède le Shah. Dans la foule, un curieux demande qui est le jeune homme juste derrière l’Emir Kabir…La réponse tombe dans l’oreille du Shah:  » C’est son beau-frère » (NDLR: L’Emir Kabir était marié à la soeur du Shah et, de fait, était son beau-frère).

Après cet incident, le Shah commencera à prendre certaines distances par rapport à son Ministre. L’Emir Kabir feint de ne pas comprendre, mais va quand-même demander la protection de l’ambassadeur de Russie. Qui la lui accorde: il envoie une troupe de cosaques dans la maison de l’Emir Kabir, et annonce publiquement qu’il le défendra envers et contre tous. Nasser ed-Dinh Shah, ulcéré, fait savoir à l’ambassade de Russie qu’il exige le retrait des cosaques de la maison de l’Emir Kabir – sans quoi, il ira en personne les déloger. L’ambassadeur cède. Sur le champs, l’Emir Kabir est alors envoyé en résidence surveillée à Fyn. Sa femme, la soeur du Shah, décide de l’accompagner afin qu’on n’attente pas à sa vie.

A Téhéran, la Reine Mère Mahde Olia et l’Etemad-o-Saltaneh, un haut dignitaire de la Cour, s’activent pour obtenir la condamnation à mort de l’Emir Kabir. Par deux fois, le Shah signe le décret; par deux fois, il fait annuler la condamnation à mort. Un soir, après une longue entrevue avec l’Etemad-o-Saltaneh, le Shah signe un troisième décret. Le dignitaire, qui n’en peut plus d’attendre, fait immediatement dépécher deux bourreaux à Fyn, et prend le départ avec eux. Pendant ce temps, le Shah avait déjà changé d’avis…

Arrivé à Fyn, l’Etemad-o-Saltaneh apprend que l’Emir Kabir s’est rendu aux Bains. Ce qu’il n’avait plus fait, sur conseil de sa femme, depuis deux semaines…L’Etemad-o-Saltaneh entre dans la pièce et dit à l’Emir Kabir: « Seigneur, la volonté du Shah est que vous mouriez. Mais, par égard pour votre rang, il vous laisse le choix du supplice ». L’Emir Kabir n’y croit pas, il demande à voir le décret. L’Etemad-o-Saltaneh se fait pas prier…Le général dit alors, très calmement: « Très bien. Qu’on m’ouvre les veines ! ». Une tenture bouge, les bourreaux entrent dans la pièce. Mais le Ministre fait un geste de dénégation: il ne veut pas mourir par la main de ces valets. Il demande à l’Etemad-o-Saltaneh son poignard, et se tranche lui-même les veines sans hésitation. Aujourd’hui encore, on montre aux visiteurs des tâches rouges sur le sol des bains de Fyn, dont on prétend qu’il s’agit du sang de l’Emir Kabir…

V. L’invasion de l’Afghanistan et la guerre Anglo-Persane (1856-1857)

contexte: Pour celles ou ceux qui n’auraient pas lu la page sur Mohammad Shah, je me permets de rappeler que, en 1837, Mohammad Shah – le pere et predecesseur de Nasser-ed-Dinh Shah- avait voulu envahir l’Afghanistan. Seulement, les anglais etaient hostiles a cette idee car elle aurait debouche sur une frontiere commmune entre la Perse et l’Empire des Indes. Aussi, au moment ou Herat allait tomber, les britanniques envoyerent des navires puissamment armes au large de Bushehr. Comprenant l’avertissement, Mohammad Shah leva le siege de Herat…et les anglais, en reponse, s’en retournerent aux Indes

En 1852, le Khan de Herat demande à Nasser ed-Dinh Shah de le protéger contre des tribus de pillards afghans venus de Kandahar. Le Shah accepte aussitôt accepté et envoie une armée sous les murs de Herat.

La réaction de Londres ne se fait pas attendre (cf. la remarque ci-dessus) et le Shah signe, en janvier 1853 , un traité par lequel il abandonne toute suzeraineté sur Herat et l’Afghanistan.

Mais, à l’automne 1856, l’émir de Kaboul attaque et dépouille l’émir de Kandahar. Nasser ed-Dinh Shah juge l’occasion trop belle: il envoie son oncle, Hosam os-Saltanah Morad Mirza, camper sous les murs de Hérat…Ce dernier, grand stratège, prend la ville rapidement. L’ambassadeur d’Angleterre, outré, fait ses bagages. Il est bientôt suivi de l’ensemble des ressortissants britanniques.

Le 2 décembre 1856, une trentaine de navires de guerres anglais jettent l’ancre dans la baie de Bushehr. Leur commandant est le lieutenant-général de l’Armée des Indes, Sir James Outram. Le corps expéditionnaire est impressionnant: 2270 fantassins anglais, 3400 soldats indiens, 3750 hommes de forces auxiliaires, et 1150 chevaux. L’armée du Shah, elle, était en train de livrer combat en Afghanistan (donc loin !). Bushehr était gardée par le seul Mohammad Ali Khan, et ses 3 détachements. Pour tout arranger, Mohammad Ali Khan meurt 4 jours seulement après l’arrivée des anglais, laissant ses soldats sans chef.

Le maire de la ville envoie alors à Téhéran le message suivant « Les anglais ont jeté l’ancre à moins d’un kilomètre de la côte et ils sont prêts à la bataille. Nous n’avons ni armée digne de ce nom, ni même la permission du gouvernement de faire la guerre« . En catastrophe, le Premier Ministre depeche 1 détachement de fantassins et 1000 cavaliers, tous qashqa’i, ainsi que 4 pièces d’artillerie dans la région. le 6 décembre, c’est Shuja ol-Molk lui-même (le Gouverneur du Fars) qui quitte Chiraz pour faire la guerre aux anglais: il est accompagné de plusieurs détachements d’infanterie (dont un détachement spécial de troupes d’élite), d’une centaine de cavaliers, de 4 pièces d’artillerie et d’un mortier.

A ce moment, les anglais font parvenir au gouverneur de Bushehr ce message: « Nos bateaux et nos canons restent aux environs de Bushehr. Il est en notre pouvoir de réduire la ville en cendres et de disperser ces cendres au gré du vent. Vous avez jusqu’à demain pour évacuer les femmes, les enfants et les marchands. Si ces derniers, néanmoins, restent en ville, nous leur conserverons la vie sauve à condition que vous baissiez le drapeau de la Perse. Si vous obéissez, nous ne leur ferons pas de mal et nous respecterons leurs familles et leurs propriétés. Nous exigeons que vous nous transmettez tout le matériel militaire militaire de l’arsenal. D’autre part, la garnison de la ville doit nous rendre ses tambours, drapeaux et trompettes. Les officiers doivent nous rendre leurs épées et leurs grades et ils seront ensuite libres d’aller où bon leur semble, puisque nous faisons la guerre au gouvernement de Perse, pas aux serviteurs du Dieu Tout-Puissant« .

Le gouverneur, qui n’avait pas la permission de faire la guerre, devint désespéré…Il passe outre les ordres, et envoie Baqer Khan investir la vieille forteresse désafectée de Bahman avec 400 tireurs. Le 7 décembre, les anglais débarquent avec 30 pièces d’artillerie et 8 détachements de soldats. Dès le lendemain, ils arrivent aux environs de la forteresse de Bahman. Baqer Khan, malgré son évidente infériorité numérique, livre une bataille héroique. A la tombée du jour, la forteresse est toujours aux mains des Baqer Khan: 740 soldats et 50 ingénieurs anglais avaient peri dans la bataille. Le bruit court meme que, parmi les victimes, figurait aussi le commandant en chef des anglais. Les marins anglais ouvrent alors le feu, tuant le fils aîné de Baker Khan. C’est alorsla débandade: dès le 8 décembre, la forteresse tombe aux mains des anglais. Outram, leur commandant en chef, demanda alors au gouverneur de Bushehr soit de se rendre, soit de se préparer pour la bataille.

En 4 heures, les anglais prennent la ville à la faveur de la confusion générale. Les soldats loyalistes sont désarmés et peuvent quitter la ville à leur guise. Otram fait alors régner les lois de Sa Grâcieuse Majesté, la Reine Victoria dans la ville. Entre autres, il désarme les citoyens, abolit l’esclavage, la vente ou l’achat de « liqueurs intoxiquantes », accorde la liberté de culte et ordonne aux commercants de se remettre au travail. Il installa une garnison de 2000 soldats et place 60 canons sur les remparts.

Shuja ol-Molk, le gouverneur du Fars, pique évidemment une colère des plus noires. Il rassembls la plus grande armée possible (l’armée régulière étant toujours en Afghanistan). A Téhéran, le Conseil des Ministres appuie cette initiative et envoie tout ce qui est possible d’envoyer. Shuja ol-Molk s’en va donc camper à Borazjan et y reste un mois, rassemblant le plus de troupes et de matériel possible. Les anglais, pendant ce temps, s’étaient aventurés à l’intérieur des terres et préparaient une attaque nocturne sur le camp de Shuja ol-Molk. Mais, le soir de l’attaque, il pleut a torrents… Shuja ol-Molk eut alors l’idee desastreuse de procéder comme Hannibal: vider le camp et le réattaquer lorsque l’ennemi s’installerait. Helas, les anglais sont mis au courant et on frôla le désastre. Ce qui sauva Shuja ol-Molk fut la désobéissance de ses troupes, qui se jetèrent férocement sur les anglais, oubliant toute notion de danger ou de stratégie…Ainsi, malgé une supériorité numérique de 5 contre 1, les anglais durent se replier sur Bushehr, perdant 1500 hommes dans la bataille (contre 600 soldats du Shuja ol-Molk) et abandonnant la majorité de leurs bagages.

C’est alors qu’arriva le Général en Chef de l’Armée de Perse, le Prince Amir ol-Omara Kadjar. Il rallia les nobles du Fars et les chefs des diverses tribus à sa cause, et recruta ainsi un peu moins de 8000 hommes. Cette armée s’en alla assiéger Bushehr, mais rien ne se passa.

Le 3 mars 1857, grâce aux médiations de Farrokh Khan, un Traité de Paix put être signé à Paris: les troupes du Shah évacueraient Herat, tandis que celles de Sa Grâcieuse Majesté quitteraient Bushehr. En outre, Nasser ed-Dinh Shah se voit contraint de reconnaître l’indépendance de l’Afghanistan, ou plutôt son passage sous protectorat anglais (si quelqu’un lit ces pages, qu’il m’explique pourquoi Nasser ed-Dinh Shah n’a pas rassemblé son armée entière – à peu près 100,000 hommes et plus de 300 canons si mes calculs sont bons – pour aller écraser les anglais à Bushehr, quitte à revenir plus tard en Afghanistan mais à se payer une solide guerre contre les troupes de Sa Grâcieuse Majesté ?). Le rêve de reconstruire le grand Empire Safavide tombe à l’eau…


VI. Réorganisations internes [arbre généalogique]

En 1858, le Shah décide de confier le gouvernorat du Fars à son oncle Hosam os-Saltanah (le général victorieux qui avait pris Herat deux ans plus tôt). Après quelques guerres civiles et autres épidémies, ce poste est à nouveau confié, en 1860, à Tahmasp Mirza Mo’eyed od-Doulah (qui avait déjà gouverné la province entre 1852 et 1853).

En 1862, le Shah nomme Mozaffar ed-Dinh Mirza, son fils, au rang de Prince Héritier.

En outre, la même année, il nomme son grand-oncle Zell os-Soltan (le fils de Faht Ali Shah) au poste de gouverneur du Fars. Le Prince réorganise la province, mais une rébellion éclate (encore !) en 1865 et Hosam os-Saltanah se retrouve à nouveau gouverneur du Fars. Il pulvérise les rebelles: il fait pendre le corps de leur chef pendant deux jours et deux nuits. En 1870, Soltan Mas’ud Mirza Zell os-Soltan (le fils aîné du Shah) reprendra les rennes du Fars.

On l’aura compris, le gouvernement du Fars changera encore maintes fois de mains. Il faut dire que cette province rebelle se considère comme la « vraie » Perse, et a beaucoup de mal à accepter les ordres de Téhéran et des souverains Kadjars – Turcomans, venus du nord…

VII. Réformes et modernisation de l’Empire

1. Réformes militaires

Dès 1851, Nasser ed-Dinh Shah et l’Emir Kabir avaient compris que la Perse devrait compter sur une armée puissante si elle comptait ne pas se faire manger tout cru par les puissances occidentales – l’Angleterre et la Russie (Abbas Mirza avait eu, en son temps, la meme analyse). L’Emir Kabir avait donc fondé le dar al-founoum, école polytechnique qui allait devenir l’ancêtre de l’Université de Téhéran. Ses instructeurs étaient principalement composés d’officiers de l’Empire d’Autriche-Hongrie.

Nasser ed-Dinh Shah sait également qu’il faut diversifier ses appuis, et il demande à diverses nations européennes de fournir des instructeurs à son armée. Cependant, découragés, ils s’en iront les uns après les autres…sauf les russes, qui tiendront bon, et créeront la Brigade des Cosaques du Shah – le régiment le plus brillant de l’Armée de Perse. Malheureusement, ce régiment deviendra vite un instrument aux mains du Tsar pour la poursuite de sa stratégie politique en Perse.

2. Création d’un système postal moderne

Le premier système postal de l’histoire de la Perse fut fondé par Cyrus le Grand au VIe siècle av. J.-C. Ce système avait peu à peu disparu, et rien n’était venu le remplacer.

Un essai de poste régionale moderne fut lancé par Abbas Mirza au début du XIXe siècle en Azerbaijan, mais il ne couvrait pas l’entièreté du pays.

Le 12 février 1851, l’Emir Kabir annonce la création d’un système postal national. Le texte du décret va comme suit:  » En vue d’harmoniser le système postal et d’y mettre de l’ordre, il a été décidé d’édifier des bureaux de postes à Téhéran et en province; tout marchand désireux de transmettre du courrier par la poste devra apporter ce courrier au bureau de poste et le laisser au postier le jour du départ du courrier. A l’arrivée du courrier, quiconques attend une lettre pourra venir la chercher, afin d’éviter tout retard. Néanmoins, à cause du mauvais temps et de l’enneigement excessif [ NDLR : nous sommes en février et la Perse est un pays fort montagneux ], la mise en place de ce service est postposée jusqu’au 1er août, lorsque le temps sera redevenu meilleur.  » Un peu plus tard, Shafi Khan est nommé responsable des postes.

Le tarif pour le courrier intra-persan est fixé à 5 Shahis pour une lettre, et 1000 Dinars (ou 20 Shahis) pour 5 lettres ou plus contenues dans une même enveloppe.

Dans les années 1860, Nasser ed-Dinh Shah s’inquiète de savoir comment fonctionne la poste en Europe. Il apprend, notamment, l’existence d’un système de timbres; il voudrait importer un tel système en Perse. L’artiste francais A.M. Riester est mis au courant des démarches de Sa Majesté, et propose un essai de timbre aux armes de la Perse (le lion et le soleil). Cet essai, bien que mis à l’honneur sur les Champs-Elysées à l’époque, fut rejeté par le gouvernement de Perse.

A la place, Téhéran demanda à Albert Barre – célèbre graveur français de l’époque – de créer des timbres pour la Perse. Ces timbres sont présentés ci-dessous:

 

On y voit le lion, symbole de puissance, de profil. Le lion tient, en sa main droite, un sabre: c’est le sabre d’Ali (le gendre du Prophète, premier Imam Shi’ite), symbole de la justice. On voit également le soleil, qui est une réminescence Zoroastrienne, symbole de Ahura Mazda – donc de lumière, de pureté, de bonté et de bonne fortune.

3. Organisation du travail du gouvernement

En 1867, le Shah organise la semaine de travail du gouvernement selon le plan suivant:

  • lundi: repos
  • mardi: décrets gouvernementaux et diplômes spéciaux
  • mercredi: examen des comptes publics
  • jeudi: examen des propositions du Ministre de la Guerre et du Ministre des Affaires Etrangères
  • vendredi: consacré aux obligations religieuses
  • samedi: audiences publiques et spéciales
  • dimanche: règlement des affaires judiciaires

4. Réformes civiles et judiciaires

Le 30 septembre 1871, le Shah nomme Haji Mirza Hosein Khan « Sepah-Salar » au poste de Premier Ministre.

Le Sepah-Salar avait déjà quelques belles réalisations à son actif. Il avait notamment fait construire le madresseh, la plus belle école de théologie de Téhéran.

Haji Mirza Hosein Khan ne perd pas de temps: il écrit immédiatement une lettre aux gouverneurs des différentes provinces. Il leur explique que le pays ne prospèrera qu’en éliminant la cupidité et l’avidité des potentats locaux. Il menace, ensuite: les gouverneurs se sont trop longtemps crus au-dessus des lois, mais ceux qui opprimeraient leurs sujets se verront dorénavant sévèrement punis ! Le Shah a lui-même décrété le 7 janvier 1872 qu’il « détruirait les possessions, la vie et l’existence de tout gouverneur qui opprimerait ses sujets en fixant des taxes plus élevées que celles décidées en concertation à Téhéran, de tout gouverneur qui exigerait quoi que ce soit de n’importe quelle autre manière; les officiers qui se comporteraient de manière tyrannique vis-à-vis de leurs subalternes, qui oseraient ponctionner sur leurs salaires ou leurs rations, subiront le même sort !« 

En 1874, on nomma – en tout cas pour le Fars – un « Coeur de la Justice », une personne chargée de régler toutes les affaires judiciaires et à qui tous ceux qui se sentiraient lésés pourraient envoyer une pétition. Chaque semaine, les pétitions seraient soit réglées localement, soit envoyées au gouvernement central de Téhéran. Ceci correspond à l’éthique politique persane selon laquelle chacun devrait librement pouvoir avoir accès à ceux qui dirigent l’Etat

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